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Tonton Pascal's Blog - 19/20 juin 1944 La seconde mort de l'aéronavale japonaise

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La phase préliminaire

En septembre 1943 l'État-Major de la Marine Impériale Japonaise mit la dernière main à l'élaboration de sa nouvelle politique opérationnelle. Le principe en était de concentrer toute la puissance de la Flotte Combinée pour détruire la Pacific Fleet au cours d'une rencontre décisive. Alors que depuis le début de 1943 le potentiel du corps de bataille japonais était soigneusement préservé après les pertes subies au cours des durs combats des Salomons; l'État-Major nippon en revenait au vieux mythe de la «grande bataille» susceptible de déterminer à elle seule l'issue du conflit.

Le 1er mars 1944 vit la création de la Première Flotte Mobile. Regroupant près de 90% des moyens de surface de la Flotte Combinée, elle fut placée sous le commandement du Vice-amiral Ozawa. Deux ans après les Américains, les Japonais organisèrent leur commandement à la mer autour de la composante porte-avions. Désormais, au sein d'une escadre c'était le commandant des porte-avions qui assumait le commandement tactique de la formation.
Le 3 mai 1944 l'Amiral Shimada, Chef d'État-Major de l'IJN, enjoignit au commandant de la Flotte Combinée, l'Amiral Toyoda de provoquer dès que possible une rencontre avec la 5ème Flotte au plus près des bases de la flotte japonaise.

1-Le plan A-Go:
Le plan A-Go prévoyait d’attirer la 5ème Flotte soit près de l’archipel des Palau soit dans les Carolines occidentales pour deux raisons:
-leur proximité des bases aériennes des Mariannes et des Philippines
-ces deux théâtres plaçaient la Flotte Combinée à moins de 1000 milles nautiques de ses bases de ravitaillement de Bornéo.
Néanmoins, les discussions au sein de l'État-Major japonais firent rapidement apparaître le risque de voir les Américains attaquer directement les Mariannes avant le mois de juillet; ceci bien avant que les planificateurs japonais ne disposent des réserves de mazout nécessaires pour faire opérer la Flotte Combinée dans les parages des Mariannes à 1 600 milles de Bornéo. En conséquence il fut décidé début mai d’utiliser le pétrole brut non raffiné directement dans les chaudières des navires de la 1ère Flotte Mobile et d’organiser une base avancée dans la rade de Tawi-Tawi dans l’archipel des Sulu à 180 milles au nord-est de Tarakan à Bornéo. Une flotte d’une dizaine de pétroliers devait stationner sur rade pour constituer un stock flottant, effort d’autant plus conséquent que les tankers étaient une denrée rare au Japon.

Les Américains eurent une idée assez précise des forces en présence à Tawi-Tawi, grâce à la capture de documents à Hollandia. Ces informations furent recoupées par les observations des sous-marins disposés aux point de passage obligés entre les bases indonésiennes et la Mer des Philippines. A partir du 14 mai le Bonefish et le Ray signalèrent des convois de tankers à destination de Tawi-Tawi. Vers le 25 mai les coastwatchers philippins identifièrent 6 porte-avions, 10 cuirassés et croiseurs, 30 destroyers et une dizaines de pétroliers mouillés dans la rade.

Le plan japonais s’appuyait sur la participation des avions basés à terre à partir d'un chapelet d’aérodromes s’échelonnant entre Chichi-Jima dans l’archipel des Bonins, Saïpan et Guam aux Mariannes, Yap dans les Carolines et enfin les Palau. 540 appareils y furent déployés.
Les avions japonais menèrent des reconnaissances à très longue distance à compter du 27 mai. Le 5 juin la TF 58 fut découverte dans le lagon de Majuro.


2-La pêche miraculeuse de l’England:
Mai 1944 fut un mois faste pour les forces anti-sous-marines américaines. Dix-sept des 25 submersibles japonais opérant entre Bougainville, les Mariannes et la Nouvelle-Guinée furent coulés. Sur les 7 bâtiments composant la ligne NA; orientée sud-ouest/nord-est au Nord-est de Manus (archipel des Amirautés) 6 furent coulés par le seul destroyer d’escorte England entre le 26 et le 31 mai. L’England opérait au sein de la ComCortDiv 39. Ces succès empêchèrent les Japonais de regrouper leurs sous-marins quinze jours plus tard, quand la 5ème Flotte se positionna devant Saïpan.

