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Guerre Russie-Ukraine 2022+ : considérations géopolitiques et économiques


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Il y a 8 heures, olivier lsb a dit :

En fait, c'est le concept même de proposition qui est un peu hors sol. Ce ne sont ni les idées ni les envies qui manquent du coté des diplomates professionnels de tout bord. Inutile de faire des tribunes larmoyantes quand le seul mec en face qui pourrait faire quelque chose, ne veut rien entendre et dit tout et son contraire (ah finalement l'intégration de la Finlande et la Suède dans l'OTAN n'était pas un problème... première nouvelle). 

On arme l'Ukraine en flux tendu (c'est une des rares constantes rapportée dans tous les reportages de guerre ici partagés sur le forum) en espérant que cela conduise à une évolution de la position Russe sur le conflit. Et au moment où les bailleurs occidentaux estimeront que la Russie aura suffisamment évolué et se montrera disposée à discuter, on peut parier sur un sifflement de la fin de partie. Vu le peu d'enthousiasme ici rapporté à coup d'inflation US, de Scholz ou de Macron réticents à escalader, on peut penser que dès qu'un changement un chouille sérieux interviendra dans la position Russe, on en reviendra rapidement à de meilleures considérations diplomatiques. 

Mais de grâce, n'inversons pas les rôles de l'agresseur / agressé, ça commence à devenir lassant. Je constate que les opérations d'influence Russe ont toujours une certaine efficacité. 

Personne n'inverse les rôles d'agresseur et d'agressé (et cette accusation est elle aussi lassante). Seulement refuser ne serait-ce que l'expression de toute autre posture que l'armement de l'Ukraine me semble très critiquable (ce qui ne veut pas dire "il ne faut pas armer l'Ukraine"), ne serait-ce que parce qu'à ma connaissance il n'y a pas de certitude que cela conduise à une victoire (sans même parler de ce que recouvrirait ce terme) ukrainienne. Les deux adversaires bluffent au moins en partie dans leur volonté de victoire totale, difficilement imaginable d'un côté comme de l'autre. Des propositions diplomatiques ne sont donc pas insensées par nature car elles peuvent "rencontrer" une position réelle favorable à un instant T. Reste à concilier cela avec ce qui est réellement acceptable par chacun évidemment. Extrêmement difficile, mis l'exclure par principe est pour le moins dangereux...

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Il y a 2 heures, herciv a dit :

Un petit lien stp ?

@cracou Relit toi. J'ai rectifier ton texte.Tableau de 1995. Collectionneur 

Je suis au taf mais voici un exemple de ce qui est utilisable (j'ai pas les nx liens sous le coude). C'est tout simplement dans les rapports GOD. Si tu as le temps du peux explorer. On apprend des trucs déments.

Par exemple que le stock de munitions d'artillerie (je dis bien artillerie 105, 155, 8i...) c'est autour des 13 millions en 1995 (ce qui est une baisse quand même par rapport aux années 80 où on était plus vers 20 millions). 13 putain de millions. Et on ne parle que de l'army, pas des marines (qui ont aussi 4 millions en 1995) même si tout n'est fonctionnel - répartition par sous type et localisation dans le lien suivant -

https://www.govinfo.gov/content/pkg/GAOREPORTS-NSIAD-95-89/html/GAOREPORTS-NSIAD-95-89.htm

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Posted (edited)
Il y a 1 heure, olivier lsb a dit :

Les stocks baissent mais corrélativement à la menace Russe par attrition: donc c'est un jeu à somme nulle et on aura les capacités de reconstituer plus rapidement que les Russes.

Rien ne dit que nous saurons reconstituer plus vite que les Russes.

Par ailleurs cette "somme nulle" ne vaut que si on considère que notre armée a vocation à n'affronter que les Russes. Pour la France c'est pour le moins discutable, et très probablement faux...

il y a une heure, cracou a dit :

Pas exactement: ils ont pour le moment donné le "superflu". Ils n'ont pas tapé dans leurs capacités réelles. Concernant les munitions de type 155, il ont du mou. Des montagnes de mou.

Le problème pour les US n'est pas ce qui leur reste mais ce qu'il leur reste par rapport à leur besoin potentiel. Je n'en ai aucune idée, mais vu les ambitions militaires US je ne suis pas certain que ce soit si large que cela. C'est probablement à modérer selon les équipements mais loin d'être indolore, avec un facteur vitesse de reconstitution versus probabilité de déclenchement du besoin qui demeure par nature largement inconnu.

