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Tancrède

Industries audiovisuelles: ZE sujet

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Plutôt que de partir en dérivations perpétuelles sur des topics dédiés à un sujet (plus ou moins) précis, je propose ici de parler de l'industrie du divertissement audiovisuel dans son ensemble, vu qu'il devient à notre époque impossible, et surtout peu pertinent, de l'envisager en plusieurs entités séparées genre ciné, télé (pour ce que ça veut encore dire), jeux vidéos.... C'est désormais entièrement à voir comme un tout, formé sur la base de contenus qui sont écoulés, dérivés, diversifiés, exploités et consommés sur différents vecteurs/médias et pensés ainsi dès l'abord, contrairement à une période antérieure très récente (et qui est encore effective dans une certaine mesure, surtout dans beaucoup de mentalités du métier) où l'on pensait sur base d'un vecteur de diffusion principal, les autres fournissant des alternatives secondaires et revenus complémentaires hors du "plat principal". 

Et la présente crise, comme beaucoup de crises majeures, est un vrai cygne noir pour le secteur, mais aussi un gigantesque accélérateur du changement: dans les estimations actuelles les plus optimistes, par exemple, le box office américain de cette année représentera à peine plus de la moitié de celui de l'an dernier (fourchette estimée entre 5,5 et 7 milliards contre 12 l'an dernier, soit le niveau de revenus des années 90), les hypothèses les plus réalistes incitant au pessimisme étant donné, outre les mois d'inactivité, les forts risques de "2ème vague" (voire plus) du virus, et l'impact lourd sur les comportements sociaux des consommateurs, surtout sur le sujet des rassemblements dans des espaces clos. Globalement, on pourrait passer d'un box office de 42 milliards en 2019, à un situé quelque part entre 22 et 25 milliards selon des hypothèses jugées plutôt optimistes (l'impact sur les comportements sociaux, avant tout les rassemblements dans des cinés, bars, restaus.... Est difficilement évaluable, et l'impact sur le pouvoir d'achat et donc les priorités de dépenses, est sûr d'être fort). Rien que les 2 premiers marchés, USA/Amérique du Nord et Chine, sont littéralement défoncés par la crise (les cinés sont fermés en Chine depuis janvier), alors qu'ils pèsent à eux deux autour de 40-43% du marché mondial. 

Les alternatives sont désormais nombreuses, mais n'ont pas le même impact produit par produit, limitent drastiquement la capacité à créer des films ou séries "événements" permettant à certains de surnager facilement au sein de ce qui est désormais un maelström de productions, et surtout, surtout, n'offrent pas du tout les mêmes retours sur investissement étant donné le modèle très partiellement satisfaisant que constitue le streaming, où le revenu est celui de l'abonnement ou de la consommation à la demande (où beaucoup peuvent voir un produit pour un prix unique, et où l'achat est de ce fait un one shot moins rentable et fidélisateur), et où il est moins aisé d'identifier ce qui cause non seulement l'achat, mais sa récurrence, alors même que l'incitation pour les plates-formes est de produire beaucoup plus (ce qui est TRES cher).

Et tout cela arrive alors que toutes les grandes plates-formes, soit de plus en plus de grandes entités intégrées (studio/distributeur, producteur, exhibiteur -streaming, chaînes télés, BD, livres...) et multimédias, adossées à de très grandes entités capitalistiques exploitant tout le spectre de la production (cycle de vie du film/de la série, produits dérivés, spin offs, parcs d'attractions....) et couvrant aussi d'autres secteurs d'activités (Apple, Amazon, Disney, Comcast....), ces grandes plates-formes, donc, sont très lourdement endettées (Netflix, Disney, Warner....), souvent loin au-delà du supportable, le secteur ayant passé la dernière décennie pris entre la nécessité de changements et d'adaptation coûteux, et une vraie bulle financière, les deux incitant de façon très malsaine à claquer beaucoup de "dumb money". D'où les contrats hallucinants, la quantité de productions de merde obéissant à des motifs de connivance, d'activisme politique/idéologique, de promotion/d'aide de copains ou fantaisies futiles à la mode d'Hollywood, ou encore les gigantesques opérations de rachat hors de prix -heum.... Fox- et l'ambition de tous de monter des dizaines de services de streaming dont 90% étaient sûrs de claquer vite. Bref, une bulle. 

