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L'uchronie dont vous êtes le héros...


alexandreVBCI
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Le 19/08/2021 à 22:40, ARPA a dit :

Si tu étais réellement en 1940, tu aurais eu du temps pour réfléchir à tout ça. En pratique, tu aurais probablement pensé à tout ce dont tu pourrais actuellement te souvenir.

En fait, je me suis créé une règle : « Quand j'écris, je ne me réfère qu'à ce dont je me souviens et je m'interdis de consulter la moindre référence, je vérifie ensuite ce qui se passe le jour même et qui étaient réellement mes interlocuteurs pour rester dans la cohérence historique ». Bon, j'avoue, je triche parfois un tout petit peu mais vraiment à la marge. Ce qui fait que quand je me fais une liste de courses, je m'y tiens car je considère que c'est ce à quoi j'aurais pensé à ce moment. Bien sûr, c'est arbitraire et une idée pourrait venir à un autre moment ou pour une autre raison mais le but est de ne pas chercher à faire un Best Case mais de répondre honnêtement à l'énoncé : « Qu'auriez-vous fait si vous vous étiez retrouvé en juin 1940 avec vos connaissances du XXIe siècle mais sans votre smartphone ». Sinon je reprends toutes les opérations une à une et je déplace une compagnie ici (en Crète au hasard mais bon, là je me souviens donc je saurai où intervenir), une escouade là et la guerre est finie en six mois... Même chose pour les innovations technologiques, trop facile.

Ça a l'avantage de rester dans une certaine improvisation et me met à l'épreuve avec les risques d'erreurs possibles (voir les Big Wing ou la date de l'armistice). Et si j'ai une vision globale de ce que je veux faire, je me retrouve aujourd'hui bloqué à Bletchley Park alors que je voudrais être en France., je subis ma propre histoire.

Le 19/08/2021 à 22:40, ARPA a dit :

Avec un peu de chance, l'allemand qui se retrouverait dans le passé ne serait pas un Nazi et pourrait même être un allié pour accélérer la capitulation du 3e Reich.

Dans ce cas, ça devient un boulevard, y'a plus beaucoup d'intérêt, autant le laisser faire tout seul ! Non, le risque est bien d'avoir un alter ego passé par le même trou de ver que moi mais moins bien disposé...

Le 19/08/2021 à 23:34, Benoitleg a dit :

Il n'y aura pas que des problèmes de conception mais la création ex-nihilo d'une industrie aéronautique dans un territoire comme l'AOF va poser des problèmes conséquents.

Pour exemple, le PO 62-65 est constitué de montants en spruce (=> Canada), de cadres en duralumin (=> métallurgie), de parois en contreplaqué (bouleau ou oukoumé), de toile (étanchéité) et de beaucoup de vis et de boulons (=> bis-métallurgie).

Faut faire des adaptations et choisir des espèces locales pour remplacer même si ce n'est pas évident pour le spruce. Encore que le Po 62-65 avait des longerons en acier, de mémoire,duralumin donc on doit pouvoir substituer d'autres essences pour le reste du spruce. Les cadres en alliage d'alu peuvent être remplacés par de l'acier ou du bois, l'entoilage par du contreplaqué. Ce sera plus lourd mais pas tant que ça. Quand à l'ensemble des pièces, elle devra de toutes manières venir des USA, moteurs, réservoirs, hélices, trains, pneus, instruments, boulonnerie... Pour le contreplaqué, l'AOF était le premier producteur mondial en 1939 pour voir son marché s'effondrer avec la guerre (l'Allemagne et l'Europe centrale étaient de gros clients). Donc il faut implanter des usines en AEF, ce qui sera fait juste après guerre, ou s'emparer de la Côte d'Ivoire, ce qui sera plus simple que le Sénégal et mettra une forte pression sur ce dernier ; c'est la solution que je préfère car elle est plus rapide et plus incitative pour les autres territoires de l'Empire, je pense donc suggérer à De Gaulle de lancer en septembre l'opération Menace contre Abidjan plutôt que Dakar.

Pour revenir au Po 65, je pense donc à une version "de brousse" avec un maximum de bois tropicaux et un peu d'acier. Si c'est trop compliqué ou sans objet du fait de la disponibilité du C-47, je me rabattrais sur la version planeur qui précédera de toutes manières la version motorisée et qui n'aura pas d'équivalent GB ou US avant deux ans.

Edited by DMZ
longerons Po 62 en alu et non acier
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Petite question, aux niveau des termes techniques, surtout dans l'électronique et l'informatique, il y en a énormément qui ont étaient inventés ou popularisés après guerre, dont le fameux ''bit'' en 48/49 par cet américain :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Shannon

Des ingénieurs avec 80 ans de différences peuvent s'entendre sur des détails précis en ce domaine sans que ceux de 1940 tiquent devant des mots n'existant pas encore dans le dictionnaire ?

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il y a une heure, collectionneur a dit :

Des ingénieurs avec 80 ans de différences peuvent s'entendre sur des détails précis en ce domaine sans que ceux de 1940 tiquent devant des mots n'existant pas encore dans le dictionnaire ?

Ce qui est important, c'est le concept. Les termes ne servent qu'à nommer ces concepts, il suffit de les expliquer.

Les concepts informatiques de base sont très simples. Ils sont à la portée d'un ingénieur de 1940 même s'il lui faudra un certain temps pour comprendre l'ensemble ; après tout, ça représente plusieurs mois de cours. Mais Alan Turing a une intelligence exceptionnelle, il a déjà travaillé sur l'idée de machines automatiques et comprendra immédiatement ces concepts. Il va falloir faire de nombreuses réunions pour que toute l'information utilisable par les technologies de l'époque (tubes électroniques et non circuits intégrés, ce qui limite quand même vachement les possibilités de réalisation) soit transmise mais il n'y a pas de limite de compréhension. Au passage, il est aisé de comprendre qu'un bit est un élément binaire d'information et, de plus, Claude Shannon ou John Tukey était eux aussi des cryptanalyses pendant la seconde guerre mondiale, ce n'est pas pour rien que j'ai demandé à voir Alan Turing.

Pour les techniques aéronautiques, il en va de même, de nombreuses techniques existent à l'époque mais on ne sais pas les utiliser de manière optimum. La loi des aires est connue mais pas bien comprise et peu appliquée, la compression à l'approche de la vitesse du son commence juste à être approchée sur les hélices... il me suffit d'en parler pour que les ingénieurs puissent s'en emparer et les manipuler. Pour prendre un autre exemple, j'aurais été champion du monde de vol à voile en 1940 alors que je n'étais qu'un pilote très moyen cinquante ans plus tard, je peux donc facilement expliquer les ascendances thermiques, le vol de pente, le vol d'onde à mes coreligionnaires de l'époque qui n'ont aucune raison de moins comprendre ça que moi quand je l'ai appris.

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Il y a 3 heures, DMZ a dit :

Faut faire des adaptations et choisir des espèces locales pour remplacer même si ce n'est pas évident pour le spruce. Encore que le Po 62-65 avait des longerons en acier, de mémoire, donc on doit pouvoir substituer d'autres essences pour le reste du spruce. Les cadres en aliage d'alu peuvent être remplacés par de l'acier ou du bois, l'entoilage par du contreplaqué. Ce sera plus lourd mais pas tant que ça. Quand à l'ensemble des pièces, elle devra de toutes manières venir des USA, moteurs, réservoirs, hélices, trains, pneus, instruments, boulonnerie... Pour le contreplaqué, l'AOF était le premier producteur mondial en 1939 pour voir son marché s'effondrer avec la guerre (l'Allemagne et l'Europe centrale étaient de gros clients). Donc il faut implanter des usines en AEF, ce qui sera fait juste après guerre, ou s'emparer de la Côte d'Ivoire, ce qui sera plus simple que le Sénégal et mettra une forte pression sur ce dernier ; c'est la solution que je préfère car elle est plus rapide et plus incitative pour les autres territoires de l'Empire, je pense donc suggérer à De Gaulle de lancer en septembre l'opération Menace contre Abidjan plutôt que Dakar.

Pour revenir au Po 65, je pense donc à une version "de brousse" avec un maximum de bois tropicaux et un peu d'acier. Si c'est trop compliqué ou sans objet du fait de la disponibilité du C-47, je me rabattrais sur la version planeur qui précédera de toutes manières la version motorisée et qui n'aura pas d'équivalent GB ou US avant deux ans.

J'avoue que l'adaptation d'essences locales aux exigences aéronautiques me laisse fort sceptique. 

Les essences africaines commencent à peine à être connues et utilisées dans les années 1920/30 par les techniciens européens et surtout pour l'ameublement. Les ingénieurs aéronautiques sont généralement assez conservateurs sur les matériaux de structures, pour des raisons évidentes de sécurité, et préfèrent disposer de références bien établies (résistance/durabilité/ratio densité-résistance/endurance à l'effort) que les producteurs de l'époque sont bien en peine de donner pour les essences de bois africains.

Tout reste à faire pour ces essences en 1940 pour les essais de résistance/durabilité (essais qui peuvent s'étaler sur des années) et l'adaptation à un avion optimisé pour d'autres bois et matériaux risquent d'en dégrader la charge marchande ou la resistance structurelle, voir les deux.

L'AOF est la première zone productrice de grumes d'okoumé à l'époque. Mais un seul faible essai de production de placage d'oukoumé (qui n'est pas du contreplaqué qualité aviation) a été réalisé  à Port Gentil en 1939 pour l'exportation et échoua dans les affres de la débâcle de 1940. L'usine a vivoté jusqu'à la reprise en 1949.

La nouvelle industrie forestière de la côte occidentale française d'Afrique
http://bft.cirad.fr/cd/BFT_021_4-14.pdf

L'AOF offre en 1939 surtout des scieries pour ce qui est des formes les plus complexes d'exploitation forestière, dont les productions de planches et madriers seraient par contre utiles pour la construction navale.

La fabrication de charbon de bois offrirait une bonne ressource énergétique pour les besoins locaux  et une production de goudron fort utile dans le domaine naval.

Il resterait à s'enquérir auprès des populations de pêcheurs des essences d'arbres les plus adaptées pour l'usage marin.

pirogues gabonaise (12 m)
http://www.fao.org/3/s5832f/S5832F04.htm

La mise en place d'un chantier à Libreville ou Port Gentil pour des LVCP (11 m), dans des échelles de taille comparables aux pirogues du cru (=> main d'œuvre locale), offrirait un avantage certain à la France Libre. Il resterait à se procurer des moteurs de 200/250 ch.

http://www.challengelcvp.com/spip.php?article2

Ce serait à mon sens techniquement beaucoup plus atteignable dans le contexte productif de l'AEF.

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Il y a 13 heures, Benoitleg a dit :

J'avoue que l'adaptation d'essences locales aux exigences aéronautiques me laisse fort sceptique. 

