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Kiriyama

Augusto Pinochet : autopsie d'un dictateur

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Bonsoir, 

J'ai commencé la lecture du livre Augusto Pinochet, de Michel Faure, paru aux éditions Perrin.

L'auteur arrive à garder un ton neutre et objectif, chose peu évidente quand on aborde un tel sujet.

Une interview intéressante, ici

Beaucoup d'informations dès les premiers chapitres.

  • Augusto Pinochet a des origines... françaises ! Guillaume Pinochet est parti de Saint-Malo entre 1718 et 1720. Il reste d'ailleurs quelques Pinochet dans le nord de la France et, d'après l'auteur qui a recueilli leurs témoignages, le nom n'a pas toujours été facile à porter.
  • Enfant, le futur maître du Chili était un enfant plutôt peureux, mais très travailleur et discipliné. Très bon dans les matières littéraires, il était en revanche à la peine en mathématique et dans les sciences exactes.
  • Il semblerait que son père ait voulu qu'il devienne médecin, mais que sa mère, consciente du peu d'enthousiasme de son fils pour les études l'ait poussé à faire l'armée.
  • Augusto Pinochet intègre l'académie militaire de Santiago au troisième essai. Il semblerait que les recruteurs n'aient pas été très impressionnés par son parcours scolaire et son bulletin de notes. Mais son obstination finit par payer et il est reçu en 1933.
  • Il est diplômé en 1937 et nommé sous-lieutenant et lorsqu'il est amené à choisir son arme, opte pour l'infanterie.
  • Après plusieurs affectations, il est envoyé à San Bernardo, où il rencontrera celle qui va devenir sa femme, Lucià Hiriart. 

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Le livre s'intéresse maintenant aux années qui ont précédé son grade d'officier et ses premières années de mariage.

  • Les parents de Lucià Hiriart ne se sont pas formellement opposés au mariage de leur fille avec le lieutenant Pinochet, mais ne semblaient pas très enthousiastes pour autant. Ils sont de la haute bourgeoisie et Augusto Pinochet n'apparaissait pas comme un excellent parti.
  • Les premières années de vie commune ne sont d'ailleurs pas faciles : le salaire de lieutenant de Pinochet n'assure pas un gros train de vie, il est régulièrement envoyé en garnison dans des villes peu attrayantes et sa carrière progresse lentement alors que le couple a rapidement des enfants qu'il faut entretenir et dont il faut s'occuper.
  • D'ailleurs, sur les conseils de sa femme, il prend même un congé sans solde pendant 6 mois, le temps d'essayer de trouver un bon emploi dans le civil. Toutefois, sans grand résultat, et il réintègre formellement les rangs de l'armée au terme de son congé. 
  • C'est finalement sur la recommandation de sa femme qu'il décide de tenter le concours pour intégrer l'école de guerre des officiers à Santiago. Elle ne l'a pas formellement obligé, mais il semblerait que Pinochet se soit trouvé un peu dos au mur, car il était clair que sa femme ne supportait plus la qualité matérielle de leur vie et l'absence de grandes perspectives.
  • Alors qu'il suit des cours par correspondance, il est envoyé diriger un camp où son détenus des militants communistes, le gouvernement de l'époque ayant décidé d'interdire le parti communiste. Dans ses mémoires, Pinochet confiera avoir été impressionné par leur capacité d'organisation et de persuasion.
  • Il est finalement reçu à l'académie militaire des officiers en 1949.
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Merci pour cette présentation Kiriyama.

Le parcours de ce "Triste Sir" m'était inconnu. Sur les chaines TOUTE L'HISTOIRE et HISTOIRE de la télévision, sont présentés les parcours de Francisco Franco, Hitler (assez nombreuses en diversité; tel l’ascension, la SS et Hitler, l'homme de guerre, la vie sous le III° Reich, etc. et Staline.