Edited by gustave
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il y a 2 minutes, gustave a dit :

Personne n'inverse les rôles d'agresseur et d'agressé (et cette accusation est elle aussi lassante). Seulement refuser ne serait-ce que l'expression de toute autre posture que l'armement de l'Ukraine me semble très critiquable (ce qui ne veut pas dire "il ne faut pas armer l'Ukraine"), ne serait-ce que parce qu'à ma connaissance il n'y a pas de certitude que cela conduise à une victoire (sans même parler de ce que recouvrirait ce terme) ukrainienne. Les deux adversaires bluffent au moins en partie dans leur volonté de victoire totale, difficilement imaginable d'un côté comme de l'autre. Des propositions diplomatiques ne sont donc pas insensées par nature car elles peuvent "rencontrer" une position réelle favorable à un instant T. Reste à concilier cela avec ce qui est réellement acceptable par chacun évidemment. Extrêmement difficile, mis l'exclure par principe est pour le moins dangereux...

J'entends et c'est parfaitement raisonnable ce que tu dis. Mais l'exercice garde un aspect théorique qui ne peut pas aujourd'hui, dans les faits, être mis en pratique. C'est donc un exercice de style, purement académique. 

La Russie refuse toute idée de négociations qui ne concederait pas déjà toutes ses demandes. 

L'idée de savoir jusqu'où et jusqu'à quand armer l'Ukraine devra être posée, je l'entends aussi. Mais je n'ai pas l'impression du tout qu'on y soit arrivé. 

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il y a 30 minutes, cracou a dit :

Je suis au taf mais voici un exemple de ce qui est utilisable (j'ai pas les nx liens sous le coude). C'est tout simplement dans les rapports GOD. Si tu as le temps du peux explorer. On apprend des trucs déments.

Par exemple que le stock de munitions d'artillerie (je dis bien artillerie 105, 155, 8i...) c'est autour des 13 millions (ce qui est une baisse quand même par rapport aux années 90 où on était plus vers 20 millions). 13 putain de millions. Et on ne parle que de l'army, pas des marines (qui ont aussi quelques millions mais je ne sais pas comment ça marche avec leurs changement de srtructure etc). Après je ne sais pas non plus si tout est fonctionnel et la répartition par sous type. 

https://www.govinfo.gov/content/pkg/GAOREPORTS-NSIAD-95-89/html/GAOREPORTS-NSIAD-95-89.htm

C'est une blague ?

Le rapport original est celui-là :

https://www.gao.gov/assets/nsiad-95-89.pdf

Published: Mar 20, 1995. Publicly Released: Apr 04, 1995.

Tu es au taf donc on va dire que tu n'as pas pris le temps de regarder ton lien mais franchement ...

Cependant si tu me parles d'artillerie et des millions de coups que les US ont en stock mais je te parlais d'ATGM et des milliers d'ATGM déjà utilisé que les US n'ont plus en stock et qui eux sont beaucoup plus long à renouveller et que donc les US auront beaucoup plus de mal à donner maintenant en préparation d'un conflit à venir probablement aussi consommateur de munitions que le conflit russo/ukrainien. 

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Il y a 11 heures, rendbo a dit :

je sais que raison n'est pas comparaison, mais on a bien armé Al Nosra parce que c'était des braves petits gars qui faisaient du bon boulot, alors pourquoi s'opposer à la Morale et se poser des questions avant que l'histoire nous démontre qu'on a eu tort ou raison ?

minute troll (quoi que) : on ferait mieux de faire l'inverse des USA

Sur le temps long, quand l'empire a soutenu un "camp du bien" versus un "camp du mal " depuis 1945, ca lui (et nous) est toujours revenu dans la gleu et avec des intérêts

La vista géopolitique des américains, elle est foireuse pour nous systématiquement

Donc .....

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il y a 7 minutes, Kelkin a dit :

La question présuppose que la raison pour laquelle on ne voit plus beaucoup de tirs ATGM est parce que les stocks sont épuisés.

Mais il y a une autre raison qu'on pourrait émettre, par exemple le fait que la Russie ait abandonné l'attaque en profondeur pour passer au grignotage lent par déluge d'artillerie. Forcément si au lieu de foncer directement avec un char sur 60 km, l'armée russe décide d'écraser ta position pendant 10 jours sous une pluie d'obus ininterrompue avant d'avancer de 5 km, et ensuite rebelote 12 fois de suite, tu vas pas avoir beaucoup d'occasions de tirer des ATGM. Ce qu'il te faut, c'est une contre-batterie pour détruire l'artillerie russe afin de faire cesser l'orage de plomb.

