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Tancrède
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« Répondre #7 le: Mardi Octobre 27, 2009, 05:59:52 » |
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Bon, maintenant l'armée révolutionnaire....
La Constituante a rejeté le service militaire obligatoire comme attentatoire aux libertés dès le début, et c'est en fait la gloire de Dubois-Crancy que de l'avoir proposée en décembre 1789. Mais les partisans de l'armée de métier comme les libéraux refusèrent la chose. Même la Garde Nationale, considérée comme une réserve de recrutement initialement, fut complètement séparée de l'armée. Il y avait les Gardes Nationaux, la force publique (conscrite) et éventuellement de garnison, et la Ligne. Cette séparation fut cependant graduellement rognée entre 1790 et début 1791.
Les vraies réformes commencent en 1791 avec le rapport Lameth (agitations en certains endroits, menaces de l'armée des Emigrés, mouvements des autres puissances): l'armée de Ligne passe de 120 à 150 000h effectifs (les 120 étaient en fait le nombre réel sur un théorique de 150) et constitue une réserve d'auxiliaires de 100 000h (mais l'effectif n'est pas atteint, de loin), faite surtout d'anciens soldats. La milice, existant depuis toujours et réellement organisée depuis le XVIème siècle, est abolie.
Tout s'accélère avec les prémices de la guerre: l'armée est portée à plein régime (les 150 000h sont vérifiés et entraînés) et on décrète la conscription volontaire (et la réquisition dans certains cas) des Gardes Nationaux, chargés de constituer 169 nouveaux bataillons totalisant autour de 100 000h. C'est la première extension de l'ordre de bataille, et les premiers problèmes d'équipement; les 100 000h sont au rendez-vous à la déclaration de guerre, mais seuls 80 000 sont à peu près équipés. En mai 1792, 31 nouveaux bataillons sont levés, toujours de Gardes nationaux, et l'effectif du bataillon porté de 574 à 800h. La fuite du roi, l'armée des Emigrés et la guerre motivent déjà un premier mouvement patriotique efficace pour le volontariat.
La ligne et les nouveaux bataillons sont concurrents: ces derniers drainent les recrues (l'obligation est limitée à une campagne ou 1 an, pas une carrière, et la solde est meilleure) si bien que la ligne n'a que 138 000h fin 1791 (213 000 en théorie). On crée donc des incitations (prime) à l'engagement pour 3 ans, et on arrive péniblement à 190 000h dans la Ligne.
A ce stade, courant 1791, on a 2 armées: - la Ligne, organisée traditionnellement - les bataillons volontaires ont des officiers et sous-officiers élus et double solde, ce dont se plaignent les généraux car les élus sont, en partie les plus populaires, pas les meilleurs. Mais beaucoup sont quand même d'anciens militaires, et l'instruction est correcte.
Le 5 juillet 1792, tout change: c'est la guerre, la Patrie est déclarée en danger et la Garde nationale entièrement mobilisée. 42 nouveaux bataillons de volontaires sont donc levés et 50 000h complètent la Ligne, pour un objectif de 450 000h! Cependant, l'accélération du recrutement depuis 1791 a limité l'instruction au minimum, et les capacités d'équipement sont complètement dépassées. En 1792, l'appel aux volontaires est moins efficace, malgré l'abaissement des critères et l'accroissement des réquisitions forcées. On est donc en présence d'une armée triple où une grosse part des bataillons récents, aux effectifs moindres, sont mis à l'écart et méprisés par les généraux. Parallèlement, on lève des légions et compagnies franches de volontaires (ex-militaires, déserteurs étrangers, cas particuliers....) formant des troupes légères voulues par les généraux. Ce sont des corps mixtes de cavaliers et fantassins, paradoxalement plus faciles à recruter, mais qu'on craint par leur fonctionnement autonome. On a 6 légions en 1792, puis plus. Il y a aussi, en plus, des légions étrangères (300 petites unités, qui seront réunies à l'armée rapidement).
