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Guerre Russie-Ukraine 2022+ : répercussions géopolitiques et économiques


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Je ne retrouve plus la source exacte (vu passer trop de trucs sur Twitter et autres), mais selon certains experts la situation économique et énergétique de la Russie pourrait aller très mal assez vite du fait de l'embargo et de nombreux départs d'étrangers et de russes relativement bien formés.

Par exemple, Renault se sépare de son usine et les pièces détachées tant pour les voitures à assembler que pour les machines outils vont bientôt manquer, mais aussi la connaissance et l'ingénierie, Renault en cedant AvtoVaz reprend aussi des dizaines de spécialistes et ingénieurs non-russes qui étaient sur place et qui quittent la Russie, cela pourrait être encore plus sensible pour l'infrastructure pétrolière et gazière dont de nombreuses installations ont été construites/assemblées par des sociétés étrangères avec des ingénieurs non-Russes et avec là aussi avec quantités de composants indispensables fabriqués hors de Russie

Clairon 

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Le 22/05/2022 à 12:51, Bocket a dit :

Le plan "Européen" pour la fin du conflit, a été présenté par l'Italie au secrétaire général de l'ONU . A noter qu'il aurait été préparé avec  la participation de l'Ukraine selon le porte parole Italien.  Zelenski avait  d'ailleurs rappelé il y a quelques jours que seule  la diplomatie mettra fin au conflit. 

Rien de nouveau sur le fond si ce n'est que ce plan chemine lentement mais surement.

* Cesser le feu et démilitarisation de la ligne de front.

* Négo bilatérale Russie /Ukraine sur le Donbas et la Crimée:  en gros complète autonomie y compris la défense tout en faisant partie formellement de l'Ukraine (à part sauver la face je ne vois pas trop).

* Neutralité et garantie de sécurité par des pays à définir . 

* Retrait progressif des troupes russes et levée progressive en parallèle des sanctions.

https://www.wsj.com/livecoverage/russia-ukraine-latest-news-2022-05-20/card/italy-circulates-4-point-peace-plan-h2o9EfwULf6P1mwDbjdn-h2o9EfwULf6P1mwDbjdn

ça ressemble quand même beaucoup furieusement aux accords de Minsk, accords que les partis majeurs de la Rada n'ont jamais voulu appliquer... pas plus que les Russes (présence de troupes étrangères) d'ailleurs si je recoupe les différents reportages.

Edited by rendbo
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Le 22/05/2022 à 12:51, Bocket a dit :

Rien de nouveau sur le fond si ce n'est que ce plan chemine lentement mais surement.

* Cesser le feu et démilitarisation de la ligne de front.

* Négo bilatérale Russie /Ukraine sur le Donbas et la Crimée:  en gros complète autonomie y compris la défense tout en faisant partie formellement de l'Ukraine (à part sauver la face je ne vois pas trop).

* Neutralité et garantie de sécurité par des pays à définir . 

* Retrait progressif des troupes russes et levée progressive en parallèle des sanctions.

Je ne trouve pas d'indication de soutien européen à ce plan italien. Cependant, selon le quotidien Avvenire, la France l'appuierait.

Je suis pessimiste quant au succès à court terme d'un tel plan, je m'attends à un refus de la part et de la Russie et de l'Ukraine :

- Il semble que la Russie espère toujours garder les oblasts de Kherson et Zaporijjia, et même prendre ceux de Mykolaïv et d'Odessa. Ce plan, pour Moscou, ce serait sans doute "Trop peu !"

- Et l'Ukraine espère toujours repousser les envahisseurs jusqu'aux lignes du 24 février, comme l'a dit Zelenski. Pour Kiev, ce plan serait "Trop !"

C'est terrible à dire, mais il pourrait être nécessaire que beaucoup de sang coule encore, avant qu'il soit possible de mettre en place un cessez-le-feu dans le cadre d'un plan de paix, celui-là ou un autre :mellow:

Les espoirs des deux côtés, et l'agresseur et l'agressé, sont encore beaucoup trop élevés. Peut-il y avoir la paix avant que l'un des deux au moins ait ses espoirs brisés :unsure: ?

 

il y a 39 minutes, rendbo a dit :

ça ressemble quand même beaucoup furieusement aux accords de Minsk, accords que les partis majeurs de la Rada n'ont jamais voulu appliquer... pas plus que les Russes (présence de troupes étrangères) d'ailleurs si je recoupe les différents reportages.

Il y a quand même des différences majeures, notamment l'obligation de neutralité qu'endosserait l'Ukraine ainsi que l'officialisation du fait que les troupes russes ne se retireraient qu'après la mise en place de toutes les autres conditions.

Cela dit, il y aurait un risque élevé que les choses traînent en longueur, par exemple si le statut de Donbass et Crimée est long à négocier, ou le statut de neutralité long à approuver par la Rada de Kiev. D'où occupation prolongée de Kherson, Melitopol et autres lieux, maintien des sanctions économiques contre Moscou... Et il est assez facile d'imaginer que Paris et Berlin rament pour faire avancer le dossier pendant qu'à Varsovie on se plaigne que tout ça n'est pas assez pro-ukrainien et qu'en sous-main Washington ajoute des bâtons dans les roues et se félicite du handicap persistant pour l'allié principal du seul adversaire qui intéresse l'Amérique, c'est-à-dire la Chine.

Oui, du handicap pour l'économie européenne, aussi...

 

Le 22/05/2022 à 16:11, Ciders a dit :

Je suis sceptique sur ce "plan" : en gros, on acte la perte du Donbass et de la Crimée contre... euh... rien ?

Si on prend les dispositions de ce plan, les avantages pour l'Ukraine seraient :

- Fin de la guerre et du risque que la Russie conquière davantage

- Restitution franche des territoires ukrainiens actuellement occupés hors Donbass, c'est-à-dire le plus gros des oblasts de Kherson et Zaporijjia, une partie de l'oblast de Kharkiv

Le reste est plus douloureux. Cela a du sens pour l'Ukraine si elle s'attend à ce que l'alternative - poursuite de la guerre - soit pire. Ce qui ne semble pas être le cas pour l'instant.

 

Il y a 23 heures, Heorl a dit :

C'est littéralement donner tout ce qu'ils veulent aux Russes, et c'est donc hors de question pour Kyiv.