Alors juste pour info. Après en avoir parlé avec un pote dans l'armée. On est bien à l'os sur les ATGM mais aussi sur les obus d'artillerie.

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https://www.lecho.be/dossiers/conflit-ukraine-russie/jeffrey-sachs-universite-de-columbia-je-ne-crois-pas-que-les-etats-unis-ou-l-ukraine-puissent-gagner-cette-guerre/10394901.html (12 juin 2022)

Jeffrey Sachs (université de Columbia): "Je ne crois pas que les États-Unis ou l’Ukraine puissent 'gagner' cette guerre"

Une paix négociée se traduirait par la neutralité ukrainienne et le non-élargissement de l’Otan. Or, ceci va à l’encontre de la politique américaine qui vise à encercler la Russie dans la région de la mer Noire. Pour cette raison, les États-Unis ne sont pas encore prêts à accepter un accord fondé sur la non-expansion de l’Alliance atlantique. Et il s’agit là d’une grave erreur, commise dès 2008, avec la promesse d’adhésion faite à l’Ukraine et à la Géorgie, malgré l’opposition de nombreux pays européens.

L’Europe doit comprendre que ses intérêts vitaux ne coïncident pas avec l’hégémonie américaine et l’élargissement de l’Otan.

La structure centralisée du pouvoir chinois date de 221 av. J.-C. Imaginer que la Chine puisse ressembler à une démocratie parlementaire européenne ou à la démocratie présidentielle américaine relève vraiment de la naïveté! Une coopération, fructueuse pour tous, en matière commerciale, touristique, culturelle et scientifique, ne peut présupposer que la Chine se transforme un jour en une démocratie libérale.

La vision portée par le président Joe Biden, qui conçoit les relations internationales comme un affrontement entre démocraties et autocraties, est erronée.

Le gouvernement américain représente aussi une importante source de propagande ! Une grande partie des informations diffusées, aux États-Unis, sur la politique étrangère, la guerre en Ukraine… sont manipulées, voire mensongères. Je suis donc plutôt sceptique sur ce nouveau « Conseil de la gouvernance de la désinformation ».

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Il y a 1 heure, Alexis a dit :

que Polonais, Français ou Allemands seraient prêts à donner, ça pourrait ne faire qu'un petit nombre de moi

En tous cas nous on n'a presque plus rien à donner. Info de première main.

Il y a 1 heure, Alexis a dit :

Reconquérir les territoires occupés du Donbass, Kherson et Zaporijjia, à court / moyen terme c'est de la fumette

C'est une certitude maintenant. Je ne suis même pas sûr que Severodonetsk n'ait pas déjà été le baroud d'honneur.

Zelenski doit attendre que sa population s'en rende compte maintenant pour avoir les mains libres de son peuples. Ils vont avoir leur Dnien Bien Phu.

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Citation

Est-ce qu'une partie du stock de 1995 est toujours fonctionnel ? Aucune idée, ça dépend si le "un certain temps" est plus long que 27 ans (est-ce que quelqu'un le sait ?) Si oui, ça n'est pas nécessairement la majorité.

20 ans pour la grande limite d'expiration des munitions à poudre (obus de tout calibre et usage) il me semble. Et encore plus tu t'approches des 20 ans plus tu multiplie le risque des incidents de tir (vu sur mun d'exercice pendant mon SN)

J'aurais même tendance à dire qu'au bout de 10 ans tu n'es plus dans de bons paramètres de sécurité (bon ca on y fait attention en temps de paix, pas en temps de guerre mais justement ces stocks ont été fait et maintenus en condition "paix")

Enfin tout dépend de comment c'est stocké : Dans un hangar ventilé avec hygrométrie controlée, no problemo

Au fin fond des Everglades avec 90 % d'humidité ou dans un hangar dans le désert avec du 40°C à l'ombre, ca va evidemment raccourcir la durée de vie et du contenant (enveloppe de l'obus) et du contenu (stabilité des composés chimiques de la poudre propulsive)

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Il y a 2 heures, Alexis a dit :

Moi je veux bien, mais essayons de nous mettre dans la peau du président russe.

