,reçu par courriel dont je vous appose le contenu.
L’Europe de la défense était une volonté politique française qui se fonde sur l’idée (fausse mais largement acceptée par notre classe politique) que la France était devenue trop faible pour agir sur les affaires du monde et que les intérêts de la France et de l’Europe devaient être défendus par une volonté commune de l’Europe.
[Note : L’idée d’une France impotente, est fausse car elle est due à la sous optimisation des moyens français du à l’absence de réforme sociale et de l’Etat.J’ai largement montré ici qu’on pouvait faire bien mieux à 2% du PIB, et rester une puissance militaire mondiale importante à 3%]
Mais nos partenaires Européens n’ont pas cette vision et en aucune manière n’ont l’intention d’investir, ou mourir en tant que supplétifs des Français pour leurs rêves de grandeur.
Pour les Européens, la défense de l’Europe est assurée par l’OTAN (c'est-à-dire les USA), et aucune puissance Européenne n’est en mesure de s’y substituer, et la défense extérieure des intérêts Européens ne diffère pas de celles des USA car nos partenaires européens sont essentiellement libéraux et seule la défense de la liberté de commerce importe réellement.Leurs intérêts sont donc alignés avec ceux des USA sur leur défense et sur leurs intérêts extérieurs.
Sur la défense de l’Europe :
Comme le soulignent les Anglo Saxons, le but réel de l’OTAN était et reste « to keep Russia out, America in and Germany down ».
Déceptions Britanniques :
Il est le prolongement de la politique traditionnelle d’équilibre continentale Britannique, avec les USA remplaçant la puissance impériale Britannique en tant que bras armé.Les intérêts Anglo Britanniques restent par essence alignés sur ce sujet, avec les Britanniques espérant toujours pouvoir influencer les Américains ou être partie prenante des décisions de ces derniers.
Les Britanniques sont toutefois de plus en plus pieds et poing liés avec les américains même si ils ont été profondément décus par l’attitude de ceux-ci en Irak qui les ont pris réellement pour des supplétifs.Ils auraient souhaité un plus grand équilibre avec la France mais celle-ci a rejetée leurs appels du pied (alors qu’on avait signé Saint Malo !).
Pour eux, la France n’est malheureusement pas un partenaire fiable susceptible de rééquilibrer la relation avec les USA.On n’a rien fait pour (cf le PA2).
Cette politique Britannique a toujours été soutenue par les nations faibles du continent qui historiquement ont eu affaire aux puissances continentales (France, Allemagne, Russie), et n’ont que faire d’aventure extra européennes.
Celles-ci soutiennent naturellement les Britanniques et l’OTAN, et l’arrivée des pays de l’Est n’a fait que renforcer ce tropisme.
Déceptions Allemandes :
L’Allemagne reste la seule grande puissance latente du continent.Parce que elle regroupe 90 millions de germanophones (en comptant l’Autriche pro allemande), reste unie ethniquement et culturellement (les non-allemands ne sont pas intégrés politiquement), et sa puissance industrielle et technique reste supérieure à la France et au Royaume Uni réunis.
Même si les Allemands ne sont plus bellicistes, personne n’a envie de leur voir rejouer un rôle de puissance.
La politique long terme de l’élite Allemande reste de se faire accepter en tant que puissance responsable, et de lever les restrictions de la seconde guerre mondiale qui subsistent dans le traité de réunification 4+2.Pour autant la population et l’élite Allemande n’ont que faire des aventures extérieures.
Seule la préservation de sa sécurité en Europe notamment à l’Est, et la liberté mondiale du commerce compte.
Et seuls les Américains sont crédibles en tant que force de dissuasion nucléaire au profit d’un tiers grâce à leur capacité de frappe préemptive désarmante crédible inaccessible à la France vu son coût.La dissuasion nucléaire Française n’est crédible que pour protéger la France et ses forces, et nos alliés européens ont cette perception.
Les intérêts de l’Allemagne sont désormais alignés aussi avec les Américains sans pour autant vouloir participer à leur rôle de gendarme du monde dans le rôle humiliant (pour une grande puissance potentielle) de supplétif, ce qui ne serait que la seule possibilité en l’absence d’armes nucléaires la mettant à l’abri de la coercition potentielle de grandes puissances nucléaires.