Et là, ça craque de partout: Disney, qui reposait avant tout sur ses parcs et semblait encore invincible il y a 3 semaines, saigne vite et fort vu que les dits parcs sont fermés et coûtent dix blindes à chaque seconde (et vu l'impact sociétal et économique, ils souffriront bien au-delà de la fin du confinement). Dès les prémisses du confinement, la boîte aux grandes oreilles a du emprunter 6 milliards rien que pour garder la lumière allumée, et vient d'en reprendre pour 7 de plus. Rapidement, les géants du secteur sont potentiellement en train de devenir des junk bonds et commencent à envisager de tailler leurs organisations à la machette, alors même que tout le monde ou presque est coincé à domicile et n'a que des écrans à regarder.... Ecrans qui rapportent beaucoup moins produit par produit que le "grand", et surtout que ce que tout le monde croyait ou voulait croire ou faire croire il y a encore peu. C'est le business du futur, mais il n'est pas correctement évalué, et tout le monde a déjà vendu sa chemise pour en être alors même que, en conséquence du virus, les "streaming wars" viennent de se surintensifier en ampleur et en rapidité. 

L'offre sera donc lourdement impactée, vu ce qu'une bonne part de la demande va se prendre dans la gueule. Les premiers soldats à tomber vont être les salles et réseaux de salles de cinéma, déjà un secteur fragile avant la crise vu les lourds investissements qu'ils ont du sans cesse consentir ces 2 dernières décennies sous pression des studios, la propension croissante des gens à se contenter du petit écran, et la dureté des négos avec des distributeurs de plus en plus puissants en comparaison (sur la participation aux productions, les conditions, délais et tarifs de diffusion, le partage des ventes....). Rien qu'aux USA, il y avait plus de 5400 cinémas avant la crise: parions qu'il y en aura beaucoup moins après et que leurs prospects pour la suite ne seront pas joyeux. Le grand réseau de salles AMC, leader aux USA, devra ainsi probablement déposer le bilan (pas forcément fermer toutes ses portes cependant, mais ça dépendra beaucoup des désirs d'investissement). 

 

Bref, avant de m'égarer trop dans les conséquences de la présente crise pour ce qui reste un sujet général, le point est que, face aux changements imposés par l'évolution structurelle du secteur ces 10 dernières années (plus massifs que pendant les 30 précédentes) et la crise conjoncturelle présente, tout ce qui alimente notre consommation de fiction audiovisuelle va en prendre un énorme coup. Avec des conséquences bonnes et mauvaises, vu que les parts de marché vont brutalement devenir beaucoup plus chères, et que les business models tels qu'on les concevait il y a encore quelques semaines vont drastiquement changer, accélérant certaines évolutions, et cassant complètement diverses tendances, avec en toile de fond des financements qui pourraient devenir beaucoup, beaucoup plus rares et moins aisés à obtenir et gaspiller. 

Des impressions, des infos, des idées? 

 

Edited by Tancrède
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Je connais très mal le sujet, mais j'ai juste un souhait : qu'il y ait un petit nettoyage dans la production de l'industrie audiovisuelle et un recentrage sur davantage de qualité.