La série APOCALYPSE tel Hitler, Staline, la Paix impossible (1918-1926), la 2°guerre mondiale (ainsi que Verdun, la 1° guerre mondiale) sont remarquablement bien faites à mon sens et apportent beaucoup aux connaissances  de l'époque

Disponible en DVD élaborés et présentés par Daniel  Costelle pour une série et  Louis Vaudeville pour une autre série.

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Salvador Allende, a creusé sa tombe dès la fin de 1972.

  • Devant l'impasse économique et la crise politique, Allende est débordé par les éléments radicaux de gauche de son parti. Et, à droite de l'échiquier politique, il fait aussi l'objet de violentes attaques. 
  • Pour tenter de concilier la droite chilienne, il fait entrer trois militaires au gouvernement. Mais c'est aussi contre-productif : la gauche s'inquiète de ce coup vers la droite, et la droite estime que cette concession n'est pas suffisante.
  • Salavador Allende atteint les élections législatives de mars 1973, où il arrive à récolter la majorité avec 54,6% des voix. Mais c'est insuffisant pour calmer le mécontentement social lié à l'effondrement économique du pays et aux tensions politiques.
  • La situation sécuritaire s'effondre aussi, avec régulièrement des morts lors d'affrontements entre partisans de la droite et de la gauche.  
  • A noter, et c'est très important : une partie non négligeable de la population réclamait une intervention de l'armée et la critiquait pour sa non-intervention. Le coup d'état de 1973 répondait en partie à une aspiration d'une partie de la population. 
  • En juin 1973, un coup d'Etat est déjoué dans le régiment Santiago. Le lieutenant-colonel Roberto Souper, apprenant qu'il va être limogé, prend la tête d'une colonne de 16 chars et prend le cap du palais présidentiel, dont Salvador Allende est absent. Les chars ouvrent le feu à la mitrailleuse, pas au canon qui ne sont pas en état de fonctionner. Les loyalistes se reprennent et réunissent des soldats fidèles au gouvernement tandis que Salvador Allende appelle la population à défendre le pouvoir légal. 
  • Finalement, les putschistes sont neutralisés sans grande violence. Pinochet interviendra pour les convaincre de se rendre.
  • Même si le putsch échoue, Salvador Allende en sort très affaibli. En effet, son appel au peuple n'a obtenu aucun résultat et prouve que son soutien dans la population a fortement baissé. 
  • Il est même obligé de faire entrer des carabiniers au gouvernement, dans un gouvernement de "sécurité nationale". D'autres militaires entrent au gouvernement en août 1973, mais ça ne sauvera pas Allende.
  • En effet, beaucoup de militaires sont mécontents de voir d'autres militaires se lier avec un gouvernement "socialiste au abois". Le commandant en chef de l'armée, Carlos Prats, fini par démissionner devant cette situation inextricable.
  • Finalement, Salvador Allende nomme Augusto Pinochet commandant en chef de l'armée. La dernière étape vers le coup d'Etat de septembre 1973 est franchie. 
Edited by Kiriyama
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Nulle mention des actions américaines sur l'économie chilienne pour faire monter le mécontentement...tu y viens plus tard ?

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Non, elles ont eu lieu, Richard Nixon ayant même demandé à ses conseiller de "faire pleurer l'économie chilienne".

Cela dit, ces actions semblent avoir eu un impact assez limité, l'économie chilienne étant déjà dans un très mauvais état suite à la politique économique d'Allende. Les Américains ont soufflé sur des braises en soutenant des grèves, finançant des journaux d'opposition, etc. Mais cela n'aurait donné aucun résultat sans les décisions de Salvador Allende n'avaient pas autant divisé le pays et détruit l'économie nationale. 

Les Etats-Unis ont profité de la situation, mais ne l'ont pas créée. 

Edited by Kiriyama
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Bonjour, 

On en vient au coup d'Etat proprement dit, et c'est aussi très instructif.

Le livre donne énormément de détails, et ici je donne un très bref aperçu. 

