Le management moderne et le nazisme


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Bonjour, 

J'ai découvert un livre extrêmement intéressant, Libre d'obéir de Johann Chapoutot. L'auteur revient notamment sur le parcours de Reinhard Höhn, un général S.S. qui sera le père du management allemand moderne. Après guerre, il enseignera dans une grande école de commerce et de management (l'Akademie für Führungskräfte der Wirtschaft) qui sera le modèle suivi dans toute la République fédérale allemande.

L'auteur y défend l'idée que le management moderne reprend de nombreux éléments de langage propre à l'idéologie nazie : flexibilité de l'individu, darwinisme social...

A noter que lorsque France Telecom a "fait le ménage" parmi ses cadres, les hommes chargés de l'appliquer recevaient des documents comparant la situation de l'entreprise à celle de 1940. De nombreux termes employés renvoyaient également à la terminologie militaire allemande.

Le site Auschwitz.be lui a consacré un document assez éclairant, que vous pouvez lire ici

Et une interview de l'auteur à voir et à écouter ici

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Une interview de février 2020 de Johann Chapoutot par le magazine L'ADN Tendances

Citation

Flippant : en management, nous devons les concepts d'agilité, de flexibilité et de productivité... aux nazis

À l'heure où l'on parle d'entreprise libérée, de management horizontal, de casser les silos et de chief happiness officers, l'ouvrage de l'historien Johann Chapoutot remet les choses en perspective. Et si nous avions hérité nos grands principes du management de l'époque nazie ?

Vocabulaire, méthodes, idées... les parallèles entre les modes de management hérités du nazisme et ceux d'aujourd'hui sont troublants. L'historien Johann Chapoutot les présente de manière saisissante dans son ouvrage Libres d'obéir - le management, du nazisme à aujourd'hui. Interview.

Pourquoi avoir choisi d’étudier le management au prisme du nazisme ?

Johann Chapoutot : Au cours de mes précédents travaux, notamment ma thèse d’État qui portait sur la culture normative nazie, j’ai observé la récurrence d’un personnage : Reinhard Höhn. Juriste du IIIe Reich, il est devenu un pape du management dans l’espace germanique après la guerre. La découverte de son parcours et du vocabulaire employé à l’époque – « flexibilité », « agilité », « agressivité », « autonomie », « joie au travail »… - était troublante : je ne savais plus très bien si j’étais en train d’étudier le IIIe Reich ou d’assister à un cours d’école de commerce.

Le paradoxe de l’époque, c’est l’extension de l’Empire et le manque de main d’œuvre. En gros, il faut faire plus avec moins – un discours que l’on entend régulièrement en entreprise ou dans le monde des start-up…

J. C. : Le IIIe Reich doit faire face à un aménagement de la rareté, lié aux ambitions absolument titanesques du régime. D’une part, la reconstruction de la puissance militaire allemande implique un armement massif, et donc une puissance industrielle décuplée. D’autre part, la conquête et la colonisation d’un empire entraînent le gouvernement de territoires bien plus vastes que l’Allemagne originelle. Le tout… à moyens décroissants. Quand on envoie des millions d’hommes au combat, les bureaux se dépeuplent. Comment gouverner un empire en extension avec des ressources décroissantes ? Cette question de l’administration de la rareté, nous y faisons encore face aujourd’hui – c’est un peu la définition de l’économie, au fond. Nous partageons avec les nazis un certain nombre de notions et de fantasmes issus du darwinisme social : nous vivons dans un monde fini de raretés, un monde d’affrontements, de guerre pour la maîtrise des ressources. Et si l’on vit dans un monde de guerre… il faut un vainqueur. Ce qui compte alors, c’est la performance – ce qui, en matière économique, porte un nom : la productivité.

Dans votre ouvrage, on a le sentiment que le besoin d’agilité passe par une simplification (simpliste ?) du système en place. Doit-on aux nazis la fameuse volonté de « casser les silos » ?