J'ai pris une carte prépayée Netflix pour pouvoir regarder la troisième saison de Shooter (après avoir attendu longtemps qu'elle sorte en DVD) et j'ai fait un petit tour sur l'offre proposée. Elle est hyper abondante, mais la qualité a quand même l'air déplorable. J'ai essayé de visionner pas mal de chance, poussé par la curiosité, et je n'ai quasiment jamais réussir à finir une seule saison de ce que j'ai commencé à regarder, Scams et Dare Me

Pour le reste, j'ai regardé pas mal de choses et c'est généralement… mauvais. Les séries sont vraiment chiantes, se ressemblent toutes très fortement (intrigues, personnages…), c'est généralement très basique au niveau de la réalisation, peu spectaculaire pour des séries qui le devraient (par exemple Narco Mexico, ultra chiant). Tout ça donne l'impression d'être tourné à la chaîne. 

Pour les studios de cinéma, idem

Edited by Kiriyama

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1 hour ago, Kiriyama said:

Je connais très mal le sujet, mais j'ai juste un souhait : qu'il y ait un petit nettoyage dans la production de l'industrie audiovisuelle et un recentrage sur davantage de qualité.

J'ai pris une carte prépayée Netflix pour pouvoir regarder la troisième saison de Shooter (après avoir attendu longtemps qu'elle sorte en DVD) et j'ai fait un petit tour sur l'offre proposée. Elle est hyper abondante, mais la qualité a quand même l'air déplorable. J'ai essayé de visionner pas mal de chance, poussé par la curiosité, et je n'ai quasiment jamais réussir à finir une seule saison de ce que j'ai commencé à regarder, Scams et Dare Me

Pour le reste, j'ai regardé pas mal de choses et c'est généralement… mauvais. Les séries sont vraiment chiantes, se ressemblent toutes très fortement (intrigues, personnages…), c'est généralement très basique au niveau de la réalisation, peu spectaculaire pour des séries qui le devraient (par exemple Narco Mexico, ultra chiant). Tout ça donne l'impression d'être tourné à la chaîne. 

Pour les studios de cinéma, idem

C'est une statistique que j'ai déjà citée, mais elle est utile: en 2015-2016, il se produisait 5 fois plus de séries (et films pour diffusion télé/streaming/vidéo on demand) qu'en 2001, alors que ni le nombre de paires d'yeux, ni le nombre d'heures consacrées à la fiction audiovisuelle, ni surtout le budget moyen dispo par personne n'avaient été multipliés par un tel facteur (même pas par deux en fait). Et depuis 2016, les streaming wars ont commencé, avec Netflix se payant une concurrence toujours plus forte, aggressive et très financée: Apple, Amazon, HBOMax (avec Warner), Peacock (= Universal/Comcast/Dreamworks/NBC), Disney+ et Hulu (= Disney+Fox+ABC+Lucasfilm+Marvel+Pixar), et tout un tas de Networks et de plus petites entités qui toutes tentent leur chance (genre CBS Access, AMC...). Le tout représente des dizaines, centaines de milliards d'investissement. Avec pour résultat une concurrence qui s'est faite dans sa version la plus aggressive, soit par un raz de marée de productions réalisées à des coûts ahurissants, ce qui a amené les méga contrats (pour des réalisateurs, sociétés de prod et acteurs) des dernières années, basés sur un endettement jusque très récemment pas/peu compté; une bataille de la surenchère permanente sur tous les aspects du métier, avec bien peu "d'oversight" et de self control. Bref, une vraie gabegie qui, pour ce qui nous intéresse, a du encore multiplier le nombre de productions par 3 ou 4 depuis 2016. 

Alors certes, ces grands services de streaming essaient désormais d'aborder leur plate-forme comme un outil mondial visant une demande mondiale, mais là, non seulement les autres régions du monde développent aussi leurs offres, mais plus encore, elles développent leurs productions. Des accords de coopération et de cofinancements se multiplient, mais comme pour le ciné, la demande nord américaine reste le coeur des visées de ces boîtes US (plus rentable, plus harmonieuse culturellement, plus prévisible pour eux, et une place de marché plus manageable sur le plan réglementaire via un lobbying infiniment plus rôdé et intégré), et la coopération implique de facto plus de partage et moins de pouvoir de peser (ainsi que moins de pouvoir dans les choix de prod et la conduite des projets: c'est qu'il y a un fort lobby de la prod aux USA, avec beaucoup de monde à alimenter). 