Hors de question pour Kiev oui. Et hors de question pour Moscou aussi.

A un certain moment, l'un des côtés pourrait changer d'avis. Mais seulement en faveur d'un plan beaucoup plus favorable pour l'Ukraine - c'est-à-dire, si elle gagne.

Sinon, seulement en faveur d'un plan beaucoup plus favorable pour Moscou :mellow:

 

Il y a 13 heures, Patrick a dit :

Rien sur le règlement des questions relatives aux crimes de guerre et contre l'humanité?!? :blink:

Ces questions feront partie du plan de règlement suivant la reconquête par l'Ukraine de tout son territoire - Crimée comprise - ainsi que l'occupation de Voronej, Orel et Kalouga, sur la route de Moscou, qui préférera accepter un traité reconnaissant ses crimes de guerre plutôt que de risquer que Zelenski réussisse là où Napoléon et d'autres ont échoué, et alors que Poutine n'arrivera fichtre pas à remettre la main sur les codes nucléaires - mais où je les ai fourrés чёрт побери́ ?

Sinon, ces questions ne feront partie d'aucun plan de règlement du conflit.

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Les pays baltes (re)demandent un renforcement conséquent de l'OTAN sur leur sol. A mettre en comparaison avec les discours de victoire ukrainienne possible voire imminente il y'a pas 15 jours. A priori, l'évaluation de la situation de théatre vient de changer

https://foreignpolicy.com/2022/05/19/baltic-states-nato-military-presence-russia-more-than-tripwire/

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à l’instant, Akhilleus a dit :

Les pays baltes (re)demandent un renforcement conséquent de l'OTAN sur leur sol. A mettre en comparaison avec les discours de victoire ukrainienne possible voire imminente il y'a pas 15 jours. A priori, l'évaluation de la situation de théatre vient de changer

https://foreignpolicy.com/2022/05/19/baltic-states-nato-military-presence-russia-more-than-tripwire/

C'est aussi l'impression que j'ai depuis ce matin.

Surtout cette histoire de morale et de non relève.

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il y a 5 minutes, herciv a dit :

C'est aussi l'impression que j'ai depuis ce matin.

Surtout cette histoire de morale et de non relève.

C'est quoi l'histoire de non relève ?? 

En Roumanie l'armée Française semble s'installer durablement avec la construction d'un camps complet pour l'installation du GTIA franco Bélge.  

20220318_EUR_AIGLE.jpg?h=8abcec71&itok=b

Un train complet d'élement du genie est partie pour la Roumanie pour construire une Fob 

Edited by Scarabé
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il y a 3 minutes, Scarabé a dit :

C'est quoi l'histoire de non relève ?? 

C'est sur l'autre fil, page 715.

Mais chuuuuut, les modos sont un peu à cran en ce moment, vu quelques débordements récents genre mixage des deux fils :smile: ...

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il y a 1 minute, Scarabé a dit :

C'est quoi l'histoire de non relève ?? 

Regarde sur le fil opération. Les soldats ukrainiens sont sur le front depuis trois mois sans discontinue. Ils tiennent un front grand comme la france du nord au sud. Ceux qui se sont engagé ont été quasiment immédiatement envoyé se battre. Je ne sais pas si il y a des réserves importantes.

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Pour avoir le résumé des opinions françaises "neutres" ou "pro-russes", un long débat avec Anne-Laure Bonnel, Alain Juillet et Pierre Lorrain

 

 

Ça colle plus à l'Ukraine de 2014 que de 2021 (du point de vue de l'opinion publique générale ukrainienne ou de la volonté des Ukrainiens face aux scénarios acceptables pour eux)

 

Mais y a du contenu qui devrait faire consensus : les USA ont eu plus d'influence que l'UE en Ukraine (Nuland, le fils Biden,...), Minsk2 qui n'était pas si absurde pour les Ukrainiens, les USA vont moins souffrir économiquement que l'UE, les USA vont vendre plus d'arme grâce au conflit,  Galicia et Azov, ça pue un peu quand même....

 

Encore une fois, si on se tient à ce raisonnement, Poutine aurait fait plus de mal à l'UE, aux USA et à l'OTAN en n'attaquant pas l'Ukraine.

En fait, il était perdant dans ces 2 choix... le maître stratégiste est donc bien à Washington  ;)

Edited by Chaps
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Un diplomate russe de Genève qui démissionne en raison de la guerre. Pas grand-chose d'intéressant en-dehors du discours utilisé : il parle de professionnalisme mensonger de la part du MAE russe et de Lavrov.

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Ca fait la une de tous les journaux US, UK et Ukrainiens. Forcément çà sert la com du camp du bien. D'ici que le diplomate se soit retrouvé sans le soutien de sa maison mère et qu'il est vu l'occasion de se retrouver au chaud à New-York plutôt que de rentrer au pays ... Ca rappel les passage à l'Ouest des sportifs de tout poil de l'ex URSS.

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Il y a 3 heures, Chaps a dit :

Encore une fois, si on se tient à ce raisonnement, Poutine aurait fait plus de mal à l'UE, aux USA et à l'OTAN en n'attaquant pas l'Ukraine.

En fait, il était perdant dans ces 2 choix... le maître stratégiste est donc bien à Washington  ;)

Poutine a du mal a jouer gagnant car il n'a que la puissance militaire a mettre sur la table. Les USA ont eux le soft power en plus, cette image de "leader du monde" libre qui est très attrayante. La Chine arrive a contrer un peu les USA car ils ont du fric a mettre sur la table, les Russes eux n'ont pas grand chose. Donc c'est bon pour récupérer les faveurs d'un dictateur, mais sinon, c'est un peu plus dur pour les Russes de garder des pays dans leur sphère d'influence.  Et quand tu n'a qu'une carte a jouer, c'est plus dur de gagner, surtout quand cette carte n'est pas tout a fait maitresse

Edited by collectionneur
Orhographe, grammaire,
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il y a une heure, Chaps a dit :

Pour avoir le résumé des opinions françaises "neutres" ou "pro-russes", un long débat avec Anne-Laure Bonnel, Alain Juillet et Pierre Lorrain

 

Encore une fois, si on se tient à ce raisonnement, Poutine aurait fait plus de mal à l'UE, aux USA et à l'OTAN en n'attaquant pas l'Ukraine.

