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Alexis

Crise grecque, crise européenne ?

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Sauf que c'est ce qui se passe. La Grèce siphonne de l'Euro. Et  A cela ne s'arrêtera qu'avec sa sortie.

B  Rappelons que l'enjeu n'est pas de remporter un vote. Il est d'assainir une situation d'effondrement, rendre viable un système.

 

A   )   C'est vie, elle ne réalise pas toujours nos espoirs, secrets ou avoués... :P

B   )    Certes, mais faut-il rappeler, encore une fois, que certains, dont les allemands, sont des démocraties parlementaires strictes  et que leurs gouvernements n'ont pas la latitude pour prendre des décisions sans un vote du  parlement.  

 

Et leurs parlements sont des vrais casse bombons, il ne se contentent pas de grandes phrases lors des questions publiques du mercredi après midi...

Edited by Fusilier

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C'est évident qu'un vote ne changerait rien à l'affaire et personne ne peut le demander ou le croire sérieusement...

Attendons pour voir. Mais, je crois qu'il s'agit surtout de mettre la mécanique en route, de montrer que...

C'est ce dont le gouvernement allemand (et pas que lui)  a besoin pour l'emporter dans son parlement.    

 

Oui c'est aussi en substance ce qu'exigeait Verhofstadt. 

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De toutes manières, si les Grecs veulent vraiment se libérer du poids de la dette, ils peuvent toujours mettre en place une "taxe libératoire". .

A la façon de ce que proposait Maurice Allais, un de nos prix Nobel français.

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Je me souviens que M.Allais proposait de limiter les impôts à la fiscalité indirecte, genre TVA plus un impôt sur le capital, mais qu’est-ce que tu entends par « taxe libératoire » ?

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Espagne, Portugal, Italie : ce que l’austérité a vraiment produit comme résultat sur les autres économies du sud de l’Europe

L'austérité n'a pas eu les effets escomptés en Grèce, mais des pays comme l'Italie, l'Espagne et le Portugal en ont peut-être retiré plus de bénéfices. Analyse des reformes économiques de ces trois pays du sud de l'Europe.

Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/espagne-portugal-italie-que-austerite-vraiment-produit-comme-resultat-autres-economies-sud-europe-mathieu-mucherie-2228530.html#C3yQ2pjxe3AiWotu.99

 

Ce qui est marrant dans cet entretien, c'est qu'il n'y a rien dedans qui corrobore le moins du monde le chapeau : la personne interrogée commence en répondant qu'il n'y a pas eu non plus de bénéfices tirés des politiques d'austérité drastiques en Espagne ou en Italie... et continue en signalant que les réformes "structurelles" se mènent hors des périodes de crises car les bénéfices produits sont de long terme, elles provoquent des dégats - et donc des oppositions - à court terme et nécessitent donc des moyens supplémentaires temporaires pour aboutir (pour indemniser et recaser les perdants).

Il signale qu'avec sa propre monnaie l'Espagne aurait dû dévaluer, il ne dit rien de ce qu'il serait advenue de sa dette si elle avait été libellée en devises étrangères.

 

Tout cel est fort cohérent.

 

Cet étrange faisceau d’indices qui peut laisser penser que les Grecs seraient en fait en train de tout mettre en oeuvre pour sortir à terme de la zone euro

Plusieurs indices portent à croire que la Grèce aurait organisé sa banqueroute. À défaut de pouvoir se sortir d'une crise dans laquelle elle s'est empêtrée, la Grèce a beaucoup à gagner (quelques 300 milliards d'euros...) à sortir de la zone euro, sitôt qu'elle aura fait défaut. Analyse de cette sortie de théâtre par Charles Gave.

