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olivier lsb

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Posts posted by olivier lsb

  1. Le 25/01/2023 à 11:56, tipi a dit :

    Non, pas de Rafale mentionné, mais la tribune débute par l’expression d’une volonté de coopération militaire.

    Et plus précisément, ce passage

    Citation

    Lorsque l’Irak a été confronté aux dangers du terrorisme et a dû mener un combat fatidique contre les forces du mal au nom de la région et du monde, la France a été l’un des premiers pays à offrir son aide. Les soldats français ont participé à la libération des territoires irakiens, en particulier à Mossoul. Notre coopération dans le domaine de l’armement, de la formation et du renseignement montre en outre qu’un partenariat stratégique à long terme unit Bagdad à Paris pour assurer une victoire durable contre les forces terroristes et une stabilité pérenne de la région.

    Le désir qu’a notre pays de renforcer sa coopération militaire et sécuritaire avec la France s’inscrit dans une volonté d’améliorer les capacités de combat de ses forces de sécurité en s’appuyant sur le rôle de conseil et de formation qui est aujourd’hui celui de la coalition internationale. Nous réexaminons constamment le rôle que joue la coalition internationale et la relation que nous entretenons avec elle à la lumière du développement des capacités de combat de nos forces armées.

    La capacité de combat des forces armées Irakiennes, citée deux fois en deux phrases. 

    En tout cas, voir un Al-Soudani diriger l'Irak, c'est à en perdre son arabe. J'ai quand même été vérifier que Mohammed Shia Al-Sudani n'était pas sunnite. 

  2. il y a 22 minutes, gustave a dit :

    Si cela nous permet d'éviter de sortir quelques-uns de nos rares XL sans pour autant que l'Ukraine y perde je ne vois pas ce qu'il y a à regretter.

    Qu'on livre ou qu'on ne livre pas, peu importe ce n'est pas sujet. Et personnellement, je suis assez neutre sur les Leclercs: les Ukr ont besoin de ce soutien et je pense qu'on doit le leur fournir, mais la situation de nos stocks est très particulière (euphémisme) et ne nous incite pas à faire du zèle sur le sujet, dans le contexte présent. Maintenant que la barrière psychologique de livraison des MBT a sauté, il y a beaucoup moins d'intérêt à ce que nous nous engagions.  

    L'enjeu est ailleurs, il faut voir les plus grands enjeux dans cette triste actualité. Enfin, il faudrait voir plus grand, mais les Allemands ne sont pas foutus de faire semblant de vouloir se coordonner avec un pays "ami", "allié", puissance nucléaire et avec qui ils partagent une unité militaire en commun (n'a-t-on pas fêté en grande pompe les 60 ans du traité de l'Elysée il y a 4 jours ?). Et ça n'est qu'une des nombreuses métastases de nos errements en France concernant l'Allemagne, dont les manifestation les plus critiques sont à chercher du coté des projets industriels de l'armement. 

    Le pivot de la coordination militaire entre la France et l'Allemagne passe donc par les Etats-Unis (aide militaire à l'Ukr, PATMAR, article F-35...) ou l'UE sans la France (DA haute atmosphère, satellites...). Et nous avons indirectement recherché cette situation en ne voulant pourtant que le couple Franco-Allemand. Pis encore, il semblerait que nous soyons incapables de larguer ce partenaire polyamoureux. 

    La poignée (parce qu'il n'a jamais été question de plus) de XL livrés ou pas est absolument anecdotique dans cette histoire. 

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  3. Il y a 7 heures, CortoMaltese a dit :

    Je crois que tu sous-estimes le "Rubicon cognitif" qui a été franchi avec la mobilisation de septembre. Il ne faut pas réfléchir toute chose égale par ailleurs, comme si la Russie continuait à agir comme un pays en paix qui essaye de limiter ses dépenses militaires à un niveau soutenable et misant sur le volontariat pour ses forces armées. Là, Poutine s'est résolu à mobiliser, quasiment en dernier recours, et ... ben ça a marché. Les mobilisés se battent, l'opinion semble l'avoir accepté bon gré mal gré, et il ne semble pas que le pays soit au bord de la révolution. Une Russie qui gagnerait en Ukraine, ce serait un pays où la mobilisation est devenue banale, où l'industrie tourne à plein régime et où les contraintes darwiniennes de la guerre insufflent inévitablement un élan d'efficacité à des structures jusque là corrompues. Donc une Russie avec un budget militaire multiplié par 2, une ressource humaine virtuellement illimitée, des cadres expérimentés par 1 ou 2 ans de guerre de haute intensité et une structure politico-militaro-industrielle plus efficiente, c'est une Russie potentiellement bien plus puissante que celle de 2022. Peut-être que cette Russie militarisée dystopique aura réellement le niveau de puissance dont on créditait (à tort) la Russie pré-24 février.