J. C. : L’obsession des nazis pour la performance est aussi une obsession de polyvalence. Vous n’êtes performant que si vous êtes réellement apte à évoluer sur différents terrains. C’est une priorité d’autant plus importante pour les nazis que leur personnel se réduit : les administrateurs envoyés dans de nouveaux territoires occupés ou coloniaux sont aimablement invités à se débrouiller sur place, et à surtout ne jamais en référer à la tutelle. En haute instance, on n’a pas le temps de s’occuper de ces histoires : si vous êtes envoyé en Biélorussie ou en Ukraine, faites comme vous pouvez avec ce que vous avez – le seul impératif étant de réussir sans solliciter inutilement la hiérarchie, qui ne s’intéresse nullement à vos problèmes. La polyvalence est donc une nécessité quasi-vitale pour l’individu, qui est comptable de son échec, mais aussi pour l’empire qui est en formation. En parallèle, les anciens administrateurs formés à l’école prussienne – respect des normes, des juridictions, de la hiérarchie… - sont invités à oublier tout ce qu’ils ont appris, et à opérer une forme d’« auto-uberisation »

On voit bien les limites du modèle : sans comptes à rendre, chaque chef intermédiaire prend des décisions qui lui sont propres, sans forcément informer ses pairs, parfois dans la précipitation, et sans se soucier des conséquences. Est-ce toujours d’actualité ?

J. C. : Le seul compte à rendre est celui du bilan, la seule norme, celle de la réussite. Ce qui me frappe, c’est que cette conception de l’accomplissement d’une mission semble encore dominante aujourd’hui. Prenons le cas du procès de France Telecom. Il ne s'agit pas ici d’un cas isolé ou d’une PME dont personne n’a entendu parler. On parle de l’ancien service public des PTT, d’une structure immense. France Telecom devait être l’étape intermédiaire avant l’avènement d’une entreprise de droit privé qui, délivrée de sa mission de service public, devait désormais dégager des bénéfices. Pour accomplir cette transformation, la mission que s’assigna le « top management » était de se débarrasser de 22 000 personnes, peu importe les moyens employés. On se rappelle les paroles du dirigeant de l’époque, Didier Lombard, qui comptait faire partir les gens « par la porte ou par la fenêtre » ; de celles du numéro 2 de l’entreprise, Louis-Pierre Wenes, qui évoquait un « impératif », et surtout la nécessité de « faire vite » ; ou encore de celles du DRH Olivier Barberot, qui prévenait qu’il n’allait « pas faire dans la dentelle ». Le cabinet de RH Obifive qui avait été employé par France Telecom pour former les « videurs » - c’est-à-dire les liquidateurs, les managers qui devaient se charger des licenciements – utilisait des métaphores militaires, qui faisaient directement référence à la 2nde Guerre Mondiale, et notamment à la bataille d’Angleterre de 1940. Les équipes vantaient ainsi la « précision » et la force de « l’exécution conforme » des avions de chasse allemands.

Donc oui, j’ai l’impression que c’est toujours d’actualité.

On ressent la nécessité que le groupe fasse corps – les différences de classe sont effacées au profit de l’unité. Cette volonté peut s’incarner dans le terme de Menschenfürhung, qui vient germaniser le terme de management. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J. C. : Sous le IIIe Reich, on traquait les mots étrangers. Tout ce qui pouvait avoir une origine latine était supprimé, de manière virulente. Il était donc hors de question d’employer le terme de « management », qui vient du français et de l’italien. En outre, le vrai repoussoir était l’administration à la française, pyramidale, verticale, hiérarchique, jacobine ! Tout ce que les nazis répudient. Eux prônent un modèle flexible plutôt que rigide, oral plutôt qu’écrit, autonome plutôt que hiérarchique. Cela peut paraître contradictoire au fait d’obéir à un « Führer »… mais il faut bien comprendre que dans l’esprit des nazis, le « Führer » n’est pas un despote. Il n’est pas là parce qu’il a été élu – sinon nous serions en démocratie -, ni parce qu’il est le fils de quelqu’un – sinon nous serions en monarchie -, mais parce qu’il est sorti du rang, il s’est hissé dans la hiérarchie par ses qualités naturelles : il a compris les lois de la nature et de l’Homme. Lui obéir, c’est obéir à la nature, c’est donc obéir à soi-même. Ceux qui obéissent au Führer sont donc… libres. Dans le cadre économique, cela signifie qu’il n’y a plus de patron ni d’ouvriers, plus de subordonnés, mais des « camarades de production » (Betriebsgenossen) comme il y a, dans l’ordre politique, des « camarades du peuple » (Volksgenossen). Éviter la lutte des classes est une obsession politique nazie. Le peuple est uni par la race : il ne peut être divisé par la classe.