Read more at http://www.atlantico.fr/decryptage/cet-etrange-faisceau-indices-qui-peut-laisser-penser-que-grecs-seraient-en-fait-en-train-tout-mettre-en-oeuvre-pour-sortir-terme-2232423.html#mgxERVfoPoro6fh0.99

 

Et ça c'est Charles Gave, l'anti-système membre du conseil de surveillance de la Scor, la société de réassurance. Il en veut beaucoup aux banques ; les réunions du conseil de la Scor doivent être amusantes !

En vouloir aux banque, pourquoi pas. Croire que les grecs ont des plans machiavéliques, comme d'autres, je n'y crois guère. Je crois qu'il sont collés au volant avec le soleil de face et une route en pente.

Et ça c'est le Figaro.

 

Si ça n'évolue pas dans la nuit : attention, demain, plongeon boursier !

 

Et au pire en 2018 : plus d'Euro.

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Je me souviens que M.Allais proposait de limiter les impôts à la fiscalité indirecte, genre TVA plus un impôt sur le capital, mais qu’est-ce que tu entends par « taxe libératoire » ?

 

Je suis pas tout à fait certain de la paternité, c'est peut être un de ses disciples inspiré par un des concepts d'Allais. J'ai cité de mémoire.  

 

En substance et de mémoire 

 

La dette est sigma de Xi  sur 40 ans = dette cumulée   %  du PIB / an .

Là, c'est l'angoisse, 100% du PIB , nos enfants vont payer sur trois générations, ça fait tant par français, le déclin, les impôts, l'austérité  et toussa 

L'idée es de rapprocher la DC (dette cumulée)  /  sigma de Xi sur 40 ans = richesse nationale cumulée (dans le cas français, on s'aperçoit que la richesse croit plus vite que la dette...) 

(mes notations mathématiques sont approximatives)

 

Donc si l'on pose que  DC est un % x de  richesse nationale cumulée (et non plus d'un PIB an) ; une taxe d'un montant DC, d'un coup , sur les richesses cumulées permettrait de ramener la dette à 0% du PIB 

Ca c'est la théorie, après il y a un développement technique du comment faire. 

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Si ça n'évolue pas dans la nuit : attention, demain, plongeon boursier !

 

Du côté du Bitcoin en revanche... c'est la fête !

 

+20 % en cumulé depuis la veille du référendum grec.

 

 

chart.png?width=940&m=krakenEUR&SubmitBu

 

 

Difficile de savoir si ce mouvement est davantage lié au krach boursier chinois ou aux rebondissements de la crise grecque.

 

Mais attention... si ça évolue cette nuit du côté de Bruxelles, c'est du côté de Bitcoin qu'il peut y avoir un plongeon  :P !

 

 

Et au pire en 2018 : plus d'Euro.

 

Juste par curiosité, pourquoi cites-tu 2018 ?  :huh:

Je veux dire, plutôt que 2016, 20 ou 29 ?

Edited by Alexis

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Pour info, d'une collègue grecque:

 

- les meilleurs sont parti du pays depuis les années 70

- le clientélisme là bas est hallucinant depuis toujours

- les politiques achètent les voix par clientélisme

- les impôts ne rentrent pas car tout le monde fraude

- les allocations ont été dépensées pendant des années pour des conneries

- les fonds européens étaient plus ou moins détournés

- les oligarques possèdent les grandes entreprises et les média

- tout le monde a triché avec le système et tapé dans la caisse

- le cadastre n'existe même pas   https://fr.wikipedia.org/wiki/Cadastre_de_Gr%C3%A8ce

 

Bref en pratique les grecs ont déconné à pleins tubes pendant des décennies... et c'est une grecque qui dit ça!

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Pour info, d'une collègue grecque:

 

- les meilleurs sont parti du pays depuis les années 70

- le clientélisme là bas est hallucinant depuis toujours

- les politiques achètent les voix par clientélisme

- les impôts ne rentrent pas car tout le monde fraude

- les allocations ont été dépensées pendant des années pour des conneries

- les fonds européens étaient plus ou moins détournés

- les oligarques possèdent les grandes entreprises et les média

- tout le monde a triché avec le système et tapé dans la caisse

- le cadastre n'existe même pas   https://fr.wikipedia.org/wiki/Cadastre_de_Gr%C3%A8ce

 

Bref en pratique les grecs ont déconné à pleins tubes pendant des décennies... et c'est une grecque qui dit ça!