3-L'appareillage de la 1ère Flotte Mobile:
Le 13 juin, la 1ère Flotte Mobile prit la mer cap au nord nord-est vers les Philippines. Après un ravitaillement à la mer effectué dans le détroit des Guimaras, l'État-Major d'Ozawa reçut le 15 vers 09h00 l'information selon laquelle les forces américains débarquaient sur Saïpan. L'opération A-Go était lancée et au sortir du détroit de San Bernardino vers 18h35 la 1ère Flotte Mobile, accompagnée à distance par les tankers, mit le cap vers les Mariannes pour engager la 5ème Flotte. Les Japonais furent repérés par le sous-marin Flying Fish au sortir du détroit. Il était prévu que la 1ère Flotte Mobile soit rejointe le 16 juin dans l’après-midi par la puissante escadre de l'Amiral Ugaki en Mer des Philippines.
Le 17 au soir l'Amiral Ozawa reçut des informations précises sur les forces américaines opérant autour de Saïpan. Celles-ci faisaient notamment état du fait que 2 des 4 Task Groups américains opéraient des raids sur l'archipel des Volcanos au Nord. Les Japonais avaient également appris que Spruance commandait de la 5ème Flotte. Ozawa pressentit que son prudent adversaire ne s'aventurerait pas au-delà d'une certaine distance des sites de débarquement. En clair il lui faudrait aller débusquer les porte-avions de la TF 58.
Si les forces japonaises étaient largement inférieures à la Carriers Force américaine en revanche Ozawa savait pouvoir compter sur un triple avantage:
-le soutien de l'aviation basée à terre à Guam, Yap, Rota et Saïpan.
-un rayon d'action de ses appareils en moyenne supérieur d'environ 200 nautiques aux avions américains.
-les alizés de sud-est permettait aux Japonais de lancer leurs raids aéronavals tout en continuant à se rapprocher des forces américaines soit un gain non négligeable d'une trentaine de milles.

4-Les faiblesses du plan A-Go:
Outre l'échec de leurs sous-marins, les Japonais n’eurent pas d’idée précise sur l’objectif des Américains avant la mi-juin. Seulement 172 avions furent envoyés dans les Mariannes. Le 27 mai les forces de Mac-Arthur lancèrent une offensive sur Biak sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée achevant de semer le trouble au sein de l'État-Major japonais. Dans le même temps début juin le «Silent Service» préleva son tribut sur le train d'escadre japonais dans les eaux de Tawi-Tawi. Lorsque le 11 juin la TF 58 lança ses premiers raids sur Saïpan la 1ère Flotte Mobile avait déjà perdu 3 pétroliers et 4 destroyers. Le plan A-Go était fragilisé par l'excessive place donnée aux appareils basés à terre. La chaîne de commandement prévalant pour l'emploi de ces avions était complexe et si Ozawa en avait la responsabilité de fait, ces forces; la 1ère Flotte Aérienne de l’Amiral Kakuta; étaient directement rattachées à l'Amiral Toyoda.
D’autre part, les aviateurs de la marine japonaise étaient dans leur ensemble inférieurs à leurs adversaires américains. La plus grande partie des derniers bons pilotes était affectée à l'instruction au Japon.
Grâce aux bases à terre Ozawa comptait lancer ses appareils embarqués au-delà de leur rayon d’action théorique dans le but, une fois l’attaque réalisée, de les faire atterrir pour ravitaillement et reconditionnement sur les aérodromes de Guam et Saïpan en vue d’une nouvelle attaque. Ceci avait l‘avantage de placer la 1ère Flotte Mobile en dehors du rayon d’action des Catalina basés à Manus dans l’archipel des Amirautés ainsi que des avions de la TF 58. D’autre part ces attaques devaient se coordonner avec celle des 500 appareils de la 1ère Flotte Aérienne basés principalement dans les Palau (134 appareils), à Yap et Truk (107) et aux Mariannes. Mais rapidement les escadrilles des Mariannes allaient être quasiment anéanties par les attaques préventives menées entre le 11 et le 18 juin. Le 11, 225 Hellcat, furent lancés des porte-avions sur les aérodromes des Mariannes. Ils détruisirent au sol ou en l'air les trois-quart des appareils de la 1ère Flotte Aérienne pour la perte de 12 avions. Les Japonais perdirent 124 appareils rien qu'au dessus de Saïpan lors des combats aériens. Kakuta pour sauver la face minora considérablement ses pertes lors de ses compte-rendus à Ozawa. Quand la 1ère Flotte Mobile lança ses raids le 19 juin, ses forces étaient devenues négligeables.

5-Du 15 au 17 juin côté américain:
En avril 1944 une conférence inter-armes avait fixé l’objectif de la prochaine poussée américaine dans le Pacifique: les Mariannes. Cet archipel était un nœud de communication essentiel pour les Japonais entre la métropole et les derniers bastions du Pacifique. D’autre part les îles de Guam, Saïpan et Tinian offraient la place nécessaire à l’érection d’aérodromes pour les B 29. L’invasion aurait pour nom de code Forager, il était prévu de s’emparer de Saïpan le 15 juin puis de Tinian et de Guam. Pour ce faire les Américains alignaient 775 navires de tous types portant 250 000 marins et 100 000 soldats de l’Army et des Marines.
Spruance fut informé de l’appareillage de la 1ère Flotte Mobile le 13 juin grâce à une observation du sous-marin Redfin, alors que ses forces matraquaient Saïpan depuis deux jours. Le chef de la 5ème Flotte ordonna alors un raid aéronaval sur Chichi et Iwo Jima pour y museler les appareils japonais stationnés dans les Bonins et les Volcanos au nord de Saïpan. Ce raid fut réalisé du 14 au 16 juin par les Task Group 38.1 et 4 sous le commandement du Contre-amiral Clark. Malgré de mauvaises conditions météorologiques et après une première série d'attaque aux résultats mitigés, une trentaine d'appareils japonais furent détruits au sol dans la matinée du 16 juin sur Iwo Jima. Les contraintes de temps données par Spruance frustrèrent Clark d'un succès plus marquant mais le 17 au soir la force de raid était revenue dans la giron de Mitscher.
Jusqu'au 18 juin, seuls les sous-marins apportèrent des indications quant à la progression japonaise. Le Seahorse parvint le 15 juin à repérer l'escadre de ligne du Contre-amiral Ugaki à 200 milles dans l'est de San Bernardino. Cette information venant s'ajouter aux autres, incita Spruance à repousser le débarquement sur Guam initialement prévu le 18 juin.
Le 17 juin à 05h40 le Cavalla repéra deux pétroliers et trois destroyers à 400 milles dans l'est de San Bernardino. Il s'agissait de la 2ème Flotte Logistique suivant à 100 milles plus au nord la force principale d'Ozawa. A 21h15 le Cavalla repéra une partie de la 1ère Flotte Mobile.
L'information n'arriva à Mitscher sur le Lexington que vers 03h45 le 18 juin. Prenant contact avec Lee il lui proposa de lancer le plus rapidement possible ses cuirassés rapides sur l'escadre japonaise pour provoquer un combat de surface en attendant au lever du jour une attaque en règle des appareils de la TF 58. Lee s'opposa à ce plan. Convaincu de la supériorité de ses sept cuirassés en matière de détection, de conduite de tir et de volume de feu, le chef du TG 58.7 ne voulait pas hypothéquer cette supériorité au cours d'un combat de nuit hasardeux; soumis aux aléas des communications, au manque de maîtrise de certains de ses équipages et surtout à l'emploi des long lance par les croiseurs lourds et des destroyers japonais.