  • Les putschistes ont bien profité du plan Hercules, mis en place pour... prévenir un coup d'Etat ! En fait, Salvador Allende se doutait que quelque chose se tramait et a demandé à ses militaires de mettre en place un plan pour contrer une éventuelle insurrection civile ou militaire. Sauf qu'une partie des militaires qui ont conçu ce plan, baptisé Hercules, étaient de futurs putschistes. Ils ont donc pu positionner des troupes aux endroits-clés du pays et les utiliser contre le gouvernement Allende le moment venu.
  • L'idée du coup de septembre 1973 vient en fait assez tardivement, en août de la même année. Plusieurs généraux se réunissent et en discutent entre eux de manière informelle, puis sérieuse. Augusto Pinochet n'en fait pas partie. En fait, beaucoup des comploteurs se méfiaient de Pinochet et n'en voulaient pas avec eux. Quant à Pinochet lui-même, il hésitera jusqu'au dernier moment à rejoindre le coup d'Etat.
  • C'est le vendredi 7 septembre 1973 que la date et l'heure du coup d'Etat sont arrêtées : ce sera le 11 septembre à 6 heures du matin à Valparaiso et à 8h30 dans le reste du pays.
  • C'est seulement le 8 septembre que Pinochet est mis dans la confidence, et, à ce moment, il demande un délais de réflexion. 
  • Il ne prendra sa décision que le lendemain, après que plusieurs putschistes soient venus chez lui pour le convaincre. Et encore, ils auront dû insister, car il semblait inquiet de son destin en cas d'échec du coup d'Etat. Mais la participation de Pinochet était cruciale pour les putschistes, car il commandait l'armée de terre et ses 24.000 hommes. 
  • Le 10 septembre, il met sa famille en sécurité, dont sa femme et sa plus jeune fille à Los Andes, sous la protection Renato Cantuarias. Ce colonel est un ami de Pinochet, ce qui explique son choix. Mais une fois le coup d'Etat réussi, Pinochet le fera arrêter et le 3 octobre son "suicide" est annoncé par l'armée.

Le déroulement des opérations le 11 septembre 1973.

  • Le coup d'Etat commence vers 4h30 du matin, avec l'arrestation de plusieurs personnalités chiliennes (politiques, militaires…) par des commandos putschistes. Différents émetteurs radios sont aussi détruits et les communications coupées.
  • A 7h30, des Hawker Hunter partis de Concepción bombardent des antennes et émetteurs radios. 
  • Le coup d'Etat se déroule sans réelle opposition ni problèmes. L'armée de terre y joue un rôle majeur, mais Augusto Pinochet, en raison de son ralliement tardif, suit les opérations plus qu'il ne les commande. 
  • Salvador Allende se rend compte de quelque chose, téléphone à différents militaires - putschistes, ce qu'il ignore - qui lui assurent que tout va bien et qu'il n'y a aucun mouvement de troupes dans le pays. Même les blindés de la gendarmerie qui montent la garde devant la Moneda sont passés du côté des putschistes sans qu'il ne le sache. 
  • A 8h42, les putschistes lisent une proclamation à la radio informant le peuple de ce qu'il se passe.
  • Les militaires proposent à Salvador Allende de quitter le pays, mais il refuse. A 10 heures, la Moneda est évacuée et Allende reste avec quelques fidèles et prennent les armes. En l'occurrence, des AK-47 offerts par Fidel Castro lors de sa visite au Chili. C'est avec une de ses armes que le président se suicidera quelques heures plus tard.
  • A 10h30 ou 10h40, l'assaut sur la Moneda commence. Des blindés et l'infanterie ouvrent le feu sur le bâtiment et les assiégés ripostent. Peu avant midi, des Hunter refont un passage à la roquettes sur le bâtiment qui se retrouve en flammes. Toutefois, à 14 heures, les défenseurs résistent encore et des soldats de l'école d'infanterie investissent l'édifice et conquièrent le premier étage. Salvador Allende, réfugié au deuxième, se suicide de deux balles sous le menton.
  • Le corps du président est trouvé dans la Moneda ravagée et la communication du commandant des troupes d'assaut est la suivante :  "Mission accomplie. Moneda prise. Président mort".