Les efforts des travailleurs sont récompensés de multiples façons : financièrement, bien sûr, mais aussi culturellement. Concerts, randonnées, croisières… Est-ce que les nazis ont inventé les Chief Happiness Officers ?

J. C. : Je ne sais pas s’il y a une filiation directe. Par contre, il est clair que les nazis étaient très modernes dans leurs réflexions sur l’organisation de l’économie et de la production. Ils étaient de vrais pionniers. Très tôt, ils ont compris que leurs ambitions gigantesques ne pourraient pas reposer sur une oppression de la force de production. Il fallait donner quelque chose aux Allemands. À manger, d’une part, ce qui expliquera les pillages de Goering à travers l’Europe pour éviter la famine, mais aussi la liberté. Cette liberté s’accompagne, comme on l’a vu, par la promotion de l’initiative à la base – ce sont les administrateurs à qui l’on dit de se débrouiller seuls -, ainsi que par un régime de libéralités. Ces libéralités se traduisent par des loisirs, promus par la KdF, la Kraft durch Freude (« la force par la joie »), l'organisme d'État chargé de proposer des loisirs aux Allemands. Sorties au théâtre, au cinéma, balades en forêt et, pour les plus chanceux, l’accès à des croisières sur des paquebots construits par la KdF et des vacances sur l’île de Rügen – l’équivalent de l’Île de Ré en Allemagne. La KdF y a construit un immense hôtel, de 6 km de long. C’était une véritable usine de loisirs. Le but de ces initiatives n’était évidemment pas philanthropique : tout comme aujourd’hui, il s’agissait d’accroître la productivité et la rentabilité de l’agent productif. Un salarié heureux travaille mieux.

Sous l’impulsion du juriste Reinhard Höhn, l’Allemagne se dote de sa propre Académie des cadres. Quel parallèle faire avec nos écoles de commerce contemporaines ?

J. C. : Après 1945, l’Allemagne, traditionnellement tournée vers l’Est, se tourne vers l’Ouest. On veut créer en RFA une économie intégrée aux flux, aux méthodes et aux capitaux atlantiques. Il faut alors former les cadres aux principes de l’économie capitaliste occidentale. Un an avant la création de l’INSEAD en France, en Allemagne de l’Ouest, on crée l’Académie des Cadres, en 1956. Reinhard Höhn en est le fondateur, le directeur, et le professeur le plus en vue. Il y défend une conception de l’entreprise uniforme, orientée vers la seule création de valeur, qui repose sur une conception anthropologique assez curieuse, mais dominante aujourd’hui : celle de l’homo oeconomicus unidimensionnel. En ce sens, c’est très similaire à ce qui s’opère dans les écoles contemporaines : on présente des visions, des modèles, des cas et des méthodes uniformisées à des milliers d’étudiants chaque année.

Le champ lexical proposé par Höhn renforce cette comparaison avec les ambitions des entreprises actuelles : on ne parle plus de « subordonné » mais de « collaborateur », on vise l’« autonomie » des individus… Comment l'expliquez-vous ?

J. C. : Il y a un effet de saturation, de lassitude, voire de ras-le-bol généralisé face aux modèles d’organisation sociale, économique et politique proposés par l’idéologie libérale et productiviste. Nous faisons face à une prise de conscience du malheur de la planète et des individus très claire depuis les années 2000 – depuis, en réalité, que l’on parle d’altermondialisation et que l’on imagine des alternatives sociales, économiques, culturelles et politiques à la doxa généralisée. Le monde de l’entreprise doit s’adapter à ce nouveau contexte. On peut valoriser la joie au travail, l’autonomie de l’individu, son bonheur… mais ça reste, selon moi, dans le registre du happiness washing.