Vous déclenchez une guerre dont vous savez que le coût sera important mais dont vous espérez, sous une forme ou sous une autre, la soumission définitive de l'Ukraine. Manque de pot, ça se passe beaucoup plus mal que prévu : les troupes n'avancent guère, le coût en moyens militaires et en sanctions subies est nettement plus élevé qu'escompté. Vous continuez, car l'alternative serait de revenir la queue entre les jambes, dirigeant faible donc traître à la patrie, avant de disparaître bientôt dans les poubelles de l'Histoire et ça pas question ! Donc vous ordonnez de persévérer - on les aura à l'usure - et voilà que petit à petit les bonnes nouvelles arrivent, certaines des sanctions économiques sont déjouées, l'ennemi semble s'approcher des limites de sa résistance, le soutien militaire qu'il reçoit des Occidentaux s'approche aussi de ses limites, pendant que nos troupes petit à petit avancent et que le contrôle des territoires conquis s'améliore. Puis, tout à coup, l'Occident vous dit que "la poursuite de la guerre en Ukraine n'est pas la solution au problème" et qu'il faut "mettre fin à la guerre" ! Alleluia !

Que choisissez-vous ?

a) Vous êtes bien d'accord, d'ailleurs puisque l'ennemi faiblit c'est le moment idéal pour réduire vos objectifs et se contenter de 50% - bon allez, 40% peut-être. Certes les coûts de l'opération spéciale restent très élevés - militaires, économiques, diplomatiques - et il sera difficile de les justifier avec une victoire "aux points", certes vous étiez en train de prendre l'avantage, mais il ne faut pas abuser ça n'est pas de jeu. Vous dites ? 35% ? Hmmm...

b) Vous êtes bien d'accord, d'ailleurs ça prouve bien que vous aviez raison de persévérer ! La guerre est une lutte entre des volontés, et la Russie est la plus forte comme prévu. Bon eh bien ça sera 100% de vos objectifs, et vous allez enregistrer un message sur votre smartphone comme ça tant qu'ils proposeront autre chose il suffira d'appuyer sur un bouton et ça fera "Niet". Il y a bien Lavrov qui souffle que 95% ça pourrait suffire, il est bien Lavrov mais parfois un peu bisounours quand même. D'un autre côté Patrouchev soutient que 120% c'est un beau chiffre... Hmmm... 

Sauf que cela fait abstraction de la capacité "réelle" de chacun des camps à poursuivre le combat avec une espérance positive. C'est bien là le facteur clé. Si on estime avoir une probabilité élevée de mettre militairement la Russie à genoux et atteindre les objectifs ukrainiens (Crimée or not Crimée?) alors nul besoin de diplomatie en effet, si ce n'est pour préparer la capitulation russe (quel aménagement pour les wagons?). Dans le cas contraire en revanche...

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Il y a 2 heures, collectionneur a dit :

@Alexis Je me permets de rappeler qu'au niveau munitions d'artillerie, la Russie tape largement sur des stocks datant de l'Union soviétique disparu il y a plus de 30 ans. 

Largement, je ne sais pas

On a vu passer un ou deux tweets de prises de guerre avec des caisses d'obus dont la date de fabrication voisinait le 1980. Mais une paire seulement donc est ce que c'est representatif ?

Bon ca ressort aussi de la Maxim et du S 60 de 57 mm

Comme je disais, y'a la théorie de temps de paix et l'application en temps de guerre

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Un vrai champion républicain qui ne parle que pour lui même. Il avait envoyé une lettre une lettre à bashar el asad pour le féliciter... 

Tu l'as trouvé où cette vidéo ? Quelle pertinence tu lui accordes ? 

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il y a 1 minute, Aldo a dit :

Un vrai champion républicain qui ne parle que pour lui même. Il avait envoyé une lettre une lettre à bashar el asad pour le féliciter... 

Tu l'as trouvé où cette vidéo ? Quelle pertinence tu lui accordes ? 

La question n'est pas sur la pertinence des infos qu'il donne mais plutôt de montrer que la politique de Washington ne fait pas que de heureux parmi la communauté militaire US.

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https://www.newstatesman.com/world/europe/ukraine/2022/06/in-ukraine-russian-is-now-the-language-of-the-enemy (9 juin 2022)

Andrïy Kourkov, écrivain :

Jusqu'en 2014, Rafeenko a vécu à Donetsk, dans la région du Donbas, dans l'est de l'Ukraine. Son œuvre a été publiée principalement en Russie, où il a reçu trois prestigieux prix littéraires. Il ne parlait pas ukrainien, mais il était alors facile de vivre à Donetsk sans cette langue.