Les putschistes viennent de réussir leur coup. 

A ce moment-là, toutefois, Augusto Pinochet n'est encore qu'un élément de deuxième ordre dans leur organisation. 

Edited by Kiriyama
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Bonjour,

Bientôt, la suite de l'ascension d'Augusto Pinochet, avec notamment l'histoire de la photo qui l'a rendu célèbre dans le monde entier.

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Bonsoir,

Sur l'exercice et la prise du pouvoir...

  • Les chefs de la junte ignorent qui va prendre la tête de la présidence. Finalement, il est décidé de l'attribuer à Augusto Pinochet, car l'armée de terre est la plus ancienne institution militaire chilienne.
  • Dès la prise de pouvoir, les militaires avaient prévu de mettre en place une présidence tournante, comme la junte brésilienne. Augusto Pinochet parviendra toutefois à convaincre ses collègues qu'une telle présidence ne manquerait pas de déstabiliser la tête du pays, si bien qu'il a fini par rester aux commandes.
  • Pour soigner leur image, les quatre commandants militaires assistent à une messe à l'église de la Gratitud Nacional. Au cours de cette cérémonie, un photographe hollandais du nom de Chas Gerretsen arrive à prendre Augusto Pinochet en photo de face. Un voisin de Pinochet lui avait conseillé d'enlever ses lunettes de soleil, ce à quoi il avait répondu : "Je suis Pinochet". Cette image sera pour les années à venir le "visage" peu amène du régime. 
  • Très vite, les militaires chiliens tentent de convaincre le reste du monde du bien-fondé de leur coup d'Etat, mais sans grand succès. De fait, le régime est très vite isolé sur la scène internationale. Néanmoins, cet isolement va souder les nombreux partisans chiliens du coup d'Etat autour de leurs leaders.
  • Le 18 septembre 1973, les militaires présentent un étrange document. Il s'agissait d'un plan visant à décapiter l'armée et l'opposition au sein du gouvernement Allende. D'après ce qu'affirmait ce document, les principaux chefs militaires opposés à Allende devaient être assassinés. Appelé Plan Zeta, ce projet aurait été conçu par les fidèles de Salvador Allende. Toutefois, les archives de la CIA déclassifiées des années plus tard affirmeront qu'il ne s'agissait que d'un outil de propagande du gouvernement Pinochet pour justifier le coup d'Etat et aucune preuve contrainte de l'existence d'un tel plan n'a jamais été apportée. Néanmoins, à l'époque, les principaux soutiens du régime militaire ont cru à sa véracité et le gouvernement Pinochet a pu l'utiliser comme instrument de propagande pour renforcer sa légitimité.
  • La prise de pouvoir d'Augusto Pinochet s'accompagne de la suppression de la Constitution de 1925. La loi martiale entre en vigueur, les assemblées parlementaires fermées, les partis de gauche interdits, les médias censurés...

Lorsqu'il prend le pouvoir, Augusto Pinochet et sa famille voient leurs vies fortement changer. 

  • Néanmoins, les deux premières années, ils essaient de garder une vie proche de celle qu'ils avaient avant le coup d'Etat, afin d'envoyer une image de simplicité au peuple. 
  • Le couple Pinochet vit encore avec ses deux plus jeunes enfants : Marco Antonio (16 ans) et Jacquelines (14 ans).
  • Malgré sa prise de pouvoir, Augusto Pinochet gardera des goûts simples et confiera plusieurs fois à ses proches sa peur de ne pas être à la hauteur. Sa femme, Lucià, issue de la haute société chilienne, ne manque pas de sermonner son mari sur ses goûts. Elle l'accablait également de reproches pour diverses raisons, et Augusto Pinochet gardait toujours le silence. "Je préfère affronter une brigade d'infanterie sur le champ de bataille que mon épouse" confiera-t-il à un de ses proches.
  • Mais dès 1976, le couple Pinochet va augmenter son train de vie (notamment en déménageant) et vivre assez luxueusement.
  • A noter Lucià Hiriart était en très bon terme avec le chef de la DINA (services de renseignements) qui l'informe des complots réels ou supposés dirigés contre son mari. Elle prête aussi une grande attention à la fidélité conjugale des officiers et membres de la junte et dénonce les infidèles à son mari qui les destitue ou les éloigne. Lorsque le chef de la DINA est dissoute et son chef muté à un poste subalterne, Lucià Hiriart est furieuse et quitte la maison pendant deux semaines.  