6-Le 18 juin et nuit du 18 au 19:
Fidèles à leur habitude les Japonais lancèrent dès l'aube leurs hydravions de reconnaissance. Il était essentiel de repérer au plus vite la TF 58 afin de frapper les Américains en limite de portée. Vers 15h30 l'Amiral Ozawa reçut un rapport détaillé de l'hydravion 15, confirmé plus tard par le n°17. La TF 58 fut identifiée à 100 milles dans l'Ouest de Saïpan à 420 milles de la 1ère Flotte Mobile. En fin d'après-midi après concertation avec son État-Major Ozawa ordonna un cap sud-ouest pour conserver un écart de 400 milles. Le but du maître tacticien japonais était de frapper dès le lendemain matin, en dehors du rayon d'action des appareils américains.
A réception du message de l'hydravion 17 le Contre-amiral Obayashi ComCarDiv 3 (Zuiho, Chitose, Chiyoda) décida de lancer sur les Américains. 67 avions commencèrent à décoller à 16h30. C’est alors que survint l’ordre de mettre cap au sud-ouest. Cela signifiait que le raid aurait à atterrir à Guam. Or on avait aucune nouvelle des installations de l’île, régulièrement bombardées. La mission fut annulée.
Les reconnaissances aériennes menées par les Américains dans l'après-midi du 18 manquèrent la 1ère Flotte Mobile de 60 milles. Il faut garder à l'esprit que durant le même temps les appareils de la TF 58 matraquaient les aérodromes et les infrastructures japonaises sur les îles.
Après le raid sur Chichi et Iwo Jima les quatre Task Group achevèrent de se regrouper et Spruance prit alors une décision qui allait s’avérer capitale pour le déroulement de la bataille qui s’annonçait. Il choisit de privilégier la couverture des opérations sur Saïpan.
Spruance décida de recaler les porte-avions vers l’ouest lors de la journée du 18, avant de les rapatrier vers l’est en soirée, peu soucieux lui aussi de perdre sa supériorité dans un combat de nuit jugé par trop aléatoire. Ainsi après avoir fait route à l’ouest sud-ouest sur 115 milles durant l’après-midi , les porte-avions firent cap à l’est nord-est au crépuscule, au moment où le raid lancé par l’Amiral Obayashi aurait pu arriver au contact.
Mitscher pensait qu’il fallait se rapprocher de l’escadre japonaise dont les écoutes électroniques venaient de donner une position à peu près correcte à 300 milles dans l’ouest sud-ouest du point de demi-tour américain. Pour lui, les porte-avions d’escorte pouvaient très bien couvrir le débarquement en cours et assurer les frappes sur les îles.
Spruance après concertation avec son staff décida vers 01h50 de maintenir une route vers le nord-est. Craignant que les écoutes et les observations des sous-marins Stingray et Finback; n’aient identifié qu’une partie de l’escadre japonaise et de risquer d’être débordé par le nord ou par le sud, Spruance joua la prudence en se repliant vers l’archipel. Les Japonais avaient habitué leurs adversaires à opérer selon des plans complexes avec plusieurs escadres réparties sur une vaste zone. Mais là, paradoxalement, ce n’était pas le cas.
Les reconnaissances nocturnes lancées par l’Enterprise, lancées de trop loin, manquèrent l’avant garde d’Ozawa d’une cinquantaine de milles.

Spruance ignorait encore que vers 01h15 un PBM Mariner; arrivé depuis peu à Garapan sur la côte ouest de Saïpan; avait obtenu un contact radar identifiant 40 navires en deux groupes à seulement 300 milles de la position de la TF 58. Son message radio ne fut pas capté. Si le rapport de contact avait été connu au cours de la nuit on peut penser que Mitscher aurait été autorisé à lancer un raid dès le petit matin.