En fait, il était perdant dans ces 2 choix... le maître stratégiste est donc bien à Washington  ;)

 

C'est un pur sophisme... "Quelque soit son choix, VVP était perdant. VVP fait un choix. Donc c'est Washington-Le-Stratège qui en est directement responsable et tire activement les ficelles".

Absurde, il n'y a pas de lien de causalité. Que l'occident tire passivement les marrons du feux d'une Russie qui paie les conséquences immédiates de ses erreurs, c'est certain et tout le monde ferait pareil. De là à dire qu'il y a eu un travail de sape actif pour pousser VVP à l'erreur, faut pas pousser. 

Attention au narratif qui consiste à recycler en complot occidental toutes les erreurs Russes, basé sur le raisonnement évident que la Russie ne peut pas se tirer une balle dans le pied. Evidemment, ce que les relais de ce genre d'opinion ne disent jamais, c'est que l'on constate toujours a posteriori que l'action d'hier était une balle tirée dans son propre pied et pas dans le cœur du voisin comme on le pensait initialement. Mais bon hein, on va pas embrouiller le pékin avec des histoires de chronologie. 

Il y a 3 heures, Clairon a dit :

Je ne retrouve plus la source exacte (vu passer trop de trucs sur Twitter et autres), mais selon certains experts la situation économique et énergétique de la Russie pourrait aller très mal assez vite du fait de l'embargo et de nombreux départs d'étrangers et de russes relativement bien formés.

Par exemple, Renault se sépare de son usine et les pièces détachées tant pour les voitures à assembler que pour les machines outils vont bientôt manquer, mais aussi la connaissance et l'ingénierie, Renault en cedant AvtoVaz reprend aussi des dizaines de spécialistes et ingénieurs non-russes qui étaient sur place et qui quittent la Russie, cela pourrait être encore plus sensible pour l'infrastructure pétrolière et gazière dont de nombreuses installations ont été construites/assemblées par des sociétés étrangères avec des ingénieurs non-Russes et avec là aussi avec quantités de composants indispensables fabriqués hors de Russie

Clairon 

Oui j'ai lu pareil, voir ici une interview par Vitkine d'une économiste Russe

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/05/16/pour-l-industrie-russe-le-plus-gros-de-la-crise-arrivera-a-partir-de-l-ete_6126269_3234.html

Citation

Dans un entretien au « Monde », l’économiste russe Natalia Zoubarevitch estime que de nombreux secteurs, particulièrement dépendants des composants et des équipements étrangers, vont finir par être grandement ébranlés par les sanctions.

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Natalia Zoubarevitch est une économiste et géographe russe, spécialisée dans le développement socio-économique des régions. Elle est professeure au département de géographie économique et sociale de Russie de l’université d’Etat de Moscou.

Etes-vous surprise par la résistance de l’économie russe observée jusqu’à présent ? Après une chute initiale, le rouble, par exemple, s’est repris…

Les macro-économistes expliquent cela très bien. La Russie reçoit un flot immense de dollars et d’euros pour ses exportations d’hydrocarbures. Les importations, elles, se sont réduites de manière draconienne, ce qui veut dire que ces euros et ces dollars ne sont pas utilisés. Dans le même temps, les autorités ont interdit de vendre des actifs étrangers et de sortir des devises du pays. Le rouble n’est, de facto, plus convertible ; son cours est artificiel.

Il n’y a pas eu non plus de pénuries de produits alimentaires…

Il y a eu un bref moment de panique, début mars, mais qui est terminé. Il n’y aura pas de pénurie sur les produits de base. La Russie est capable de fournir à sa population des céréales, du sucre, de l’huile de tournesol, de la viande de poulet, du porc… Le bœuf, c’est déjà plus compliqué, il vient d’Amérique latine. Or, nous mesurons encore mal ce qui va se passer avec les importations. Le cacao, le café, le thé… Les prix de tout ce qui est produit à l’étranger augmentent fortement, même sans sanctions directes sur ces produits. Le problème est celui de la logistique.

Il y a aussi une zone grise, très importante, celle des produits fabriqués en Russie, mais avec des composants étrangers. L’Indonésie interdit par exemple l’exportation vers la Russie d’huile de palme, qui est utilisée pour faire du fromage. Même dans l’agriculture, il y a besoin de matériel occidental, de graines, de ferments. Là aussi, la logistique pose problème.

L’effet le plus visible des sanctions, pour la population russe, est une forte inflation, qui s’ajoute à des années de recul du niveau de vie. Est-ce tenable pour les ménages ?

Entre 2014 et 2020, selon les statistiques officielles, les revenus réels des Russes ont reculé de près de 10 %. La situation s’est un peu améliorée depuis, mais surtout à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Depuis le début de 2022, la tendance est à nouveau à la baisse, et celle-ci pourrait être de 5 % ou 10 % à la fin de l’année.

La crise actuelle s’ajoute à cette situation dégradée. L’inflation, entre décembre 2021 et mars 2022, s’établit à 17 %, et encore plus sur la nourriture. Les plus pauvres souffrent le plus, mais ce sont aussi ceux qui sont le plus habitués à cultiver des potagers, et ils ne consomment pas les produits dont les prix ont vraiment explosé : automobile, gadgets électroniques… Il ne faut pas oublier que c’est la quatrième crise sur les quinze dernières années. Les gens sont habitués à s’appauvrir.

La nouveauté, et c’est selon vous le principal danger pour la Russie, concerne l’industrie. Pourquoi ?

Si l’on parle d’inflation, elle est encore plus importante s’agissant des prix à la production [+ 27 % de décembre 2021 à mars 2022]. Le deuxième problème, ce sont les composants étrangers utilisés, en particulier pour les industries les plus modernes, les plus rentables et les plus intégrées aux marchés mondiaux. On parle de secteurs comme l’extraction des hydrocarbures, les transports, l’énergie, l’ingénierie mécanique, l’électronique, l’automobile, la pharmacie et même l’armement. Dans tous ces secteurs, la dépendance aux composants et aux équipements étrangers est très forte.

Prenons l’exemple du gaz et du pétrole : les équipements étrangers représentent environ 60 % de ceux utilisés, mais pour les plus complexes, ceux qui permettent d’extraire les hydrocarbures dans des conditions difficiles, ce chiffre monte à 80 %. Ces équipements viennent des pays européens, et les Chinois ne sont pas capables d’en fournir d’équivalents. La situation est comparable pour l’extraction minière.