Un point très intéressant de la vie du couple Pinochet est la relation qu'il aura avec ses deux plus jeunes enfants, Marco Antonio et Jacquelines.

  • Ils sont adolescents quand leurs parents prennent le pouvoir et vivent sous la surveillance de gardes du corps.
  • Jacquelines aura une aventure avec un des gardes et multipliera les flirts, ce qui lui vaudra d'être traitées plusieurs fois de "putain" par sa mère. 
  • En revanche, Augusto Pinochet pardonnera toujours tout à sa petite dernière pour laquelle il avait une affection particulière.
  • Les deux enfants connaîtront une scolarité médiocre et ne termineront jamais les hautes études qu'ils entreprirent.
  • Marco Antonio sera un garçon à problèmes. Un soir, alors qu'il a 17 ans, il conduit sans permis une voiture et a un accident qui entraîne la mort de sa passagère, Natalia Ducci. La sécurité étouffera l'affaire en jetant le corps de la jeune fille dans une carrière. 
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Bonsoir, 

Le régime d'Augusto Pinochet s'est distingué par la cruauté et la férocité de sa dictature. 

Le livre revient sur les raisons et la méthodologie d'une telle violence et , pour ma part, je ne vous donne que les grandes lignes.

  • Il semblerait que le penchant pour la violence d'Augusto Pinochet vienne de son besoin de s'affirmer parmi les autres leaders de la junte. En effet, il est un participant de la dernière heure et souffre au départ d'un manque de crédibilité parmi ses pairs. Augusto Pinochet aurait tenté d'affirmer son autorité en se montrant d'une grande brutalié.
  • Si au départ il doit composer avec les autres leaders de la junte, il se retrouve vite seul au commande. Un juriste, dont il est très proche, rédige un décret le proclamant "Chef suprême de la nation". Ses collègues ne prendront connaissance de ce texte que quelques minutes avant qu'il ne soit voté et s'y opposent, surtout Gustavo Leigh qui jusque-là était le membre le plus en vue du groupe. De rage, Augusto Pinochet frappera de la main sur la table en verre et le fera voler en éclats ! Intimidé, tous (y compris Leigh) signent le texte.
  • Les premières violences commises par la junte sont assez désorganisées et le fait de conscrits poussés par leurs officiers. 
  • Mais ensuite, la violence se développe de façon systémique et organisée. Ce sera le cas avec la sinistre "caravane de la mort", un escadron spécial dirigé par le général Sergio Arellano Stark qui sillonnera le Chili pendant plusieurs jours dans un hélicoptère Puma. Cette "caravane" fait le tour des prisons où sont détenus les opposants et se charge de leur exécution, généralement de façon extrêmement cruelle. 
  • Augusto Pinochet renforce son pouvoir avec la création de la DINA (Dirección de inteligencia nacional ou Direction nationale du renseignement) dont il confie le commandement à son ami, le général Manuel Contreras.
  • Cette violence se montre terriblement efficace, puisque les forces de gauche sont quasi entièrement anéanties et ne parviendront à s'organiser qu'en exil. 

L'un des aspects les plus singuliers de cette "guerre contre le marxisme" est la coopération entre tous les pays du "cône sud", tous dirigés par des dictatures militaires.

