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Guerre Russie-Ukraine 2022+ : répercussions géopolitiques et économiques


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il y a 2 minutes, Akhilleus a dit :

Paradoxal, parceque il a l'air de marcher tip top le matos............. mais quand c'est utilisé par les ukrainiens ..........(je parle bien de matériel fabriqué en ex Union soviétique qui est encore largement vendu par les pays de l'ex CEI, Russie et Ukraine inclus)

Je suis d'accord, le test grandeur nature ne va pas faire de bien à l'image de marque du matériel russe.........On est reparti comme en 1991

 

Oui c'est pour ça que je précise que c'est une vue déformée. 

La propagande (faut voir le foin autour des atgm et des manpads) joue aussi son plein.

Et il y a aussi certainement un problème d'opérateurs surtout du côté des russes.

Depuis la Syrie ce que je retiens c'est que l'atgm, le manpad et le drone c'est l'avenir et les blindés lourd et l'aviation pilotés sans être le passé ça va devoir ce réformer complètement.

Je comprend maintenant pourquoi certains pays notamment l'Angleterre veulent ce passer totalement de MBT et ce concentrer sur du VCI surboosté, et aux vu de tous ce matosse ultra efficace contre tout ce qui roule et tout ce qui vol en circulation la robotisation des armées (sans compter les drones volant on voit de plus en plus de drone roulants) 

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il y a 43 minutes, Connorfra a dit :

 

Oui c'est pour ça que je précise que c'est une vue déformée. 

La propagande (faut voir le foin autour des atgm et des manpads) joue aussi son plein.

Et il y a aussi certainement un problème d'opérateurs surtout du côté des russes.

Depuis la Syrie ce que je retiens c'est que l'atgm, le manpad et le drone c'est l'avenir et les blindés lourd et l'aviation pilotés sans être le passé ça va devoir ce réformer complètement.

Je comprend maintenant pourquoi certains pays notamment l'Angleterre veulent ce passer totalement de MBT et ce concentrer sur du VCI surboosté, et aux vu de tous ce matosse ultra efficace contre tout ce qui roule et tout ce qui vol en circulation la robotisation des armées (sans compter les drones volant on voit de plus en plus de drone roulants) 

Ca fait longtemps qu'on prédit la mort du MBT et pourtant il rue encore

Et si un MBT se fait dépouiller sur le champ de bataille, que dire d'un VCI même lourd. Le problème des britanniques c 'est juste un pb de budget qui a mon avis va s'ajuster au vue des evenements actuels

Par contre il va effectivement revoir l'opérabilité 4D de tous ces systèmes (quand je parle de 4D, je parle de l'environnement sol, de la bulle air proximales avec le problème des drones, de la bulle des spectres radio pour les problèmes de guerre electronique et de l'environnement éléctronique interne des véhicules avec les problèmes de cyberguerre)

Du coup ca risque de renchérir les bouzins

Ce qui va finir (peut être) par tuer le MBT ce ne sera pas les ATGMs, ce sera le prix pour lutter contre toute la gamme de menace qui n'est plus uniquement antichar

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il y a 10 minutes, Akhilleus a dit :

Du coup ca risque de renchérir les bouzins

Ce qui va finir (peut être) par tuer le MBT ce ne sera pas les ATGMs, ce sera le prix pour lutter contre toute la gamme de menace qui n'est plus uniquement antichar

Exact et pas mal de monde va se dire que finalement de l'infanterie nombreuses, équipée AT et couverte par une chiétitude de petits drones, ça peut le faire (et clairement ça le fait). 

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mais ils nous manquent un EuroStinger dans la panoplie si on veut ressembler au modèle Ukrainien (y a bien le MANPAD polonais Grom/Piorun mais c'est pas multinational)

Mais comme on a mis pas mal de sous dans la chasse, on pense qu'on en aura pas besoin.

 

PS: le Mistral est trop lourd pour se déplacer avec à l'épaule, il doit être déployé sur pied ou véhicule.

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il y a 5 minutes, Fusilier a dit :

A ce rythme on va finir dans les tranchées comme en 14...  

Pire: en défense de  zone urbaine avec un deadland pour tout ce qui sort la tête entre ces zones urbaines. 

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Du lard ou du cochon ? Curieux tweet de Zhang Meifang (Consul General of China in Belfast; FMR Deputy Consul General in NYC; FMR Deputy Consul General in Toronto). 