[Idéologiquement et en terme économique, les Allemands sont les plus proches des Américains comme ce sondage de la BBC fait sur 29 000 personnes et dans 27 pays, le prouve :
http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_depth/8347409.stmLes Allemands sont ceux qui ont la plus grande confiance dans le capitalisme et même plus que les Américains !]
Pour autant les Allemands avaient consenti a beaucoup d’accommodement avec la France.Ils étaient prêts à soutenir les ambitions mondiales de la France à travers l’Europe en échange du leadership économique.
Mais les Français les ont profondément déçu notamment à travers les crises dans les Balkans, les foucades anti libérales françaises, l’absence de réforme réelle en France qui fait que l’Allemagne sacrifie son niveau de vie en assumant les exportations de la zone euro (par son excédant commercial), et en portant seule la stabilité de l’Euro.Certes, les Italiens ou Espagnols ne sont pas plus vertueux mais le partenariat politique sur le leadership européen concernait les Français.
Les Allemands ne sont plus francophiles et se recentrent sur un partenariat direct avec les Américains.Le fait que les Allemands ne consolident plus avec les Français en terme d’industrie de défense est significatif.
Déceptions européennes :
Au niveau Européen sous l’influence et la demande de la France, il avait été élaboré un compromis qui était de trouver une complémentarité sur les taches de maintien de la paix avec les USA et l’OTAN.
Car il n’était en aucune manière acceptable pour nos partenaires Européens et pour les raisons sus dites, de se couper de l’OTAN qui est la vraie alliance de défense.La France avait accepté que l’OTAN figure comme système de défense de l’Europe dans la Constitution et rejoignait son commandement militaire.
Mais la PESD n’est pas une alliance militaire capable de coercition. Elle ressort du soft power qui trouve vite ses limites dans la jungle mondiale.
L’épisode de l’Irak en 2003 ou la France a tirée le tapis sous les pieds des Américains leur a aliéné les Américains.
Ceux ci ont vite fait comprendre à la France que l’Europe de la Défense ne se ferait pas à leur détriment et la quasi-totalité des pays européens mis devant l’obligation de choisir, s’est ralliés aux Américains.
Seule à l’époque l’Allemagne a soutenu et protégé la France contre l’ire Américaine (et a été déçue depuis).
Depuis la France a du ramer pour retrouver une relation décente avec les Américains obligatoires, ne serait ce que parce que on est dans l’OTAN avec nos alliés européens, et que tous compromis avec les autres Européens doit mettre Washington dans le jeu, et que nos capacités ne nous permettent plus de faire sans eux même face à la Syrie.
Les auto illusions françaises :
Vouloir utiliser l’Europe comme levier diplomatico-militaire suppose donc un support de nos partenaires (et donc des compromis avec eux sur les sujets économiques), ne pas s’aliéner les Américains pilier de la défense Européenne, et que la défense française soit crédible !
Car on l’a vu les autres Européens n’ont pas l’intention de dépenser plus pour des aventures extérieures et se reportent sur la dissuasion américaine (et demain la défense anti missile en sus).
Seuls les Britanniques ont la dissuasion nucléaire (au moins pour les protéger eux et à un niveau plus faible que la France) et les capacités d’intervention extérieures, et le souhait de jouer encore un rôle mondial hors des simples nécessités de protéger la liberté du commerce et les sources de matière premières, ce que font les Américains.
Donc la France doit être le noyau dur de cette défense, donc faire l’effort elle-même.
Les Européens surtout à travers les grands pays (et notamment les Britanniques) pourraient être prêt a plus soutenir la France avec leurs capacités existantes au cas par cas, et même parfois se grouper et faire bloc avec nous, pour trouver un compromis avec les Américains quand ceux-ci ne soutiennent pas, n’ont pas de velléité d’intervenir ou ont un début d’hostilité (sans pour autant aller franchement contre eux).
Bref être capable d’indépendance minimum.
Mais pour eux la France qui est demanderesse, doit être cohérente avec elle-même.
C’est elle qui doit montrer l’exemple et faire l’effort principal car elle seule le peut.
Or on constate non seulement l’affaiblissement des capacités militaires de la France, et même un non investissement sur les capacités de projection suffisantes.
Certes le retard pris et l’inefficience de la dépense francaise sont responsables largement de cette situation que la RGPP poussive et anarchique peine à corriger.