    Force est de constater que la mobilisation a réussi et n'est pas pour l'instant, le chant du cygne qu'on pouvait penser. La ou je rejoints @Heorl, c'est que l'AdT Russe doit 1. dépenser des ressources colossales pour former simplement à un niveau basique des civils 2. a perdu un effectif considérable d'officiers, sous-officiers et soldat du rang expérimentés que ne compenseront pas des mobilisés, même aguerris, qui voudront certainement retourner ensuite à leur vie civile et 3. peut rester paralyser sur le plan industriel par une politique de sanctions, qui seront certainement levées avec une grande prudence par l'Ouest et en échange d'un abandon de toute politique de réarmement façon République de Weimar. 

    Plus grave à mes yeux, car le poisson pourri toujours par la tête, je n'ai pas le sentiment qu'au plus haut niveau du corps des officiers, une politique basée sur la "méritocratie" militaire se soit progressivement installée: la valse des généraux commandant l'OMS, les désignations d'officiers en charge du front pour équilibrer l'influence de Wagner, le désastre du nouvel an malgré des mois de présences des HIMARS et leurs effets connus, absence d'opérations combinées complexes etc... 

    Je peux me tromper, mais l'AdT Ru redeviendra une force puissante et redoutable pour l'Ouest quand elle en aura terminé avec la culture du mensonge qui est en place: de la en découlera le recul de la corruption, du manque de confiance dans l'institution et ses officiers et du manque d'entraînement efficace pour la troupe. 

    Mais pour que cette culture du mensonge recule, encore faudrait-il interroger et réformer tout le système politique en place...

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  4. Il y a 10 heures, Alexis a dit :

    Ce n'est pas le coût financier qui fait tiquer, c'est le risque lié à la perte de capacités longues à reconstituer - et si une urgence, y compris une urgence plus grande que l'aide à un pays certes amical mais pas allié, se présentait entre-temps, avant qu'elles soient reconstituées ?

    L'argent est évidemment un point de référence et une mesure importante, mais l'idée sous-jacente à la mesure par l'argent est que tout est interchangeable et remplaçable, ce qui est vrai dans certains cas, mais pas dans tous.

    Il n'y a pas de fournisseur qui puisse reconstituer les stocks américains en Javelin ou en obus de 155 mm en moins que plusieurs années. Quel que soit le prix. De même, délai incompressible pour refabriquer des Caesar. Quant au délai pour relancer une chaîne de production de Leclerc :unsure: ...

    [...]

    Même les Etats-Unis agissent en coalition et à l'heure actuelle, si j'étais cynique comme un Américain, je dirais que la ponction sur les stocks US est réel, mais assez largement soutenu par les stocks et les chaines industrielles des pays Européens. Le front Est ne présente plus aucune menace pour 10/15 ans pour l'armée conventionnelle Américaine, même réduite de ses stocks.

    Maintenant regardons l'unique autre adversaire de taille conventionnelle des Américains, les Chinois, dans le cadre d'un conflit à Taiwan, ou bien la Corée du Nord dans le cadre d'un conflit avec la Corée du Sud. La coalition de pays est déjà connue et désignée par avance: Japon, Corée du Sud, Taiwan, Australie et US en soutien. 

    Les industries Nippones et Coréennes, c'est pas rien en terme de puissance industrielle, les Polonais ne s'y sont pas trompés. Les stocks Coréens, je veux même pas y penser: ils ont été taillés pour un affrontement avec la première artillerie du monde. En cas de conflit à l'Ouest, même avec des stocks US déplétés, les Américains interviendront avec ce profil d'alliés. 

    Citation

    La "neutralisation militaire de la Russie", je n'y crois pas du tout.

    Il y a certes eu pertes importantes dans les matériels de l'armée russe en 2022, dépenses importantes de munitions, et perte de personnels expérimentés. Il y a aussi actuellement relance de la production militaire ainsi que de l'entraînement de troupes qui deviendront elles aussi expérimentées. 

    La Russie rencontrera évidemment des difficultés et des goulots d'étranglement dans cette entreprise, sa situation n'a pas de raison fondamentale d'être meilleure que celle des pays occidentaux. Elle n'a pas non plus de véritable raison d'être pire, les composants électroniques militaires ne sont en général pas à la pointe de la technologie de toute façon, et elle parviendra à les remplacer par des équivalents locaux ou chinois, probablement sans trop de difficultés, même si certes il y faudra du temps.