Cependant, lorsque la guerre dans le Donbas a éclaté au printemps 2014, lui et sa femme ont quitté leurs deux appartements et leurs emplois à Donetsk et sont partis vers l'ouest. Là, Andriy Bondar, un écrivain et traducteur ukrainophone, les a installés dans sa datcha près de Boutcha. Rafeenko est ainsi devenu un habitant de la région de Kiev. Il a appris l'ukrainien et a même commencé à écrire en ukrainien. Son premier roman dans sa nouvelle langue, Mondengrin, a nécessité une sérieuse révision, et une fois de plus Bondar est intervenu pour l'aider. Après la sortie du roman en 2019, Rafeenko a promis d'écrire ses futurs romans en russe et en ukrainien, en alternant entre les deux langues. Cependant, le 31 mai, après avoir survécu un mois sous l'occupation russe de Boutcha, il a publiquement renoncé à la langue russe et a déclaré qu'il n'écrirait plus jamais de texte en russe - et qu'il ne parlerait même plus jamais russe. "Je ne veux plus rien avoir à faire avec cette langue", a-t-il déclaré dans une interview à la télévision ukrainienne.

Pendant mon enfance, dans les années 1960, Kiev était presque entièrement russophone. La plupart des écoles enseignaient également en russe. Si quelqu'un dans la rue parlait ukrainien, les gens pensaient qu'il venait du village, ou qu'il était un intellectuel étrange, ou peut-être même un nationaliste ukrainien. En grandissant, je lisais des livres en russe, et la moitié de mes écrivains préférés appartenaient à la littérature russe : Andrei Platonov, Daniil Kharms, Boris Pilnyak, Maxim Gorky. L'écrivain ukrainien russophone Nikolaï Gogol était et reste l'un de mes auteurs préférés. À cette époque, avoir l'ukrainien comme première langue était considéré par beaucoup comme un handicap. La politique de l'État soviétique était d'empêcher l'ukrainien de surmonter l'impression d'être une langue paysanne [1].

[1] À comparer avec la version de Natascha Wodin : http://www.air-defense.net/forum/topic/26674-guerre-russie-ukraine-2022-répercussions-géopolitiques-et-économiques/page/45/#comment-1498030

La sœur de ma mère, qui a étudié à Odessa avant la guerre et qui a finalement été déportée au goulag en tant que contre-révolutionnaire, décrit dans son journal qu'il était alors interdit de parler russe à l'université. Seul l'ukrainien était autorisé. Plus tard, en Union soviétique, on ne faisait plus guère de différence entre les Russes et les Ukrainiens, c'était pratiquement un seul peuple avec une longue histoire commune.

La migration linguistique du russe vers l'ukrainien a pris une nouvelle urgence depuis le 24 février, mais elle a commencé au début des années 1990, dans les premières années de l'indépendance de l'Ukraine. À cette époque, la célèbre romancière Irène Razdobudko a quitté Donetsk pour Kiev et a commencé à travailler en ukrainien. Elle connaissait déjà la langue, la transition n'a donc pas été si difficile pour elle. De plus, à cette époque, la Russie n'avait pas encore commencé à "défendre" la langue russe et les russophones en Ukraine. Les livres en russe se vendaient mieux que les livres en ukrainien. Les magazines et journaux de luxe publiaient des critiques portant principalement sur des livres en langue russe (qui étaient pour la plupart publiés en Russie). En fait, à cette époque, jusqu'à 80 % des livres vendus dans n'importe quelle librairie étaient écrits en russe. L'avenir de la littérature ukrainienne était définitivement incertain.

Peu à peu, la tendance s'est accélérée, mais elle s'est déroulée discrètement, avec peu de commentaires dans la presse et encore moins de réactions de la part des lecteurs et du public en général. Pour la plupart des jeunes écrivains en herbe, le choix de la langue n'était plus un problème - ils ont immédiatement commencé à écrire en ukrainien. Ce mouvement a été soutenu par des fondations de la diaspora au Canada et aux États-Unis qui ont accordé des subventions aux maisons d'édition qui publiaient des livres en ukrainien. Pourtant, sur le plan économique, la publication de livres en ukrainien est restée peu rentable pendant les dix à quinze premières années de l'indépendance.