Mais la crise a des chances de tout changer, en réduisant drastiquement l'accès aux masses de "dumb money" qui étaient encore dispo il y a 3 semaines, et en renvoyant les studios à la masse de dette qu'ils ont accumulé, et qui va maintenant peser d'autant plus lourdement que les recettes vont prendre un coup massif dans un premier temps, et un autre très conséquent pendant une longue période. L'impact sera conséquent pour le nombre de prods et leur tarification (ce sera moins byzance pour les réalisateurs, les acteurs, les cadres, les notes de frais....), mais savoir ce qu'il en sera pour la sélection des projets et la façon dont ils essaieront de différencier par la qualité, c'est encore à voir. 

 

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Faut voir qui va douiller, mais j'avoue ne pas réussir à verser une larme pour l'industrie du divertissement audiovisuel. Elle fonctionne par cycle et elle avait poussé le pêché trèèèèès loin lors de la phase euphorique de celui-ci.

Pas grand chose de bien intelligent à dire en dehors de ça. On risque curieusement de voir essentiellement survivre les structures publiques audiovisuelle, avec les bons et les mauvais côtés que ça comporte. (regarder Louis la Brocante, Drucker, le JT de Fr2 le reste de son existence sonne comme une malédiction), la mafia CNC va s'en tirer ... malheureusement.
La demande restera forte, donc il y aura une industrie après la crise. Peut être qu'on aura une phase un peu comme celle qui a suivi la fin de l'âge d'or d'Hollywood ou un cinéma d'auteur plus simple et nécessitant moins d'investissement deviendra plus bankable que les superproductions. (dur à imaginer mais ce fut brièvement le cas).

Ensuite les leçons seront oubliées, business as usual ...
 

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Si comme souvent les "leçons" seront oubliées, ça ne veut pas dire qu'elles le seront toutes, ni surtout que les changements apportés par cette crise n'imposeront pas ce que la réflexion interne du secteur serait incapable de produire par elle-même. Et en ce moment, la structuration du secteur au niveau des producteurs/distributeurs, d'une part, et les formes que prennent les exhibiteurs, d'autre part, semblent appelées à déterminer l'essentiel de ce qui se passera, sur fond d'un tarissement certain des sources de financement tous azimuths autant via l'effondrement localisé de la demande (les salles de ciné, plus le massif resserrement de portefeuille des spectateurs) que par l'impact de la crise sur les autres revenus des groupes animant l'industrie. 

Le premier touché est évidemment le plus gros: Disney. L'un des seuls groupes non adossés à une entreprise géante et couvrant de multiples secteurs d'activité (Disney étant son propre géant, mais très spécialisé dans le divertissement), Disney, qui semblait hier invincible, a des problèmes, ayant déjà du emprunter plus de 12 milliards dans les 2 premières semaines de fermeture rien que pour garder la lumière allumée, licencier pas loin de la moitié de ses effectifs (surtout les parcs et hôtels, mais aussi dans la prod ciné et ailleurs), et raquant des sommes inimaginables chaque jour pour maintenir, même avec peu de personnel, ses parcs et hôtels qui restent sa première source de revenu (jusqu'en mars: maintenant, c'est le premier gouffre, au moins jusqu'en août où un début de reprise d'activité réduite pourrait commencer). 