La bataille de la Mer des Philippines

Le 19 juin au lever du jour, un premier appareil d’éclairage japonais fut aperçu. Vers 06h00 un second fut abattu par une Combat Air Patrol à 37 milles de d'Indianapolis le navire amiral de Spruance. Çà sentait la poudre et les Américains n’allaient pas avoir longtemps à attendre.

1-Le «tir aux dindons des Mariannes»:
Le 19 juin, il règne sur la zone un temps clair, assorti d’une visibilité exceptionnelle. Venue cap au sud-ouest depuis l’aube (06h19 exactement), la TF 58 située au vent de la flotte japonaise allait devoir revenir périodiquement en route aviation au nord-est (à 07h06, 07h41, 08h00 et 08h30) pour lancer et récupérer les patrouilles et les reconnaissances. Durant toute cette matinée les porte-avions américains restèrent grosso modo dans la même zone en faisant d’incessants allers-retours.
Spruance «suggéra» à Mitscher de mener une nouvelle série de raids de neutralisation sur Guam et Rota si les premières reconnaissances matinales vers l’ouest ne donnaient rien. Mitscher et le Contre-amiral Montgomery y étaient ouvertement opposés et recommandaient de se consacrer à la recherche de le flotte japonaise en vue d’une frappe en divertissant un minimum d’appareils sur Guam. Les amiraux de la TF 58 n'appréciaient pas d'être coincés entre les îles et les porte-avions japonais. Mais Spruance refusa en argumentant du fait que l’essentiel était de couvrir les opérations de débarquement. En manœuvrant ainsi les forces américaines pouvaient gêner les tentatives japonaises d’utiliser les bases à terre pour attaquer la TF 58 ou pour ravitailler les raids aériens en provenance de la 1ère Flotte Mobile. Et c’était exactement ce qu’envisageait le plan A-Go.

--Les premières attaques japonaises en provenance de Guam:
Vers 05h30 les radars détectèrent les premiers appareils en provenance de Guam. Un Judy fut abattu par un Hellcat du Monterey et un Val descendu par la DCA. De 05h50 à 10h00 les CAP furent dirigées vers une succession de pistes radar en provenance du sud. Entre 06h30 et 07h20 une section du Belleau Wood fut envoyée sur Guam à 100 milles du porte-avions pour reconnaître un écho. Les chasseurs américains tombèrent sur un essaim d'appareils japonais au-dessus de l'aérodrome d'Orote. Les contrôleurs aériens battirent le rappel et environ une trentaine de Hellcat se retrouvèrent à converger vers Guam. Quelques appareils japonais furent abattus les autres eurent le temps de se poser. Peu après 08h00 un nouveau contact fut établi à 80 milles au sud-ouest volant en direction de Guam. Là encore il ne pouvait s'agir d'un raid lancé de porte-avions. Une trentaine de Hellcat furent lancés par trois des Task Group. A 08h24 certains des chasseurs américains opérant sur Guam furent eux aussi dirigés vers ce groupe d'hostiles. Ces appareils arrivait en fait de Yap et de Truk. L'Amiral Kakuta tentait de renforcer ses forces décimées par une semaine combats. Le dog-fight qui s'en suivit opposa 33 Hellcat et une trentaine de Zero qui furent presque tous abattus. A 09H59 les radars de veille s'illuminèrent de nouveaux échos cette fois-ci plein ouest à 150 milles. A 10h10 Mitscher ordonna une fois de plus aux porte-avions de prendre la route aviation et de se préparer à envoyer tous les chasseurs disponibles. A 10h23 il fut rappelé aux postes de combat alors que le message «Hey Rube» était envoyé aux chasseurs en action au dessus de Guam leur intimant l'ordre de rallier; les porte-avions lancèrent des sections de Hellcat vers l'ouest. Les bombardiers, eux aussi lancés pour dégager les ponts d'envol et limiter les risques d'incendies, furent placés en stand-by à quelques distances dans l'est.
Les Japonais arrivaient.