Dans ces années-là, de nombreux intellectuels et critiques supposaient que les auteurs qui continuaient à écrire en russe étaient orientés vers le marché du livre russe et qu'ils n'étaient donc pas considérés comme des écrivains ukrainiens. À l'époque, beaucoup me considéraient comme l'un de ces écrivains "non ukrainiens". À la fin des années 1990, mes romans avaient plus de succès en Russie qu'en Ukraine et je recevais même des demandes d'éditeurs russes pour que mes livres soient situés en Russie et non en Ukraine. J'ai ignoré ces demandes.

Pourtant, les lecteurs russophones d'Ukraine n'ont jamais eu beaucoup de respect pour la littérature en langue russe produite localement. Ils avaient tendance à préférer la "véritable" littérature russe qui sortait de Moscou ou de Saint-Pétersbourg. Si un auteur ukrainien était publié en Russie, c'était un signe de qualité - un sceau d'approbation du "gardien de la littérature russe", comme la Russie se considérait elle-même. Néanmoins, les auteurs russophones de l'étranger étaient généralement traités avec une certaine condescendance en Russie, même par leurs éditeurs. Ces projets étaient souvent décrits comme un acte d'aide humanitaire plutôt que comme une reconnaissance du talent de l'auteur. Les écrivains pensaient a priori qu'un auteur russophone qui voulait connaître le succès et la reconnaissance devait s'installer en Russie.

Après l'indépendance, certains écrivains de langue russe bien connus ont fait le déplacement en quête de gloire et de fortune. Par exemple, les auteurs ukrainiens de romans fantastiques les plus connus, Marina et feu Sergiy Dyachenko, ont été parmi les premiers "migrants littéraires". Ils n'aimaient pas Moscou, et ils s'attendaient probablement à un succès bien plus grand. Très vite, ils sont partis pour New York. Pour beaucoup de ceux qui sont restés en Ukraine, cependant, Moscou est restée une sorte de point d'appui culturel jusqu'à très récemment. Même après l'annexion de la Crimée en 2014 et le début de la guerre dans le Donbas, certains auteurs ukrainiens ont continué à publier leurs livres à Moscou et à participer à des événements littéraires dans cette ville. Au début de cette année - juste avant la nouvelle phase de l'agression russe - l'un des poètes ukrainiens russophones les plus connus, Oleksandr Kabanov, a publié deux livres à Moscou et a participé à des présentations en ligne de ses livres pour les lecteurs russes.

Il est difficile d'imaginer que ce serait si facile à faire maintenant. En ligne et dans les conversations informelles, les patriotes ukrainiens qualifient de plus en plus souvent le russe de "langue de l'ennemi". Ceux qui approuvent cette rhétorique préféreraient ignorer le fait que jusqu'à 40 % des Ukrainiens ont le russe comme langue maternelle. Cependant, si certains d'entre eux ne veulent plus parler russe, beaucoup d'autres ne veulent plus en parler. Ils se sont tus - non pas que les Ukrainiens russophones aient jamais fait beaucoup de bruit pour le droit de parler leur langue maternelle, malgré ce que dit la propagande du Kremlin. Bien que la prétendue suppression de la langue russe ait été utilisée par Moscou pour justifier en partie la guerre dans le Donbas, c'est un non-sens ; il s'agit d'une région où la ville ukrainophone de Kremenna a coexisté pacifiquement pendant des décennies avec Rubizhne russophone.

Chaque fois que l'Ukraine a dû s'opposer à l'agression de Vladimir Poutine, l'idée de perdre le russe - l'idée que la langue disparaisse du paysage culturel - est devenue plus acceptable pour un plus grand nombre d'Ukrainiens russophones. Nous avons assisté à un changement après la Révolution orange en 2006, après la Révolution de la dignité en 2014 et de nombreuses autres fois par la suite, alors que la Russie annexait la Crimée et orchestrait la poussée séparatiste dans l'est du pays. Le meurtre de dizaines de milliers d'Ukrainiens par la Russie depuis l'invasion est un argument de poids contre la présence de la langue et de la culture russes en Ukraine. Le nombre d'écrivains et de lecteurs russophones est appelé à diminuer considérablement.