 

La chine semble se demander quel est le "moins pire" , laisser faire Poutine et détourner l'attention des US, ou le laisser tomber et se retrouver en première ligne face à des USA sortants renforcés. Si Poutine n'avait pas agité le spectre de la guerre nucléaire, la question ne se serait pas posée.

https://uscnpm.org/2022/03/12/hu-wei-russia-ukraine-war-china-choice/

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Il y a 14 heures, Niafron a dit :

Et à un moment, je suis pour arrêter les raisonemments intellos sur le billard à 17 bandes... rien à carrer des néo-cons, y a un peuple qui se bat pour sa liberté contre un sytème dictatorial digne de 1984.

Le but de cette guerre est d'asservir l'Ukraine pour les délires mégalomaniaques de Vladimir Poutine.

Si je me souviens bien, tu t'étais défini par un message sur ce forum comme libertaire. Tu comprends la racine du mot? La liberté?

Il faut que je te rappelle l'histoire de l'Ukraine et de l'Anarchie?

Contre les rouges et les blancs?

Donc, si ton but dans la vie c'est de te battre contre les gens qui parlent anglais, soit, je suis pas un grand fan non plus de l'american way of life, mais à un moment, faut faire des choix, le stalinisme, c'est pas mon truc.

 

Ma position n'a rien à voir avec un combat contre "ceux qui parlent anglais", encore moins un soutient au stalinisme (je vois d'ailleurs pas trop en quoi Poutine est stalinien, il est plutôt une mauvaise copie des tsars). Je suis en effet anarchiste et chrétien. Je considère que l'ensemble des armées actuelles devraient être dissoute (remplacé par des armées purement défensive), la quasi totalité des armes (et notamment nucléaire, chimique...) détruites et que des processus de dialogues devraient être lancés entre hommes de bonnes volontés pour résoudre un par un tous les conflits nationaux et internationaux. Tout ça en mettant fin à l'exploitation, au racisme, au sexisme... 

Mais il se trouve aussi que je suis conscient du monde dans lequel je vie. Et que vu qu'à priori le christ n'est pas encore là il va falloir vivre avec la barbarie, l'impérialisme, le capitalisme et pas mal d'autres isme qui font de notre monde un enfer. Dans ce monde il convient de faire avec ce qu'on a c'est à dire des trucs très imparfait comme la diplomatie. Mon cœur saigne certes avec les ukrainiens mais pas plus que pour les congolais ou les irakiens. La réalité des rapports internationaux étant ce qu'ils sont et au vu des 30 derniéres années je pense que les néo-cons sont tout aussi responsable de la guerre que les russes. Que les oligarques ukrainiens portent une lourde responsabilité. Et qu'un soutient inconditionnel aux ukrainiens créra plus de problème qu'il n'en résoudra.

Maintenant si tu crois que l'aide occidentale permettra aux ukrainiens de chasser les russes à la limite ok. Ce que je crois pour ma part c'est que la seule chose que ça fera c'est augmenter les souffrances des ukrainiens et des russes pour un résultats opérationnels très faible. Donc je préfère une guerre courte parce que justement je pense avant tout à tous ceux qui n'ont rien ou presque à gagner dans cette guerre et tout à perdre. De savoir quel impérialisme aura marquer le plus de point à la fin entre que très secondairement dans mon calcul.

Edited by nemo
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il y a 35 minutes, ARMEN56 a dit :

Un collègue vient de me faire suivre ceci

« CRISE EN UKRAINE : ET MAINTENANT QUE FAIRE ?

Cyril Gloaguen

Ancien officier de marine, ancien attaché militaire en Russie et au Turkménistan, ancien membre de la mission des Nations Unies en Géorgie/Abkhazie, docteur en géopolitique (IFG) .

Contrairement à ce qu’avancent certains observateurs, V. Poutine n’est pas fou. Du moins pas plus que ne l’était Staline, ou Khrouchtchev quand ce dernier nous menaçait de frappes nucléaires pendant la crise de Suez, que Brejnev quand il envoyait ses chars contre Prague ou sa flotte devant Cuba, ou que Eltsine quand celui-ci écrasait Groznyy sous les bombes ou s’emparait de l’Abkhazie et de la Transnistrie. Poutine n’est pas plus fou aujourd’hui qu’il ne l’était en 1999 quand il prenait prétexte de cinq attentats suspects à Moscou, Bouynaksk et Volgodonsk pour lancer la deuxième campagne tchétchène, ou en 2008 et 2014 quand il annexait une partie de la Géorgie et de l’Ukraine. Je suis surpris que nous puissions être surpris.

Depuis 22 ans qu’il est au pouvoir, nos chancelleries et nos instituts de recherche n’ont-ils donc pas réussi à dresser un portrait psychologique du personnage et de son entourage, ni compris son projet politique ?