Les essences africaines commencent à peine à être connues et utilisées dans les années 1920/30 par les techniciens européens et surtout pour l'ameublement. Les ingénieurs aéronautiques sont généralement assez conservateurs sur les matériaux de structures, pour des raisons évidentes de sécurité, et préfèrent disposer de références bien établies (résistance/durabilité/ratio densité-résistance/endurance à l'effort) que les producteurs de l'époque sont bien en peine de donner pour les essences de bois africains.

Tout reste à faire pour ces essences en 1940 pour les essais de résistance/durabilité (essais qui peuvent s'étaler sur des années) et l'adaptation à un avion optimisé pour d'autres bois et matériaux risquent d'en dégrader la charge marchande ou la resistance structurelle, voir les deux.

L'AOF est la première zone productrice de grumes d'okoumé à l'époque. Mais un seul faible essai de production de placage d'oukoumé (qui n'est pas du contreplaqué qualité aviation) a été réalisé  à Port Gentil en 1939 pour l'exportation et échoua dans les affres de la débâcle de 1940. L'usine a vivoté jusqu'à la reprise en 1949.

J'ai encore eu une panne de mémoire, c'est bien juste après guerre que la plus grande usine de contreplaqué du monde fut installée à Port-Gentil, au Gabon et non en Côte d'Ivoire, deux erreurs en une...

Encore un beau rêve qui s'envole. Bon, je pense toujours aux planeurs, c'est du consommable, on fera avec ce qu'on trouvera.

Nota : Côte occidentale d'Afrique (AEF + AOF) et non AOF.

Il y a 13 heures, Benoitleg a dit :

L'AOF offre en 1939 surtout des scieries pour ce qui est des formes les plus complexes d'exploitation forestière, dont les productions de planches et madriers seraient par contre utiles pour la construction navale.

La fabrication de charbon de bois offrirait une bonne ressource énergétique pour les besoins locaux  et une production de goudron fort utile dans le domaine naval.

Il resterait à s'enquérir auprès des populations de pêcheurs des essences d'arbres les plus adaptées pour l'usage marin.

pirogues gabonaise (12 m)
http://www.fao.org/3/s5832f/S5832F04.htm

La mise en place d'un chantier à Libreville ou Port Gentil pour des LVCP (11 m), dans des échelles de taille comparables aux pirogues du cru (=> main d'œuvre locale), offrirait un avantage certain à la France Libre. Il resterait à se procurer des moteurs de 200/250 ch.

http://www.challengelcvp.com/spip.php?article2

Ce serait à mon sens techniquement beaucoup plus atteignable dans le contexte productif de l'AEF.

C'est bien le second volet de mon projet qui s'appuiera ici sur le contreplaqué fabriqué sur place, ce n'est pas de la qualité marine mais on s'en moque car les LCVP ou LCA ainsi fabriqués pourront être considérés ici aussi comme des consommables pourvu qu'ils tiennent deux semaines d'opération. De même, la qualité du bois de charpente utilisé pour la quille, les lisses et les membrures importe peu.

Au passage, les LCA étaient propulsés par deux Ford V8 de 65 CV pour un déplacement, une charge utile et une vitesses similaires à ceux des LCVP. C'est plus sur ce dessin que je vais me baser pour une production rapide, d'autant que l'engin est déjà en service et a prouvé sa valeur en Norvège ou à Dunkerque. Je remplacerai juste la petite rampe avant par une rampe de la largeur du navire et renverrai l'équipage à l'arrière comme sur le LCVP pour faciliter les transbordements.

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Le conteneur existe déjà en Europe et aux USA mais n'est pas encore standardisé. Il le sera dans les années 1950.

Oui, je compte bien le faire mais je n'en ai ni les moyens ni le temps, il y a d'autres priorités. Il sera temps de le développer après guerre ou à sa toute fin. Au mieux et en fonction de l'évolution, il pourrait sortir et les porte-conteneurs avec pour le débarquement de Normandie, ce qui amènerait une très forte amélioration de la logistique.

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Est ce qu'en 1940 les SR occidentaux sont au courant de l'accord secret qui a permis l'invasion de la Pologne et des Pays Baltes ?

https://www.geo.fr/histoire/pacte-germano-sovietique-les-coulisses-dun-accord-secret-entre-hitler-et-staline-205978

Et faut il prévenir  Trosty de faire attention a un coup de piolet le 21 août ?

Juste pour avoir des cartes à jouer avec Staline en 41 ?

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Léon_Trotski

 

Edited by collectionneur
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il y a une heure, collectionneur a dit :

Est ce qu'en 1940 les SR occidentaux sont eux courants de l'accord secret qui a permis l'invasion de la Pologne et des Pays Baltes ?

https://www.geo.fr/histoire/pacte-germano-sovietique-les-coulisses-dun-accord-secret-entre-hitler-et-staline-205978

Et faut il prévenir  Trosty de faire attention a un coup de piolet le 21 août ?

Juste pour avoir des cartes à jouer avec Staline en 41 ?

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Léon_Trotski

 

Houla ! Je touche pas au Petit père des peuples, moi, bien trop dangereux ! Et puis Trotski en 41, 42 ou 45, ça ne va pas le gêner outre mesure.

Non on va rester sur Léon on the rocks.

Si j'arrive déjà à faire que Staline prenne au sérieux les alertes sur l'imminence de l'invasion, ce sera beau. Non que j'apprécie outre mesure le personnage mais si l'Armée rouge ne reculait que de 300 km au lieu de mille, ce ne serait pas forcement un mal. Tout l'enjeu, ensuite, serait d'avancer le débarquement pour contrer l'avance soviétique en Europe de l'ouest mais j'ai quelques idées ici aussi.

À ce sujet, un meilleure résistance ne veut pas dire que les Allemands seraient battus dès 42, je pense que l'Armée rouge devra, comme historiquement, mettre deux ans à retrouver une capacité opérationnelle raisonnable. L'avance moindre de l'Axe en Russie voudra aussi dire que sa logistique sera meilleure donc les grandes offensives soviétiques se heurteront à davantage de résistances. L'un dans l'autre, la chronologie de la guerre ne devrait pas être avancée de plus de six mois, si le débarquement est également avancé de trois mois, on va arriver à peu près au même résultat, la chute complète de l'Allemagne, dès la fin 44 sur la même ligne de partage. Bon, si je me plante, le communisme ira de Saïgon à Brest dès 1945.

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Le 21/08/2021 à 15:16, DMZ a dit :

J'ai encore eu une panne de mémoire, c'est bien juste après guerre que la plus grande usine de contreplaqué du monde fut installée à Port-Gentil, au Gabon et non en Côte d'Ivoire, deux erreurs en une...

Encore un beau rêve qui s'envole. Bon, je pense toujours aux planeurs, c'est du consommable, on fera avec ce qu'on trouvera.

Nota : Côte occidentale d'Afrique (AEF + AOF) et non AOF.

C'est bien le second volet de mon projet qui s'appuiera ici sur le contreplaqué fabriqué sur place, ce n'est pas de la qualité marine mais on s'en moque car les LCVP ou LCA ainsi fabriqués pourront être considérés ici aussi comme des consommables pourvu qu'ils tiennent deux semaines d'opération. De même, la qualité du bois de charpente utilisé pour la quille, les lisses et les membrures importe peu.

Au passage, les LCA étaient propulsés par deux Ford V8 de 65 CV pour un déplacement, une charge utile et une vitesses similaires à ceux des LCVP. C'est plus sur ce dessin que je vais me baser pour une production rapide, d'autant que l'engin est déjà en service et a prouvé sa valeur en Norvège ou à Dunkerque. Je remplacerai juste la petite rampe avant par une rampe de la largeur du navire et renverrai l'équipage à l'arrière comme sur le LCVP pour faciliter les transbordements.

Au Gabon, il n'y a pas de fabrication de contre-plaqué (élément structurel) avant les années 1950, seulement des éléments de placage d'okoumé collés sur les planches de meubles. Par contre, le secteur du bois livre en quantités appréciables (des  dizaines de milliers de m3) des planches tout à fait utilisables pour la construction navales (bien imprégnées de goudron évidemment).

Les sources d'approvisionnement pour la motorisation, la ligne d'arbre/hélice et la mèche de gouvernail sont sans doute le principal problème.

Les USA sont peu favorables à la France Libre (besause liens privilégiés Alexis Saint-Léger -Roosevelt) et les Britanniques ont tous leurs moyens de production alloués aux besoins de leurs forces nationales.

L'acquisition de moteurs passe par la réquisition de véhicules en AEF (faisable mis probablement très impactant sur l'économie locale déjà bien faible, donc contre-productif) ou l'approvisionnent auprès de pays neutres.

Ford et GM font de l'assemblage de véhicules à cette époque au Brésil et en Argentine. La Ford 1937 serait alors un bon candidat  (V8 de 60 ou 85 ch) dans cette optique avec l'achat dans ces pays. On aurait le moteur et tout l'équipement électrique, de commande et intérieur (siège, etc..) du véhicule pour équiper le navire. En commandant 400 véhicules; on équiperait 200 péniches.

Par ailleurs, Le Brésil et le Mexique connaissent une très forte progression de leur secteur sidérurgique depuis la fin des années 1930, ce qui permettrait d'obtenir les matériaux nécessaires pour les lignes d'arbre et autres.

Et effectivement la production de charbon de bois pourrait être développée à partir de tout le bois abandonné en forêt lors du débitage des grumes d'okoumé et autres. L'effet serait très positif sur l'économie et la métallurgie locale (clous pour assemblage de charpente.. ), voir l'exportation vers d'autres pays (Nigeria, etc..). En procédant ainsi, on augmenterait sans doute les recettes fiscales de l'AEF qui devient à partir d'aout 1940 la principale implantation de la France Libre : plus d'argent, plus de moyens d'action  :happy:...

L'AEF exporte environ 400 000 t de grumes d'Okoumé en 1937. Si le poids de houppier et de branches abandonnées est d'environ 50 % de cette valeur (soit 200 000t), on peut tabler sur 20 000 t de charbon de bois à produire (1t de charbon pour 10 t de bois), voire plus avec les déchets de coupe des autres bois..

Il faudrait aussi probablement contacter Pierre et Paul Pierre Wertheimer (financiers d'Amiot et quelques autres) qui viennent justement de déménager au Brésil pour éviter quelques règlements de comptes avec Vichy et seraient de bons intermédiaires pour les démarches dans ce pays.

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Il y a 16 heures, Benoitleg a dit :

Au Gabon, il n'y a pas de fabrication de contre-plaqué (élément structurel) avant les années 1950, seulement des éléments de placage d'okoumé collés sur les planches de meubles. Par contre, le secteur du bois livre en quantités appréciables (des  dizaines de milliers de m3) des planches tout à fait utilisables pour la construction navales (bien imprégnées de goudron évidemment).

En effet, au temps pour moi, j'ai confondu placage et contre-plaqué. :blush:

Le bordage des LCA devra donc être en planches bien calfaté avec de l'étoupe et du goudron, il n'en sera que plus résistant mais plus lourd et plus long à construire, il faudra plus de main d'oeuvre.