--Les quatre raids de l'aéronavale japonaise de 10h00 à 14h50:
-Le premier raid japonais décolla à 08h30 des porte-avions de la CarDiv 3 située 100 milles en avant du corps de bataille d’Ozawa au plus près des Américains. Il s’agissait de 61 Zero dont 45 équipés d’une bombe de 550 livres et 16 en protection, ainsi que de 9 torpilleurs Jill. Ce raid était un peu tardif car les premières reconnaissances lancées dès 04h45 (16 hydravions Jake des croiseurs et cuirassés de l'avant-garde) puis à 05h15 (14 Kate des porte-avions de la CarDiv 3) n’avaient transmis que des résultat fragmentaires. La moitié des appareils lancés par les porte-avions fut abattue par les CAP. Néanmoins à 07h30 un Jake aperçut le TG 58-4 et les cuirassés de Lee. C’est sur ce point de contact, désigné «7 I», qu’Ozawa dirigea le premier raid.
Les 64 appareils japonais qui étaient parvenus à leur point de regroupement en vue de l’attaque cerclèrent quelques instants à environ 70 milles du Lexington. Ces quelques minutes de délai permirent aux chasseurs lancés vers 10h25 de se placer en position d’interception. Vers 10h40, 8 Hellcat de l’Essex engagèrent un groupe de 40 appareils japonais à 60 milles du Lexington; 24 Zero bombardiers flanqués des 16 chasseurs d’escorte.
Il s’en suivit une mêlée au cours de laquelle les pilotes du «fabled fifteen» revendiquèrent 20 victoires. Puis rallièrent 8 Hellcat du Cowpens, 12 du Bunker Hill ainsi que des sections du Princeton et du Hornet. 25 avions japonais furent abattus lors de cette première interception. Les 40 autres poursuivirent leur chemin vers les porte-avions mais furent pris à partie par de nouveaux groupes de Hellcat notamment du Monterey, du San Jacinto et des «Grim Reapers» de l’Enterprise qui en descendirent 16 de plus. La vingtaine d'appareils restants, purent s’approcher du TG 58.7 disposé en cercle autour de l’Indiana qui opérait la direction radar du groupe. Les cuirassés éleva un puissant rideau de DCA qui gêna considérablement les assaillants. Seuls trois ou quatre purent mener à bien leur attaque et un Zero parvint à toucher le South Dakota qui malgré 27 morts et 23 blessés resta à son poste. Les croiseurs lourd Minneapolis et le Wichita furent manqués. A 10h57 la première attaque était terminée.
Les avions appontaient peu à peu pour ravitailler, à lui seul le TG 58.2 avait mis en l’air 50 Hellcat. Les premiers rapports verbaux des pilotes montrèrent que si, une fois les combats individuels engagés, les pilotes japonais tiraient bien partie des qualités manœuvrières de leurs avions et opéraient habilement par paire; en revanche ils ne mettaient en œuvre aucune tactique défensive au niveau des formations. Les chasseurs laissaient les bombardiers livrés à eux-mêmes et ces derniers se firent tailler en pièces. Les sources japonaises confirmèrent que 42 appareils avaient été abattus: 8 chasseurs de couverture, 32 chasseurs bombardiers et 2 torpilleurs.
-Le deuxième raid japonais fut le plus important de la journée. Il comprenait 53 Judy, 27 torpilleurs Jill et 48 Zero. C’était une formation homogène et puissante composée des meilleurs pilotes, ceux du CarDiv 1 comprenant les porte-avions Taiho, Shokaku et Zuikaku. Sur ces 128 appareils plusieurs connurent des soucis mécaniques et durent revenir à leur porte-avions. De plus la formation passa au-dessus de l’escadre d’avant-garde de l’Amiral Kurita dont les canonniers, un peu nerveux, abattirent ou endommagèrent 10 avions supplémentaires. Ce furent 109 avions qui furent détectés à 11h07 au sud-ouest à 115 milles du Lexington. Ils approchaient par l’ouest en direction du point «7 I». L’Essex obtint un écho à 160 milles, mais il s’agissait de leurres largués par un Judy du Taiho. La ruse fonctionna car plusieurs CAP furent envoyées sur ce point. A 11h39 le raid fut d’abord intercepté par une douzaine de Hellcat de l’Essex. Les pilotes de l’Essex furent rejoints par 43 autres Hellcat: une grande partie de la VF 16 «Airedales» du Lexington, puis 13 appareils du Yorktown et enfin 4 avions du Bata an qui dégringolèrent de l’altitude de 24 000 pieds après une course effrénée de 20 minutes pour se joindre à la curée.
Ce fut un massacre: sur une surface de 12 milles de long l’océan était piqueté de tâches de carburant et de débris enflammés. Mais une vingtaine de Judy et de Zero s’extirpèrent du combat et parvinrent en vue du TG 58.7. Navigant sur l’arrière des porte-avions le groupe Lee se retrouvait en première ligne après le demi-tour opéré vers l’est par l’ensemble de la Task Force à 10h23.
Les survivants du raid n°2 furent accueillis par une DCA déchaînée sans compter 16 Hellcat du Yorktown placés en maraude. L’Alabama, l’Iowa et le «Sodak» furent attaqués sans résultats, l’Indiana encaissa un chasseur qui le frappa à la ligne de flottaison.
6 Judy plus avisés poursuivirent vers l’est et tombèrent sur le groupe Montgomery. Quatre bombardiers attaquèrent le Wasp et les deux autres le Bunker Hill. Dans les deux cas les explosions des bombes tombant à proximité firent des morts et des blessés. Seuls deux avions purent rallier comme prévu Rota et Guam. Quelques torpilleurs Jill et 6 Judy parvinrent jusqu’au groupe de «Black Jack» Reeves un peu plus au nord et attaquèrent l’Enterprise et le Princeton sans résultats, bien qu’une torpille ait explosé dans le sillage du Big E.
97 appareils sur les 128 que comptait le raid n°2 furent détruits: 42 Judy, 23 Jill et 32 Zero.
-Le troisième raid était constitué de 47 avions du CarDiv 2: 15 Zero, 25 Zero chasseurs-bombardiers et 7 Jill. Il fut lancé entre 10h00 et 10h15 vers le point «7 I» dont on a vu que suite au demi-tour des porte-avions américains il était devenu sans objet à partir de 10h23. Le groupe fut donc redirigé vers un nouveau point de contact, «3 Ri» situé plus au nord, où vers 10h00 une reconnaissance du Shokaku avait identifié trois porte-avions et leur escorte. Seuls 20 avions du groupe reçurent le message. La majorité rallia le point de contact initial et n’y trouvant rien retourna vers ses porte-avions. Les autres atteignirent le point «3 Ri» puis obliqua vers le sud à 12h55. Le groupe japonais était traqué depuis une demi-heure par les radars du TG 58.1 situé au nord-est de l’escadre américaine. Le Capitaine de corvette Ridgway contrôleur aérien du groupe Clark dirigea 8 Hellcat du Hornet, et 4 du Yorktown sur l’hostile alors que trois sections du Langley furent placées en position d’attente. Les chasseurs du Hornet revendiquèrent 6 Zero à partir de 13h01, alors que deux Hellcat du Langley abattirent un septième vers 13h20 alors qu’il venait de prononcer une attaque infructueuse sur l’Essex. Le raid n°3 ne perdit que 7 avions.
-A partir de 11h00 le CarDiv 2 lança 64 avions, soit 27 bombardiers en piqué Val, 9 Judy et 28 Zero dont 10 bombardiers. S’y rajoutèrent 18 chasseurs lancés du Zuikaku. Les 82 avions se dirigèrent vers un point «15 Ri» relevé par les reconnaissances du Shokaku. Néanmoins la position de ce contact était fausse, 120 milles au sud de la TF 58, suite à une erreur de navigation. N’ayant rien trouvé au dessus du point de contact une partie des appareils se dirigea vers Rota. Ce faisant il tombèrent sur le groupe Montgomery en pleine opération de récupération d’une partie de ses chasseurs. Les Judy attaquèrent le Cabot, le Wasp et le Bunker Hill vers 14h30 mais une fois de plus sans succès. 8 Judy furent abattus ainsi que des appareils du Zuikaku pris en écharpe par les CAP du Wasp. L’intensité de la DCA et les qualité manœuvrières des commandants de porte-avions; notamment Clifton Sprague sur le Wasp; permirent d’éluder les attaques de ce raid qui faillit bien surprendre les Américains. Ce fut une des rares occasions de la journée durant laquelle les contrôleurs aériens évaluèrent mal l’altitude des assaillants ce qui explique que ceux-ci échappèrent aux chasseurs du Monterey dépêchés sur place les premiers mais à une altitude trop importante.
Le reste du raid se dirigeait sur Guam. Sur le point d’arriver à Orote ils furent interceptés à 14h49 par une des dernières CAP encore en l’air, 12 Hellcat du Cowpens. Ce groupe fut rallié par 7 chasseurs de l’Essex et 8 du Hornet, ces derniers étant en l’air depuis 11h30. Les Hellcat abattirent 30 des 49 appareils japonais, les 19 autres se posèrent à Orote souvent très endommagés.
73 appareils du raid n°4 furent abattus ou mis totalement hors de combat.
Une des bizarreries de ces combats fut que les Américains interceptèrent les communications du principal coordinateur des raids japonais. La quasi totalité de ses messages furent traduits à l'État-Major de Mitscher.