 

Puisqu'on te dit que c'est de la faute aux Allemands !

 

Enfin bon, malheureusement on le savait déjà. Le problème, c'est ce qu'on va faire demain. Surtout les Grecs, parce que leurs banques ne sont toujours pas rouvertes et que les capitaux sont toujours contrôlés. Au bout de dix jours d'apnée, le système ne va plus tenir très longtemps.

Edited by Ciders
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Juste par curiosité, pourquoi cites-tu 2018 ?  :huh:

Je veux dire, plutôt que 2016, 20 ou 29 ?

 

La position française sera intenable => sortie après élection présidentielle. Les allemands (et leurs copains) sont en train de faire une connerie d'une magnitude remarquable, et une connerie d'autant plus délirante qu'elle est basée sur un dogmatisme étroit (primauté de la totale stabilité de la monnaie) et qui leur est doublement défavorable :

- ils vont se retrouver avec leurs premiers partenaires économiques en vrille, et ça va faire trèèèèès mal à tout le monde.

- ce qu'ils avaient à faire depuis 3 ou 4 ans, en Allemagne, c'était d'augmenter leurs salaires, de mettre enfin en place une politique favorable aux familles et de générer de la demande et 1) c'était facile (entreprises florissantes, excédent massif du commerce extérieur, grosses marges de manœuvre donc...), 2) ça aurait réduit leur endettement encore plus vite, ça aurait permis d'éponger les dettes des partenaires, ça aurait renforcer la compétitivité des économies du sud. Mais non...

 

Vu de moi c'est un peu l'accident vu de l'intérieur de la voiture, au ralenti. Le conducteur papote et s'inquiète de la coiffure du petit dernier dans le rétroviseur.

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Je suis pas tout à fait certain de la paternité, c'est peut être un de ses disciples inspiré par un des concepts d'Allais. J'ai cité de mémoire.

En substance et de mémoire

La dette est sigma de Xi sur 40 ans = dette cumulée % du PIB / an .

Là, c'est l'angoisse, 100% du PIB , nos enfants vont payer sur trois générations, ça fait tant par français, le déclin, les impôts, l'austérité et toussa

L'idée es de rapprocher la DC (dette cumulée) / sigma de Xi sur 40 ans = richesse nationale cumulée (dans le cas français, on s'aperçoit que la richesse croit plus vite que la dette...)

(mes notations mathématiques sont approximatives)

Donc si l'on pose que DC est un % x de richesse nationale cumulée (et non plus d'un PIB an) ; une taxe d'un montant DC, d'un coup , sur les richesses cumulées permettrait de ramener la dette à 0% du PIB

Ca c'est la théorie, après il y a un développement technique du comment faire.

Donc, tu voudrais saisire une partie du stock de capital pour effacer la dette ?

C'est du suicide. Le rendement de ce stock est le PIB marchand sur lequel est prélevé l'impôt.. De plus, pour le vendre, il faudrait un acheteur. Enfin, comment cibles-tu ?

Je n'évoque même pas l'anticonstitutionnalité.

Edited by Serge

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Je suis pas tout à fait certain de la paternité, c'est peut être un de ses disciples inspiré par un des concepts d'Allais. J'ai cité de mémoire.  

 

En substance et de mémoire 

 

La dette est sigma de Xi  sur 40 ans = dette cumulée   %  du PIB / an .

Là, c'est l'angoisse, 100% du PIB , nos enfants vont payer sur trois générations, ça fait tant par français, le déclin, les impôts, l'austérité  et toussa 

L'idée es de rapprocher la DC (dette cumulée)  /  sigma de Xi sur 40 ans = richesse nationale cumulée (dans le cas français, on s'aperçoit que la richesse croit plus vite que la dette...) 