  • Ces pays créeront l'opération Condor en 1975, sorte de "Mercosur de la terreur" selon les termes d'un journaliste brésilien. Il s'agissait d'une coopération en matière de renseignements, mais aussi d'actions directes (enlèvements, assassinats...). De nombreux opposants d'un régime sont ainsi arrêtés dans un autre pays où ils étaient partis se réfugier.
  • Parmi les actions les plus marquantes de la DINA figurent l'assassinat de l'opposant Orlando Letelier, à New-York lorsque la bombe posée sous sa voiture explose, ainsi que la tentative d'assassinat à Rome de Bernardo Leighton, un ancien ministre de Salvador Allende. Lui et sa femme sont grièvement blessés, mais survivent à leurs blessures.
  • L'assassinat de Letelier marquera la fin de la DINA qui, sous pressions américaines, est démantelée. 
  • A noter que la CIA s'inquiètera très vite de la brutalité du régime d'Augusto Pinochet et avait prévu de "couper les ponts" avec la junte chilienne. Mais les archives déclassifiées de la CIA montreront qu'un "ensemble d'agences gouvernementales américaines" l'obligera à poursuivre cette collaboration. 
  • A noter que la dernière victime de l'opération Condor sera un de ses participants. Un chimiste chargé d'élaborer des poisons pour la DINA du nom d'Eugenios Berrios fut cité à comparaître en 1991 devant un juge chilien qui enquêtait sur les crimes de la junte. Il est exfiltré discrètement vers l'Argentine, puis vers l'Uruguay. Persuadé que ses anciens patrons vont l'éliminer, il s'échappe en 1992 et se réfugie dans un commissariat de police. Les lieux sont toutefois vite investis par des militaires uruguayens et emmené de force. Son corps est retrouvé en 1995, avec les os brisés, les mains et les pieds coupés et deux balles dans la nuque. Un légiste confirmera qu'il s'agissait de Berrios et estima sa mort à début mars 1993. Eugenio Berrios a donc encore vécu plusieurs mois entre son enlèvement au commissariat et son assassinat.
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Bonjour, 

Dans les prochaines mises à jour, j'aborderai l’économie sous Augusto Pinochet et cette alliance entre une dictature militaire et les Chicago boys, ainsi que la politique étrangère.

Notamment les relations complexes avec l’Argentine et la guerre des Malouines dans laquelle le Chili jouera un rôle déterminant.

Edited by Kiriyama
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Le 18/02/2020 à 09:36, Kiriyama a dit :

Le sujet est à peine abordé dans le livre et je le développe ici : le camp de travail forcé de l'île de Dawson.

Suis passé au Chili en avril 88 ; une dizaine de jours du nord au sud en passant par Santiago

Dans le nord nous avions comme guide  un retraité de l’université d’Antofagasta qui s’appelait Antonio Comis. Aucun soucis de communication car d’une formation de linguiste il maitrisait le français à la perfection . Dans notre périple de la traversée du désert d’Atacama, via les mines de cuivre  à ciel ouvert de Chuquicamata , il nous parlait du régime et de  ses exactions  abominables. Antonio racontait , montrait ; nous nous  étions arrêtés en plein désert en un lieu « interdit » où il s’y était passé des « choses » …….

On en parle dans ce film , tout voir ( c’est beau) ou regarder à partir de 54’ ( on parle de l'ile de  Dawson )

https://vimeo.com/ondemand/boutondenacre

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Bouton_de_nacre

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@ARMEN56

Oui, l'île de Dawson avait servi de camp de concentration pour les populations indigènes, notamment les Selknam .

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Bonjour, 

L'un des aspects les plus singuliers de la dictature d'Augusto Pinochet était l'alliance entre sa dictature militaire et des économistes libéraux. 