Vous expliquez en fin d’ouvrage que ce qui a jeté le discrédit dès les années 80 sur la méthode de Höhn est en réalité son passé, ouvertement nazi. Mais au vu des nombreux parallèles qui peuvent être faits avec les principes de management actuels, pensez-vous qu’elle ait encore de beaux jours devant elle ?

J. C. : Reinhard Höhn est un pionnier, qui défend des idées de pointe en matière d’aménagement de la subordination – définition que l’on peut proposer du management. Sa réflexion est libérale et bienveillante. Il est à l’avant-garde, extrêmement intelligent : c’est un juriste de droit public, un travailleur acharné qui dispose d’une culture impressionnante. Il a très bien perçu que dans le contexte d’Atlantisation et d’Occidentalisation de l’économie allemande, on ne pouvait pas se fonder sur l’oppression ou la seule contrainte, qu’il fallait aménager la subordination de manière intelligente. Il est à l’origine d’un mode de management libéral, par délégation de responsabilité – tout comme Peter Drucker qui, au même moment, au mitan des années 1950, pense le « management par objectifs ». Pour Höhn comme pour Drucker, il s’agit de montrer que le « monde libre » l’est réellement, dans l’ordre politique (démocratique) comme économique. Quant à savoir si ces méthodes vont perdurer dans le temps… je ne peux me fonder que sur mes observations. La réflexion managériale est encalminée dans un contexte normatif, dans une conception politique particulière. Et il n’y a pas de raisons que cela change… à moins d’une révolution ou d’un effondrement majeur du système.

 

Edited by Kiriyama
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Il y a 9 heures, Kiriyama a dit :

Bonjour, 

J'ai découvert un livre extrêmement intéressant, Libre d'obéir de Johann Chapoutot. L'auteur revient notamment sur le parcours de Reinhard Höhn, un général S.S. qui sera le père du management allemand moderne. Après guerre, il enseignera dans une grande école de commerce et de management (l'Akademie für Führungskräfte der Wirtschaft) qui sera le modèle suivi dans toute la République fédérale allemande.

L'auteur y défend l'idée que le management moderne reprend de nombreux éléments de langage propre à l'idéologie nazie : flexibilité de l'individu, darwinisme social...

A noter que lorsque France Telecom a "fait le ménage" parmi ses cadres, les hommes chargés de l'appliquer recevaient des documents comparant la situation de l'entreprise à celle de 1940. De nombreux termes employés renvoyaient également à la terminologie militaire allemande.

Le site Auschwitz.be lui a consacré un document assez éclairant, que vous pouvez lire ici

Et une interview de l'auteur à voir et à écouter ici

Ou alors les préceptes de management ne sont que de vastes fumisteries traversées de modes, auxquels un modèle bien plus ancien que l'Allemagne nazie résiste fort bien : quand les gens sont contents, savent pourquoi ils travaillent, sont respectés, se voient accordés assez de liberté pour ajuster leurs manières de travailler, pour faire mieux et plus vite, et se voient alloués des tâches utiles qui leur conviennent, eh bien... ils font vite et bien. Le reste c'est du pipeau.

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il y a 49 minutes, Boule75 a dit :

Ou alors les préceptes de management ne sont que de vastes fumisteries traversées de modes, auxquels un modèle bien plus ancien que l'Allemagne nazie résiste fort bien : quand les gens sont contents, savent pourquoi ils travaillent, sont respectés, se voient accordés assez de liberté pour ajuster leurs manières de travailler, pour faire mieux et plus vite, et se voient alloués des tâches utiles qui leur conviennent, eh bien... ils font vite et bien. Le reste c'est du pipeau.

Pourquoi "ou alors"? L'un n'empêche pas l'autre.

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Il y a 9 heures, Kiriyama a dit :

Flippant : en management, nous devons les concepts d'agilité, de flexibilité et de productivité... aux nazis

La lecture de livres sur la Seconde Guerre Mondiale, de Ian Kershaw sur le nazisme, ou bien sur la corruption inouïe du régime nazi me rendent très sceptique quant à la validité des propos de l'auteur. En effet, le système nazi était plus anthropique, chaotique et haineux qu'agile, performant et productif. 