J'ai commencé à utiliser l'ukrainien pour écrire des ouvrages non fictionnels il y a quelques années, mais je continue à écrire des ouvrages de fiction en russe. Mes livres sont publiés en russe et dans des traductions ukrainiennes, mais je sais que mes livres en ukrainien se vendent mieux. Les ukrainophones lisent beaucoup plus que les russophones en Ukraine. C'est une nouvelle réalité que personne ne peut ignorer. Et l'État n'achète que des livres en ukrainien pour les bibliothèques.

Tout cela remet en question la rationalité de la publication de livres en russe en Ukraine. Ils continueront à être publiés, mais les tirages en russe seront moins importants. Et dernièrement, je me suis dit que je ne devrais pas publier de livres en russe du tout, du moins pas avant la fin de la guerre. Plus tard, lorsque la Russie aura laissé l'Ukraine en paix et que celle-ci pourra suivre la voie européenne qu'elle a choisie, nous pourrons réfléchir à nouveau à la question de la langue et prendre une décision définitive. Cela fait longtemps que je n'ai plus de lectorat en Russie ; mes livres n'y ont pas été publiés depuis près de 15 ans. Pendant un certain temps, les lecteurs ukrainophones ont été plus importants pour moi que les lecteurs russophones.

Pourtant, la langue russe peut s'avérer être ma langue "interne", la langue de mes rêves et de mes pensées, ma langue de travail. Une langue interne n'a pas besoin d'un statut officiel. Et bien sûr, la langue maternelle est un statut qui ne peut être annulé, même si les gens autour de vous continuent à l'appeler "la langue de l'ennemi". Oui, c'est la langue de mon ennemi, mais cette langue n'est pas un ennemi pour moi.

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De fait, le PCUS a toujours veillé à éliminer toute progression du "nationalisme" ukrainien et tout soutien apporté à la langue ou à la culture ukrainienne, y compris par des hiérarques du Parti d'origine non ukrainienne, leur a souvent été reproché ou a servi à les éliminer politiquement. Ou physiquement.

Maintenant... le contexte actuel (encore une grande réussite russe) va peser sur la langue russe en Ukraine.

 

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il y a 11 minutes, herciv a dit :

La question n'est pas sur la pertinence des infos qu'il donne mais plutôt de montrer que la politique de Washington ne fait pas que de heureux parmi la communauté militaire US.

C'est simplement un sénateur en campagne qui dit "Washington se fout du sort des Ukrainiens" ; avis qui n'engage qui lui et qui aussi pertinent que celui de Jean-Michel PMU. A la différence que le dernier n'est ni en campagne de réélection, ni dans l'opposition ni un fervant supporter de Bashar El assad. 

Pour moi il n'y a rien de pertinent à diffuser ce genre de message. Je pense même qu'il est de la responsabilité de ceux qui diffusent ce contenu de ne pas devenir un relai de la machine de propagande d'un état hostile. 

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il y a 1 minute, Ciders a dit :

De fait, le PCUS a toujours veillé à éliminer toute progression du "nationalisme" ukrainien et tout soutien apporté à la langue ou à la culture ukrainienne, y compris par des hiérarques du Parti d'origine non ukrainienne, leur a souvent été reproché ou a servi à les éliminer politiquement. Ou physiquement.

Maintenant... le contexte actuel (encore une grande réussite russe) va peser sur la langue russe en Ukraine.

Et donc comment interprêtes-tu la version de Natascha Wodin ?

http://www.air-defense.net/forum/topic/26674-guerre-russie-ukraine-2022-répercussions-géopolitiques-et-économiques/page/45/#comment-1498030

La sœur de ma mère, qui a étudié à Odessa avant la guerre et qui a finalement été déportée au goulag en tant que contre-révolutionnaire, décrit dans son journal qu'il était alors interdit de parler russe à l'université. Seul l'ukrainien était autorisé. Plus tard, en Union soviétique, on ne faisait plus guère de différence entre les Russes et les Ukrainiens, c'était pratiquement un seul peuple avec une longue histoire commune.

Odessa, avant la guerre, c'était l'Union Soviétique.

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Eh bien, c'est à peu de choses prêt l'inverse d'Ivan Dziouba, un Ukrainien de Donetsk qui a été ciblé par le KGB et la justice soviétique dans les années 1960 et 1970 pour avoir appelé à la mobilisation des jeunes pour sauver la langue et la culture ukrainienne. Ironiquement, il est devenu ministre de la Culture de l'Ukraine indépendante

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Dziouba

On peut aussi citer Pavel Postychev, purgé par Staline en partie pour avoir été trop proche des Ukrainiens dans les années 1930.

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