(mes notations mathématiques sont approximatives)

 

Donc si l'on pose que  DC est un % x de  richesse nationale cumulée (et non plus d'un PIB an) ; une taxe d'un montant DC, d'un coup , sur les richesses cumulées permettrait de ramener la dette à 0% du PIB 

Ca c'est la théorie, après il y a un développement technique du comment faire. 

 

 

Donc, tu voudrais saisire une partie du stock de capital pour effacer la dette ?

C'est du suicide. Le rendement de ce stock est le PIB marchand sur lequel est prélevé l'impôt.. De plus, pour le vendre, il faudrait un acheteur. Enfin, comment cibles-tu ?

Je n'évoque même pas l'anticonstitutionnalité.

 

De ce que je comprends, il est question de relativiser la gravité de l’endettement grec en ne rapportant plus ce stock de dette accumulé sur plusieurs décennies à une seule année de PIB comme si que le remboursement devait se faire du jour au lendemain, mais sur plusieurs PIB.

 

Le 1er fois que j'ai entendu aborder le sujet de cette façon est l'économiste - et Nobel - Robert J. Shiller, un spécialiste de la psychologie/irrationalité des marchés *.

 

 

Edit: * c'était dans cet article que je viens de retrouver http://www.project-syndicate.org/commentary/debt-and-delusion/french

Edited by Shorr kan
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Donc, tu voudrais saisire une partie du stock de capital pour effacer la dette ?

C'est du suicide. Le rendement de ce stock est le PIB marchand sur lequel est prélevé l'impôt.. De plus, pour le vendre, il faudrait un acheteur. Enfin, comment cibles-tu ?

Je n'évoque même pas l'anticonstitutionnalité.

 

L'idée n'est pas de moi...  Je l'ai évoqué à titre de boutade et je n'ai pas la moindre idée de la faisabilité d'un truc pareil.  Si j'ai développé, de mémoire et en substance, c'est pour répondre Shorr.   Je suppose que le modèle doit être un peu plus complexe que mes explications. 

Le truc "marrant" c'est de faire la relation entre le sigma des dettes / sigma des richesses 

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La relation est bonne. La comparaison entre deux stocks est bonne.

En revanche, le stock de richesse est pour une grande partie la source de nos revenus. Si nous la réduisons, nous réduirons d'autant nos revenus.

Parmis les observations, il y en a de nombreuses. On peut ainsi se demander quel étranger accepterait d'acheter un bien FRANCE dont il sait que le gouvernement n'hésiterait pas à le spollier ?

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Bon allez c'est cuit .. les propositions de l'eurogroup tournent au déraisonnable .. une vraie mise sous tutelle de la Grèce .. et les Grecs ont dis non à moins pire la semaine passée...

donc pour moi les négociations ont échouées et demain c'est la crise de l'euro et de l'Europe dans le meilleurs des cas.. va falloir en tirer toutes les consequence pour le futur de l'Europe avec ces psychorigides qui n'ont que leur porte monnaie comme horizon et l'Austérité comme perspectives pour 90% des Européens , mais qui ne sont certainement pas des leaders juste de mediocres chefaillons..

 

courage fuyons ....

 

les creanciers pourront toujours demander le blocage et la saisie des comptes en banques suisses ...  pas possible ?

Edited by Zarth Arn

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Bon allez c'est cuit .. les propositions de l'eurogroup tournent au déraisonnable .. une vraie mise sous tutelle de la Grèce .. et les Grecs ont dis non à moins pire la semaine passée...

donc pour moi les négociations ont échouées et demain c'est la crise de l'euro et de l'Europe dans le meilleurs des cas.. va falloir en tirer toutes les consequence pour le futur de l'Europe avec ces psychorigides qui n'ont que leur porte monnaie comme horizon et l'Austérité comme perspectives pour 90% des Européens , mais qui ne sont certainement pas des leaders juste de mediocres chefaillons..