Par exemple, les équipements des armées n'étaient pas rationalisés, avec une quantité hallucinante de matériel conçus en parallèle par toutes les entités allemandes qui se faisaient la guerre, qui aboutissaient à des pénurie de pièces détachés et une logistique inexistante. Dans la course industrielle que fut cette guerre, même l'URSS réussit une bien meilleure économie de guerre. Quant aux USA et les liberty-ship, c'est une réussite industrielle tout simplement inconcevable dans le contexte nazi.

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Johann Chapoutot a également donné une longue interview sur la chaine "Le Media", où il est interrogé par un autre historien suite à la "polémique" (médiatique à 2 balles comme trop souvent).

https://www.youtube.com/watch?v=CjmH2fCVUyM

Suite à la sortie du livre il y a eu des réactions épidermiques de gens qui, en gros, ont hurlé au point Godwin contre le management moderne, sans prendre le temps de comprendre l'œuvre. Comme dit auparavant, l'œuvre suit le parcours de Reinhard Höhn et montre en quoi le nazisme est de son époque, a été influencé et a pu influencer par la suite. Ce qui amène une autre réaction épidermique : cachez ces monstres qu'on ne saurait voir.

Ce qui est dommage car l'œuvre prête à réflexion et est bien renseignée. En tous les cas sur le nazisme. Johann Chapoutot est l'un des meilleurs historiens français spécialiste du nazisme, c'est pas Jo l'rigolo qui trolle pour faire le buzz.

@Ciders les deux auteurs se connaissent bien, outre que ce sont deux historiens travaillant dans le même domaine, ils ont déjà fait une conférence ensemble. Je doute que Chapoutot n'ait pas lu en détail le travail de son collègue... Pour les avoir lu ces deux historiens ne s'opposent pas entre eux, bien au contraire, ils se complètent.

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Ils se complètent dans quel sens ? La seule lecture de l'interview de Chapoutot me paraît aller à l'opposé des écrits de Tooze.

Par ailleurs, j'ai peine à voir un fondement "nazi" au management dit "moderne". En quoi se distinguerait-il fondamentalement d'autres méthodes ?

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Je crois quand même que vous oubliez une chose l'auteur n'a jamais dit que le modèle de management nazi était efficace. 

Justement, l'auteur revient sur le paradoxe de l'inefficacité de l'administration allemande.

L'idée est de liquider l'Etat, pour le remplacer par des "chargés de mission" ou des "agences" qui sont en poste le temps d'acomplir une tâche précise. C'est d'ailleurs ce qui est encore à l'oeuvre aujorud'hui (le New Public Managment). Après, ce système crée lui-même un système de prébendes et de corruption qui "grippe" la machine et la rend inefficace. 

 

Edited by Kiriyama
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ouahhhh....   ce titre !     ca claque.

Il y a 3 heures, Kiriyama a dit :

le paradoxe de l'inefficacité de l'administration allemande (sous le 3eme Reich)

je ne sais pas si un autre pays de taille comparable et avec les mêmes ressources naturelles aurait été capable de tenir jusqu'en mai 1945.  Et je pense qu'au contraire l'organisation générale et donc l'administration y ont été pour beaucoup.  Speer, tout génial organisateur qu'il a montré, n'aurait pas fait ce qu'il a fait sans une administration un minimum efficace.

Il y a 11 heures, SinopeMT a dit :

Quant aux USA et les liberty-ship, c'est une réussite industrielle tout simplement inconcevable dans le contexte nazi.

Et les U boot XXI?  produits en tranches, qui a quelques mois prés sortaient en série de chantiers disséminés ?

Edited by B52
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Il y a 5 heures, Ciders a dit :

Ils se complètent dans quel sens ?

Tooze s'intéresse à l'économie. Chapoutot traite de la culture et de l'idéologie nazie. Tout part de sa thèse d'Histoire sur le nazisme et l'antiquité, que j'ai pu lire et qui est assez magistrale pour comprendre les racines du mal. Autrement dit Tooze observe l'aspect quantitatif et matériel quand Chapoutot essaye de rentrer dans la tête des nazis en se mettant à leur place (ce qui se rapproche d'une méthode sociologique basée sur la compréhension d'autrui). Ce qu'il fait de manière brillante. Un exercice tout de même assez dangereux pour l'esprit. D'ailleurs il a fini par passer à autre chose tellement ça lui pesait, à la naissance de sa fille (quand t'as étudié le meurtre massif d'enfants ça doit faire un choc en même temps...). Ce "Libre d'obéir" est une transition, une sortir progressive de son premier domaine d'intérêt.