Les autres grands studios, adossés à de très grosses boîtes d'autres secteurs (Sony, Comcast....) dont ils sont tout ou partie de la division média/divertissement, ne sont guère plus à la fête, puisque la diffusion est LE point qui pose problème. Et c'est justement là que le grand changement déjà en germe avant la crise pourrait se trouver accéléré: le plus grand réseau de salles de ciné, AMC, s'est mis en banqueroute (chapter 11: ça veut pas dire la clé sous la porte), et les autres ne sont guère mieux. Mais, AMC en tête, ils mènent maintenant un combat tactique avec les studios pour que ceux-ci ne diffusent pas leurs grosses productions qui auraient du ou devraient sortir pendant la crise, via streaming, et surtout PPV. Si le modèle économique a ses limites, voire n'est pas encore au point, c'est pourtant dans cette direction que toutes les attentions se tournent. Il y a quelques jours, AMC a opéré des représailles contre Universal en annonçant qu'ils ne diffuseront pas, quand viendra la reprise, des films de ce studio, car Universal a sorti son film animé "Trolls World Tour" directement en PPV, avec un certain succès (100 millions en une semaine et des brouettes, et diffusé ainsi, 100% de la recette est pour le studio, contre 50 à 60% au mieux en salle américaine -et moins à l'étranger). C'est moins qu'un bon démarrage en salle pour un film important (Troll est une franchise "milieu de gamme", et ce 2ème volet a quand même fait en 2 semaines nettement plus que le premier), mais c'est suffisant pour commencer à faire peur aux salles de ciné, qui sont aussi des partenaires de prod impliqués à divers stades de la vie d'un film. 

Seulement, les seules choses qui maintiennent réellement le marché des salles de ciné ne semblent plus des avantages si décisifs:

- il y a l'attrait de la foule pour le spectateur, sorte de confirmation/validation par autrui, d'effet de mode à suivre et/ou d'ambiance à vivre. C'est un atout réel, mais relativisé, et qui plus est en partie contrebalancé par le PPV où, pour 20 à 40 dollars ou plus, un groupe de gens peut disposer du visionnage pour 24-48h en se cotisant (impact réduit par individu, très en-dessous du prix en salle) et avoir une partie du même effet (en plus sans inconnus, et, on peut le supposer, sans inconnus se comportant mal)

- il y a le grand écran avec tous les développements technos récents: c'est ZE avantage des salles, très partiellement compensé par les progrès du home cinema. Mais on va pouvoir commencer à réellement évaluer à quel point une portion importante du public y attache tant d'importance que ça

- il y a le contexte légal/contractuel: c'est ZE talon d'Achille qui commencera à être réellement testé, beaucoup plus vite maintenant que la crise accélère tout ce qui était en gestation. Il y a aux USA une obligation de diffuser EXCLUSIVEMENT en salle pour 90 jours avant de pouvoir envisager un DVD/produit home video, et je crois 75 jours pour du PPV/streaming (digital). Et avec tous les développements et les dizaines de milliards d'investissement dans des services streaming et PPV récemment (même les grands intermédiaires de vente de tickets, tous plus ou moins rattachés à des studios, ont développé des options PPV, qu'ils ont beaucoup renforcé, surtout depuis fin mars), la tentation d'une stratégie alternative devient réellement très forte, et beaucoup va dépendre des calculs que font les studios actuellement quand à ce à quoi le public est prêt. Cette obligation contractuelle forçant un monopole sur l'exclusivité va sembler de plus en plus comme un poids que peu apprécient. 