Pour les planeurs, en revanche, l'utilisation de placage est tout à fait possible pour fabriquer les nervures en collant les épaisseurs de placage pré-découpées, on fabrique le contre-plaqué après la pièce... Je sens que je vais breveter ça.

Il y a 16 heures, Benoitleg a dit :

Les sources d'approvisionnement pour la motorisation, la ligne d'arbre/hélice et la mèche de gouvernail sont sans doute le principal problème.

Les USA sont peu favorables à la France Libre (besause liens privilégiés Alexis Saint-Léger -Roosevelt) et les Britanniques ont tous leurs moyens de production alloués aux besoins de leurs forces nationales.

Ce ne sera pas si difficile que ça car il ne s'agit pas de matériel de guerre : moteurs, lignes d'arbres, presse-étoupe, hélices, tubes divers pour confection des mèches de gouvernail, tôles pour réservoirs, poulies, câbles... Rien qui ne puisse s'acquérir sur le marché civil. Les montants en jeu ne sont pas considérables et seront largement couverts par la vente des barges à la Royal Navy.

Pour les planeurs, ce ne sera pas plus compliqué : colle pour bois, tissus pour l'entoilage, verni, quelques pièces mécaniques pour les gouvernes, tube d'acier molybdène-chrome pour quelques éléments de structure, altimètres, pitot...

Si on veut construire des avions (un Broussard, par exemple) c'est un peu plus contraignant : moteurs aéronautique, réservoirs, trains, instrumentation plus complète... mais rien qui, ici encore, ne puisse se trouver chez les fournisseurs lambda (si on ne cherche pas la motorisation d'appareils de combat).

Il y a 16 heures, Benoitleg a dit :

Ford et GM font de l'assemblage de véhicules à cette époque au Brésil et en Argentine. La Ford 1937 serait alors un bon candidat  (V8 de 60 ou 85 ch) dans cette optique avec l'achat dans ces pays. On aurait le moteur et tout l'équipement électrique, de commande et intérieur (siège, etc..) du véhicule pour équiper le navire. En commandant 400 véhicules; on équiperait 200 péniches.

Par ailleurs, Le Brésil et le Mexique connaissent une très forte progression de leur secteur sidérurgique depuis la fin des années 1930, ce qui permettrait d'obtenir les matériaux nécessaires pour les lignes d'arbre et autres.

En effet, j'avais pensé à l'Amérique du sud mais il me semble plus simple de se procurer les pièces à la source plutôt que d'acheter un produit à beaucoup plus forte valeur ajoutée pour le désosser.

Le Brésil ou l'Argentine pourraient être utilisés pour fabriquer des prototypes d'avion à réaction, un projet d'industrie était en cours avec René Couzinet à partir de septembre 1940, Émile Dewoitine construira le premier jet argentin après guerre en Argentine.

Il y a 17 heures, Benoitleg a dit :

Il faudrait aussi probablement contacter Pierre et Paul Pierre Wertheimer (financiers d'Amiot et quelques autres) qui viennent justement de déménager au Brésil pour éviter quelques règlements de comptes avec Vichy et seraient de bons intermédiaires pour les démarches dans ce pays.

Il faut en effet répertorier et contacter tous les acteurs aéronautiques émigrés à droite ou à gauche, voire susciter des vocations, c'est bien une des tâches auxquelles je me suis attelé avec Dewavrin.

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Faisons une petite pause et essayons une autre approche... Je reviendrai à la grisaille anglaise un peu plus tard, le temps d'explorer des cieux plus cléments.

Le Chemin des oiseaux

20 juin 1940 - Huit heures du matin - Le Clair Bois, Anjeux

Bon, nous sommes le 20 juin 1940 (voir plus haut, page 2 du présent fil...)

Je suis en bordure du bois et la D 417 - tiens, c'est une nationale à l'époque - offre le spectacle désolant de véhicules abandonnés plus ou moins endommagés que des convois allemands dépassent. Parmi eux, une moto Gnome-et-Rhône est couchée dans le fossé.
Le terrain de Luxeuil est à une vingtaine de kilomètres, en passant par les petits chemins que je connais j'en aurais pour moins d'une heure. Au bruit de la canonnade, les Allemands ne doivent pas encore y être. Alors, on tente une évacuation aérienne ? Allez, banco, si je ne trouve rien, je me planquerai à Luxeuil avec les réfugiés et j'aviserai.

Suit une attente interminable d'une accalmie dans le passage des troupes allemandes. Enfin une pause, je peux redresser la moto et je kicke comme un malade pour la faire démarrer. J'enclenche une vitesse et lâche doucement l'embrayage, je cale ! On recommence, ça marche... Merde, un camion au fond, vite, je fonce vers lui et tourne à gauche dans le chemin de terre vers Girefontaine. Des coups de feu claquent derrière moi.
La vache, le chemin est bien plus défoncé qu'à mon époque, c'est parti pour un kilomètre de cross avec un tape-cul, je ne vous dis que ça ! Aïe, ça se termine en sentier, je dois pousser la moto sur cent mètre juste avant d'entrer dans Girefontaine.
À nouveau quelques soldats dans la rue principale mais je parviens à me faufiler vers Anjeux sans trop attirer l'attention. Je m'attendais à une petite route de campagne mais c'est un chemin de terre ici aussi.
J'arrive devant ma maison, à Anjeux, que je dépasse un peu et je laisse la moto dans le chemin creux à l'arrière. Ce n'est plus (pas encore ?) ma maison, c'est une ferme qui semble barricadée. Un petit tour du village pour me procurer des habits moins voyants que mon jogging, une petite vieille me prend en pitié et me donne une chemise. Je repars direction de La Pisseule, ici aussi en chemin de terre, ça m'arrange il n'y a personne, d'où je prends la route d'Ainvelle.
J'entends quelques coups de canons plus au nord et plus au sud, probablement les passages de la Sémouse à Saint-Loup-sur-Sémouse et à Conflans-sur-Lanterne, c'est bien, la Sémouse ne doit pas être franchie, je vais pouvoir passer la Lanterne sans trouver d'Allemand à Briaucourt.
Direction Abelcourt à travers le bois, je croise quelques soldats français qui se cachent et ne s'occupent pas de moi.
Sainte-Marie-en-Chaux, Breuches, je suis au terrain de Luxeuil - Saint-Sauveur à neuf heures et demie. De la fumée s'élève, les avions qui m'ont survolé tout-à-l'heure sont peut-être passés par là ce matin.

Je coupe à travers champs et découvre l'ampleur des dégâts. Un Potez 60, dans un coin, n'a pas l'air trop amoché ; j'avise un soldat : « Y'a un mécano, dans le coin ? », il me désigne un groupe planqué le long d'un hangar
« Vous avez un pilote pour la "Sauterelle" ?
- Non, ils sont tous partis.
- Dans quel état est-il ?
- Il doit tourner mais je monterais pas dedans...
- Vous avez assez d'essence ?
- Y'en a dans les soutes.
- Et qu'est-ce que vous attendez pour y foutre le feu ? Vous n'entendez pas les Boches ?
- J'ai pas d'ordre.
- Bon, en attendant, on va faire le plein et vous allez me remplir tous les réservoirs que vous trouverez et qu'on entassera sur le siège avant. J'aurais aussi besoin de durites et d'une pompe à essence manuelle.
- Vous croyez que vous pouvez piquer un avion comme ça ?
- Vous préférez que les Boches le prennent ?
- Ouais, vu comme ça...
- Allez ! Donnez-moi un coup de main, il est impératif que je puisse m'extraire d'ici.
- Bah ! Ça ou autre chose... On est livrés à nous-même. Y'a plus un officier, ils sont tous partis et ont laissé les rampants derrière, y'avait pas de place dans les avions.
- Si vous voulez essayer de vous en tirer et ne pas être faits prisonniers, il y a la forêt des Sept Chevaux, juste au nord. Prenez des rations, autant que vous pourrez, et vous essayerez ensuite de prendre contact avec les habitants de Luxeuil pour disparaître dans le décor.
- Oui, merci pour le conseil.
- Et foutez-moi le feu aux soute dès que je serai parti, d'accord ? Les Allemands sont à moins de dix bornes.
- D'accord. »

Une heure plus tard, André, le mécano, a tout vérifié et mis un fût d'essence à la place du siège avant en le sécurisant à peu près avec une corde, une pompe manuelle est installée sur le côté du poste de pilotage et un tuyau est en place vers le réservoir, j'espère que ce bricolage tiendra. J'ai quelques provisions fournies par le cuisto et des lettres pour les familles "au cas où...", me v'la dans l'Aéropostale ! Je fais ma pré-vol et lance le moulin après qu'il ait dégommé le moteur en tournant l'hélice. Trois ou quatre autres soldats aident à mettre l'appareil en ligne sur un axe as trop défoncé par les bombes et je décolle après un très court roulage. Un battement d'ailes pour saluer André et je mets le cap au sud. J'ai assez de carburant pour arriver sur la côte méditerranéenne ; pour le moment faut faire gaffe à ce qui peut venir d'en haut ou d'en bas, le plus sage est de faire du rase-motte, avec un tel appareil c'est assez simple, on dirait presque un planeur.

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Il y a 2 heures, collectionneur a dit :

Au culot :biggrin: Mais sans même un uniforme ou une pièce d'identité, cela a bout être le chaos, cela reste un terrain militaire et j'ai beaucoup de doutes.

Avec le canon à 10 km et tout le groupe de chasse parti, je doute qu'il reste beaucoup de volontaires pour se battre avec moi d'autant que la compagnie de l'air en charge du site a dû se faire réquisitionner pour la défense du coin ou tente elle aussi de passer en Suisse ou vers le sud.

Mais bon, je l'accorde, c'est un peu gros, c'est juste pour l'histoire car ça va devenir de plus en plus énorme...

 

La Grande Bleue

20 juin 1940 - Dix heures

Cap au sud, donc, je vais traverser les lignes allemandes qui doivent être assez discontinues par ici et voler jusqu'au Jura, premier point de repère. Ensuite, le longer jusqu'au massif de la Dôle et passer sur l'autre versant, au ras de la frontière suisse matérialisée par le terrain de Genève - Cointrin pour se retrouver dans la zone encore tenue par l'Armée des Alpes d'Olry. Par Chambéry, je rejoindrai ensuite Valence et la vallée du Rhône jusqu'à son embouchure, je devrais avoir assez d'essence pour y arriver.

Comme prévu j'essuie quelques tirs de fusils qui ne me font pas grand mal de la part de soldats verts-de-gris qui sont surpris par un appareil assez silencieux qui débouche au dessus d'eux à la dernière minute. Je prends soin de rester le plus possible au dessus des forêts ou des champs et évite comme la peste les grands axes et les agglomérations.

En trois quarts d'heure, je suis à la frontière suisse et je commence le saute-mouton le long des crêtes. Un Morane suisse vient me renifler de loin mais je suis du bon côté. Au dessus, je vois des Bf 110 et des He 111 qui passent en violant l'espace aérien helvétique sans rencontrer d'opposition, le général Guisan doit avoir donné l'ordre de cesser les interceptions. Ça m'arrange mais attention toutefois à la DCA.