Cela fait pourtant des années que le thème de la substitution des importations occidentales est discuté en Russie…

Il y a eu des résultats dans l’agriculture, pour assurer la sécurité alimentaire du pays. Mais, encore une fois, l’indépendance n’est pas totale. Pour tout ce qui est équipements et machines-outils, les choses sont beaucoup plus lentes. Il faut des composants, des compétences. Résultat : le contrecoup va être important. Chercher des moyens de substitution va prendre du temps, et les équipements seront moins performants.

Est-ce entièrement dû aux sanctions ?

Les problèmes politiques et logistiques se renforcent mutuellement. Certaines entreprises prennent d’elles-mêmes l’initiative de quitter le marché russe, ce qui complique la vie des autres, même de celles qui travaillent dans des secteurs où il n’y a aucune sanction. Les groupes internationaux qui gèrent le trafic des conteneurs refusent de desservir la Russie ; les sociétés d’assurance refusent d’assurer les acheminements…

Si l’on prend le secteur de l’automobile, qui est primordial pour plusieurs régions (Kalouga, Kaliningrad, Samara…), il s’agit principalement d’assemblage. Or, il faut bien avoir quelque chose à assembler, des pièces à faire venir dont certaines, notamment électroniques, sont visées par des sanctions. Dans les autres cas, il faut trouver des voies alternatives pour acheminer les produits, pour les payer. Même l’usine chinoise Haval de Toula est à l’arrêt pour des problèmes logistiques.

Y a-t-il des précédents d’une telle coupure au niveau des circuits de la mondialisation ?

L’Iran. Mais la coupure n’a pas été aussi soudaine, et il s’agit d’un pays moins développé, moins intégré à l’économie globale.

Un retour à la normale est-il possible en cas d’amélioration de la situation géopolitique ?

C’est difficile à dire. Plus l’« opération militaire spéciale » en Ukraine dure, moins il y a de chances de voir revenir les industries étrangères qui quittent le marché russe. Là où il y a des sanctions, c’est assurément l’affaire de plusieurs années. Et, dans ces secteurs, les Chinois ne prendront pas le risque de chercher à vendre leur production. Pour les secteurs non sanctionnés, on est dans l’incertitude : le pouvoir n’a rien nationalisé, les actifs des entreprises à l’arrêt ou de celles qui se sont retirées du marché restent là.

En réalité, avant de faire de telles prévisions sur un retour à la normale, on a encore du mal à mesurer l’ampleur du choc qui s’annonce. Le plus dur n’est pas encore arrivé : la plupart des entreprises ont des stocks pour quelques mois. Pour les usines russes, le plus gros de la crise sera à partir de l’été, peut-être à l’automne.

Peut-on imaginer les conséquences en matière d’emploi ?

Pour l’heure, les entreprises ont recours massivement au chômage technique payé partiellement. Ce qu’on ne voit pas encore, ce sont les licenciements. D’abord, la loi protège pour trois mois au moins les salariés, même en cas de fermeture de site. Ensuite, il y a un signal clair de Moscou : la mise au chômage est inacceptable politiquement. Les grosses entreprises ont donc obligation de maintenir l’emploi, même si c’est avec des salaires très rabotés. Pour les petites entreprises, c’est plus difficile.

Là aussi, il est encore trop tôt pour bien mesurer les conséquences de la crise qui s’annonce. Nous y verrons plus clair entre l’été et la fin de l’année, avec notamment le facteur déterminant que seront les éventuels embargos européens sur les hydrocarbures. De cela dépend en très grande partie la capacité de l’Etat russe à soutenir financièrement ses entreprises et sa population.

Benoît Vitkine(Moscou, correspondant)

 

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Il y a 1 heure, herciv a dit :

Regarde sur le fil opération. Les soldats ukrainiens sont sur le front depuis trois mois sans discontinue. Ils tiennent un front grand comme la france du nord au sud. Ceux qui se sont engagé ont été quasiment immédiatement envoyé se battre. Je ne sais pas si il y a des réserves importantes.

J'ai vue mais je comprends pas ce parallèle entre les pays baltes et l'ukraine.      

Qu'est-ce que ça a à voir la demande de renforcement des pays baltes à l'OTAN ? Avec la non réleve des troupes ukrainienne en 1er lignes ?   

Vous croyez vraiment que les russes vont oser attaquer l'OTAN dans les pays baltes ? 

 

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il y a 22 minutes, olivier lsb a dit :

Oui j'ai lu pareil, voir ici une interview par Vitkine d'une économiste Russe

Oui c'est ça merci.

...Prenons l’exemple du gaz et du pétrole : les équipements étrangers représentent environ 60 % de ceux utilisés, mais pour les plus complexes, ceux qui permettent d’extraire les hydrocarbures dans des conditions difficiles, ce chiffre monte à 80 %. Ces équipements viennent des pays européens, et les Chinois ne sont pas capables d’en fournir d’équivalents. La situation est comparable pour l’extraction minière.

En clair, on va même pas devoir boycotter les hydrocarbures russes, ils vont se tarir d'eux même ....

Autre aspect cité : même pour d'autres pays n'appliquant pas l'embargo, ils sont confrontés à des problèmes logistiques et administratifs, beaucoup de sociétés de transports et d'assurances refusant de travailler vers la Russie

Clairon

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Visiblement, ça va grandement se compliquer pour les approvisionnements mondiaux si le blocus d'Odessa n'est pas levé d'ici deux mois. 

Quoiqu'il en soit, même si Odessa réouvre, les risques seront tels que les prix des marchandises alimentaires s'en trouveront largement impactées. Je pense notamment aux primes d'assurance des armateurs, au carbu à acheminer sur zone, aux équipages qui prendront plus chers pour naviguer dans une zone de guerre etc...*

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/23/les-pistes-de-kiev-et-ses-allies-pour-briser-le-blocus-maritime-russe_6127304_3210.html

Citation

Les pistes de l’Ukraine et ses alliés pour briser le blocus maritime russe

Le blocage des ports ukrainiens par la Russie fait craindre une crise alimentaire mondiale, notamment sur les céréales.