--Les actions sur les îles:
Alors qu’ils devaient faire face aux assauts de l’aéronavale les Américains établirent également des patrouilles de chasseurs et de bombardiers au-dessus de Guam et Rota. Vers 10h40 17 Helldivers et 7 Avenger du Hornet couverts par 12 Hellcat attaquèrent Orote. A partir de 11h00, à l’initiative de Montgomery, les bombardiers lancés en matinée pour dégager les pont d’envol au profit des CAP furent envoyés sur les aérodromes de Guam avec une escorte minimale, ainsi à 13h00 des Dauntless du Lexington. Jusqu’au combat livré contre le raid n°4, les bombardiers du Bunker Hill et de l’Essex traitèrent les bases japonaises. Les derniers «fighters sweep» eurent lieu au crépuscule.
Le «tir aux dindons des Mariannes» venait de prendre fin, les forces japonaises avaient perdu 315 avions et la plupart de leurs équipages. 29 appareils américains furent perdus.
Un des aspects les plus remarquable de cette journée fut l’impossibilité pour les raids japonais de trouver une faille dans le rideau défensif de la TF 58. Malgré une bonne coordination et un flux presque permanent d’assaillants, les raids se heurtèrent toujours à des nuées de Hellcat en nombre équivalent voir supérieur. Les groupes aériens embarqués américains totalisaient environ 450 chasseurs. Chaque porte-avions d’escadre emportait au moins 34 Hellcat et les CVL 24. Il en résulta des CAP nombreuses et permanentes qui harassèrent les formations japonaises souvent très loin de leurs objectifs. On était loin pour les Américains des formations mises en œuvre à Midway.
Mais cette matinée malgré la densité des opérations aériennes ne se résuma pas à un duel d’aviateurs. A 11h20 un Liberator de la VB 101 repéra la CarDiv 1 de l’Amiral Ozawa à 450 milles dans l’ouest de Guam et confirma la présence des deux sister-ship Shokaku et Zuikaku. Manquait le Taiho. Cette observation confirmait une nouvelle intervenue plus tôt dans la matinée. Les sous-marins eux aussi avaient ouvert le bal.