Le box office est sur une pente structurellement descendante depuis maintenant un bout de temps, malgré les chiffres impressionnants qui sont souvent claironnés: concurrence des écrans individuels (home video, streaming, appareils portables....), chèreté maintenant importante de l'option cinéma (ticket, bouffe/boisson, mais aussi déplacement/parking, investissement en temps/dérangement), volonté des studios de contrôler une plus grande part du processus de la conception à la diffusion (et donc de garder plus de la recette), tout y concourt. Et en face, les réseaux de salles ne se portent pas bien en raison des énormes investissements consentis ces 2 dernières décennies sous la pression du public et des studios (3D, IMAX, multiplexes....) et des faibles marges bénéficiaires (studios puissants et rapaces). En bref, si même 10-15% du public allant au cinéma décide qu'aller en salle n'offre réellement aucun avantage comparé aux autres options, on peut dire que ce marché est cuit, du moins dans sa forme et sa taille actuelles, ainsi que dans l'importance qu'il tient encore dans la vie d'un film, surtout un gros. Le marché pourrait donc se resserrer gravement en ce qui concerne les salles de cinéma qui deviendraient de plus en plus un produit de "luxe"/prestige pour le lancement et les marges de films-événements (ce qui était déjà en train de se passer, si on observe le BO des 10-15 dernières années), et une certaine "expérience" pour la partie du public qui aime ça: des installations plus prestigieuses et luxueuses, avec une techno de pointe et des services accrus (lieu social? Evénementiel? Soirées? Un peu ce qu'était l'opéra avant?), mais en nombre infiniment réduit. 

Et là, ça rejoint le cadre général du marché: moins d'argent sera disponible en raison des pertes encourues et des emprunts contractés pendant la crise, et les perspectives structurelles du Box Office aggravées par l'impact de la crise sur la demande, au moins pour un ou deux ans, semblent indiquer que beaucoup moins de "dumb money" ira s'investir dans des projets de films et séries à l'heure même où les streaming wars vont redoubler d'intensité pour dominer le marché. On parlait déjà aun début de la crise d'un rachat de Disney par Apple (dont Apple TV ne semble pas percer des masses, ou convaincre avec sa prod), vu le cash qu'a cette boîte, mais Disney reste un gros morceau et on ne sait pas où en est le trésor de guerre d'Apple pendant cette crise (surtout qu'ils ont d'autres trucs en vue j'imagine). Mais cette rumeur indique bien où on en est, et ce qui tend à se profiler: concentrations autour de groupes plus diversifiés, et surtout une volonté de contrôle de la filière, le tout dans le cadre d'un marché qui pourrait bien à terme ne plus vraiment supporter des projets de films comme les mega blockbusters des 2 dernières décennies dont les budgets se chiffrent en centaines de millions (en doublant tout ce qu'on voit admis pour prendre en compte le marketing).

Si la diffusion en salles est rabotée pour 1 an et poursuit son déclin structurel, que son rôle est moins favorisé par les studios, et qu'en face, le business model par film produit n'est pas au point, ou un peu plus limité, en terme de résultats alors même qu'il faut, pour faire face à l'hyper concurrence des services de streaming, produire beaucoup, et peut-être aussi prendre plus de risques sur le contenu.... La conclusion est qu'il va falloir produire plus petit: des grosses prods qui ne seront plus à 200-300 millions pièce (ou plus), mais 60 à 100 au grand maximum. Des cycles de production plus courts, une diffusion en PPV avec option achat (un délai et un surplus de 5 dollars sur le prix du PPV semble être la formule en vogue qui est testée), des chiffres d'affaires plus plafonnés (mais avec une recette conservée intégralement par des studios qui sont aussi les exhibiteurs, une chose rendue illégale au milieu du XXème siècle aux USA pour les salles de ciné), ce pourrait être le business model qui vient, plus vite qu'on aurait pu le penser jusqu'il y a 2 mois. 

Evidemment, pour l'instant Universal, qui a répondu à la menace d'AMC crânement, en assumant son choix comme venant d'une stratégie voulue, est encore un cas isolé (et essaie de garder des liens avec les réseaux de salles), mais ce studio rejoint l'enfant maudit du secteur, Netflix, qui avait dès le début été mis au ban de la "bonne société" des réseaux traditionnels de par son business model: aucun de leurs films n'a jamais été accepté en salles de ciné, et ils sont toujours tricards dans les cérémonies de récompenses du secteur (les grandes). Les seuls films estampillés Netflix qui ont vu le grand écran sont passés par des salles achetées ou construites par.... Netflix (peu nombreuses). 

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