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Il y a 2 heures, B52 a dit :

Je ne sais pas si un autre pays de taille comparable et avec les mêmes ressources naturelles aurait été capable de tenir jusqu'en mai 1945.  Et je pense qu'au contraire l'organisation générale et donc l'administration y ont été pour beaucoup.  Speer, tout génial organisateur qu'il a montré, n'aurait pas fait ce qu'il a fait sans une administration un minimum efficace.

Et les U boot XXI?  produits en tranches, qui a quelques mois prés sortaient en série de chantiers disséminés ?

D'une façon générale, l'administration nazie a été très résiliente. Jusqu'en mars 1945, les fonctionnaires ont par exemple continué à être payés et les services administratifs continuaient de tourner. Evidemment, ça n'avait plus grand sens d'un point de vue "logique", mais techniquement ça tournait toujours. 

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Il y a 4 heures, B52 a dit :

Et les U boot XXI?  produits en tranches, qui a quelques mois prés sortaient en série de chantiers disséminés ?

On parle des mêmes sous-marins qui fuyaient dans la cale sèche parce que les sous-traitants étaient incapables de produire des éléments aux tailles désirées ?

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On en revient à ce que je disais plus haut : Johann Chapoutot n'a jamais prétendu que ce modèle qui se voulait ultra-décentralisé était efficace.

Au contraire, c'est une partie de son propos : ce système est très inefficace et peu productif. De même, ce système qui se veut "non-hiérarchique" est en réalité très... vertical.

Et on l'observe aussi aujourd'hui dans bon nombre d'entreprises modernes qui sont incapables de produire des produits en respectant un minimum de qualité (cf. Boeing) . Quant aux startups, elles aussi vantées pour leur management "horizontal" avec des "fenêtres à la place de portes" elle sont également très hiérarchisées avec des chefs tout puissants. 

Il y a une volonté (parfois réelle) derrière ce discours, mais ce management ne résiste pas à l'épreuve de la réalité. 

Edited by Kiriyama
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il y a 12 minutes, Ciders a dit :

On parle des mêmes sous-marins qui fuyaient dans la cale sèche parce que les sous-traitants étaient incapables de produire des éléments aux tailles désirées ?

Je ne sais s'ils fuyaient.  Mais pourquoi pas.  Surtout si construit en partie par des déportés qui n'avaient pas la tête a faire de la qualité, bien au contraire (mon Oncle en fut).

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Il y a 18 heures, Boule75 a dit :

Ou alors les préceptes de management ne sont que de vastes fumisteries traversées de modes, auxquels un modèle bien plus ancien que l'Allemagne nazie résiste fort bien : quand les gens sont contents, savent pourquoi ils travaillent, sont respectés, se voient accordés assez de liberté pour ajuster leurs manières de travailler, pour faire mieux et plus vite, et se voient alloués des tâches utiles qui leur conviennent, eh bien... ils font vite et bien. Le reste c'est du pipeau.

Il y a 18 heures, Ciders a dit :

Quand j'entends parler d'un modèle managérial nazi caractérisé par l'agilité, la flexibilité et l'intérêt porté aux loisirs de la masse laborieuse, je me replonge dans le livre d'Adam Tooze sur l'économie de guerre allemande et je me sens mieux.