    Malgré les pertes à venir dans sa guerre contre Kiev, Moscou mènera probablement à bien le projet annoncé par Poutine d'augmenter de 50% les effectifs en trois ans, pour arriver à 1,5 million de militaires. Cette armée sera sans doute moins bien équipée en moyenne que l'armée d'un pays occidental "typique", mais sans que la différence ne soit abyssale. Elle pourra sans doute aussi en partie s'équiper en Chine. D'autre part, ce sera une armée éprouvée et expérimentée, bien davantage que l'armée occidentale "typique".

    Ceci quelle que soit la suite du conflit. Même en cas de défaite en Ukraine. Encore davantage si la Russie l'emporte naturellement. Et en cas de conflit gelé aussi bien entendu.

    Le budget militaire de la Russie en 2021 représentait 3,7% du PIB. Moins que les Etats-Unis qui dépassent largement les 4% quand on inclut le coût des pensions. Nettement moins qu'Israël qui est descendu depuis dix ans entre 5 et 6% du PIB, et ils étaient au-delà de 10% jusqu'aux années 1990. La récession en Russie en 2022, prévue aussi en 2023, est modérée, et ne remet pas en cause la capacité de financement d'un pays dont la balance des paiements reste structurellement excédentaire.

    Dans son discours annonçant l'augmentation de l'armée russe, Poutine a promis de ne pas répéter les erreurs du passé, l'URSS ayant aggravé ses problèmes par des dépenses militaires excessives (supérieures à 15% du PIB si je me souviens bien) Il tiendra cette promesse... ou pas.

    Mais même s'il la tient, la Russie sera tout compte fait plus puissante militairement dans trois ou cinq ans qu'elle ne l'était en 2021. Probablement très nettement. Surtout en tenant compte de l'expérience acquise.

    Pour capitaliser sur les expériences du conflit en cours, et améliorer les matériels et l'Humain, il faut à mes yeux deux choses, nécessaires mais pas exclusives:

    - une chaîne industrielle puissante, une organisation méticuleuse appuyée par une politique publique efficiente (coucou la corruption), à l'image des industries allemandes des années 30

    - une formation des militaires, officiers et sous-officiers, particulièrement soignée. Donc une culture de l'entrainement et de la transparence. Or comme le disait Yakovleff, pour s'entraîner efficacement, encore faut-il avoir une certaine culture de la vérité et de la transparence, car "s'entraîner veut dire résoudre des problèmes", donc les admettre en premier lieu. 

    Ni sur le premier point, par la corruption généralisée, ni sur le second, par le mensonge institutionalisé en politique d'Etat, je ne vois la Russie aujourd'hui meilleure qu'hier en temps de paix. Pire encore, la ou l'Ukraine est obligé de balayer à marche forcée et pour le meilleur, les fantômes de la corruption issue des mauvaises pratiques du passé, contrainte par les bailleurs de fonds et sous pression financière, la Russie doit au contraire poursuivre et faire tapis sur les mensonges d'état, pour préserver stabilité et consensus social.

    Donc empirer ce qui étaient déjà des mauvaises pratiques de gouvernance.

     

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  5. Il y a 2 heures, MIC_A a dit :

    Le mot "incompétence"  n'est certainement pas adapté à la situation présenté !

     

    Évidemment, je ne faisais que reprendre l'esprit d'une certaine narration comme quoi les ukr ne pourraient prendre en charge certaines maintenances sur les MBT occidentaux.

    Maintenant c'est certain, c'est pas la même quincaillerie et je veux bien croire que la technicité est toute autre, mais il y a un entre deux que les ukr arriveraient bien à gérer je pense, ils ont démontré une vraie capacité d'apprentissage et d'acculturation à nos matériels. 

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  6. il y a 3 minutes, bubzy a dit :

    Je ne pense pas qu'à long terme la Russie puisse gagner une guerre d'attrition. 

    Je développe ma pensée. 

    D'un point de vue certes cynique mais je pense réaliste vis à vis du complexe militaro-industriel qui existe en occident (surtout aux US, et un peu dans d'autres pays), c'est tout un pan de l'économie qui se frotte les mains. Nous avons déjà commencé à livrer du matériel neuf à l'Ukraine, et l'occident se met déjà en ordre de marche pour livrer du matériel à flux tendu. C'est le cas des missiles anti-char et des obus, dont la consommation excessive par rapport aux stocks initiaux a fait réagir les états par deux fois. La première fois parce que nos stocks se vident, la seconde en réalisant qu'une guerre de haute intensité est fortement consommatrice en munition. Et l'état qui aura l'armée non pas forcément la mieux équipée en matériel High tech, mais capable d'imposer son rythme opérationnel seulement à cause de son stock de munition va bénéficier d'un avantage très significatif. 