Midi moins le quart, je commence ma descente derrière la Dôle, c'est bizarre ce massif sans aucune remontée mécanique ni aucun immeuble en bas des pistes qui n'en sont pas encore... Je suis accompagné pendant quelques centaines de mètres par un aigle qui doit surveiller son aire.

Midi et demie, je passe Aix-les-Bains et oblique au nord de la Chartreuse vers Valence que je passe à une heure moins le quart. Le Rhône non canalisé me paraît étrange. Ici aussi, quelques tirs sporadiques de loin en loin, je passe de l'autre côté du Rhône pour limiter mes contacts avec des excités de la gâchette mais je ne vois plus que des colonnes de réfugiés...

Deux heures, je passe Avignon. Quelle destination prendre ? Tous les terrains de la région doivent être saturés d'avions et je risque des questions gênantes. J'opte pour la Camargue, il y a des grands champs dans la plaine de la Crau et, s'il n'y a pas trop de cailloux, je devrais pouvoir m'en sortir. Posé à quelques kilomètres à l'ouest de Salon-de-Provence, je refais le plein rapidement et redécolle un peu avant trois heures. Dans la pagaille ambiante, mon manège est passé totalement inaperçu. Le fut n'est pas totalement vide, je vais avoir assez pour la grande traversée mais il me faudra compléter le plein en route, j'ai préféré le faire au sol cette fois-ci mais je n'y échapperai pas au dessus de la Grande Bleue.

Je n'ai pas de carte mais je sais qu'Alger est un peu à l'ouest du plein sud, je prend un cap au 190, j'espère que la déclinaison magnétique n'est pas trop importante à cette époque mais je vais pouvoir me recaler sur les Baléares, il faudrait passer au dessus de Minorque pour être sur la route directe, je devrais l'apercevoir dans deux heures environ. Je ne suis pas inquiet car je vois des navires sur ma route dans un sens ou dans l'autre, j'aurai de la compagnie si je doit aller à la baille. Huit cents mètres d'altitude, vitesse : cent-cinquante kilomètres à l'heure, j'arriverai un peu après le coucher du soleil. Les heures s'écoulent, monotones.

Cinq heures et quart, Minorque apparaît, presque droit devant, pas de problème. Je passe un peu à l'écart, ne voulant pas narguer les Messerschmitt espagnols puis je reprend la route au 195 cette fois-ci. Un peu avant sept heures, je vide le fut dans le réservoir en profitant de la lumière encore bien présente. Les vapeurs d'essence n'améliorent pas ma fatigue et je lutte pour ne pas somnoler. Il n'est pas huit heures quand je vois les hauteurs de l'Atlas Tellien se détacher sur l'horizon, dans le rougeoiement du soleil couchant. Encore une bonne demi-heure à tenir mais je peux identifier la baie d'Alger, tout va bien. C'est dans l'obscurité tombante que je me pose à Maison-Blanche. Je roule jusqu'au coin du terrain déjà bien encombré pour libérer la piste et coupe le contact. 

Une petite foule accoure, il y a un lieutenant, quelques soldats et des pilotes et mécanos.
« D'où venez-vous ? me demandent ces derniers.
- De Luxeuil.
- De Luxeuil ? Avec une Sauterelle ? C'est pas possible !
- Comment avez-vous traversé la Méditerranée ?
- Regardez en place avant. »
Les hommes se bousculent pour voir et sont éberlués par mon montage, ils le commentent abondamment. Je leur précise que j'ai fait une pause technique en Camargue, ne serait-ce que pour pouvoir pisser et me dégourdir les jambes, ce qui les fait bien rire.
« Quelqu'un peut prendre en charge mon appareil ?
- Bien entendu ! Je vais voir avec le chef mécano. »

Mais le lieutenant intervient : « Qui êtes-vous ?
- Lieutenant, je suis crevé et affamé mais je dois d'abord voir de toute urgence le général Noguès. Il me faut un moyen de le contacter sans retard ! » Et je lui montre un ordre de mission hâtivement tapé à la machine à Luxeuil pendant qu'André faisait les pleins et vérifications. Je l'ai bardé des tampons qui me sont tombés sous la main et signé du nom d'un obscur colonel du 2ème Bureau de l'Armée de l'Air. Ça vaut ce que ça vaut mais il faut que j'aille vite. De toutes manières, dans l'obscurité, il ne peut en déchiffrer tous les termes.
L'officier ne sais pas bien à quoi s'en tenir face à quelqu'un qui lui semble avoir un certain respect de la part des pilotes et mécaniciens et qui lui parle avec tant d'aplomb. Il a déjà vu un certain nombre d'appareils se poser mais un si petit, il sent qu'il y a quelque chose de particulier.
« Je dois en référer à mes supérieurs.
- Bien entendu mais faites vite, ma mission ne souffre aucun retard ! »

Par chance, l'heure tardive (et la désorganisation ambiante ?) fait que personne de sa hiérarchie n'est joignable. Je commence à m'impatienter et menace le pauvre lieutenant de tous les maux, à commencer par une petite cour martiale.
Je me tourne vers les pilotes qui suivent les échanges avec attention :
« J'ai besoin de me rendre à Rabat le plus vite possible, voyez-vous un moyen ?
- On peut faire le plein de votre Potez mais vous en avez pour un sacré moment. Il y a plus de 900 bornes. D'un autre côté, avec ce que vous avez déjà fait...
- C'est extrêmement ***  si quelqu'un pouvait m'y conduire avec un appareil plus rapide, je ne saurais trop le remercier.
- Moi, je peux ! »
Une femme en tenue de pilote me regarde crânement.
« Vous faites partie des pilotes auxiliaires de l'Armée de l'air ?
- Claire Roman.
- Vous venez juste de vous évader ! Déjà sur la brèche ?
- Les nouvelles vont vite. »
Le lieutenant est complètement dépassé et se contente désormais de suivre de loin les échanges. Il est vite convenu que Roman va demander un ordre de mission pour aller à Rabat sur Caudron Goéland. Quand j'annonce que je ne connais pas cet appareil, un autre pilote se propose pour nous accompagner. Il est décidé de partir dans la nuit à trois heures pour arriver à Rabat au matin, le reste de la soirée se passe au mess improvisé où je suis sommé de raconter mon périple en détail.

Edited by DMZ
Y'a un truc bizarre, "urgent" est transformé en "***" !
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Ordre d'envahir la Libye et de foncé immédiatement sur Tripoli en plus de l'incité a ne pas tenir compte du futur Armistice ? Trop gros tout de même :bloblaugh:

 

En HS, il y a des accrochages a la frontière tunisienne entre italiens et français ? Je ne me rappelle pas avoir lu quelques choses sur le sujet.

Edited by collectionneur
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À l'ombre sous le soleil d'Afrique

Vendredi 21 juin - Quatre heures du matin - Maison-Banche

Je ne sais pas comment elle a fait mais Claire Roman a bel et bien un ordre de mission pour Rabat et le Goéland est fin prêt pour le voyage (si c'est pas une belle ellipse, ça, et un joli moyen de ne pas se fouler à trouver une explication qui tienne la route...) Je reconnais quelques fêtards de la veille dans les spectateurs de ce curieux départ, le lieutenant, lui, ne se montre pas. Roman aligne l'appareil face au faible vent de nord-ouest et décolle en souplesse. C'est déjà beaucoup plus confortable que la Sauterelle et je peux terminer ma nuit tranquillement.

Je me réveille quelques heures plus tard alors que la nuit s'éclaircit à l'arrière de l'appareil. Je ne distingue plus la côte et nous devons être au Maroc. Claire Roman me confirme que nous survolerons bientôt Fès et que Rabat n'est qu'à une grosse demi-heure. Elle me raconte son évasion rocambolesque en Bretagne et nous échangeons sur les malheurs de l'époque succédant aux gloires passées de la "Ligne" et des records en tous genres. Je me suis présenté comme un pilote amateur ayant fait quelques heures sur Pou et quelques glissades sur planeur sans vraiment avoir mon brevet. Elle en sourit et me lâche pour tout commentaire : « Vous avez bien raison, si on attend les autorisations... Il vaut mieux se battre pour décrocher ses droits ! »

Atterrissage impeccable à Rabat - Salé à huit heures. C'est là que les choses vont vraiment se compliquer, il va falloir jouer encore plus serré. Nous sommes rapidement pris en charge par un capitaine qui nous demande papiers et ordres de mission. Claire Roman s'exécute et je vois divers sentiments passer sur la figure de l'officier : entre étonnement, admiration et irritation. Puis il se tourne vers moi :
« Pouvez-vous me montrer vos papiers, monsieur.
- Malheureusement non, j'ai vécu quelques péripéties difficiles en France métropolitaine et vous pouvez constater que je n'ai plus aucun effet personnel. J'ai réussi à m'évader in-extremis d'un terrain avant qu'il ne tombe aux mains des Allemands. Je dois voir le général Noguès au plus vite pour lui faire part d'informations urgentes.
- Rien que cela, le général Noguès ! Et votre histoire d'évasion, vous ne pensez pas que je vais y croire ?
- Je peux m'en porter garant, mon capitaine, intervient Roman, nous avons pu constater hier soir son arrivée à Alger dans un appareil qui avait à peine l'autonomie pour traverser.
- Et qu'est-ce qui me prouve qu'il arrive bien de là où il le prétend ? »
Je sors de ma poche la liasse de lettres des mécanos.
« Voici des courriers que les derniers défenseurs du terrain de Luxeuil m'ont été confiés pour leur famille, sachant leur capture prochaine probable. Je suppose que vous pouvez en prendre connaissance puisque la censure va les ouvrir avant de les acheminer. »
Il parcourt les lettres et je le vois blêmir, je n'ai pas lu leurs lettres mais j'imagine que ces hommes doivent raconter leurs peurs et leur désespoir à ce moment critique.
« Bon, en effet, il semble bien que vous étiez sur le front hier matin. Mais qui me dit que vous n'avez pas déserté ?
- Je suis un peu vieux pour avoir été mobilisé, ne croyez-vous pas ? Au surplus, je ne cherche pas à me soustraire à l'autorité militaire puisque je viens voir le général Noguès. À ce sujet, vous n'êtes pas sans savoir que la situation en France est pour le moins chaotique et les informations que je lui amène sont d'une importance capitale. Pourriez-vous faire en sorte que je puisse échanger avec lui, il sera toujours temps ensuite d'éclaircir mon affaire, ne pensez-vous pas ? »
L'homme est touché par mes arguments mais, ici aussi, il faut passer par la sacro-sainte hiérarchie. Je suis bon pour un parcours du combattant à réexpliquer mon histoire à tout un tas de gens qui veulent en savoir beaucoup plus que je ne peux ni ne veux dire. Le seul élément favorable est mon statu apparent (mais qui est qui en cette période troublée ?) de civil qui leur interdit provisoirement de m'incarcérer sans autre forme de procès. Mais comme je reste à leur disposition, ça ne change pas grand chose.