Dans cette crise ukrainienne j’ai pourtant du mal à voir autre chose que la suite logique d’une politique rationnelle et opiniâtre de « réappropriation de l’espace post- soviétique » - appelons cette politique comme on voudra - dont on devine pourtant l’amorce dans les discours que prononce V. Poutine à Tachkent en 2006 et à Munich en 2007, dans ce « nouveau pacte de sécurité en Europe » proposé par D. Medvedev en 2008, dans le rappel incessant du caractère « artificiel » de l’Abkhazie d’abord, puis de l’Ukraine, entendu mille fois dans la bouche d’hommes politiques et militaires russes dès au moins 2003. Pourquoi ne pas la voir également, beaucoup plus tôt, dans la doctrine dite de l’« étranger proche » de 1993, sous Eltsine donc.

Je conçois que la psychologie du président russe, son « mode de pensée », puisse décontenancer nos diplomates, mais il est loin d’être fou. V. Poutine a patiemment rebâti sa puissance militaire, détruit ses oppositions tout en renforçant sa police, modifié la Constitution, préparé son économie et ses médias, rendu l’Europe dépendante de son gaz, fait vacciner 910.000 hommes de son armée contre le covid et, maintenant qu’il se sent suffisamment puissant, il frappe. C’est aussi simple que cela. C’est pourquoi il a toujours donné l’impression « d’avoir un coup d’avance ». Probablement, lui et la petite équipe de conseillers qui l’entoure au Kremlin, ont-ils vu dans la situation économique et politique en Europe et aux Etats-Unis (covid, Brexit, élection de Biden, arrivée d’un nouveau chancelier...) une fenêtre d’opportunité à saisir. Ce n’est pas là la politique d’un fou, on en conviendra aisément, mais au contraire celle d’un homme déterminé à atteindre un but précis.

Un grain de sable s’est toutefois glissé dans ces rouages jusqu’à présent si bien huilés : la guerre en Ukraine n’aurait pas dû éclater. Le gouvernement en place à Kyiv était censé, sous la menace militaire, capituler et accepter telles quelles les propositions faites par S. Lavrov en décembre, livrer intactes ses infrastructures économiques, puis partir en exil. Le scénario criméen de 2014 était le scénario écrit par le Kremlin, pas celui du Donbass. C’est pourquoi, la diplomatie russe, alors que les combats font rage, lance régulièrement des Offres de négociations, en espérant encore et toujours faire céder Kyiv. C’est la grande faiblesse de la position russe, naturellement, mais que les Ukrainiens sous les bombes ne pourront exploiter longtemps.

V Poutine n’est pas fou, mais son psychisme est celui d’un officier soviétique formé dans les années 1970, idéologiquement dressé à combattre les idées occidentales, humilié en décembre 1991, et qui s’est au tournant des années 1980 endurci au contact des mafias de St-Pétersbourg, ville où il a aussi pris goût au pouvoir et à la politique à la sauce pour le moins piquante de ces années-là. Certaines sources le décrivent à l’époque comme dormant avec une Kalachnikov. C’est dire le personnage. Il peut nous sembler paranoïaque, mais cette paranoïa-là essentiellement tournée vers la démocratie à l’occidentale et l’OTAN est aussi celle,D’évidence, l’agenda poutinien de « recomposition de l’Empire » l’a emporté sur tout autre agenda. C’est la raison pour laquelle les négociations avec Moscou ne pouvaient qu’échouer malgré tous les efforts des chancelleries occidentales. Il est probable que Poutine souhaite rester dans l’Histoire comme celui qui aura effacé l’humiliation de décembre 1991 à des degrés divers, de tous ces Russes qui ont grandi sous l’URSS et au début des années 1990, surtout s’ils sont militaires ou siloviki. Poutine est loin d’être une exception. On pourrait tout aussi bien supposer que, rationnel lui-même, il ne fait qu’utiliser froidement cette paranoïa générale dans un but de politique intérieure, afin de se maintenir au pouvoir. Ses discours martiaux, ses mots crus, son argot, ses menaces, ses références historiques, révisionnistes, tout cela est avant tout destiné aux Russes. Pas à nous. Nous ne les comprenons pas, ils n’appartiennent pas à notre culture politique si policée, et c’est pourquoi ils nous font peur. Tout le reste (le judoka, le chauffeur de taxi, le propriétaire de Lada, le pêcheur torse nu, etc.) relève de la propagande et du culte de la personnalité. Il y a quinze ans, j’avais fait beaucoup rire autour de moi en comparant Poutine à un Al Capone qui se serait emparé de la Maison blanche. Je reconnais que la comparaison à ses limites, mais elle me semble conserver quelques justesses.