Par Emmanuel Grynszpan et Philippe Ricard

Opération navale au large d’Odessa, livraisons d’armes antinavires ou manœuvres de contournement terrestres : l’Ukraine et ses alliés cherchent par tous les moyens à briser le blocus maritime imposé par la Russie en mer Noire. L’un des enjeux est d’enrayer les risques de crise alimentaire mondiale, voire de famine dans les pays, comme l’Egypte ou le Liban, les plus dépendants des exportations de céréales en provenance du « grenier à blé » ukrainien.

Le temps presse. « Des millions de personnes dans le monde mourront parce que les ports sont bloqués », a déclaré David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial des Nations unies, jeudi 19 mai. Selon lui, les ports ukrainiens doivent être opérationnels dans les soixante prochains jours pour éviter une crise mondiale. L’Ukraine est l’un des principaux exportateurs agricoles du monde, fournissant environ 12 % des céréales et la moitié de l’huile de tournesol consommées sur la planète.

Première option, les Etats-Unis et certains de leurs alliés songent à armer l’Ukraine pour qu’elle brise elle-même le blocus maritime imposé par la Russie plusieurs semaines avant le début de son invasion. Jeudi, l’agence Reuters a révélé que Washington hésite entre le missile américain Harpoon et le Naval Strike Missile (NSM) norvégien. « L’Ukraine n’a plus de flotte opérationnelle et le pays compte trop peu de missiles Neptune [antinavires de conception ukrainienne] pour neutraliser les 30 vaisseaux de combat russes capables de tirer des missiles », explique Andrii Ryjenko, capitaine à la retraite des forces navales ukrainiennes et président de l’Institut ukrainien pour la loi et la sécurité en mer. Pour cet expert, la meilleure solution consiste bel et bien à utiliser les missiles Harpoon ou NSM.

Enorme minage

« Leur déploiement en Ukraine me paraît difficile pour des raisons de disponibilité des systèmes, de livraison, de formation des personnels ; au mieux, on pourrait imaginer la version embarquée sur camion du NSM, mais je doute qu’un nombre suffisant ait été produit ; on pourrait également imaginer une modification du Harpoon mer-mer en version terre-mer, mais il nécessiterait sans doute des personnels à la retraite et volontaires américains », estime toutefois Alexandre Sheldon-Duplaix, analyste naval et historien, coauteur de Flottes de combat (Editions Ouest-France, 2018).

La piste d’une opération militaire alliée est également en discussion. « Les livraisons d’équipements ne suffiront pas à sécuriser les convois d’exportation de céréales », estime un diplomate ukrainien, « d’où l’idée de lancer une opération navale internationale, soit sous l’égide britannique, soit sous tutelle de l’OTAN ». Il s’agirait, d’après lui, de sécuriser des corridors de navigation, au départ d’Odessa, sous contrôle ukrainien, afin de quitter les eaux contrôlées par la Russie.

Cependant, cette éventualité bute sur la volonté des Occidentaux de ne pas s’impliquer directement dans le conflit. « La participation d’unités de l’OTAN pour forcer un passage me semble susceptible de déclencher une escalade ; il faudrait plutôt un corridor sous contrôle de l’ONU. La mise en place de ce dispositif pourrait être trop longue », analyse M. Sheldon-Duplaix. « Nul ne connaît les positions de la Russie dans cette affaire, et les approches des côtes ukrainiennes ont fait l’objet d’un énorme minage, qui nécessiterait une opération de déminage, ajoute un diplomate français. C’est une option théorique, pas avant six mois. » « Il faut arrêter de penser à la position de la Russie et agir sans céder à son chantage », réagit, de son côté, le diplomate ukrainien. Nul ne sait non plus comment réagirait la Turquie, qui contrôle les détroits d’accès à la mer Noire.

Différentes options terrestres

La crainte des mines est-elle fondée ? Elle résulte d’une opération de désinformation russe destinée à intimider les transporteurs civils, affirme M. Ryjenko. « Nous avons déployé des mines attachées et devant les plages susceptibles d’être utilisées par un débarquement russe. Les mines ne gênent pas le trafic vers les ports ukrainiens », dit-il. L’expert ukrainien suggère aussi de faire circuler la marine marchande le long des côtes, à condition qu’elles soient sous la protection de batteries antimissiles basées sur les côtes roumaines et bulgares.

Des ouvriers travaillent au chargement de maïs sur un navire dans le port de Constanta, en Roumanie, sur la mer Noire, le 3 mai 2022. Le port roumain cherche à devenir une plate-forme d’exportation pour l’Ukraine voisine après que l’invasion de la Russie a coupé ses routes maritimes. DANIEL MIHAILESCU/AFP

En attendant, différentes options terrestres sont privilégiées, même si chacune a ses faiblesses. Une petite partie des stocks de l’Ukraine est déjà acheminée par le Danube vers le port roumain de Constanta, sur la mer Noire. Des investissements sont engagés pour développer ses capacités, mais celles-ci resteront modestes au regard des besoins. Une autre voie de sortie passe par la Pologne, sur le flanc ouest de l’Ukraine. Mais l’écartement des voies de chemin de fer n’est pas le même entre les deux pays, ce qui oblige à de longs et coûteux transbordements à la frontière.

Dernière possibilité, peu vraisemblable à ce stade : faire transiter les céréales ukrainiennes par la Biélorussie – dont le réseau ferré est compatible avec celui de l’Ukraine, vers les ports lituaniens et la mer Baltique. Cette option, coûteuse et politiquement délicate, implique de se mettre d’accord avec le président Alexandre Loukachenko, inféodé à Vladimir Poutine depuis qu’il a laissé l’armée russe utiliser son territoire pour attaquer le nord de l’Ukraine.

Ces différentes pistes pourraient néanmoins inciter Moscou à transiger. Sa flotte a récemment connu des épisodes peu glorieux en mer Noire, avec la perte du croiseur Moskva et de sérieux déboires sur l’île des Serpents. La diplomatie russe a reconnu, le 18 mai, que des tractations se déroulent pour un allègement du blocus sur les céréales en échange d’une levée des sanctions frappant les engrais russes et biélorusses. Pas de quoi rassurer les Ukrainiens, qui dénoncent au contraire le « vol » de leurs stocks par les autorités russes dans les régions occupées.