Quatorze heure, un officier du deuxième bureau se présente et l'interrogatoire recommence. Je ne varie pas d'un pouce : je dois voir le général pour lui donner des informations cruciales et extrêmement urgentes, non, je ne peux les délivrer à personne d'autre, elles sont confidentielles, non, je ne peux dévoiler la source de ces informations.

Enfin un officier se présente comme l'aide de camps de Noguès. Il a eu vent de l'histoire et a décidé de voir par lui même avant d'en rendre compte au Résident général. Je lui ressors la même histoire en insistant sur le caractère confidentiel. Je termine en glissant : « Je peux simplement vous dire que le général Noguès cherche désespérément à obtenir des informations sur la teneur des discussions pour un armistice menées par le général Huntzinger et des consignes données à ce dernier par le gouvernement et qu'il n'obtient que des réponses dilatoires. J'ai des informations à ce sujet. » L'homme est visiblement ébranlé que je sois au courant des demandes répétées de Noguès et du peu de cas qui en a été fait à Bordeaux. Après avoir essayé d'obtenir ces précieuses réponses, il me quitte sans faire de commentaire.

il y a 2 minutes, collectionneur a dit :

Ordre d'envahir la Libye et de foncé immédiatement sur Tripoli ? Trop gros tout de même :bloblaugh: En HS, il y a des accrochages a la frontière tunisienne entre italiens et français ? Je ne me rappelle pas avoir pu quelques choses sur le sujet.

Faut pas spoiler comme ça !

Non, ça va être un peu plus compliqué.

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La guerre de Troie aura-t-elle lieu ?

Vendredi 21 juin - Dix-huit heures - Palais du Résident général

C'est un peu fripé que je me présente, ou plutôt que je suis présenté à Noguès. Il tique un peu en voyant ma dégaine et me dévisage un moment.
« Vous avez donc des informations importantes sur la situation en Métropole, paraît-il, monsieur.
- Oui mon général mais elle sont extrêmement confidentielles et il me faut m'entretenir avec vous en privé. Libre à vous ultérieurement de les diffuser à qui il vous semblera bon, bien entendu. Je ne peux que révéler que j'apporte quelques réponses à vos multiples télégrammes restés sans réponse tangible. »
Un silence passe.
« Laissez-nous.
- Mais, mon général, vous n'y pensez pas ! Ce peut être dangereux.
- Vous ne me croyez pas apte à me défendre contre un homme seul désarmé ? Au demeurant, il ne me paraît pas avoir une attitude particulièrement agressive. »
L'entourage sort en marquant clairement mais silencieusement sa réprobation.

« Allez-vous me dire enfin ce que vous savez ?
- Mon général, la situation en France est bien pire que vous ne pensez. Nous avons bien reçu vos différent messages sur la situation au Maroc et en Afrique du Nord en général et sur votre volonté de continuer la lutte si nécessaire, en particulier si l'intégrité de l'Empire était en jeu. Vous avez également fait part de votre inquiétude sur les répercussions possibles dans ces territoires auprès des populations indigènes et de la perte de confiance en la France qu'entraînerait un armistice aux Fourches caudines. Vous vous étonnez de ne pas recevoir de réponse claire à vos interrogations plus que légitimes. Mon général, sachez que le gouvernement du Maréchal n'est pas libre.
- Que voulez-vous dire ? Qu'est-ce qui attente à sa liberté ?
- Vous connaissez la duplicité des Nazis qui ont tant de fois promis pour renier immédiatement leur parole. Vous avez peut-être entendu des témoignages des exactions qui ont eu lieu sur le front auprès des populations civiles et des militaires, en particulier des troupes indigènes que les Allemands craignent plus que tout et méprisent tout à la fois. Sachez que ces débordement sont bien pires que ce qu'il advint en 14. Ceci n'est que la partie visible et il est malheureusement avéré que la cinquième colonne est à l'action. Certains membres du gouvernement sont sous son emprise, pour certain de manière directe pour d'autres plus insidieusement. Le résultat est que la décision de demander un armistice n'est pas fondée sur une analyse objective de la situation. »

Noguès va réagir, il ne faut pas que je lui laisse le temps d'objecter, j'enchaîne.

« Certes l'armée française est battue et les Allemands vont occuper l'ensemble du territoire métropolitain, c'est une évidence et le général Weygand a averti le gouvernement depuis longtemps sur ce fait. Mais pour autant, est-il conforme à l'honneur d'abandonner la lutte alors que l'Empire n'a pas encore donné toutes ses forces. Vous-même l'avez assez fait savoir qui considérez que la continuation du combat est possible outre-mer.
Alors pourquoi le maréchal Pétain veut-il cet armistice ? Parce que des informations essentielles lui sont cachées et que certains travaillent à noircir le tableau en permanence. Comment croyez-vous que la percée de Sedan fut possible ? Le deuxième bureau avait identifié les axes de progression mais il n'en fut pas tenu compte car les informations furent bloquées à des niveaux intermédiaires ou noyées sous le flot de fausses nouvelles.
Je n'ai aucune preuve tangible à vous apporter et vous n'obtiendrez que dénégation de la part de Bordeaux à ce que je vous narre mais avez-vous reçu une seule information fiable ou une seule réponse consistante à vos questionnements depuis quelques semaines ? »

Je fais là un horrible mélange de vraies informations plus ou moins altérées et de mensonges éhontés mais il me faut frapper fort et vite. Noguès reconnaîtra certainement des choses connues et doit accepter le reste.

« Le général Vuillemin a déjà fait en sorte que l'aviation soit mise hors de portée en ne gardant que le strict minimum pour supporter nos forces continuant à se battre. L'amiral Darlan a préparé l'évacuation de la flotte et de ce que nous pouvons de l'armée. Mais ces dernières mesures ont été sabotées et l'amiral commence à être victime de la désinformation.
Vous avez fait savoir que les forces de l'Empire peuvent résister et tout le monde en est persuadé. C'est la seule voie de salut et la France vous en sera éternellement reconnaissante.
Certes les meilleures troupes ont été envoyées en métropole et il sera difficile d'en récupérer beaucoup mais il n'est que de voir les officiers issus d'Afrique du Nord qui ont montré une capacité d'adaptation bien supérieure à celle de leurs homologues n'ayant pas connu les guerres du Rif et autres missions de pacification. C'est ici qu'ont été inventé les opérations combinées aéro-terrestres. Les lectures des écrits des généraux allemands montrent qu'ils se sont particulièrement nourris de cette belle expérience et craignent plus que tout cette armée d'Afrique comme je vous l'ai déjà dit.
Il n'y a aucune chance que nos ennemis parviennent à prendre le contrôle de l'Empire par la force, comme vous l'avez fait savoir au gouvernement, alors pourquoi le laisser faire par un mauvais traité ? Certains vous rétorqueront peut-être que les clauses de l'armistice ne le permettront pas mais avez-vous vu le chancelier Hitler respecter une seule de ses paroles ?
Non, si l'armistice est signé, les Allemands et les Italiens, sans compter les Espagnols qui ne feront pas autre chose que ceux-là, profiteront de l'abaissement de la France pour fondre sur notre flotte et notre empire et se les partager. Cela ne doit pas être. »

La guerre de Troie aura-t-elle lieu ? (suite)

Il est temps de lui laisser un peu de place pour qu'il émette ses objections.

« Je ne sais toujours pas qui vous êtes, quelles sont vos fonctions ni comment vous avez connaissance de tout ce dont vous venez de m'entretenir mais il est clair que votre analyse a du sens. Mais que puis-je faire si le gouvernement signe l'armistice ? Je ne suis pas un factieux.
- Faites savoir publiquement que l'armistice ne saurait engager le Maroc. Après tout, c'est un protectorat et la parole du Sultan compte. Votre prestige et votre autorité morale feront pencher la balance dans votre sens et les factieux, les vrais, ceux qui intriguent en coulisse en France pour nous faire subir le déshonneur en seront pour leurs frais.
- Si l'armistice n'est pas signé, les combats ne s'arrêteront pas  en les Français continueront à souffrir.
- Nos soldats se battent et meurent en ce moment même, j'étais dans le Doubs et j'ai vu des morts, des blessés, des destructions. Votre sollicitude vous honore mais pouvons-nous trahir ceux qui donnent leur sang pour la défense, fut-elle sans espoir, de leur sol natal ?
Quand à la souffrance, l'exemple de la Pologne sous le joug Nazi depuis près d'un an nous donne suffisamment à voir que, armistice ou non, la France sera détruite et humiliée par ceux qui n'ont pas su accepter notre victoire en 18. Je ne suis pas un soldat mais j'ai pris tous les risques pour venir vous apporter ces terribles nouvelles et je le referai au besoin. Je ne saurais trahir ceux qui m'ont confié leur lettre à des êtres chers au moment de succomber.
- Quelles lettres ? » Je lui tends le paquet.
Il les lit l'une après l'autre. Le silence se fait pesant.
« C'est donc ça leur état d'esprit ?
- Je vous demande pardon, mon général, je ne les ai pas lues. Elles ont été ouvertes à l'aérodrome de Rabat par un officier qui voulait s'assurer de leur contenu avant de me laisser aller. Mais j'ai croisé des soldats désemparés car n'ayant plus d'espoir dans le destin du pays, pourtant ils m'ont aidé du mieux qu'ils ont pu alors que la canonnade se rapprochait inéluctablement. Ils étaient magnifiques.
- Fort bien, je pourrait faire une déclaration, mais ensuite que se passera-t-il ? Nous n'allons pas altérer le cours de la guerre par ce seul fait. »
S'il savait...