Réflexions en vrac :

  • il n'y a rien d'organisé dans le chaos ambiant qu'est le Troisième Reich. Le chef divise pour mieux régner, les principaux sous-chefs se mettent des bâtons dans les roues
  • la compétence est valorisée, savoir qui lèche les bons pieds encore plus. On a quand même placé Himmler à la tête d'un groupe d'armées !
  • le côté "ah les Allemands mettent en avant l'initiative aussi bien à la guerre que dans l'économie"... en France, on appelle ça le système D. "Tu commandes et tu te débrouilles". Mais dans le domaine économique, c'est totalement faux : toutes les grandes inflexions économiques viennent du sommet et ceux qui s'y opposent sont brisés. Impitoyablement
  • la modernité vantée par l'auteur de l'organisation de l'économie, c'est du flan. Les SS et les idéologues de l'agriculture comme Darré voulaient un modèle digne des années 1900, la colonisation de l'Est reposait sur le mythe de l'avancée germanique contre les Slaves au Moyen Âge avec forteresses et esclaves, l'économie allemande a été une pétaudière abominablement gérée jusqu'à la fin

Bref. Un bon gros flan avec plein de mots creux dedans.

C'est pour ça que je recommandais l'interview de Chapoutot sur France Culture (si on n'a pas le temps de lire ne bouquin lui-même, bien sûr). Entre autres choses, dans cet entretien:

  • Il explique comment le management "nazi" ne l'est en fait pas vraiment et se situe dans la continuité de modes et d'évolutions, notamment en Allemagne, comment cela a été théorisé dans le contexte spécifique de l'état nazi, mais aussi comment cela lui a survécu
  • Chapoutot explique justement le caractère chaotique et désorganisé du système nazi, avec notamment une multiplication d'agences se marchant sur les pieds les unes des autres, en montrant comment ce chaos était en partie volontaire et avait fait l'objet de théorisations par des penseurs du Reich, dans le but croyaient-ils d'augmenter l'efficacité, et surtout avec la conséquence de pousser aux solutions les plus radicales

Sur la colonisation de l'est par les nazis, je recommande très fortement le bouquin de Christian Ingrao, La Promesse de l'est: espérance nazie et génocide (1939-1943), Seuil 2016.

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Je comprend mieux maintenant les récriminations de mon grand père à propos du "management" imposé par ses supérieurs et que je trouvais étrangement anachronique. C'est plus clair maintenant.

Par contre il aimait beaucoup son chief happiness officer. Un bon vivant à ce qu'il parait.

 

Quoi ? Je ne vous avais pas dit que j'avais un grand père membre de la SS ?

 

Révélation

 

Son chief happiness officer

heinrich-himmler-de-vanessa-lapa-sortie-

 

Un bon vivant qu'on vous dit

17391102_101.jpg

 

 

Révélation

 

Les blagues à base de nazis sont les meilleurs :tongue:  :bloblaugh:

 

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Il y a 12 heures, Shorr kan a dit :

Quoi ? Je ne vous avais pas dit que j'avais un grand père membre de la SS ?

Il doit bien s'en trouver !

(comme il doit bien y avoir des gens qui ont voté Hollande même si aujourd'hui on n'en trouve plus trace).

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Il y a 1 heure, B52 a dit :

 

(comme il doit bien y avoir des gens qui ont voté Hollande même si aujourd'hui on n'en trouve plus trace).

La politique intérieure n'est pas autorisée sur le forum et la comparaison avec des SS franchement peu inspirée.

Et à titre personnel, j'ai effectivement voté pour ce candidat.

Edited by loki
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Il y a 3 heures, loki a dit :

La politique intérieure n'est pas autorisée sur le forum et la comparaison avec des SS franchement peu inspirée.

Et à titre personnel, j'ai effectivement voté pour ce candidat.

- Il n'y a aucune comparaison dans mes écrits. la mention SS ne vient pas de moi.

- On a tous le droit de faire des (grosses) erreurs !   :tongue:

Edited by B52
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Quand on y songe ce n'est pas si étonnant que ça : le nazisme et les réactionnaires en général sont friand de "modernité" même si c'est purement instrumental. Surtout l'innovation technique et sociale (comme le management ou la propagande/publicité). ça comble les fantasmes de toute puissance et de prospérité, et surtout il faut se rappeler que le nazisme et les idéologies apparentées se sont vendus sur la faillite des anciennes idées libérales/conservatrices/démocratiques comme quelque chose de neuf et moderne.

Il faut garder ça en tête quand on veut comprendre - en parti- l'adhésion des masses et des intellectuels : être nazis c'était en quelque sorte, être à la pointe du progrès de l'époque ! 

Edited by Shorr kan
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