 

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Interview passionnante de Thomas Gomart, directeur de l'IFRI. Et les questions posées sont aussi bonnes que les réponses.

CA c'est une position neutre et érudite, pas AL Bonnel ou A. Juillet. Dommage que sur la dernière question, anecdotique, il esquive un peu trop. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/23/thomas-gomart-la-russie-livre-en-ukraine-une-guerre-coloniale-sous-protection-nucleaire_6127361_3232.html

Citation

« La Russie livre en Ukraine une guerre coloniale sous protection nucléaire »

Les Occidentaux doivent redéfinir des buts de guerre réalistes pour contrecarrer durablement l’agressivité de Moscou et trouver des modalités de coexistence acceptables, explique le directeur de l’Institut français des relations internationales Thomas Gomart dans un entretien au « Monde ».

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Directeur de l’Institut français des relations internationales, l’historien Thomas Gomart, dont le dernier ouvrage Guerres invisibles (Tallandier, « Texto Essais », 352 p., 10,50 euros) vient de sortir, analyse la nouvelle donne stratégique mondiale et dresse un premier bilan des ruptures entraînées par l’agression russe en Ukraine.

Qu’est-ce que ce conflit a déjà changé dans l’ordre du monde ?

Cette guerre est un ressac de la « guerre civile européenne » pour reprendre le titre d’un ouvrage d’Ernst Nolte (1923-2016). L’historien allemand établissait un « nœud causal » entre la révolution bolchevique et le surgissement des fascismes à l’Ouest. On a oublié que la question ukrainienne fut un des enjeux cruciaux de la première guerre mondiale, à l’Est. Et on a ignoré à quel point la victoire de l’URSS contre le nazisme était devenue la religion d’Etat de Vladimir Poutine. Depuis presque vingt ans, la Russie et l’Occident sont engagés dans une confrontation cognitive pour imposer leur modèle. En trois mois, est apparue une double fracture ouverte : entre l’Ukraine et la Russie d’une part ; entre la Russie et l’Occident d’autre part. Avec le retour de la guerre de haute intensité, le continent européen perd un de ses avantages comparatifs dans la mondialisation, celui de la stabilité stratégique. Par rapport aux enjeux globaux, cette guerre apparaît anachronique à ceux qui font rimer mondialisation et démilitarisation depuis 1991, c’est-à-dire fondamentalement les Européens. Elle ne l’est pas pour ceux qui voient le monde à travers les rapports de force militaires, c’est-à-dire les Russes, les Chinois et les Américains.

Est-ce un tournant sur le plan stratégique ?

Sans aucun doute. La Russie livre une guerre coloniale sous protection nucléaire. Le déclenchement de « l’opération militaire spéciale » s’est accompagné d’une rhétorique nucléaire explicite. Vladimir Poutine est passé à l’acte pour assujettir l’Ukraine et inhiber les Occidentaux. Le tournant stratégique, c’est moins l’agression russe, qui ne fait que prolonger celle de 2014, que la capacité ukrainienne à la mettre en échec. C’est aussi la mise en œuvre d’une posture de sanctuarisation agressive grâce au nucléaire, qui rompt avec la prudence en la matière observée par Moscou et Washington depuis la crise des missiles de Cuba en 1962. Ce sont enfin des mécanismes d’alliance, qui produisent des effets militaires et économiques de grande ampleur.

Sur le plan économique, cette guerre risque-t-elle de donner un nouveau coup à une globalisation déjà mise à mal par la pandémie ?

Toute guerre a un coût humain et économique. Celle-ci contribue au retour de l’inflation et affecte la sécurité alimentaire. Elle entraîne une nouvelle mutation de la mondialisation pensée comme l’enchevêtrement d’interdépendances économiques, de compétition de modèle sur fond de découplages. Le capitalisme politique, c’est-à-dire l’imbrication des objectifs de croissance économique et des impératifs de sécurité nationale, s’est traduit, depuis 2016, par le découplage technologique entre la Chine et les Etats-Unis. S’y ajoute désormais un découplage énergétique entre la Russie et l’Europe. Ce dernier renvoie aux conditions de la coopération hégémonique sur le pétrole mise en place par les Etats-Unis après 1945. Pour eux, il s’agissait fondamentalement de sécuriser les approvisionnements pétroliers de l’Europe et du Japon en provenance du Moyen-Orient pour préserver leurs propres réserves et inscrire la sécurité énergétique au cœur des alliances militaires.

Les diverses tentatives européennes pour diversifier leurs approvisionnements, par voie terrestre, en se tournant vers l’URSS, ont toujours suscité des tensions avec Washington, qui resurgissent au moment des crises stratégiques aiguës. Lors de la crise de Cuba, l’administration Kennedy demanda aux Européens de ne pas exporter de technologies permettant la construction de l’oléoduc Amitié. Vingt ans plus tard, lors de la crise des euromissiles, l’administration Reagan dénonça le premier gazoduc reliant la Sibérie aux marchés européens.

En dépit des fortes pressions, les capitales européennes développèrent une interdépendance énergétique euro-russe, ayant pour conséquence indirecte de réduire leurs efforts navals. Quarante ans plus tard, la guerre d’Ukraine la rompt, annonce l’augmentation des importations de gaz naturel liquéfié américain et renvoie les Européens à des problématiques classiques de sécurisation de leurs approvisionnements énergétiques au moment où ils pensaient que la transition énergétique diminuerait les risques géopolitiques. Au contraire, elle les accentue. S’il existe un alignement entre cette rupture et l’objectif de décarbonation à horizon 2050, il n’en demeure pas moins que les Européens sont contraints de reconfigurer leurs systèmes énergétiques en urgence.

La Russie n’est pas devenue un Etat paria. Ne sommes-nous pas dans une situation « the West against the Rest », l’Occident contre le reste du monde ?

D’abord, la Russie n’est pas la Serbie de Slobodan Milosevic, en raison de son rôle dans la géopolitique mondiale de l’énergie, de son arsenal nucléaire et de son statut diplomatique. Ensuite, si la majorité des pays ont condamné l’agression russe, ils n’ont pas forcément mis en œuvre des sanctions. C’est le cas par exemple des pays de l’Organisation de coopération de Shanghaï et, en particulier, de la Chine et de l’Inde. En Afrique, c’est le cas de pays comme l’Algérie, le Mali ou le Sénégal. Au Moyen-Orient, ce sont les pays du Golfe. Ces pays renvoient dos à dos les Russes et les Occidentaux en considérant que cette guerre n’est pas la leur. La Russie est déconnectée du versant occidental de la mondialisation, mais s’efforce de se reconnecter ailleurs.