On ne peut comprendre la politique de V. Poutine qu’en utilisant comme base d’analyse la nature même du régime autoritaire et rigoureusement vertical qu’il a mis en place. Il en est le centre de décision, mais aussi de gravité. Bien sûr, il y a les idéologues, les Dougine, les Pavlovskiy, les Surkov, etc., mais il y a surtout ce petit groupe autour du président constitué d’affairistes semi-Mafieux et de proches qui au début des années 2000 ont pris la place des oligarques eltsiniens, et de siloviki, anciens guébistes et militaires, incapables de penser la Russie autrement que comme un imperium grand-russe. Arrivés au pouvoir avec Poutine, ils vont l’influencer. Poutine n’est pas un lecteur, ni un idéologue au sens intellectuel du terme, rien ne l’indique, c’est un pragmatique qui cherche l’opportunité et sait la préparer. 2014 en est la preuve éclatante. L’imaginaire de ces siloviki ? Elle est partout dans Moscou : la seconde guerre mondiale bien plus que l’orthodoxie, le Staline de 1945, certains tsars, les princes kiéviens (A. Nevskiy, Yu. Dolgorukiy, etc.), le KGB et, naturellement, l’URSS, non pas pour son idéologie communiste mais pour sa puissance, sa force brute, son empire. Qui n’a pas assisté au spectacle donné chaque année dans la grande salle de concert du Kremlin à l’occasion des fêtes du 9 mai ne peut imaginer le délire nationaliste, je pèse mes mots, que provoque cette idéologie sur la foule. Ces Poutiniens roulent tous en Mercedes ou en BMW, mais leur univers mental n’a guère évolué depuis l’URSS. Ils en sont, dans les écoles, à mettre des Kalachnikov entre les mains d’enfants de dix ans. Ce syncrétisme des histoires tsariste et soviétique mâtiné de business de prédation a donné à partir du début des années 2000 la politique étrangère, sécuritaire, intérieure, culturelle et nationaliste que l’on connait aujourd’hui. C’est à son contact et en accompagnant sa montée en puissance que se sont formés le psychisme et la vision du monde de Poutine président.

Les combats continuent et l’armée russe semble connaître des difficultés face à la résistance d’un peuple ukrainien qui, n’en déplaise à Poutine, a bien développé une conscience nationale. L’issue, toutefois, ne fait pas de doute : sauf coup de théâtre, la Russie va s’emparer de l’Ukraine et la « dénazifier », c’est-à-dire en extirper toute trace de vie démocratique et les hommes qui la symbolisent, y abattre aussi l'Eglise orthodoxe d'Ukraine. Poutine ne reculera pas, sauf si des manifestations de rue venaient, en Russie, à le déstabiliser ou si son armée se rebellait. Car cette guerre laissera de profondes séquelles dans l’armée et : 

Dans la société russes. Quelle forme prendra cette occupation ? 

La partie est du pays (avec Kyiv) sera-t-elle, à l’exemple de la Crimée, transformée Dans la société russes. Quelle forme prendra cette occupation ? 

La partie est du pays (avec Kyiv) sera-t-elle, à l’exemple de la Crimée, transformée en oblasts rattachés à la Fédération russe après des élections truquées, un gauleiter nommé dans la partie ouest ? 

Le statut de ce pays vassalisé sera-t-il, vis-à-vis de Moscou, celui qu’avait la RSS d’Ukraine au sein de l’URSS ? 

Une jonction territoriale sera-t-elle créée entre la Crimée et la Transnistrie le long de la mer Noire ? 

Peu importe après tout : l’Ukraine, pays européen membre des Nations Unies, disparaitra de la liste des pays indépendants, devra sans doute ré-adhérer à la CEI, à l’OTSC et à l’Union économique eurasiatique. La Géorgie et la Moldavie, isolées, subiront un jour ou l’autre le même sort, de fait ou par hommes liges interposés. Dans quel état de ruines l’Ukraine va-t-elle émerger d’une guerre qui, à l’heure où nous écrivons, semble prendre une tournure de type Groznyy, mais à l’échelle d’un pays de 600.000km2 ? Le Kremlin semble décidé à punir et humilier les Ukrainiens, comme s’il voulait leur faire payer le crime d’avoir voulu sortir de sa zone d’influence, de la civilisation russe. D’avoir voulu devenir une démocratie. Comme si cette guerre devait servir d’exemple aux autres républiques ou régions de l’Empire au cas où leur viendraient des velléités d’émancipation. Les Russes adeptes du res nullius romain.