    Aux USA, ils ont déjà commencé à augmenter la production de munitions d'artillerie de plusieurs types. Et on augmente pas une capacité industrielle pour livrer seulement un surplus d'obus pour quelques mois. 

    La prochaine étape pour le soutien à l'Ukraine sera de livrer du matériel neuf. Pour le CAESAR, c'est déjà plus ou moins le cas. Et pour d'autres, ça ne saurait tarder. Même en France, la révision du budget et de la LPM vont mettre l'accent sur la capacité de production industrielle. 

    D'un point de vue politique, c'est assez "facile" de durer sur le moyen terme. Faut voir la capacité que nous avions eu à nous engager sur le long terme sur plusieurs conflit, et ce en envoyant nos propres hommes (Afghanistan notamment). Alors envoyer du matos...

    On trouvera toujours le budget, car de toute façon ça alimentera l'économie, ça donnera de l'emploi, et ça fera rentrer des sous. Les USA et l'Europe ont la capacité de s'endetter, et si la politique suit, les capacités industrielles seront bien supérieures à celle de la Russie. Si la machine se met en branle, la guerre pourra bien durer. 

    Avec du matériel de meilleure qualité (me faites pas dire que le matos Russe c'est de la m.) qui offre des avantages tactiques et stratégiques conséquents, et qui arriveraient en nombre... Je ne vois pas comment les Russes pourraient continuer à jouer sans souffrir. 

    De plus, un changement de régime de la Russie serait bénéfique aux occidentaux. Donc ils y mettront les moyens. Même si au final ils ne récolteront que le chaos et que ça ne leur sera pas bénéfique du tout. Mais là... faut aller voir un oracle. 

     

     

    Tout à fait d'accord. Les US se sont assez bien remis financièrement de la guerre en Irak, qui aura surtout profité aux entreprises US et très peu aux Irakiens. il en ira de même pour ce conflit, et la somme des capacités industrielles faméliques de l'Ouest dépasse à mon avis largement celles de la Russie. 

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  7. Partie 2

    Citation

    50 blindés britanniques

    En 2019, l’arrivée au pouvoir du président Zelensky avait inquiété le monde associatif, qui redoutait d’être mis à l’écart. Mais depuis le 24 février 2022, une forme d’union sacrée s’esquisse. « C’est spectaculaire : l’Etat ne se bat pas seul, toute la société est derrière nous, contrairement à ce qui se passe en Russie », lance Mykhaïlo Podolyak, conseiller spécial à la présidence. Aujourd’hui, la rapidité du processus d’agrément pour l’importation des armes laisse deviner la bonne volonté gouvernementale. Reviens vivant reste, pour l’instant, la seule ONG autorisée.

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    Serhiy Prytula, fondateur de la fondation Prytoula, dans son bureau, à Kiev, le 21 décembre 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

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    Des enfants « donateurs » ont été invités à rencontrer Serhiy Prytula, dans les locaux à Kiev, le 21 décembre 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

    A la fondation Serhiy Prytoula, Serhiy Prytoula lui-même paraît être un double de Volodymyr Zelensky : 40 ans lui aussi, ancien acteur lui aussi, tenté par la politique lui aussi. Dans le hall d’accueil, il signe des autographes à une volée de gamins, venus en joyeuse délégation lui porter leurs économies. M. Prytoula s’apprêtait à lancer un parti d’opposition quand la guerre a éclaté. « La patrie avant tout », dit-il aujourd’hui. Le président Zelensky l’a déjà décoré deux fois. « Si j’ai des questions à lui poser, je le ferai après la victoire. » Sa fondation est devenue l’une des plus puissante, capable de lever 15,5 millions d’euros pour offrir à l’armée ukrainienne l’accès aux données d’un satellite finlandais. Lorsque les militaires lui en ont fait la suggestion, Serhiy Prytoula les a d’abord pris pour « des extraterrestres ». Il en est fier aujourd’hui : « En fait, c’était une putain de bonne idée. OK, les gens sont vraiment en colère, mais nous transformons leur colère en quelque chose d’utile. »

    Non agréée pour les armes offensives, sa fondation s’apprête à réceptionner 50 blindés britanniques de transport de troupes FV103 Spartan – « d’occasion, mais à peine utilisés » – vendus par une société privée. La collecte, lancée un matin sous le slogan « Attrapez-les tous », a réuni les 5,1 millions d’euros avant le début du couvre-feu. Des Spartan avaient déjà été livrés à l’Ukraine par la Grande-Bretagne, mais dans le cadre d’un don d’Etat à Etat. Il n’y en avait que 35 alors.