2-Le Silent Service frappe les trois coups:
L'Amiral Lockwood avait positionné plusieurs de ses sous-marins dans l'ouest des Mariannes en vue d'intercepter la flotte japonaise. Ce choix s'avéra judicieux. Le 19 juin à 08h16 l'Albacore repéra un groupe de navires. Vers 09h00 le sous-marin se retrouva à 4800 mètres d'un grand porte-avions et décocha six torpilles malgré une panne de calculateur de tir. Un engin toucha le Taiho à l'avant tribord à hauteur des réservoir de carburant aviation, alors que le navire lançait ses avions pour le raids n°2. Les vapeurs de carburant et de pétrole commencèrent à se répandre dans les fonds mais le bâtiment restait opérationnel.
A 11h52 le Cavalla recroisa la route des porte-avions japonais. Identifiant l'un d'entre eux il lança six torpilles à 900 mètres sur le Shokaku. Touché trois fois à 12h20, en proie aux incendies le bâtiment fut cassé en deux par une énorme explosion de vapeurs de carburant à 15h00. A 15h32 une explosion catastrophique secoua le Taiho qui s'enfonça rapidement. Le système de ventilation avait répandu les vapeurs explosives dans tout le bâtiment et une étincelle provoqua leur ignition. Ozawa et son état-major durent trouver refuge sur le Haguro.

3-La difficile poursuite de la 1ère Flotte Mobile:
Les succès de la chasse n'avaient pas rasséréné Mitscher. Obligé de naviguer cap secteur est pour lancer les CAP, bridé par les ordres de Spruance, le chef de la TF 58 n'avait pu se placer en position d'attaque de la flotte japonaise. Mitscher savait qu'Ozawa avait perdu une grande majorité de ses appareils embarqués mais il ignorait la position de son adversaire et craignait qu'il ne mette cap vers le Japon. Spruance autorisa en soirée un changement de direction et à 20h00 les porte-avions mirent cap à l'ouest. Le groupe Harrill fut détaché pour le couverture aérienne des Mariannes.
Au cours de la nuit aucune reconnaissance aérienne ne fut lancée. Peut-être Mitscher doutait-il encore des capacités des radars embarqués sur les Avenger et de fait ne souhaitait pas perdre de temps en faisant à nouveau route à l'est pour lancer les appareils. Il y avait aussi le fait que Mitscher pilote de la première heure ne voulait pas envoyer des personnels fatigués sur de délicates missions de nuit après les durs combats de la journée.
De son côté Ozawa avait fait mettre route à l'ouest pour mazouter dès le lendemain. Sans nouvelles de Kakuta il ignorait l'état des forces basées aux Mariannes tout comme il était loin de se douter que la quasi totalité de ses appareils embarqués avaient été détruits au lieu de rallier Guam et Rota.
L'Amiral pensait que ses forces seraient à même de reprendre le combat dès le 20 juin au matin, à ce moment là le moral japonais est au plus haut.

4-Les combats du 20 juin:
A l'aube, les premières reconnaissances décollèrent du Chitose et du Zuiho. L'Amiral Ozawa passa sur le Zuikaku. Les moyens de communication du porte-avions lui permirent de prendre alors connaissance de la catastrophe de la veille (R12) . L'Etat-Major impérial informa Ozawa des mouvements de la TF 58. La motivation des Japonais était toujours élevée et l'Amiral décida d'attaquer dès le lendemain, comptant toujours sur les forces de Kakuta, les opérations de ravitaillement débutèrent dans l’après-midi.
Les reconnaissances américaines décollèrent tout au long de la matinée mais leur efficacité fut pour le moins médiocre. Ce ne fut que vers 15h40 qu'un Avenger de l’Enterprise repéra la 1ère Flotte Mobile. Les Japonais brouillèrent son message radio tant est si bien qu’il fut inexploitable dans l’instant. Un second message de 15h57 donna enfin un cap et une distance: 275 milles. L’heure tardive: 16h00 impliquait un raid à longue distance et un retour nocturne avec tout les risques que cela comportait. Mais l’occasion ne se représenterait pas de sitôt et Mitscher ordonna de lancer une attaque à 16h10.

Tout alla très vite. A 16h21 les porte-avions vinrent dans le vent et à 16h31 216 appareils avaient été lancés de 11 porte-avions (R13) : 85 Hellcat, 77 Helldiver et 54 Avenger. A 18h25, presque au crépuscule, les appareils américains découvrirent 6 pétroliers navigant sur l’arrière des trois divisions de porte-avions en route au nord-ouest environ 20 milles en avant. Ozawa avait fait décoller 75 avions dont tous les chasseurs disponibles. Alors que les Hellcat engageaient l’opposition, les bombardiers et les torpilleurs se faufilèrent au-travers d’une DCA très dense. Des Helldivers attaquèrent les tankers et en coulèrent deux le Genyo Maru et le Seiyo Maru. Les porte-avions furent débusqués vers 18h35.
Les appareils des groupes Clark et Reeves se concentrèrent sur le CarDiv 2. Peu d'Avenger étaient équipés de torpilles, néanmoins 8 d'entre eux, une section du Belleau Wood et une du Yorktown attaquèrent le Hiyo dans les dernières lueurs du jour vers 18h45. Une seule torpille fut mise au but par l'Enseigne de vaisseau Brown du Belleau Wood, en proie aux incendies et à la rupture des canalisations de carburant le Hiyo coula suite à une série d'explosions vers 20h30.
Le Ryuho fut attaqué vers 18h30 à la bombe de 227 kilos par 5 Avenger de l'Enterprise qui le manquèrent de peu et lui infligèrent de légers dommages.
Le Zuikaku fut attaqué par des Avenger des Hornet, Yorktown et Belleau Wood rejoints peu après par des appareils de l’Enterprise et du San Jacinto. Le dernier survivant de Pearl Harbour évita deux torpilles et 6 bombes de 227 kilos mais en encaissa une septième qui alluma un incendie dans le hangar supérieur; néanmoins celui-ci fut circonscrit et l'ordre d'abandonner le navire fut annulé.
Le groupe d'éclairage fut attaqué par des appareils du Bunker Hill, du Monterey et du Cabot. Le Chiyoda fut endommagé à 18h38 par une bombe qui explosa sur le pont d'envol tuant 20 hommes et détruisant deux avions. Le cuirassé Haruna fut touché à l'étrave et une bombe détonnant dans l'eau à l'arrière endommagea ses hélice limitant sa vitesse à 26 nœuds. Le Maya fur également légèrement endommagé.
Les combats aériens faisaient rage dans la pénombre. En 20 minutes les Hellcat abattirent environ 65 de leurs adversaires (R14). L’attaque coûta 20 avions aux Américains dont celui de Brown; la plupart des équipages fut récupérée le lendemain.
Il faisait désormais presque nuit et pour 196 équipages il fallait maintenant revenir aux porte-avions à 260 milles de là. Il était 19h00.