A l’heure des guerres hybrides, ce conflit, par sa violence, rappelle plutôt les carnages du XXe siècle. Comment l’expliquer ?

Il faut distinguer la phase au cours de laquelle la Russie a conduit des opérations hybrides, qui lui permettaient d’exercer une pression directe sur l’Ukraine et des pressions indirectes sur l’Occident. Elle savait opérer sous le niveau de la guerre. En franchissant ce seuil, elle est pour ainsi dire entraînée par son propre poids militaire, celui d’une armée disparate, mal commandée, incapable d’emporter la décision rapidement, car elle avait tout misé sur la chute de Zelensky. Dès lors, la Russie bascule dans une guerre d’attrition et de destruction, qui donne lieu à de nombreuses exactions.

Quelles leçons tirer de la résistance de Kiev ?

L’Ukraine est désormais une nation en arme contre son envahisseur. La montée en puissance de ses forces armées entre 2014 et 2022 a été remarquable, mais n’explique pas l’essentiel : les Ukrainiens ont répondu à la mobilisation générale, rappelant la trinité de Clausewitz entre le peuple, l’autorité militaire et le gouvernement. Des images sont marquantes : des citoyens ukrainiens accompagnant leurs familles à la frontière avant de rejoindre leurs unités, les interventions régulières du président Zelensky en chemise kaki et, bien sûr, les charniers. Kiev maîtrise sa communication stratégique : on ignore toujours le nombre des victimes civiles et des pertes militaires ; on assiste à l’héroïsation de certaines figures, comme les combattants de l’usine Azovstal. Après avoir su résister, les Ukrainiens sont désormais convaincus de pouvoir l’emporter. Comme l’a souligné Emmanuel Macron, à Strasbourg, il n’appartient qu’à eux de « définir les conditions des négociations avec la Russie ».

Cela montre-t-il l’importance des émotions dans la guerre ?

Cette dimension est essentielle. Beaucoup ont été surpris par la décision de Vladimir Poutine, dans la mesure où elle allait à l’encontre de ses intérêts. Cette surprise s’explique par une conception de la politique internationale principalement résumée à une affaire de calculs et d’intérêts croisés. Or, dans une phase prolongée de tensions, les passions – comme la haine, le mépris, l’espoir ou la foi – importent davantage que les intérêts. Il est très difficile d’anticiper la traduction opérationnelle des passions, mais c’est une erreur de ne pas chercher à les identifier précisément pour l’ensemble des protagonistes, au premier rang desquels figure Vladimir Poutine. Cette guerre est l’aboutissement très prévisible de sa dégénérescence idéologique.

Un des enseignements de ces trois mois de conflit n’est-il pas aussi que, sans les Américains, rien n’est réellement possible militairement ?

Certains experts russes reconnaissent s’être trompés sur un point essentiel : avoir cru que les Etats-Unis allaient se désintéresser de l’Europe pour se concentrer exclusivement sur la Chine. Ils se sont convaincus d’un inexorable reflux occidental, après la déroute américaine en Afghanistan. En diffusant publiquement leurs renseignements, les Etats-Unis n’ont pas empêché l’agression, mais ont montré à leurs alliés leur degré de pénétration du système russe. Il s’agit désormais pour eux d’exploiter au maximum la faute stratégique de Vladimir Poutine par une stratégie indirecte, qui consiste à éviter une extension du conflit au-delà du territoire ukrainien et de la mer Noire. Ils apportent un soutien politique et une aide militaire massive à l’Ukraine. Ce faisant, ils resserrent les liens transatlantiques, tout en montrant les limites militaires de leurs alliés. En outre, les sanctions prises ont pour clé de voûte le dollar ; elles ont beaucoup plus de conséquences pour les économies européennes que pour la leur. Six mois après [leur départ de] l’Afghanistan, les Américains soulignent leur centralité stratégique, et envoient ainsi un message à la Chine.

Que doivent faire les vingt-sept pays de l’Union européenne ?

Ils doivent se réarmer militairement, agir diplomatiquement et se redresser économiquement au risque sinon d’être marginalisés à l’échelle globale et d’être incapables de stabiliser le continent. Le combat des Ukrainiens et le soutien américain leur offrent un répit précieux. A condition de savoir l’utiliser pour se préparer aux chocs futurs. Avec l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN, celle-ci et l’Union européenne coïncident davantage encore, mais cela devrait conduire les Européens à se poser franchement les questions suivantes : quelle aurait été leur attitude collective si la Maison Blanche avait décidé de ne pas intervenir, comme cela aurait pu ou pourrait être le cas avec Donald Trump ? Regarder les Ukrainiens se faire dépecer ?

Ce renforcement du lien transatlantique sur fond de guerre en Ukraine ne change-t-il pas la donne sur le continent européen ?

C’est certain. En 2001, Vladimir Poutine déclarait : « La Russie est un nœud intégrationniste spécifique, liant l’Asie, l’Europe et l’Amérique. » Vingt ans plus tard, elle désintègre l’architecture de sécurité européenne en envahissant l’Ukraine. La résurgence de la question russe oblige les Occidentaux à redéfinir des buts de guerre réalistes pour contrecarrer durablement l’agressivité de la Russie et trouver des modalités de coexistence acceptable avec elle. Ce débat est très sensible, en particulier pour les pays qui ont subi le joug de Moscou et entrevoient une occasion unique de mettre la Russie au tribunal de sa propre histoire.

Faut-il, selon le mot d’Emmanuel Macron, éviter « d’humilier » la Russie ?

L’humiliation est une « émotion fondamentale », mais c’est la Russie qui s’humilie toute seule en Ukraine. C’est l’humiliation du violeur devant sa victime après le passage à l’acte. Cependant, il faut réinjecter de l’intérêt et du calcul dans la phase actuelle pour éviter précisément que les émotions ne submergent le jugement des différents protagonistes. Il n’y a aucune contrition stratégique à attendre de la part de Vladimir Poutine. Cette guerre est avant tout la sienne. La question est de savoir s’il est en mesure de mobiliser le peuple russe comme Volodymyr Zelensky a su mobiliser le peuple ukrainien.