Je ne m'étends pas plus sur le recrutement pour les années suivantes, mais le point est qu'on a ainsi une masse de nouveaux bataillons créés totalement ex nihilo, dont seuls ceux de 1791 ont été entraînés correctement, leurs remplaçants étant mauvais en 1792 et n'ayant pas le temps de s'entraîner en 1793: 166 de volontaires en 1791, puis 176 en 1792 et 173 en 1793 (avec la Levée en masse), sans compter les 300 légions et corps francs étrangers et les 6 légions franches (bien plus grosses et organisées). L'entraînement et l'équipement sont alors à la ramasse, si bien que la plus grosse partie des volontaires est sans uniforme après 1791 (les uniformes sont propriété personnelle: ce sont ceux de Gardes Nationaux). L'efficacité du recrutement est aléatoire: les 750 000h de 1793-1794 (550 000 levés dans l'année) ne sont qu'un moment, et l'effectif constant est de 220 000h (fin 1792), essentiellement à la Ligne. Mais sur la période 1793-1797, on ne passe plus en-dessous des 400 000h en permanence, et une part plus réduite à la Ligne en raison d'une attrition trop rapide. C'est ainsi qu'on arrive à une proportion moyenne d'un tiers pour les effectifs professionnels par rapport aux volontaires annuels, malgré l'extrême attrition en bataille et en marche de ces derniers.
Le "Grand Amalgame"
En 1789, l'orbat de l'infanterie est de 79 régiments français à 2 bataillons et 29 étrangers, 2 régiments de gardes (dissous dès le mois d'août) et 12 bataillons d'infanterie légère. En 1791, on passe à 105 régiments de ligne (dont 6 régiments des colonies rapatriés et 4 régiments d'infanterie de marine rassemblant les ex-canonniers matelots) et 14 bataillons légers, les étrangers étant graduellement dégagés ou intégrés au niveau individuel. En 1793, les Légions sont transformées en bataillons légers dont le nombre atteint 30. Premier problème organisationnel: les problèmes d'effectifs dans la Ligne empêchent d'envoyer 2 bataillons. Chaque régiment envoie alors 1 bataillon renforcé de la Cie de grenadiers du second, le reste devenant bataillon de dépôt et de formation, une institution qui fera florès dans l'armée révolutionnaire et surtout celle de Napoléon (jusqu'ici, le "dépôt" était un rebut symbolique en sous-effectif). S'y ajoutent évidemment les 173 bataillons de volontaires.
Le 12 février 1793 est sans doute la grande date militaire de toute la décennie: un an avant, le ministre de la guerre, Narbonne, propose d'incorporer les volontaires à la Ligne. Carnot réplique qu'on doit mélanger tout le monde, et c'est Aubert du Bayet qui propose de juxtaposer un bataillon de chaque dans tous les régiments. L'idée est rejetée au vote, mais Narbonne la retient et l'applique finalement en février 1793, sur recommandation de Dubois Crancé et du général de Valence (un très grand qu'on a oublié), avec des changements: 2 bataillons de volontaires (sous-dimensionnés par l'attrition et les problèmes de recrutement) sont adjoints à chaque bataillon de Ligne au sein des régiments rebaptisés demi-brigades. On espère ainsi joindre l'élan et le patriotisme à l'instruction et à la discipline.
L'amalgame est graduellement appliqué, car le combat est permanent. On affine l'application le 12 août, après une bataille politique dure, en prescrivant que les bataillons seront en fait fusionnés par compagnies, et non juxtaposés: chaque compagnie comportera désormais, 20 soldats de ligne et 40 volontaires. La part d'idéologie n'est pas à mésestimer et l'a emporté sur les arguments d'efficacité.
Dans les faits, la première demi-brigade est en place le 23 septembre 1793, et à la fin de l'année, 20 seulement sont prêtes. Fin 1794, 135 sont sur pied. 208 demi-brigades de ligne seront constituées, et 32 légères. Mais surtout, l'amalgame par compagnie ne fut réellement fait que dans une centaine, et fin 1796, en raison d'une forte attrition, le nombre des demi-brigades retombe à 113 pour celles de ligne, et 31 pour les légères, par concentration des effectifs. A cette période, on constitue de nouveau des légions étrangères (Polonais, Irlandais, Grecs, Coptes, Maltais, Allemands).