« Oui... et non, mon général. Comme je vous l'ai dit, votre parole est attendue par nombre de vos homologues à Alger, Tunis, Dakar... Parlez et ils se dresseront derrière vous et l'ennemi saura qu'il ne nous vaincra jamais.
Mais vous avez raison, il nous faut des actes. Si nous ne pouvons envahir la Libye pour punir l'Italie de sa traîtrise, d'autant que l'Espagne risque de lui emboîter le pas et qu'il faut nous en garder, l'Armée de l'air a envoyé suffisamment d'appareils pour qu'une campagne de bombardements soit initiée en Tripolitaine, voire en Sicile. Outre montrer clairement notre détermination, cela interdira toute action offensive sur la ligne Mareth et permettra de dégager des forces pour sécuriser le Maroc contre toute menace d'incursion. Vous le savez bien, le plus tôt une telle action sera entreprise, le plus tôt tous nos galvaniserons nos compatriotes et montrerons notre détermination à nos ennemis.
- Mais je ne peux ignorer le gouvernement, il me faut conférer avec lui avant toute chose.
- Mon général, avez-vous eu une réponse correct de ce gouvernement ? Vous a-t-il donné des informations ou des consignes claires ? Vous avez le soutien de tout l'Empire. Vous ne prenez aucune disposition allant à l'encontre des institutions ou des dirigeants de la Nation, vous ne faites que prendre des mesures de sauvegarde de ce dont vous avez la charge.
Au demeurant, le Président Lebrun a fait affréter le paquebot Massilia pour les parlementaires, qui devrait arriver d'ici un jour ou deux à Casablanca, n'est-ce pas la preuve que la représentation française ne veut pas s'avouer vaincue.
- Ce n'est pas elle qui se bat.
- Non, mais c'est elle qui a voté depuis plusieurs années des crédits supérieurs à ce que l'Armée demandait. Je peux témoigner que de nombreux parlementaires ont participé à des travaux pour chercher à améliorer l'efficacité de notre industrie d'armement, de nos fortifications. Elle est peut-être coupable de bien des choses mais elle a réellement cherché à sauvegarder l'indépendance de la Nation. Mon général, il faudra bien un jour déterminer les responsabilités de cet effroyable désastre mais l'urgence est de l'endiguer.
Mon général, vous seul pouvez le faire !
- Admettons que nous nous battions, nos n'avons que deux mois de munitions et de carburant. Nous ne pourrons pas longtemps non plus entretenir nos chars et nos avions.
- Vous savez que nous montons au Maroc même des appareils de combat américains, trois mille ont été commandé dont nous n'avons reçu qu'un millier. Toute la puissance de leur industrie s'est mise à notre service. Il est temps de montrer que ça n'a pas été en vain. »

Silence à nouveau, je le laisse méditer sur ces dernières paroles. Il sonne.

« Convoquez l'État-major du Quartier général.
- Maintenant mon général ?
- Oui, tout de suite. Et je veux envoyer des messages, réveillez le chiffre. »

Il me remercie sobrement et je prends congé, épuisé par ces deux journées et la tension de notre échange.

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Il y a 8 heures, collectionneur a dit :

Le général Noguès a t'il autorité sur la Flotte basée en Afrique du Nord ?

Il ne me semble pas, il a les fonctions de commandant en chef du théâtre d'opérations d'Afrique du nord mais je ne pense pas que ça inclut la Méditerranée ou l'Atlantique l'Afrique du Nord.

C'est un point difficile auquel je dois m'atteler mais, ici encore, je ne veux pas divulgâcher la suite... :tongue:

Edited by DMZ
Atlantique, bien sûr !
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Coup de tonnerre

Samedi 22 juin - Rabat

Quand je me réveille, j'apprends immédiatement la nouvelle qui court partout en ville : Noguès a déclaré solennellement que le Maroc ne saurait être concerné de quelque manière que ce soit par le résultat des combats en France métropolitaine. Georges Le Beau pour l'Algérie, Marcel Peyrouton pour la Tunisie, Léon Cayla depuis Dakar, Robert Brunot au Cameroun, Félix Éboué au Tchad, Mittelhauser en Méditerranée orientale, Legentilhomme à Djibouti, Catroux pour l'Indochine ont repris mot pour mot la déclaration et affirment se mettre à disposition de Noguès si la France venait à succomber. L'Empire a basculé ! Personne ne parle de De Gaulle.

Après avoir pu me rendre un peu plus présentable que la veille, je me rends à la Résidence générale où je dois faire antichambre toute la matinée. Je vois passer des civils et des militaires empressés, une délégation britannique est reçue...

Noguès me fait introduire un peu avant midi, son aide de camp est présent qui me regarde d'un œil courroucé, je vais devoir l'amadouer, il ne doit pas me pardonner de l'avoir mis à l'écart pour lui faire ensuite passer une nuit qui a dû être blanche ou du moins fort chargée. Noguès me présente son chef d'état-major qui semble plus intrigué qu'hostile.
« Comme vous le constatez, j'ai franchi le Rubicon. Dieu fasse que je n'ai pas à m'en repentir.
- À ceci près que, si les dés en sont bel et bien jetés, vous ne marchez pas sur Bordeaux et restez en vos provinces. Pour ce qui est de ma part de responsabilité, j'en assumerai entièrement les conséquences. Je reste à votre disposition tant que vous jugerez bon de recourir à mes services. Au reste, vous avez l'appui unanime de l'Empire, il semblerait que votre choix ne soit pas si mauvais que ça.
- Je souhaiterais toutefois des éclaircissements : Bordeaux m'a envoyé un télégramme comminatoire et je ne peux le laisser sans réponse. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la coercition au sein du gouvernement ?
- Sans pouvoir vous donner aucun nom, je peux vous dire que certains membres ou agents du gouvernement sont sous la coupe des Allemands car leur famille est prise en otage. Comme je vous l'ai indiqué hier, de nombreuses exactions ont déjà eu lieu et la Gestapo a réussi à opérer en France juste avant l'invasion. D'autres sont simplement défaitistes, vous vous souvenez certainement de l'odieux article "Mourir pour Dantzig" qui appelait à un nouveau renoncement après la honteuse reculade à Munich. De ce fait, vous ne pouvez aucunement vous fier aux informations données par le gouvernement actuel. Mais vous avez sagement fait savoir que le Maroc, protectorat et non colonie, ne peut faire l'objet d'un quelconque compromis avec l'ennemi de la France, il ne peut rien vous être reproché à ce sujet, des constitutionnalistes m'avaient confirmé ce point. Les autres administrateurs de l'Empire ont déclaré se mettre à votre disposition en cas de défaillance de la Mère patrie, mesure de sauvegarde de bon sens. Qui pourrait y voir un quelconque coup de force ou une quelconque désobéissance au pouvoir civil ?
Je ne peux que me permettre de vous conseiller de faire venir un émissaire haut placé du pouvoir pour le sonder à ces sujet car, comme vous l'avez fait judicieusement remarquer dans vos télégrammes, il ne saurait être question d'abandonner votre place ce qui aurait le plus mauvais effet sur les populations et la bonne marche du territoire. Vous pourriez suggérer l'amiral Darlan qui après avoir refusé l'appel à cesser le combat, penche maintenant pour l'armistice. Il a de ce fait la confiance du maréchal Pétain et, autre point de la plus haute importance pour vous, il est la clef du devenir de la Flotte dont vous aurez le plus grand besoin pour la suite. »

J'ai pris soin de m'adresser autant que possible à son aide de camp également pour qu'il se sente inclus dans la discussion, je ne connais pas son influence sur le général et je ne voudrais pas d'un travail de sape dans les prochains jours. Je m'assure également du coin de l’œil que son chef d'état-major ne se braque pas.

« Invitez-le à venir vous rencontrer pour discuter de la situation, reprends-je, vous montrerez votre bonne volonté tout en pouvant l'entretenir de la seule chose importante : le conjurer de préparer le transfert de la Flotte à Bizerte, Mers-el-Kébir, Casablanca et Dakar au plus vite. Au demeurant, rien dans ces mouvement ne saurait changer le cours des événements en Métropole ni ne modifierait le contrôle de l'amiral sur la Flotte. Vous resterez dans votre rôle de rempart de l'Empire ainsi que vous l'avez toujours été et on ne saurait vous reprocher de continuer à vouloir rester à votre poste comme vous l'avez toujours affirmé jusqu'à présent.
- Je vais étudier cette suggestion. Je vous remercie.
- Si je puis me permettre, mon général, puis-je demander ce qu'il en est d'une offensive aérienne en Libye ? Je vous rappelle respectueusement que nos forces aériennes surclassent totalement en nombre et en performances les Italiens et qu'il me semble souhaitable que des actions soient entreprises le plus rapidement possible.
- Pourquoi diable êtes vous si pressé ? intervient son chef d'État-major, nous devons prendre le temps de réorganiser ces forces et de mettre au point les plans d'action, il nous faut attendre les résultats des missions de reconnaissance...
- Excusez-moi, mon général, mais l'expérience de la malheureuse campagne de France nous a appris que la rapidité de réaction est un facteur fondamental du succès de toute opération. Ne pouvons-nous lancer les missions de bombardement dès le retour des reconnaissances ? C'est ce qu'ont fait les Allemands depuis la campagne de Pologne et c'est l'un de nos manques les plus criants. D'autre part, l'efficacité de l'Armée de l'air va décliner avec l'usure du matériel avant que les appareils américains puissent prendre le relais. Nous avons une fenêtre d'opportunité qu'il ne faut pas laisser passer.
- Mais il nous faut développer les clichés, les transmettre au Quartier général, les analyser, coordonner les actions...
- Mon général, c'est beaucoup trop long, il faut raccourcir la chaîne. Un groupement doit pouvoir en moins d'une demi-heure recevoir les informations, les analyser, décider d'une action, déterminer les moyens à mettre en œuvre (bombardier, escorte de chasse, appareils d'observation), les rassembler, leur donner toutes les informations sur la mission et la lancer là où une journée entière était perdue ces dernières semaines. Pour cela, il est impératif que les groupements aient toute latitude dans ses décisions et que chaque échelon soit le plus autonome possible. Le Grand quartier général doit donner les grandes orientations et les objectifs généraux à atteindre tout en décidant de la répartition des moyens, à chaque groupe de les mettre en œuvre dans la plus grande liberté pour obtenir les résultats demandés. L'initiative doit être la règle. Les demandes de l'Armée de terre doivent être traitées de la même manière : précision des objectifs désignés ou des soutiens demandés, rapidité de l'action en retour. Cela demande une grande coordination qui ne peut être atteinte qu'aux conditions d'avoir des moyens de communication fixes et radio efficaces et fiables et une bonne connaissance mutuelle : ce dernier point ne sera réglé que la présences d'officiers de liaisons au sein des unités de l'Armée de terre, officiers aviateurs sachant comprendre les besoins, déterminer les moyens et transmettre les demandes directement aux moyens alloués sans passer par une chaîne hiérarchique infinie.
- Cela va demander des semaines pour réorganiser cela ! Si tant est que ce soit possible. Et donner son autonomie à l'Armée de l'air...
- Non, vous pouvez le faire beaucoup plus rapidement, j'en suis certain. Et c'est bien ainsi que vous avez agis lors de la guerre du Rif avec les résultats que l'on sait. Mon général, continué-je en m'adressant à nouveau à Noguès, je dois aller au plus tôt à Londres mais je suis prêt à passer deux jours avec les commandants de groupes et de grandes unités pour expliquer ce qu'il serait souhaitable de mettre en place, vous pouvez les consulter au demeurant, ceux qui reviennent du front ne vous diront pas autre chose que moi.
- Allez-y ! Avez-vous d'autres points à soulever ?
- Pas d'aussi urgent pour le moment, mon général. Mais il faudrait penser à mettre en défense la Corse, même si elle ne fait pas partie de votre périmètre, il serait bon de voir ce qui peut être fait. Je vous laisserai un mémoire à ce sujet avant mon départ pour Londres. Il faudrait également préparer des opérations offensives contre la Sardaigne et la Tripolitaine.
- Mais ne rappeliez-vous pas à juste titre hier que nous n'avons pas encore les moyens de passer à l'offensive ?
- La Sardaigne n'est quasiment pas défendue, sa prise déstabilisera fortement Mussolini et sécurisera la Méditerranée occidentale, un tel projet vous sera également d'un grand poids dans vos discussions avec l'amiral Darlan. Quand à la Libye, nos amis Anglais ne vont pas la laisser longtemps tranquille, il nous faut être prêt à les aider de notre mieux. Dernier point, les Japonnais sont très agressifs et des menaces pèsent sur l'Indochine, le général Catroux aura bientôt besoin d'aide, là-bas aussi il faudra se coordonner avec les Britanniques qui ont plus de moyens que nous sur place même s'ils ne sont pas non plus à la hauteur des besoins. »

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La Sauterelle - Résolutions et doutes

Pour différencier les deux uchronies, je désignerai désormais la première, celle de mon évasion vers l'Angleterre, par le préfixe "Chronos" et la seconde par "La Sauterelle". J'espère que ça suffira à ne pas trop embrouiller le lecteur quand je reviendrai à l'autre.