Mais le modèle 2015 était déjà d’un niveau d’ambition bien trop faible.
Car pour peser il faut se doter des capacités minimum de coercition conventionnelle et de nation cadre, et notamment en projection de puissance.Ce que les Américains ont.
Bien sûr la France ne peut dépenser autant que les USA et avoir une telle puissance.
Mais avoir seulement 10 à 15% de leur puissance serait déjà très significatif.
Moins de 10% de la puissance américaine a mis l’Irak à genoux.
En gros et à titre illustratif, 2 ou 3 porte avions et leurs avions, une dizaine de SNA moderne, autant de bâtiments amphibie, une flotte conséquente d’avion de combat moderne et de ravitailleurs en vol, des armes ASAT, en sus des autres capacités prévues actuellement ferait de la France un acteur international de premier plan en adjoignant au cas par cas les capacités des alliés européens notamment Britanniques. Ceci est largement dans les capacités de la France même à 2% du PIB ou un peu plus (sur le long terme après 2020 vu les sureffectifs actuels et le retard pris, et après avoir dégraissé massivement les effectifs non opérationnels, optimisé le modèle d’armée, et ce avec un consensus politique bipartisan fort).
Mais engluée dans ses contradictions internes, ses réformes bien faibles, ses coupes sombres successives dans les capacités et équipements à cause des dépenses de personnels pléthoriques sur le support et l’administratif, la France continue à vouloir un niveau d’ambition ridiculement faible en terme militaire en totale contradiction avec ses volontés européennes.
Outre le fait que la France soit incapable de respecter ses engagements économiques et de réforme évoqués.
Et qu’a-t-on fait sur le plan porte-avion ou puissance maritime sinon se couper des Britanniques ? (annulation PA2 et réduction du programme Horizon).
Nos alliés l’ont donc acté et sont lassés.
Conclusions :
L’Europe de la défense se réduit donc à une coquille vide et symbolique, et un niveau d’ambition proche de zéro puisque la France elle-même est incapable de la porter.
Au final et vu nos capacités et nos impuissances, on en vient nous même à transformer l’ambition d’une Europe de la Défense en essayant de jouer dans l’OTAN le rôle des Britanniques avec les Américains, alors qu’évidemment les Américains n’auront jamais la confiance en la France qu’ils ont avec les Britanniques (en plus ceux-ci sont largement dépendant des Américains ce qui renforce la confiance de ceux-ci puisqu’ils peuvent faire pression au cas où), et ce n’est pas l’affaire de l’Irak qui les fera changer d’avis.Ca les Américains ne l’oublieront pas car ils ont la mémoire très longue au niveau du département d’Etat américain, eux qui évoquent encore les non remboursements des dettes de guerre de 14-18, l’affaire de Suez, la sortie de l’OTAN en 1966 etc.
[A propos de dette de guerre, non seulement les Britanniques ont payés les leurs aux Américains mais les Allemands continue à payer les réparations (renégociées en 53) de 14-18 due aux Américains et ce jusqu’en 2020.C’est dire si les Américains ont confiance en nous.
Les Américains ont plus confiance dans les Britanniques, Allemands et même Italiens]
On se transforme donc de nous même en supplétifs de haut niveau des Américains, faute de mieux, en espérant de manière illusoire, jouer un rôle au niveau des Britanniques mais avec le choix de dire non.
C’est ce qu’on fait depuis 40 ans, c'est-à-dire qu’on reste dans l’affichage médiatique sans réelles capacités crédibles derrière.Ca ne trompe personne.
La seule chose qui impose encore le respect international, c’est nos forces nucléaires, notre indépendance d’utilisation (car on produit nos armements clefs), et notre capacité à exporter des armements avancés (que les USA cherchent à saboter), mais le nucléaire ne peut être utilisé que pour défendre nos intérêts vitaux et non en support d’intervention visant à modifier les équilibres mondiaux.
Pour ca il faut la capacité de projection de puissance conventionnelle à un niveau capable de contraindre une puissance militaire régionale et sans dépendre d’hypothétiques alliés locaux.C’est possible mais nous n’en prenons pas le chemin car la gouvernance lamentable de la défense française associé à l’ignorance des politiques et diplomates sur les questions techniques de la défense, rendent impossible l’exposé des degrés de liberté à un politique largement ignorant du possible et peu soucieux de se faire violence en réformant vraiment.