    « Equipements dernier cri »

    Timidement, un jeune soldat pousse la porte de l’association SOS-Army, allure de villageois qui débarque dans la capitale, le genre à n’avoir aucun réseau pour l’aider, encore moins d’argent dans les poches. C’est son supérieur en personne qui lui a recommandé d’aller vers les ONG pour certains types d’équipement. « Tu verras, c’est plus rapide, moins de paperasse et du matériel plus moderne », lui a dit le gradé. Le jeune homme demande une tablette équipée d’un logiciel de guidage d’artillerie Kropyva (le chardon), la spécialité de SOS-Army, conçue par les bénévoles eux-mêmes. Ils sont 100 000 déjà à l’utiliser dans l’armée ukrainienne, selon Anna Morozova, 53 ans, une carrière dans les assurances avant de travailler à l’association.

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    Anna Morozova, dans les locaux de l’association « SOS-Army » à Kiev, le 21 décembre 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

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    Un soldat vient récupérer une tablette dans les locaux de l’association « SOS-Army » à Kiev, le 21 décembre 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

    Les armes, les munitions, l’équipement lourd sont toujours livrés par l’Etat à plus de 95 %, mais aucun chiffre réel n’est donné sur la part des contributions des volontaires dans le budget de la défense. Serait-ce même possible avec la multitude d’associations, certaines microscopiques, dévouées parfois à un seul checkpoint ? Et comment comptabiliser les bols de soupe ou les paires de chaussettes ? Mais « sans eux, on serait comme les soldats Russes : des SDF », dit un autre militaire. « Les volontaires nous fournissent tous les équipements dernier cri, on se sent des super-héros. »

    En ce moment, « Cheveux roses » négocie avec des fournisseurs de Pologne, de République tchèque, d’Estonie, du Canada. Quelques sociétés ont commencé à la contacter, discrètement, proposant ce qu’ils ont en stock, hélicoptères américains ou blindés légers TAG. Et elle, avec sa petite voix flûtée : « Combien pièce ? »

     

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  8. Un reportage très intéressant sur une ONG Ukrainienne qui fournit des équipements à l'armée Ukrainienne, ou comment une organisation de la société civile a réussi à lever des fonds, acheter des blindés ou des accès satellitaires, pallié à certaines déficiences des AFU. 

    https://www.lemonde.fr/international/article/2023/01/19/en-ukraine-aupres-des-ong-qui-fournissent-des-armes-aux-combattants-sans-eux-on-serait-comme-des-soldats-russes-des-sdf_6158546_3210.html

    Citation

    En Ukraine, auprès des ONG qui fournissent des armes aux combattants : « Sans eux, on serait comme des soldats russes, des SDF »

    Une nouvelle loi permet désormais aux ONG caritatives ukrainiennes d’importer des armes offensives lourdes.

    Par Florence Aubenas

    Publié le 19 janvier 2023 à 18h00, mis à jour le 19 janvier 2023 à 18h06

    Difficile de penser que c’est bien elle, avec ses cheveux roses et ses petits mouvements d’oiseau, la négociatrice secrète en armement militaire pour la fondation ukrainienne Reviens vivant. Dans la pénombre d’un café de Kiev, où tremblent quelques bougies, elle peine à se concentrer sur autre chose que sa fille, 10 ans, qui l’attend dans un appartement à peine chauffé. D’emblée, elle annonce : « Tout est légal. » C’est même elle, la jeune femme aux cheveux roses, qui vient de faire muter la législation ukrainienne pour autoriser les associations caritatives à importer du matériel militaire offensif.

    Reviens vivant est aujourd’hui la seule ONG de la planète capable d’offrir à l’armée nationale des lance-roquettes longue portée et des drones de combat turcs Bayraktar TB2 (environ 3 millions d’euros pièce) grâce à ses collectes de fonds. C’est peu dire que l’Ukraine a basculé dans une autre réalité en onze mois de guerre.

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    Andryi, permanent de l’association Reviens vivant, à Kiev, le 22 décembre 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

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    Dans les locaux de l’association Reviens vivant dans le centre de Kiev, le 22 décembre 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

    Aujourd’hui, le pays enrage. Terminé les signes d’effroi ou d’abattement : chaque famille – ou presque – pourrait raconter l’histoire d’un de ses enfants qui a demandé des armes en cadeau pour les fêtes. De nouveaux prénoms apparaissent, Bayraktar pour les garçons – comme le fameux drone – ou Javelina pour les filles, une variation de Javelin, le lance-missiles antichar américain. « Avec mon argent, je veux que vous achetiez de quoi tuer le plus de Russes possible », balancent crûment des retraités sur le site de Reviens vivant. Plus les équipements sont meurtriers, plus les levées de fonds font recette. « L’histoire est en train de s’écrire, les gens veulent en être, participer à la victoire », dit Andriy, vétéran de 30 ans et permanent à l’association.