  • Lorsqu'ils prennent le pouvoir, les militaires sont bien forcés de constater la situation économiques catastrophique du Chili, due en bonne partie aux politiques économiques de Salvador Allende. Or, la plupart d'entre eux n'ont aucune connaissance en la matière et sont forcés de faire appel à des personnes extérieures de l'institution militaire. 
  • Le choix de confier les réformes économiques à des ultra libéraux serait une décision délibérée d'Augusto Pinochet qui entendait en finir définitivement avec les thèses économiques de gauche. Transformer le pays de façon irrémédiable pour "tuer" définitivement le socialisme de Salvador Allende et "purifier" le pays du socialisme. 
  • Les Chicago boys ne sont pas des Américains débarqués au Chili, mais des étudiants de l'Université catholique de Santiago qui ont été étudier à Chicago où ils ont été convertis aux thèses de Milton Fridman. 
  • Consultés par les militaires, les Chicago boys conçoivent un programme baptisé El Ladrilla (La brique) qui, d'après eux, forme un ensemble cohérent de mesures qui doivent être toutes appliquées simultanément. Il s'agit en l'occurrence d'une politique de décentralisation extrême, d'ouverture au commerce extérieur, de réduction des dépenses publiques, la liberté des prix, la modération en matière de création monétaire... 
  • De leur côté, les universitaire libéraux n'ont pas réellement de scrupules à collaborer avec la junte. Pour eux, le Chili où le peuple n'a plus voix au chapitre et ne peut plus s'opposer aux décisions gouvernementales, est un terrain d'expérimentation parfait pour leur doctrine économique. 
  • Il se pourrait également que les Chicago boys aient calculé à long terme et pensaient déjà à un futur après-Pinochet : celui d'un Chili libéral économiquement et politiquement. Pour eux, la libéralisation de l'économie devait finir par amener la démocratie. 
  • Les Chicago boys doivent toutefois faire face à l'opposition du monde économique chilien et de certains militaires, mais Milton Friedman vient visiter Santiago en 1975, ce qui marque le triomphe de sa vision économique. L'économiste américain écrira également une longue lettre à Pinochet pour l'encourager à poursuivre ses réformes.
  • Assez curieusement, Milton Friedman encourage aussi Pinochet à prendre des mesures pour protéger... les plus pauvres. 
  • Après une chute du PIB, le rebond économique est rapide et le Chili connaît une croissance rapide à partir de 1976 qui ne cessera d'augmenter jusqu'en 1982, date de la crise économique qui touche toute l'Amérique du Sud. Toutefois, le Chili y résiste plutôt bien et continue de connaître une croissance des plus respectables qui se poursuivra même après le départ d'Augusto Pinochet.
  • De façon cruelle, bon nombre d'opposants à Augusto Pinochet seront obligés de reconnaître cette réussite économique au dictateur chilien...

Mais cette modernisation et cette croissance économique va s'accompagner de sérieux inconvénients.

  • Le système de retraites, basé sur la capitalisation, exclura pratiquement la moitié des Chiliens, incapables de cotiser à une assurance pension privée. Il sera fortement amendée sous la présidente Bachelet en 2008.
  • Avec le régime Pinochet, les Chiliens découvrent un phénomène nouveau pour eux : la corruption massive. Jusque-là, les présidents chiliens et leurs proches ne s'étaient jamais enrichis personnellement. Ce sera loin d'être le cas sous Augusto Pinochet puisque ses amis, sa famille et les militaires profiteront de la situation.
  • Bon nombre d'entreprises privatisées sont en fait achetées par des proches du pouvoir, avec des prêts accordés par des banques qui savent qu'elles font une bonne affaire en s'associant avec les fidèles de Pinochet. De fait, il y aura de nombreuses privatisations "obscures" : absence d'appels d'offres, sous-évaluation de la valeur réelle des entreprises…Certains petits fonctionnaires vont ainsi devenir parmi les plus grosses fortunes du Chili. 
  • De même, les embauches dans les grandes entreprises ou la fonction publique se feront davantage au "piston" que sur les compétences réelles des candidats.
  • Les militaires chiliens mettront également à profit des voyages aux Etats-Unis pour faire de petites affaires qui se poursuivront bien après la chute du régime Pinochet. Plusieurs avions cargos chiliens en provenance des Etats-Unis se poseront au Chili avec les soutes remplies de biens divers (meubles, alcool, électroménager, montres de luxe…) présentés comme du matériel militaire… ce qui évite de devoir payer les frais de douane.
  • Les militaires chiliens feront également "affaires" lors de la guerre de Yougoslavie. Un avion de transport parti de Santiago est saisi à Budapest en juin 1990 avec une soute remplie d'armes à destination de la Croatie... alors sous embargo. L'un des suspects, le colonel Gerardo Huber, menace alors de raconter tout ce qu'il sait sur les trafics des militaires... avant de disparaitre. Son corps n'est retrouvé qu'en 1991 avec une balle dans la tête.
  • A noter l'existence des célèbres "Pinochèques" (trois chèques d'une valeur d'un million de dollars chacun) donné par la dictateur à son propre fils pour l'aider dans une transaction commerciale.
  • Les affaires de corruption personnelles touchant Augusto Pinochet vont d'ailleurs amener bon nombre de ses admirateurs à réviser leur opinion au sujet de l'ancien chef d'Etat.  
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Bonjour, 