La cavalerie
Elle comptait 62 régiments en 1789 (environs 30 000h), et fut la plus touchée par l'émigration qui la désorganise. Ses effectifs ont augmenté par accroissement de la taille et du nombre des escadrons, par création de régiments et par levée de corps francs montés, soit de façon très anarchique. Ils montent à 80 000h début 1793, puis retombent encore plus vite à la fin de l'année (40 000h ou moins: attrition, recrutement déficient). Tous les problèmes de l'infanterie sont multipliés dans la cavalerie: recrutement, équipement, querelles idéologiques (les révolutionnaires n'aiment pas l'arme aristo et la mentalité indépendante du cavalier), problèmes de discipline.... Avec en plus une désorganisation initiale massive par l'émigration, qui entraîne une vraie perte de savoir-faire (notamment sur le soin des chevaux, ce qui causera une attrition catastrophique des animaux jusqu'en 1815). Les cadres sont généralement mauvais sur cette période, et les recrues pas fabuleuses; les effectifs sont rarement homogènes et les unités très disparates. Le renouveau ne viendra, lentement, qu'à partir de 1796. Au final, pendant la période révolutionnaire, la cavalerie pèse rarement plus de 5% d'une armée en campagne, parfois 10% mais c'est rare. Les guerre de la révolution se font à l'infanterie et à l'artillerie: Bonaparte en Italie n'a jamais eu plus de 7 régiments tragiquement sous-dimensionnés.
L'artillerie
10 000 canons en 1789, mais "seulement" 1300 de campagne, soit un parc destiné à appuyer 150 000h de troupe, pas 400 ou 750 000. Mais la Convention parvint rapidement à en fondre des milliers, calqués sur le système Gribeauval (les 1300 canons). En 1789, il y a 7 régiments (8 en 1792) qui sont en fait de gros réservoirs, dépôts, arsenaux et écoles. Parallèlement, on lève des compagnies d'artillerie à cheval: 9 en 1792, puis 90 en 1793! En 1794, on en fait 9 régiments à 6 compagnies (8 en 1795), et l'artillerie à pied est réorganisée et passe des 8 régiments-base à 20 régiments organiques de campagne. Mais la répartition se fait toujours par compagnie (nos batteries), la réelle unité organique, et on essaie de garder un ratio de 3 canons pour 1000h. C'est en 1794 qu'on militarise les équipages de charretiers de l'artillerie à pied (seuls les artilleurs étaient militaires), jusqu'ici des réquisitionnés, légendaires pour leur couardise et comptés hors effectifs: ils sont remplacés par des volontaires, comme dans l'artillerie à cheval. Le vieux corps du Génie, rattaché à l'artillerie, devient aussi une arme à bataillons et compagnies en 1793 (en moyenne 1 bataillon de sapeurs et 1 compagnie de mineurs par armée), mais les pontonniers restent dans l'artillerie.
On pourrait enfin ajouter la gendarmerie, qui est en fait l'ancienne maréchaussée qui reprend le nom de la gendarmerie de France (l'élite de la cavalerie lourde depuis Charles VII) dissoute en 1789. Elle aussi est organisée en divisions, brigades et compagnies. Il y a autour de 10 000 gendarmes en 1793, répartis en 200 brigades de 5h. Avant tout une force d'ordre public, elle est cependant faite d'anciens militaires de facto rattachée à l'armée et réquisitionable rapidement.
L'organisation en bataille
Rapidement, pour les orbats: les divisions interarmes (système De Broglie) deviennent permanentes entre 1793 et 1796. Une division comporte 2 brigades ayant chacune 2 demi-brigades de ligne, 1 légère, 1 ou 2 régiments de cavalerie, 1 Cie d'artillerie à pied et 1 à cheval. Une division complète tourne ainsi entre 12 et 15 000h en début de campagne (5000 à la fin en moyenne). Mais si elles sont une bonne unité de déplacement et manoeuvre en campagne, en bataille, elles se gênent et ne parviennent pas à s'organiser de concert et à se coordonner, agissant comme des armées autonomes (le système envisagé et mis en pratique par De Broglie concernait des effectifs bien moindres). C'est Bonaparte qui, en Italie, démolit le concept en leur enlevant l'essentiel de leur cavalerie et de leur artillerie pour constituer et concentrer des réserves d'intervention et d'appui et, en fait, nettement plus spécialiser les corps, ce qui implique parallèlement un Etat-Major plus efficace et fourni d'une part, et la création de l'échelon du corps d'armée d'autre part.
Mais pour ce qui concerne les orbats que tu recherches, c'est par les divisions interarmes que tu dois chercher.
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