    Les dons affluent de partout

    Vu d’Ukraine, la récente autorisation d’importer des armes pour les ONG paraît moins une surprise que la suite logique d’un mouvement civil, très particulier au pays : cela fait longtemps qu’ici, le militaire se mêle à l’humanitaire. Pour le comprendre, il faut se souvenir de 2014. L’armée nationale est à l’époque en plein démantèlement, orchestré par une partie de la classe politique. Fidèle à Moscou, elle soutient que la Russie sera le bouclier de Kiev, pas son agresseur. Seuls 5 000 militaires sont alors en alerte opérationnelle, 4 % des troupes sont équipées de gilets pare-balles.

    Lorsque la guerre éclate dans le Donbass cette année-là, un élan populaire s’organise spontanément pour soutenir cette armée aux mains nues, depuis l’achat de sous-vêtements jusqu’à la livraison de matériel de communication sophistiqué ou de véhicules. Bref, tout pour la ligne de front, sauf des armes offensives, objet d’une réglementation spécifique. Très vite, les volontaires ukrainiens vont se révéler des figures majeures du pays, les premiers à qui la société accorde sa confiance, loin devant les responsables institutionnels et les hommes politiques.

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    Un char russe exposé sur l’avenue Khreshchatyk pour les célébrations du jour de l’Indépendance, à Kiev, le 27 août 2022. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

    Huit ans plus tard, au siège de l’association Reviens vivant, à Kiev, chacun garde en tête le matin de l’invasion russe, le 24 février 2022. Dans cette seule journée, l’ONG a récolté autant de fonds que durant toutes les années précédentes : 300 millions de hryvnias (7,5 millions d’euros). Les dons affluent de partout, d’importantes sociétés ukrainiennes comme l’opérateur téléphonique Kyivstar ou la compagnie de taxi Uklon, un oligarque ou deux, et surtout des millions de particuliers.

    Il faut dire que Reviens vivant fait figure de référence dans le secteur. Apolitique, elle publie scrupuleusement ses bilans financiers, assure aussi des formations militaires et fournit de l’aide aux vétérans. Son président, Taras Tchmout, 29 ans, répète volontiers qu’elle est devenue bien plus qu’une ONG : un acteur capable d’influencer l’état-major et la défense. « Cette fois, on s’est dit qu’on ne gagnerait pas avec des gilets pare-balles », se souvient Andriy, le permanent de l’ONG. C’est là que « Cheveux roses » entre en piste.

    « Il fallait avancer masqué »

    Fonctionnaire au ministère des anciens combattants, juriste, elle travaille aussi à l’association. « Il fallait avancer masqué », raconte-t-elle. Des hommes politiques prorusses sont toujours embusqués dans les rouages de l’Etat, elle en est persuadée. L’une après l’autre, elle pousse une série de lois devant la Rada (le Parlement), évitant d’abattre son jeu d’un coup pour ne pas dévoiler l’objectif final. Cela commence par la défiscalisation pour les armes (40 % d’économie), puis la simplification des procédures douanières et enfin l’autorisation accordée à des ONG d’importer des armes lourdes. Le mécanisme est simple : l’association a le statut d’acheteur et d’importateur des équipements, choisis en accord avec l’état-major. Elle en fait don à l’armée qui l’inscrit légalement dans son inventaire national. L’agrément de Reviens vivant est accordé en juin 2022.

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    Des militaires ukrainiens rendent hommage au commandant Volodymyr Kerbut mort au combat contre les forces russes près de Soledar, lors de ses funérailles à Boutcha, Ukraine, le 12 janvier 2023. RAFAEL YAGHOBZADEH POUR « LE MONDE »

    Aux Etats-Unis, l’énergie et l’audace de ce mouvement populaire fascinent. Les quatre plus grosses ONG du secteur reviennent d’ailleurs d’une tournée triomphale à Washington avec audition devant le Congrès et émission spéciale sur Fox News, une semaine avant la visite du président Zelensky en décembre 2022. « Cela prouve que la société ukrainienne ne tend pas seulement la main pour demander de l’aide sur la scène internationale : elle s’engage et contribue elle-même », s’enflamme un diplomate américain à Kiev. De son côté, l’état-major ukrainien soutient que ce système d’agrément contribuera à rendre plus transparent un marché des armes, où les intermédiaires et les commissions ont tendance à se multiplier en temps de guerre.