 

courage fuyons ....

 

 

Le pire n'est jamais certain.  

De toutes manières, au vu des mouvements ces derniers 15 jours, ce type de risque a été anticipé et déjà intégré. Il y aura toujours des boursicoteurs pour jouer à la baisse ou à la hausse,  c'est la bourse dans son autonomie par rapport au réel...

L'Euro n'a pas bougé d'un poil et les tensions sur les tx étaient marginales

On verra bien.   

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La relation est bonne. La comparaison entre deux stocks est bonne.

En revanche, le stock de richesse est pour une grande partie la source de nos revenus. Si nous la réduisons, nous réduirons d'autant nos revenus.

Parmis les observations, il y en a de nombreuses. On peut ainsi se demander quel étranger accepterait d'acheter un bien FRANCE dont il sait que le gouvernement n'hésiterait pas à le spollier ?

 

Toujours de mémoire, la contre partie était une baisse drastique des impôts. 

Du point de vue du capital tu as probablement raison, Sauf que, il me semble, ça revient aussi à transformer une part du capital mort /immobilisé en capital circulant. Du moins en théorie, par ce qu'effectivement faut-il encore réaliser...

Plus intéressant, est la piste soulevée par Shorr, le côté "factice / artificiel" du PIB / an.... surtout rapporté à un stock 

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Tu te trompes je crois, malgré les faits d'annonces et les postures médiatiques, ce n'est pas l'Allemagne la plus dure ce soir, ce sont bien des "petits" pays européens au PIB bien plus modeste ... Finlande, Autriche etc ...
Après demander des garanties sur un nouveau prêt suite au passif tant politique qu'économique, voir de la "gestuelle" douteuse de ces derniers mois du gouvernement, est-tant déraisonnable ?
C'est de l'argent ou plutôt de la dette de tes enfants que l'on parle ... Et de l'avenir de tout un continent et d'une union qui ne s'est pas faite en un jour, même s'il y a prendre et à laisser ... Le résultat global à ce jour est positif.
Essayons de faire que ce soit encore mieux demain, et pour cela soyons raisonnables et responsables pour les générations à venir derrière nous ...
Des fois être réaliste c'est aussi de regarder la vraie situation en face, avec courage et abnégation ...

Edited by jojo (lo savoyârd)
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Un entretien avec Emmanuel Todd - « On assiste à la 3e autodestruction de l’Europe sous direction allemande »

 

Comme souvent avec Todd, une expression vive et imagée, contestable dans le degré et les détails. Mais des fulgurances, et une mise en perspective bienvenue avec le point de vue du démographe et de l'anthropologue.

 

 

Pour Emmanuel Todd, l’Europe est en train de se scissionner par le milieu: nord contre sud

Si son intransigeance insupporte une partie des opinions publiques européennes, Alexis Tsipras s’est gagné en retour la sympathie de nombreux supporters par-delà ses frontières nationales. Par empathie pour le petit peuple grec, qui ploie sous des mesures d’austérité jugées scélérates? Sans doute. Mais n’incarnerait-il pas, aux yeux de ceux qui l’admirent, quelque chose de plus vaste, qui ressemblerait au combat d’un David, fort de son histoire et de sa culture, face au géant froid de Bruxelles, convaincu que la Raison est la faculté de l’unité?

Nous avons questionné l’historien, démographe et anthropologue français Emmanuel Todd, auteur, notamment, de L’Invention de l’Europe (Seuil): essai dont il espérait «qu’il permettra à certains européistes de sonder l’épaisseur anthropologique des nations».

 

Comment analysez-vous le psychodrame grec ? 