Sur la politique étrangère du Chili d'Augusto Pinochet, le livre est assez prolixe.

Je donne ici les très grandes lignes, et je vous conseille vivement l'achat du livre.

  • D'emblée, le régime d'Augusto Pinochet est isolé sur la scène internationale et le coup d'Etat est condamné par l'ONU. Il le sera chaque année lors des séances de l'institution des Nations unies.
  • Du fait de son statut de paria, Augusto Pinochet ne dispose pas d'une grosse marge de manœuvre sur la scène internationale. Il effectue toutefois quelques visites à l'étranger dans d'autres régimes autoritaires ou vaguement démocratiques et assiste à l'enterrement de Franco en Espagne.
  • Malgré l'absence de diplomatie politique, l'ouverture au commercial mondial permet au Chili de créer une "diplomatie économique" qui compense partiellement l'isolement du pays.
  • Malgré l'alliance de l'opération Condor, les relations du Chili avec certains de ses voisins restent tendues pour des questions frontalières.
  • C'est surtout avec l'Argentine que les choses sont très tendues. Les deux pays ont un contentieux frontalier avec le canal de Beagle qui sépare l'Argentine du Chili au sud. Trois minuscules îles appartiennent au Chili, ce qui permet à Santiago de contrôler le trafic du canal, ce qui irrite Santiago. Les tensions monteront progressivement jusqu'à déboucher sur une situation de guerre imminente entre les deux pays au début des années 80. L'Argentine avait commencé à masser des troupes à ses frontières et la guerre semblait inévitable. Il a fallu une médiation de l'Eglise catholique pour calmer le jeu et amener les deux parties à signer un traité de paix. 
  • Le régime chilien avait placé de grands espoirs dans l'élection de Ronald Reagan aux Etats-Unis. Mais ce libéral acharné a, au contraire, tourné le dos au Chili de Pinochet et a contribué à renforcer son isolement. Abandonné même par les Etats-Unis, le régime de Pinochet était condamné à brève échéance. 

Lors de la Guerre des Malouines, le Chili joua un rôle déterminant dans la victoire des Britanniques.

  • Les Chiliens fourniront des renseignements aux Britanniques, les prévenant notamment du décollage des avions de chasse argentins. Cela laissait ainsi 30 minutes aux Britanniques pour se préparer à l'arrivée des bombardiers argentins. 
  • L'armée chilienne a également massé des troupes à la frontière avec l'Argentine, ce qui obligea Buenos-Aires à positionner ses forces professionnelles face aux Chiliens. De ce fait, les Argentins ne purent qu'envoyer des conscrits faiblement entraînés aux Malouines.
  • De facto, le Chili de Pinochet entretiendra de bonnes relations avec la Grande-Bretagne et le dictateur chilien et la première-ministre britannique resteront toujours en bons termes. 
  • Les archives militaires argentines ont révélé qu'après la conquête des Malouines, les Argentins avaient prévu d'envahir les trois îles chiliennes contestées dans le canal de Beagle.
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