    D’autres pays paraissent moins enthousiastes. « Les négociations d’achat restent compliquées en Allemagne ou en Arabie saoudite, par exemple », soupire « Cheveux roses ». Là-bas, il est déjà compliqué pour une ONG ukrainienne d’exporter des stocks de lunettes à vision nocturne ou des gilets pare-balles, non offensifs, mais estampillés « mixtes », civils et militaires à la fois. Des drones sont restés bloqués à la frontière d’un pays postsoviétique par un douanier d’origine russe. « Cheveux roses » cache soigneusement son carnet de commandes et ses expéditions, « y compris dans les cercles ukrainiens les plus confidentiels ».

     

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  9. Il y a 3 heures, gustave a dit :

    On parle du M1 Abrams ici je suppose ?

    Ah touché ! Alors non ça ne parlait pas de M1, même si c'est la même soupe aux bonnes excuses qui a été servie pour le M1 (lunaire les débats sur la consommation ou l'entretien d'un moteur à turbine... Comme si les Ukrainiens n'avaient pas appris sur le tas à entretenir les turbines des T-80 qu'ils n'ont jamais eu en parc). Toutefois à la place des Ukrainiens, difficile de critiquer les US, non pas parce que ce sont les US en soit, mais parce que l'aide fournie à date est tout simplement sans équivalent. 

    il y a 5 minutes, gustave a dit :

    Je suis certain que ce ne sont pas les EM qui ont proposé de bon cœur de se séparer de 25% de leur artillerie ou de se préparer à donner un escadron de XL. Et je crois que nous avons suffisamment discuté de ces stocks que tu évoques pour savoir qu'hormis aux US ils n’existent tout simplement pas (je te renvoie à l'émission du podcast de l'IRSEM "le collimateur" sur ce sujet). C'est évidemment dû à des décisions bien antérieures (comme tout), mais cela ne change rien au processus décisionnel actuel.

    Quant à parler d'enthousiasme des armées quant aux coupes qui ont été effectuées je serai curieux de savoir d'où tu tiens cela.

    Oui je pense aussi que les EM doivent bien grincer des dents en ce moment, avec un gros bémol toutefois: le budget ne devrait plus être un sujet pour quelques années, les arbitrages leur ayant été largement favorables pour la prochaine LPM. A eux de transformer cette opportunité pour repenser le rééquipement.

  10. il y a 34 minutes, CortoMaltese a dit :

    La vérité se situe probablement entre les deux, disons qu'il faut éviter les balles et les scandales diplomatiques, ce que la France a pas trop mal fait jusqu'ici en livrant le minimum, le soucis étant plutôt du côté de pas mal de déclarations malheureuses de Macron. Par exemple, les allemands, eux, vont probablement se manger un contrecoup sévère en terme de commandes militaires en Europe si le drame des Leopard continue. Alors que l'Allemagne a livré plus que la France, dans l'absolu. Mais la communication a été tellement mauvaise, les allemands ont tellement tout fait pour se mettre une cible sur le dos et servir de bouc émissaire, que tout ce que le monde compte de sympathisants de l'Ukraine aujourd'hui, du diplomate européen au quidam sur Twitter, considère l'Allemagne comme la honte du continent.

    Les allemands, par leurs tergiversations, les déclarations incohérentes de Scholz et de ses ministres, le tout alors que Ramstein avait braqué les yeux sur eux et sur la question des chars, ont provoqué tout seul une catastrophe communicationnelle. Il aurait suffit de dire à Ramstein "Nous sommes fermement du côté de l'Ukraine et ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elle gagne cette guerre. Nous donnerons une licence d'exportation à tout pays qui veut donner du matériel allemand à l'Ukraine, Leopard compris. Et nous allons nous même commencer à entraîner les ukrainiens sur lesdits chars" et ça suffisait à éteindre 90% de la polémique, même sans promesse formelle d'en donner soi même. Car il semble bien que nos amis polonais qui hurlent à la mort que l'Allemagne trahi l'Europe, n'ont même pas fait de demandes formelles à l'Allemagne pour la licence d'exportation. Les allemands auraient eu beau jeu de le dire fort, et de souligner que le jour où cette demande leur parvient, elle sera signée dans l'heure. Mais non, ils ont préféré s'enfoncer. 

    Les relations humaines, et la diplomatie en fait partie, sont avant tout des questions de dynamiques et de narratifs. L'important c'est moins ce que tu fais que comment tu es perçu, et les deux ne se recoupent que très partiellement. 