Samedi 22 juin - Rabat - 13 heures

Au moment de partir, le général Noguès me pose une dernière question.
« Qu'allez-vous donc faire à Londres ?
- Je dois rencontrer des responsables britanniques et voir le général De Gaulle.
- Que pouvez-vous bien attendre de ce lui ? Son cas relève de la justice militaire.
- C'est en homme politique, et non en tant que militaire, qu'il a appelé à continuer le combat, tout comme un grand nombre du personnel politique qui n'est pas forcement aligné sur les vues des tenant de la cessation des hostilités. Je vous rappelle à ce propos que le gouvernement du maréchal Pétain n'a pas encore reçu l'investiture de la Chambre. Que des voix s'élèvent pour demander à ce que la politique du gouvernement démissionnaire, qui n'a pas été renversé, se poursuive jusqu'à ce que celle du nouveau soit approuvée est tout à fait légitime.
De plus, le général De Gaulle a l'oreille de Churchill, le mettre dans votre camp simplifiera beaucoup vos relations avec les Britanniques même si vous avez reçu leurs émissaires aujourd'hui. Pourquoi ne pas répondre favorablement à son offre de se mettre sous vos ordres, il vous sera alors facile de le faire revenir à une plus stricte obéissance.
Enfin, il y a d'importantes troupes françaises au Royaume-Uni, toutes aguerries et comportant de nombreux spécialistes, en cas d'armistice ces hommes pourraient bien choisir d'être démobilisés, il nous faut les convaincre de rejoindre l'Empire et le général De Gaulle pourra grandement y aider.
- Vous semblez une fois de plus avoir raison contre l'évidence. Je ne sais si je dois m'en réjouir ou le déplorer.
- Mon général, n'y voyez là que le fait que j'ai eu accès à une masse d'informations confidentielles qui, si elles vous avez été connues, vous aurez amené à des conclusions similaires.
- Fort bien, je vais donner des ordres en conséquences et vous faire mettre à disposition un moyen de transport.
- Si vous le permettez, je vous propose de désigner Claire Roman, elle m'a conduit jusqu'ici depuis Alger, elle pilote un Caudron Goéland.
- Une femme pilote ? Voilà bien une lubie de l'Armée de l'air ! À Dieu ne plaise qu'on voit jamais ça dans l'Armée. »

Bien, j'ai déjà fortement altéré la trame temporelle. Il ne va plus me rester beaucoup de "prévisions" à offrir à mes nouveaux compagnons de route, je vais devoir me rabattre sur la technologie.
Tout de même, les jours à venir vont être décisifs. Comment Pétain, Laval, Weygand vont-ils réagir ? Noguès ne risque-t-il pas de tourner casaque ? Darlan va-t-il permettre l'évacuation vers l'AFN ? Quelle va la réaction allemande ? En cas de signature de l'Armistice, est-il possible de faire en sorte que les Italiens refusent d'en être partie prenante ? Ou n'est-ce pas un faux problème puisque l'Empire reste dans la guerre ? L'Espagne ne risque-t-elle pas d'entrer en guerre ? Comment se prémunir du risque ? Quelle va être la position de l'administration Roosevelt ? Soutiendra-t-elle Pétain ou Noguès ?

Les durs du gouvernement Pétain ne peuvent laisser la situation évoluer à leur désavantage, ils vont régir de manière forte. Mais la défection de l'Empire est un énorme coup porté à leur politique, il est possible que le Massilia arrive avec plus de parlementaires et ceux qui resteront à quai vont certainement remettre pour partie en question l'arrêt des combats. De l'accueil des députés du Massilia va dépendre beaucoup de choses. Même si Noguès a brûlé ses vaisseaux avec sa déclaration publique et le ralliement de tout l'Empire, il faut que je reste à proximité ces jours-ci car il va être soumis à une énorme pression.
Il faut à toutes forces que Darlan fasse lui aussi son coming out. Même s'il est bien tard pour mettre en place une évacuation à grande échelle, un minimum de personnel peut être évacué et si une dizaine de Somua ou une vingtaine de FCM peuvent être transférés en AFN, ils feront une énorme différence. Et la Flotte doit rejoindre l'Empire.

Si la lutte se continue dans l'Empire, les Allemands peuvent considérer et prétendre que la France a bel et bien été écrasée et que ses confettis ne représentent rien, reste à voir leur position sur la zone non occupée. Avec la menace de l'Empire, il est peu probable qu'ils délaissent les côtes sud de la France. Alors un état croupion dans le Massif central et les Alpes pour laisser une fiction d'état indépendant ? Ce serait la seule solution pour permettre la signature d'un armistice qui leur permettrait de gagner entre trois et huit semaines de combats. Ils peuvent aussi choisir de finir d'écraser l'armée française en métropole mais alors ils n'auraient plus de gouvernement à leur botte.
Vont-ils alourdir leurs exigences pour faire pression et se venger ou au contraire les alléger pour faciliter la signature ? Dans tous les cas, Pétain va devenir une sorte de Quisling, surtout si il ne peut obtenir le vote de la Chambre. Il est probable que, même s'il obtient officiellement l'investiture, il n'aura pas les pleins pouvoirs. Et, si il y a une grande défection de parlementaires, ses décisions seront encore plus contestables et contestées qu'historiquement.

Pour saboter l'Armistice, il faut que les Italiens en refuse les conditions. La continuation des hostilités en Afrique du nord fait peser un tel risque sur la Libye mais leur donne aussi une telle opportunité en Tunisie qu'ils ne peuvent l'accepter. Ils vont vouloir des garanties autrement plus importantes, ils vont peut-être considérer que l'octroi de la Tunisie obligera les Allemands à les aider à mettre au pas les Alliés. Mais Mussolini considère peut-être toujours sa Mare Nostrum comme chasse gardée. Et les Allemands ne vont peut-être pas lier la signature à un accord avec les Italiens, ils pourraient s'en laver les mains sachant que l'armée française réduite à 100.000 hommes ne représente absolument aucun danger pour son incontrôlable voisin. Any way, faire pression militairement sur la Libye ne peut être que bénéfique pour la continuation des combats.

Franco sautera-t-il le pas ? La question de savoir s'il a réellement souhaité entrer en guerre ou s'il n'y avait que des effets de manches reste toujours posée au XXIe siècle dans ma trame historique ; ce qui est certain est qu'il y avait des factions opposés sur ce thème et que savoir qui va l'emporter maintenant est une vraie bouteille à l'encre. Même si ce n'est pas le plus probable, il n'est pas impossible qu'il finisse par se saisir de l'opportunité pour mettre la main sur Gibraltar, le Maroc et l'Oranais. Noguès est confiant sur sa capacité à résister mais il y a quand même là un risque plus important qu'en Tunisie car la frontière du Rif est bien plus grande et il n'y a nulle "Ligne Mareth" pour protéger Fés, Rabat ou Oran. De plus, la distance à parcourir au dessus de la mer est bien plus faible que pour la Libye et peut permettre la remise en place d'un pont aérien de sinistre mémoire quoique dans l'autre sens. Il faudra suggérer la mise en place de régiments d'artillerie formés avec une partie des mille 75 reçus des États-Unis pour contrer toute tentative. Il ne faut pas oublier que si les Espagnols ont des moyens biens inférieurs, ils sont en supériorité numérique locale et attisent la révolte au Maroc. À surveiller de près.

Reste le cas des Américains. J'ai rappelé à Noguès les avions commandés aux États-Unis mais il va y avoir une bataille juridique pour savoir quel est le gouvernement légitime et donc qui est propriétaire de ces avions et de l'or de la Banque de France qui conditionne leur paiement. Roosevelt et Cordell Hull vont voir d'un très mauvais œil la sédition d'un général, qui plus est à la tête d'un empire qu'ils veulent abattre. Il faut absolument recouvrir d'un verni de légalité cette histoire et travailler les milieux français de Washington. À ce propos, il faut que le Béarn rejoigne Casablanca avec son chargement d'avions, tout obsolètes qu'ils soient.

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La Sauterelle - Pensum

Samedi 22 juin - Après-midi - Rabat - Salé

Après avoir mangé un poisson grillé sur le port en admirant la Casbah, je retourne au terrain pour voir avec Claire Roman le voyage vers Londres. Nous préparons également l'aller-retour vers Alger où je dois rencontrer les chefs des groupes de chasse, de bombardement et de reconnaissance et quelques commandants de division. Elle ne pose pas de question sur la situation mais l'action qui s'annonce l'enchante visiblement.

Je m'attelle ensuite à rédaction d'un mémorandum sur diverses actions.
1) Opérations aériennes contre la Libye
Les appareils de l'Armée de l'air ou de l'Aéronautique navale sont largement supérieurs à ce que peut opposer la Regia aeronautica.
Les LeO 451 volent trop vite pour les CR 42 et trop haut pour la maigre DCA italienne, leur viseur est conçu pour bombarder à 5.000 m, ce qui va donner une bien meilleure précision que ce qui a été obtenu en France à basse altitude, même si cette précision reste relative, un bombardement de zone en plein jour fera beaucoup de dégâts matériels et psychologiques. Il y en a six groupes en AFN, c'est plus que suffisant pour une campagne intensive contre le port et les terrains de Tripoli jusqu'à épuisement des pièces. Il y a également quatre groupes d'Amiot 351-354 qui peuvent faire le même travail.
Les D.520 ont montré leur supériorité en Provence face à des escadres italiennes bien plus nombreuses, la supériorité aérienne sera aisée à atteindre ici mais elle exige une présence continue et un guet aérien sans faille. Le premier point va user les machines et le second exige une mise en point qui fait défaut jusqu'à présent. Il faut absolument récupérer au plus vite l'installation de détection électromagnétique (radar) des îles du Levant qui a une portée de plus de cent kilomètre et monter une organisation du même type que celle de la Chain Home britannique. Les Savoia-Marchetti SM.79, relativement rapides, seront néanmoins des proies difficiles.
Les BD-7 et Glenn Martin seront très efficaces à basse ou moyenne altitude contre des objectifs faiblement protégés par la DCA. Ils doivent harceler les lignes italiennes entre Tripoli et la frontière tunisienne.
Les Vought V156F et Loire-Nieuport 41, même sous motorisés et en très faible quantité, sont des armes redoutables contre les cibles navales ou de petite taille. Ils devront être systématiquement escortés contre la chasse adverse mais ils ont prouvé leur capacité de bombardement de précision. Malheureusement, les V156 n'ont pas leur lance-bombe principal et ne peuvent donc être utilisés contre des navires, leurs bombes d'une dizaine de kilo étant bien trop faible pour le moindre escorteur, ils pourront, en revanche, faire des missions à terre contre les lignes de défense italiennes.
Les Laté 298 torpilleurs auront eux aussi besoin d'escorte mais vont rendre, de concert avec les bombardiers en piqué, la vie intenable aux convois de ravitaillement de la Libye.
Pour l'efficacité de ces attaques navales, une reconnaissance lointaine continue doit être mise en place. Les quelques 250 milles entre le sud de la Sicile et Tripoli peuvent être franchis en à peine plus d'une nuit par des paquebots ou des navires de guerre, la détection des convois doit donc se faire le long des côtes siciliennes. Il faut pour cela avoir en permanence un MB 174 de reconnaissance patrouillant cette zone avec des rapports radios pour accélérer l'alerte. Leur vitesse devrait leur permettre d'échapper à la chasse ennemie mais ils risquent d'avoir à payer un lourd tribut.
Il faut enfin récupérer les cinq groupe de bombardement d'assaut sur Br.693 qui se trouve à Toulouse ou Istres.