 

Edited by olivier lsb
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il y a 25 minutes, Clairon a dit :

C'est légèrement HS, mais ça va faire plaisir à @MeisterDorf, car s'était principalement la métallurgie wallonne :

Il y a d'ailleurs ce livre, pour le moins passionnant, qui aborde in extenso le sujet des investissements belges en matière de tramways dans l'empire russe. 

A lire pour les amateurs du genre. 

(Oui je sais: HS/modo pas contents/déso pas déso/etc...) 

livre-les-tramways-belges-en-russie-tram

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Matières premières : Les carburants sont plus chers que jamais aux États-Unis

https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Les-carburants-sont-plus-chers-que-jamais-aux-Etats-Unis--40326414/

10/05/2022 | 11:42

Les prix des carburants à la pompe ont atteint des records cette semaine aux États-Unis, le gallon moyen d'essence s'établissant à 4,374$ et le gallon moyen de diesel à 5,45$ et ce, malgré une chute des contrats à terme sur le Brent. Les fermetures de raffineries et la guerre en Ukraine sont les facteurs majeurs qui expliquent cette situation extrême, qui ne devrait pas se résorber avant 2023 d'après un expert de GasBuddy.

Les prix de l'essence au détail aux États-Unis ont augmenté mardi et ont atteint un autre record historique, dépassant celui établi en mars, alors que les raffineries mondiales sont aux prises avec un goulot d'étranglement qui a fait grimper les prix en flèche avant la saison de conduite. Le coût moyen d'un gallon d'essence au détail a atteint 4,374 $ tôt mardi, selon l'American Automobile Association, dépassant l'ancien record de 4,331 $.

Depuis le 30 mars, les contrats à terme sur le pétrole brut Brent ont perdu 7 %, mais les contrats à terme sur l'essence ont augmenté de 9,4 % et ont atteint un record vendredi à 3,7590 $ le gallon avant de se vendre lundi.

Prix de l'essence aux États-Unis, en $/gallon. Le prix actuel de 4,374$ crève le plafond... (Source : Statista - US Energy Information Administration)

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Les fermetures de raffineries dues à la fois à des entretiens programmés et à des perturbations imprévues ont fait grimper les prix du carburant, alors même que les États-Unis et d'autres pays ont pris des mesures pour accroître l'offre mondiale de pétrole brut. Les stocks mondiaux de carburant s'amenuisent, la demande ayant retrouvé son niveau d'avant la pandémie. L'offre s'est encore resserrée après l'invasion de l'Ukraine et les sanctions prises par les États-Unis et leurs alliés à l'encontre de la Russie. Le monde a perdu 1 million de barils de capacité de raffinage et 1,5 million de barils d'approvisionnement en pétrole depuis la pandémie, a estimé Mike Jennings, directeur général de HF Sinclair Corp, lors d'une conférence téléphonique sur les résultats lundi. "Cela représente 2,5% de la consommation mondiale… c'est un gros chiffre", a déclaré Jennings.

Au printemps, les raffineurs donnent la priorité à la production d'essence avant les températures plus chaudes, lorsque la conduite reprend. Mais ces dernières semaines, ils ont augmenté la production de distillats pour répondre à la demande de carburéacteur et de diesel en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis, les sanctions occidentales contre Moscou ayant réduit les exportations russes. "Dans les appels à résultats des raffineries, on parle de s'assurer qu'elles fonctionnent à pleine vapeur - l'utilisation des raffineries va rester très élevée tout au long de l'année", a déclaré Gary Cunningham, directeur des études de marché chez Tradition Energy.

Le carburant diesel a atteint un record de 5,45 dollars le gallon à la pompe cette semaine.

Prix du diesel aux États-Unis, en $/gallon. Les prix ont atteint un record de 5,45$ cette semaine... (Source : Statista - US Energy Information Administration)

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Pourtant, les prix du carburant aux États-Unis restent nettement inférieurs à ceux d'autres grands consommateurs comme le Royaume-Uni, le Japon et la France, où des taxes plus élevées augmentent le coût du carburant.

"Je ne pense pas que la situation se résorbe avant 2023 au plus tôt, lorsque davantage de capacités de raffinage seront mises en service au Moyen-Orient et en Asie", a déclaré Patrick DeHaan, responsable de l'analyse pétrolière chez GasBuddy.

Le prix du pétrole brut américain, qui représente le coût le plus important pour les raffineurs, a chuté de près de 20 dollars par rapport aux sommets atteints en mars, l'offre ayant été stimulée par la libération de millions de barils de brut des réserves stratégiques américaines et la demande ayant été freinée par les fermetures dues au coronavirus en Chine. Cependant, les stocks de produits continuent de baisser. Les stocks d'essence américains ont baissé de 3 % en glissement annuel pour atteindre 228,6 millions de barils, selon l'Energy Information Administration américaine.

La marge de craquage 3-2-1, un indicateur des marges de raffinage, a atteint 54,34 dollars lundi, soit près de 150 % de plus qu'à la même époque il y a un an. "Je pense que nous pouvons nous attendre, en supposant que les économies restent raisonnablement fortes, à ce que les prix des matières premières et, en particulier, les prix de nos produits, soient relativement élevés", a déclaré M. Jennings

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Il y a 2 heures, herciv a dit :

Les prix des carburants à la pompe ont atteint des records cette semaine aux États-Unis, le gallon moyen d'essence s'établissant à 4,374$ et le gallon moyen de diesel à 5,45$

Rappel : le gallon américain vaut 3,785 litres. (Le gallon britannique/canadien en vaut 4,546 ; parce que ce qui est important avec ces unités non-métriques, c'est le potentiel de confusion et de malentendus qu'elles entraînent.)

Ce qui nous fait donc des prix de 1,16 dollars par litre pour l'essence, et 1,44 dollars par litre pour l'essence. Avec le taux de change actuel de 1,07 dollars pour 1 €, ça nous fait 1,08 €/l pour l'essence et 1,35 €/l pour le gazole. En France, si on compare, le SP95 E10 est à 1,92 €/l et le gazole B7 à 1,80 €/l. Donc il leur reste encore pas mal de marge avant d'atteindre notre niveau...

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