    Effectivement, les fausses excuses servies sur la complexité d'un système d'armes ou de sa maintenance commencent à agacer en plus haut lieu et à être publiquement dénoncé. 

    Et pendant ce temps là, en Biélorussie, Louka fait tout pour saboter sa participation à la guerre en Ukraine, illustration 

     

     

     

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  11. il y a 22 minutes, Stark_Contrast a dit :

     

    Même si la Russie "se réinvente" (j'ai déjà vu cette phrase une fois), l'Occident commencera-t-il à rouvrir le commerce et à abandonner les sections contre la "nouvelle Russie" ? Et une telle chose sera-t-elle possible alors que tout le monde fait du commerce avec d'autres ou est passé à autre chose ?

    Oui à 99%. Mais la réinvention passe par l'accession aux demandes ukrainiennes : restitution de tous les territoires Crimée incluse, réparations, procès.

    Çà serait une belle réinvention, et à ces conditions, les intérêts respectifs Russie / ouest en seront quittes. 

    La Russie a militairement perdu la guerre, mais je ne crois pas qu'elle perdra stratégiquement le conflit : si les demandes ukrainiennes sont acceptés, l'ouest voudra sûrement priver ensuite la Chine d'un allié, sachant que les russes n'oublieront déjà pas le peu d'entrain de Xi à soutenir dans la durée la guerre de Poutine.

     

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  12. il y a 11 minutes, gustave a dit :

    Totalement illusoire. Le choix de ces pays est déjà fait, et il n'est pas français et encore moins en relation avec une autonomie stratégique européenne ni même une défense européenne fantasmatique.

    Cela relève de la même utopie que le partenariat SCAF...

    Mais cela aurait plus sa place sur l'autre sujet lié à ce conflit.

    Pas d'accord: si la Corée du Sud a pu prendre un marché de 1000 MBT et de centaines d'obusiers, c'est pas que de la persécution anti-Française, même si j'ignore rien de appréciations Polonaises à notre encontre, on peut aussi 1. balayer devant notre et 2. la diplomatie sert à çà aussi, à aplanir les différents et construire de meilleurs relations. Au passage, on leur a quand même vendu deux satellites récemment, donc y'a pas de fatalité. 

    Pour rappel, la politique Française vis à vis des pays d'Europe centrale, pour ne pas dire vis à vis de l'UE entière, s'est réduite à "couple Franco-Allemand". C'est aussi de là qu'on part, et y'a du travail. 

    il y a 6 minutes, jean-françois a dit :

    Quand aux contrats pour la reconstruction, il ne faut pas rêvé : la majorité ira aux entreprises US et l'Europe ( qui la financera ) n'aura que les restes.

    A voir, un peu péremptoire, car fallait peut être aussi y penser avant de défendre une position "en même temps" qui peut toujours s'expliquer à grand renforts d'arguments moraux et prudents, mais qui mine de rien, a tendance à mettre en porte à faux une bonne douzaine de nos partenaires Européens, sans même parler de l'Ukraine.

    On ne peut pas sérieusement penser qu'on aurait eu raison seul contre tous, chouiner ensuite au sujet des procès en arrogance Française et des marchés perdus. 

  13. Intéressant cet article, il y aurait donc bien des inquiétudes économiques pour l'Allemagne, au delà de la préservation de ses intérêts avec les Russes. Je trouve que l'argument du remplacement immédiatement par d'autres chars (donc M1, porté en accusation dans l'article comme le fossoyeur de l'industrie de l'armement Allemande) me parait un peu trop instrumentalisé: oui les Allemands ne peuvent fournir rapidement de grosses quantités de MBT en remplacement (encore que... si seulement ils allaient chercher des capacités industrielles avec les Français via KNDS...) mais je crois que tous les pays candidat donateurs ne sont pas aussi pressés que ce que suggère l'article, dans la nécessité de leur rapide remplacement. 

    Chaque don allant contribuer à réduire la menace, si la diplomatie Allemande s'était montrée un peu plus habile, elle aurait ferré les dons de Léo2 par des engagements d'achats de remplacement, à livrer à terme dans x années, le x étant la période de temps consensuelle pendant laquelle la Russie ne se lancera pas de nouveau dans une aventure militaire désastreuse, a fortiori contre un pays OTAN

    Cet argument industrie et part de marché est intéressant, mais à mon avis pas suffisant pour expliquer les réticences Allemandes.

    Et nous on regarde toutes ces opportunités historiques passer.... Quel dommage qu'on en profite pas pour jouer une carte plus audacieuse également, genre le SCAF avec les Tchèques, le MGCS avec la Pologne. Pas pire que l'Espagne pour l'un ou l'Allemagne pour l'autre. 

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