5-«Light up the Carriers»:
Un seul objectif désormais rentrer … Pour la première fois dans l’histoire de la Navy un raid de grande ampleur devait rallier ses porte-avions dans la nuit. Les pilotes adoptèrent une allure économique mais le premier Helldiver fit le grand plongeon à mi-distance, vers 19h50.
Mitscher élargit ses formations de porte-avions au maximum; 15 milles entre chacune d’elle; pour leur donner une plus grande liberté de manœuvre.
Un a un les appareils faisaient le plongeon mais vers 20h30 un Dauntless capta une radio- balise donnant enfin un cap sûr et une estimation de la distance. Peu de temps après, le pinceau de lumière vertical d’un projecteur fut aperçu. A 20h45 les premiers avions cerclaient au dessus des porte-avions qui faisaient route à 22 nœuds en route aviation.
Calé dans son siège sur la passerelle du Lexington, après avoir pesé le pour et le contre Mitscher donna son ordre le plus célèbre de la guerre et tous les ponts d’envol s’allumèrent faisant fi de la menace sous-marine. A 20h50 le premier Avenger se jeta littéralement sur le pont du Lexington. Il était devenu évident que les appareils ne pourraient rejoindre systématiquement leur porte-avions respectif. A 20h52 fut donné l’ordre de liberté d’appontage. La confusion était à son comble. Des pilotes volant aux vapeurs d’essence coupaient les circuits d’appontage, se faufilaient entre deux avions au mépris des règles sécurité pour prendre le groove au milieu des jurons échangés à la radio. D’autres, moteurs coupés tentaient d’amerrir au plus près des destroyers chargés de les récupérer. Malgré les batmen, les ordres de Wave off et la célérité des équipes de pont qui dégageaient les avions aussi rapidement que possible, les accidents furent nombreux.
Un Helldiver du Hornet s’écrasa sur le pont du Bunker Hill et fut à son tour percuté par un Avenger du Cabot. Après deux appontages et une barrière le pont d’envol du Bata an fut déclaré «rouge». Sur le Yorktown, le batman, Dick Tripp réussit l’exploit de faire apponter deux Helldiver ensemble, l’un derrière l’autre, mais peu après un Hellcat du Hornet qui venait d’apponter aux ordres de Tripp fut abordé par un autre chasseur qui sauta les brins et son pilote fut tué.

Les appontages et les accidents se succédèrent durant deux heures à l’occasion de ce qui resta le raid aérien le plus coûteux de l’USN durant la guerre du Pacifique.


Conclusion

La bataille de la Mer des Philippines s’acheva sur ce qui en temps normal aurait pu s’apparenter à un fiasco. Le raid du 20 juin connut un taux de perte approchant les 50% et seul un porte-avions fut coulé à cette occasion.
A 20h46 le 20 juin, Ozawa reçut l’ordre de son supérieur de mettre cap sur le Japon. Au soir du 21 juin Spruance abandonna la poursuite alors que son adversaire se trouvait à 300 milles d’Okinawa.
Bien que sa gestion de l’affaire put être critiquée à chaud par certains de ses collègues, Spruance avait remporté une victoire stratégique majeure. Certes 6 porte-avions japonais s’étaient échappés et deux des trois qui furent coulés avaient été victime des sous-marins.
En revanche
-le débarquement de Saïpan avait été totalement sécurisé, celui de Guam pouvait commencer.
-les porte-avions survivants étaient, excepté le Zuikaku, des navires de second rang tant par leurs capacité et leur conception que par leur vitesse.
-les porte-avions japonais rentrant à Kure ne comptaient plus que 35 avions et équipages. En deux jours l’aviation embarquée japonaise avait perdu 476 appareils (y compris les hydravions de reconnaissance) et surtout 445 navigants.

La bataille de la Mer des Philippines deux ans après Midway marquait la seconde mort de l’aéronavale japonaise. Celle-ci ne s’en remettra pas et c’est un fantôme que Mitscher et ses groupes de porte-avions anéantiront entre le 23 et le 25 octobre 1944 à Leyte.
De ce point de vue le «tir aux dindons des Mariannes» fut bel et bien une bataille définitive.

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