Ce qui me frappe, c’est que l’Europe à laquelle on a affaire n’est plus celle d’avant: c’est une Europe contrôlée par l’Allemagne et par ses satellites baltes, polonais, etc. L’Europe est devenue un système hiérarchique, autoritaire, «austéritaire», sous direction allemande. Tsipras est probablement en train de polariser cette Europe du nord contre l’Europe du sud. L’affrontement, il est entre Tsipras et Schäuble (le ministre allemand des Finances, NDLR). L’Europe est en train de se scinder par le milieu. Au-delà de ce que disent les gouvernements, je suis prêt à parier que les Italiens, les Espagnols, les Portugais… mais aussi les Anglais ont une immense sympathie pour Tsipras.

 

Un clivage nord-sud plutôt que gauche-droite? 

Observez l’attitude des sociodémocrates allemands: ils sont particulièrement durs envers les Grecs. Tout le discours des socialistes français, jusqu’à très récemment, consistait à dire: «On va faire une autre Europe, une Europe de gauche. Et grâce à nos excellents rapports avec la social-démocratie allemande, il va se passer autre chose»… Je leur répondais: «Non, ça va être pire avec eux!» Les sociodémocrates sont implantés dans les zones protestantes en Allemagne. Ils sont encore plus au nord, encore plus opposés aux «cathos rigolards» du sud… Ce qui ressort, ce n’est donc pas du tout une opposition gauche-droite, c’est une opposition culturelle aussi ancienne que l’Europe. Je suis sûr que si le fantôme de Fernand Braudel (grand historien français: 1902-1985) ressortait de la tombe, il dirait que nous voyons de nouveau apparaître les limites de l’Empire romain. Les pays vraiment influencés par l’universalisme romain sont instinctivement du côté d’une Europe raisonnable, c’est-à-dire d’une Europe dont la sensibilité n’est pas autoritaire et masochiste, qui a compris que les plans d’austérité sont autodestructeurs, suicidaires. Et puis en face, il y a une Europe plutôt centrée sur le monde luthérien – commun aux deux tiers de l’Allemagne, à deux pays baltes sur trois, aux pays scandinaves – en y rajoutant le satellite polonais – la Pologne est catholique mais n’a jamais appartenu à l’empire romain. C’est donc quelque chose d’extraordinairement profond qui ressort.

 

On n’entend guère la France dans ce débat nord-sud…

C’est la vraie question: est-ce que la France va bouger? La France est double. Il y a la vieille France maurrassienne reconvertie en France socialiste, décentralisatrice, européiste et germanophile, qui bloque le système. Mais il est clair que les deux tiers de la France profonde sont du côté de l’Europe du sud. Quelque part, le système politique français – qui n’en finit pas de produire ces présidents ridicules, où l’asthénique succède à l’hystérique – ne joue pas son rôle. Le système est bloqué. Jusqu’à présent, la France jouait le rôle du bon flic quand l’Allemagne faisait le mauvais… Pour Hollande, c’est la minute de vérité. S’il laisse tomber les Grecs, il part dans l’Histoire du côté des socialistes qui ont voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Si les Grecs sont massacrés d’une façon ou d’une autre avec la complicité et la collaboration de la France, alors on saura que c’est la France de Pétain qui est au pouvoir.

 

Un Grexit précipiterait-il la fin de l’euro, que vous prophétisez depuis longtemps?

A terme, la sortie de la Grèce amènerait de manière quasi certaine la dissolution de l’ensemble. Il est vraisemblable que l’Allemagne constituera une zone monétaire avec ses satellites autrichiens, scandinave, baltes, avec l’appui de la Pologne – qui n’est pas dans la zone euro. De l’autre côté, on pourrait assister à un retour d’un partenariat franco-britannique pour équilibrer le système.

