Une question idiote : dans les années 1980 quand le VBL fut imaginé, y avait il des projets analogues chez nos alliés ?
Pour répondre à cette question (qui est tout sauf idiote), je ferai une mise en perspective de la CLB française puis du besoin en blindés de moins de 5tonnes en général.
1- La Cavalerie Légère Blindée française.Avant toute chose: La France va connaître un retard énorme dans la tendance Otanienne à la mécanisation des forces. C'est dû au programme de dissuasion nucléaire qui va siphonner d'énormes crédit pour obtenir une dissuasion viable*.
Le peloton de CLB fonctionne de la façon suivante: c'est un noyaux à trois canons autour duquel rayonne un élément d'investigation. Cet élément a pour buts principaux** de:
- guider les canons sur l'ennemie,
- d'alerter d'une attaque par les arrières,
- se placer dans un trou pour éviter les infiltrations.
La constitution*** de l'élément d'investigation a changé au cours du temps. Il y a eu les jeep willys, les P4 à partir des années 80 puis le VBL. On trouvait aussi une estafette qui a disparu il y a 20 ans.
Le noyau "canons" se comporte comme un peloton de chars avec des limitations dues à sa moindre mobilité tout terrain, son moindre blindage et sa moindre puissance de feux. Dans le combat, le peloton va se rearticuler régulièrement en fonction de la situation. Il fera des choix de sûreté (VBL en tête), offensif (canon en tête), sur plusieurs axes. Il peut se découper en plusieurs combinaisons que l'on désigne 31, 32, 33.
Dans les années 80, l'armée de terre commence à combler son retard. À ce moment, les faiblesses sont en cours de colmatage. La protection de la force devient progressivement un terrain multiplicateur de force à défricher. Le trou que représente la P4 dans la Reco et l'anti-char est décelé. Résister aux petites mines et aux premières rafales est une force supplémentaire face aux russes, surtout que l'AMX-10RC est une réussite. Il doit être mis en valeur.
Que fait l'OTAN pendant ce temps?
Il y a plusieurs tendances qui vont se marier:
- Les armées Otaniennes pensent comme nous les unités d'éclairage****. Maintenant, elles confient les missions de reconnaissance aux unités lourdes (La France reste légère sur ce créneau.). Le but est de fixer l'ennemie pour lui empêcher de s'enfoncer en allemagne. Ainsi, aucune armée Otanienne ne va employer de 4x4 dans une cellule à but agressif. Il y a l'anti-char missile, bien sûr mais c'est autre chose (ce n'est pas une arme d'attaque à proprement parler).
- Le développement de la cavalerie va choisir le tout chars lourds. On tend ainsi progressivement vers une unique force lourde chargée de faire face au PaVa.
Dans cette logique, le besoin en VBL n'apparaît pas dans les armées Otaniennes. On voit plus des véhicules comme les Luchs, Scimitar... sur ce créneau.
Une fois cette présentation (imparfaite) faite, il faut réfléchir au besoin tactique et à la faisabilité technique.
2- Le besoin en petits blindésa) Nous avons été dans une illusion.
- La ligne de front est une exceptionNous vivons dans l'illusion que la ligne de front serait LA norme de l'organisation spatiale d'un déploiement de force lors d'une guerre. Nous sommes conditionnés à croire qu'il existerait une ligne à partir de laquelle les véhicules doivent être de moins en moins blindé au fur et à mesure que l'on s'en éloigne.
Comme l'OTAN et d'autres armées veulent mettre le plus grand nombre de char en tête pour disloquer l'adversaire*****, l'intérêt porté vers un petit blindé n'émerge pas.
Je rappelle: seuls les français lancent des Reco avec des 4x4. La Reco OTAN se fait au Luchs et Leopard-2
- D'autres guerres ont lieuCes guerres, bien réelles, ne sont pas la priorité de la doctrine. Cette dernière ne se concentre que sur le faire face au Pacte de Varsovie.
Ainsi, les conflits où il n'y a pas de ligne de front, dans lesquels Grande Bretagne et France sont engagées, sont décrites comme des événements non-normatifs tant que la logique Est/Ouest perdure. De fait, aucun pays ne va lancer l'acquisition de véhicules de liaison blindés. On a des exceptions comme les Land-Rover blindés pour l'Irlande du Nord.
Il faut citer les pays en proie à des luttes insurrectionnelles. Ceux-ci sont engagés dans des opérations hybrides police/armée et ont besoin de blindés de ce genre pour assurer la sécurité de leur force. Sauf que ces pays sont pauvres à l'exception de l'un d'entre eux.
L'Afrique du Sud va porter son intérêt sur une systématisation du blindage de ses véhicules. La différence porte juste sur la nature de la menace: le minage de harcèlement. Celui-ci impose des blindés de minimum 10t. Le VBL immunise contre les mines anti-personnels et la mitraille.
b) Est-ce facile à produire?
On peut penser qu'un petit véhicule est facile à produire car petit. En fait, si on veut de la qualité (fiabilité des composants, protection obtenue), c'est difficile.
Il faut voir qu'il n'y a pas beaucoup de concurrents dans le moins de 5t, surtout dans les années 80.
Donc, considérant qu'un tel véhicule est difficile à produire et qu'aucune doctrine d'armée occidentale est capable d'exprimer le besoin de ce genre de véhicule, je pense que le VBL est, en soi une innovation.
La difficulté de cette perception est, qu'en 2012, nous voyons les effets du conflit yougoslave qui va généraliser (pour certaines armées seulement) le blindage des véhicules d'éclairage.
* Petit rappel: pour qu'une dissuasion nucléaire fonctionne, avoir la bombe ne suffit pas. Il faut la maîtrise totale de trois choses indissociable:une bombe qui explose de façon certaine, des vecteurs et enfin une chaîne de commandement non-décapitable.
** Question: n'est-ce pas ce que l'on attend des drones??
*** Le peloton de CLB se compose de trois "roue-canon", trois VBl et un camion d'allégement non blindé. On surnomme cela une organisation 33.
**** L'éclairage est une mission de renseignement où le combat avec l'ennemie est évité. La reconnaissance, elle, prend en compte la possibilité de combattre pour obtenir du renseignement.
***** C'est l'approche de la Guerre de seconde génération.