2) Défense contre l'Espagne
Le terrain montagneux dépourvu de route du Rif contraint fortement les axes de pénétration au Maroc sous protectorat français.
Les mille canons de 75 en provenance des États-Unis vont permettre d'équiper 13 27 régiments d'artillerie (3 groupes de 3 batteries de 4 pièces). Une demi-douzaine d'entre eux doivent être déployés au débouché des vallées venant de Melila entre Fès et Oujda. Depuis Tanger, Ceuta et Tetouan, la plaine côtière vers Rabat est pour une grande part sous la menace des canons de gros calibre de la Flotte. QuatreDeux régiments d'artillerie en complément devraient suffire à contenir les attaques.
Les deux bataillons de chars de combat équipés de D1 à peu près en état de marche devront être rapatriés de Tunisie si la menace se précise pour pouvoir intervenir l'un à l'est, l'autre à l'ouest du Rif.
L'utilisation d'avions d'assaut, Br.693, Martin DB-7, Chance Vought 156 permettra d'intervenir rapidement en cas de menace sur un point. Les V156 n'étant pas d'une utilité flagrante sur le front italien, ils pourront être basés à Oran ou Fès. Au moins un groupe doit pouvoir être transféré en 24 heures depuis la Tunisie.
Ici aussi une surveillance stricte est nécessaire qui pourra être effectuée par des Po 63.11 du fait de la moindre menace de l'Ejército del Aire, surtout qu'il ne s'agit pas pour le moment de pénétrer l'espace aérien espagnol.
Deux groupes de chasse sur Morane devraient suffire à maintenir une dissuasion mais deux groupes sur D.520 doivent être prêts à venir les épauler sous 24 heures.

3) Défense de la Corse
Les points de débarquement les plus pratiques en Corse sont les deux grandes plaines orientales. La côte occidentale est trop loin des côtes françaises ou italiennes pour pouvoir facilement ravitailler un débarquement sauf à venir de la Sardaigne mais cette dernière n'est actuellement même pas assez équipée pour se défendre. Calvi et Ajaccio sont toutefois des cibles potentielles à ne pas négliger. Au sud-est, Porto-Veccio est un havre naturel qui peut donner de bonnes opportunités mais est très proche de la zone fortifiée des Bouches de Bonifacio.
Il faudrait une cinquantaine de batteries de 75 pour couvrir tous les points sensibles tout autour de la côte corse, soit moins d'un tiers des canons reçus des États-Unis.
Deux ou trois groupes de chasse sur D.520 seront nécessaires pour la couverture aérienne et il faudra obtenir des équipements RDF (Radio Detection and Finding) des Anglais comme ils les nomment pour avoir une alerte précoce des attaques aériennes. La défense aérienne pourra être initialement effectuée par des appareils ayant une trop faible autonomie pour faire la traversée comme les Morane 406 ou Bloch 152-155. En fonction des réceptions, ils pourraient aussi être remplacés par des Curtiss H75 ou H80 (resp. P 36 ou P40).
Ici aussi, le pré-positionnement des pièces de rechange et munitions pour les Vought V156 pourra permettre de réagir rapidement en cas de menace imminente.

4) Déchiffrement
Quelle que soit la réaction du gouvernement Pétain au déménagement, il est impératif de récupérer les personnels travaillant au déchiffrement des messages ennemis et qui se trouvent dans la zone non encore envahie.

 

Il y a 3 heures, collectionneur a dit :

Pour le paquebot Massilia, il est parti le 21 juin 1940. Trop tard pour augmenter le nombre de parlementaires a bord il me semble.

Il appareille entre 12h30 et 13h30 du Verdon selon les sources. Si le message radio-diffusé de Noguès à lieu vers huit heures, d'autres parlementaires auraient le temps de venir de Bordeaux. Il y a une centaine de kilomètres de route et le train a son terminus sur l'embarcadère. Et ils peuvent prendre d'autres navires.

Edited by DMZ
dotation des régiments d'artillerie 36 pièces et non 72
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Le 30/08/2021 à 17:15, DMZ a dit :

En HS, il y a des accrochages a la frontière tunisienne entre italiens et français ? Je ne me rappelle pas avoir pu quelques choses sur le sujet.

Je n'en suis pas sûr mais il me semble que le front était calme, il était fortifié de part et d'autre et aucun des deux camps n'avait les moyens de percer à ce moment, de plus c'était le tout début de la saison chaude peu propice à de quelconques opérations.

 

Edited by DMZ
Tiens, y'a un bug, le post en référence n'est pas de moi, c'est de collectionneur
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La Sauterelle - E. T. (Extra Temporel) Téléphoner maison

Samedi 22 juin - Rabat - Après-midi

Je retourne à la Résidence générale, j'ai eu un rendez-vous avec un responsable du 2e Bureau, le capitaine Xénon, par le truchement de l'aide de camp de Noguès. Je lui présente un projet de liaison très basse fréquence pour recevoir et transmettre des informations discrètement avec la Métropole quand elle sera complètement envahie, nous avons juste le temps de mettre en place cette installation. Je lui propose d'émettre en très basse fréquence vers 10 kHz pour éviter d'être écouté par les Allemands. Une antenne Yagi-Uda sur le plateau de Valensole permettra d'émettre en direction de la Corse à 325 km de là, une puissance infime sera suffisante. La Tunisie est également bien alignée à 820 km et pourra prendre le relais si la Corse n'est pas tenable. Nous allons voir avec la Marine la possibilité d'obtenir matériel et spécialistes pour mettre au point le matériel, des essais pourront être faits discrètement dans le sud marocain ou algérien pour vérifier les performances et les risques d'interception. Nous obtenons une courte audience de Noguès qui valide le principe et nous donne carte blanche pour la suite.

Il faut que je résolve mes problèmes matériels, ce matin des mécanos compatissants m'ont trouvé un blouson et un pantalon pas trop élimés et m'ont donné quelques dirhams qui ne me procureront pas plus d'un autre repas, j'ai dormi dans un coin de hangar... Je m'en ouvre à Noguès en lui demandant si je ne pourrais pas émarger au 2e Bureau. Il pèse rapidement le pour et le contre sachant qu'il n'a aucune information sur moi et doit finalement considérer qu'avec tout ce que je lui ai apporté jusqu'ici, je suis plutôt une bonne recrue. Le temps de signer mon bulletin d'engagement sous le nom d'Henri Georges (à vous de trouver pourquoi) et je pourrai passer par la case fourrier, ayant réussi à négocier un grade de sous-lieutenant en faisant valoir un diplôme d'ingénieur que j'ai réellement mais qui ne correspond à rien de connu à ce moment. J'ai perdu de mon indépendance mais j'ai un statut officiel et un moyen d'existence qui vont me simplifier la vie. Mon nouveau supérieur, quand à lui, est ravi de sa recrue inespérée. Bon, va pas falloir oublier de saluer tout ce qui bouge (sans peindre le reste, nous ne sommes pas dans la Marine).

Nous contactons l'Amirauté à Alger pour avoir un rendez-vous avec des spécialistes des transmissions. Avec le sésame "général Noguès", nous en obtenons un dès lundi. Dimanche pourra être consacré aux procédures des coordination aéroterrestre. Le capitaine Xénon se chargera demain ou lundi de faire contacter quelqu'un à Londres pour m'accueillir dès que possible. Il a aussi des contacts de confiance en France pour recueillir des informations sur l'évolution de la situation. Je lui demande s'il a des informations sur les équipes chargées de décrypter les communications ennemies mais ce n'est malheureusement pas son domaine. Il va se renseigner auprès de ses collègues.

Je passe enfin chez le fourrier pour toucher mon paquetage et une avance sur ma solde et, après m'être acheté des vêtements civils, je retourne au terrain où je suis désormais officiellement hébergé. Claire Roman regarde avec envie mon uniforme, elle qui n'a pas droit à un grade, mais elle n'a pas l'air de m'en vouloir personnellement. Nous soupons en ville avec des pilotes pour arroser mon nouveau grade, j'ai déjà bien entamé ma maigre solde. Rentré tard au terrain alors que nous décollons aux aurores demain.

Nous contactons l'Amirauté à Alger pour avoir un rendez-vous avec des spécialistes des transmissions. Avec le sésame "général Noguès", nous en obtenons un sans problème pour mercredi 26, nous aurions pu en avoir un même plus tôt mais je tiens à être là pour l'arrivée du Massilia. Cela me laisse le temps d'organiser une grand messe avec quelques commandants de groupes de chasse, de bombardement et de reconnaissance et deux ou trois officiers d'état-major de division pour discuter des procédures des coordination aéroterrestre. Le capitaine Xénon se chargera demain ou lundi de faire contacter quelqu'un à Londres pour m'accueillir dès que possible. Il a aussi des contacts de confiance en France pour recueillir des informations sur l'évolution de la situation. Je lui demande s'il a des informations sur les équipes chargées de décrypter les communications ennemies mais ce n'est malheureusement pas son domaine. Il va se renseigner auprès de ses collègues.

Je passe enfin chez le fourrier pour toucher mon paquetage et une avance sur ma solde et, après m'être acheté des vêtements civils, je retourne au terrain où je suis désormais officiellement hébergé. Claire Roman regarde avec envie mon uniforme, elle qui n'a pas droit à un grade, mais elle n'a pas l'air de m'en vouloir personnellement. Nous soupons en ville avec des pilotes pour arroser mon nouveau grade, j'ai déjà bien entamé ma maigre solde. Rentré tard au terrain...

Edited by DMZ
J'ai failli oublier le Massilia
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