Ce qu’on a vu depuis 2011, c’est l’incroyable obstination des élites européennes – et notamment des élites françaises néovichystes (laissez «néovichystes»!) : mélange de catholiques zombies, de banquiers et de hauts fonctionnaires méprisants – à faire durer ce système qui ne marche pas. L’euro est le trou noir de l’économie mondiale. L’Europe s’est obstinée dans une attitude d’échec économique incroyable qui évoque en fait un élément de folie. On est dans l’irrationnel et la folie: une sorte d’excès de rationalité qui produit un irrationnel collectif. D’un côté, ça peut encore durer très longtemps. Mais d’un autre côté, ce que j’ai senti, et pas seulement chez les Allemands et chez les Grecs, c’est le début d’un vertige, d’une attirance par la crise. Personne n’ose dire que ça ne marche pas, personne n’ose prendre la responsabilité d’un échec – car c’est un échec ahurissant, l’histoire de l’euro! – mais on sent aussi chez les acteurs une sorte de besoin d’en finir. Plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin. Dans ce cas, la Grèce serait le détonateur. Les gens sont au bord d’une prise de conscience du tragique réel de la situation. Le tragique réel de la situation, c’est que l’Europe est un continent qui, au XXe siècle, de façon cyclique, se suicide sous direction allemande. Il y a d’abord eu la guerre de 14, puis la deuxième guerre mondiale. Là, le continent est beaucoup plus riche, beaucoup plus paisible, démilitarisé, âgé, arthritique. Dans ce contexte ralenti, comme au ralenti, on est en train sans doute d’assister à la troisième autodestruction de l’Europe, et de nouveau sous direction allemande.

 

Et quid de la Grèce? 

Est-ce que ça prendra 5 ans?, est-ce que ça prendra 10 ans? – mais la Grèce va commencer à se sentir mieux à l’extérieur de la zone euro. Les Grecs sont des gens remarquablement intelligents et adaptables, et qui auront de plus le soutien du patriotisme comme facteur de redressement. Et c’est à ce moment-là que la situation deviendra insupportable sur l’euro. Laisser sortir la Grèce, c’est prendre le risque d’administrer la preuve qu’on est mieux à l’extérieur de la zone que dedans.

Quand on est dans l’Europe folle, on a l’impression que les forces anti-grecques sont majoritaires de façon écrasante. Mais quand on lit la presse internationale, on se rend compte que les Grecs ont tout le monde avec eux! Lisez simplement la presse américaine: elle considère que les gens de Bruxelles, de Strasbourg et de Berlin sont complètement fous! Il y a énormément de gens qui auront intérêt à retaper la Grèce, à commencer par les Américains, qui ne peuvent pas permettre que ce pays parte en lambeaux, compte tenu de sa position stratégique. Plein de gens vont aider la Grèce, c’est ça le problème…

Edited by Alexis
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Un grec de la rue (reportage télé espagnole) Visiblement, pas un riche descendu des quartiers bourgeois...

Je cite : 

"On aurait dû signer il y a 15 jours. Maintenant, on n'est plus crédibles..."

Edited by Fusilier
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C'est clair que le "non" a été du pain bénit pour les "grexit" de tous poils ...
On le mesure réellement ce soir.
Tsipras, quoi qu'il advienne des pourparlers a perdu son bras de fer en sous estimant la volonté de certains pays de ne pas plier sur l'autel de l'Europe à tous prix ...
Terrible désillusion, le chantage n'est pas passé ... C'est même pire que ça ...
Pauvre grecs, pauvre Europe, pauvre nous tous ...
Maintenant la mise sous tutelle est la seule possibilité à pouvoir encore obtenir un consensus dans la douleur pour tous ... Dialogue de sourd, merci l'attitude de Tsipras.
Si j'étais grec je serais bien désabusé de tout ce bien mauvais spectacle, en plus des difficultés journalières.
La position allemande était prévisible face à l'attitude globale grecque, et c'est bien plus une incompréhension "culturelle" mutuelle que n'importe quoi d'autre ... Les grecs demandent des sous, et ils ne savent pas parler aux Allemands ...
Tsipras lui, se défaussera des responsabilités sur le choix de vote de son peuple ...
Tragédie grecque, plus vrai que nature ...


Grave erreur.

Edited by jojo (lo savoyârd)
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