1  - Si cela venait à être le cas, on voit de toute façon mal les capitales occidentales accepter que les ambassades d’Ukraine passent sous le contrôle d’un gouvernement fantoche. D’autant plus qu’un gouvernement en exil pourrait aussi voir le jour.

2 - Elle revêt aussi indéniablement une dimension démographique. Voir le texte publié par V. Poutine en juillet 2021 : « En raison d'une division aussi dure et artificielle des Russes et des Ukrainiens, le peuple russe dans son ensemble pourrait diminuer de centaines de milliers, voire de millions ».

3 - Notamment les grandes formes d’Odessa où ont été construits les derniers porte- aéronefs soviétiques comme le Kuznetsov par exemple. 

Chaque nouvelle heure de combat apporte son lot de destructions et la Russie - cette guerre est aussi une guerre de prédation2 - si elle veut pouvoir mettre les infrastructures du pays au service de sa propre économie (notamment les secteurs navals, BITD et aéronautiques), devra financer la reconstruction et le déminage de tous les sites touchés par les Bombardements. Sous sanctions, elle n’en aura pas les moyens, pas plus qu’une Ukraine « russifiée », ruinée, coupée des financements internationaux et vidée d’une partie de ses habitants, notamment des plus jeunes. Les sanctions occidentales (qui auraient dû être introduites dès 2008, insistons sur ce point) vont profondément saper l’économie russe et ce travail de sape ne fera que s’amplifier au fur et à mesure que les pays européens vont, graduellement, cesser d’acheter leur gaz à Moscou et convertir leurs économies aux énergies alternatives. Nous n’étions jamais allés jusque-là sous l’URSS. L’économie et la société civile russes n’ont pas fini de payer la facture de cette guerre. Poutine sera peut-être demain ce que Gorbatchev fut pour l’URSS : un homme qui se voulait un sauveur et, qui finalement, par excès d’idéologie, aveuglement ou incompétence, s’est révélé être un fossoyeur. A ces sanctions va s’ajouter l’extrême fragilité politique d’un espace post-soviétique passé sous domination russe dans sa quasi-entièreté. Car, de l’Ukraine et la Biélorussie au Karabakh en passant par le Kazakhstan, le Sud- Caucase et l’Asie centrale, l’Empire sera instable, plus encore qu’il l’était sous les tsars. Il coûtera chaque année à Moscou des milliards de roubles en maintien de l’ordre, sans garantie aucune que les économies locales puissent renforcer l’économie russe comme c’était le cas sous l’URSS. En Ukraine, les régions les plus touchées par les combats verront, elles, leur niveau de vie faire un bond de trente ans en arrière. Sauf si Pékin, avancent certains, venait à accepter de financer les reconstructions, mais chacune de ses interventions, naturellement, se paiera pour les Russes par toujours plus de dépendance. On ne joue pas impunément avec une dictature communiste dont le PIB est dix fois supérieur au vôtre et qui garde en mémoire les « traités inégaux » de la fin du XIXème siècle. L’histoire le dira. Elle est faite par des hommes et, à ce titre, reste imprévisible.

4 - Il suffit, pour sans convaincre, de voir le faible développement des infrastructures criméennes 8 ans après l’annexion. 

L’affaiblissement économique de la Russie ne signifiera pour autant pas la fin de son activisme en Europe et dans sa périphérie. Le contraire serait Étonnant. Rappelons qu’en parité de pouvoir d'achat (PPA), le PIB russe est aujourd’hui un tiers supérieur au PIB français selon le FMI. La nature du régime russe ne changera pas de sitôt, sauf apparition de troubles sociaux violents. Constitutionnellement V. Poutine peut, comme on le sait, rester au pouvoir jusqu’à ses 84 ans (2036). Or, dans quelques semaines, dans quelques mois, l’Empire viendra buter contre les frontières finlandaises, baltes, slovaques, hongroises et roumaines, c’est-à-dire contre les frontières de l’UE. La « question russe » va hanter encore longtemps nos réflexions stratégiques et sécuritaires. Si nous ne prenons pas les mesures nécessaires, qui doivent dans l’immédiat prendre la forme d’un renforcement de l’OTAN et une hausse de nos budgets militaires et de recherche, dans cinq ans, dans dix ans, Poutine I ou Poutine II exigera des pays baltes , des pays d’Europe centrale et de l’Est, voire des pays scandinaves, ces mêmes conditions qu’il a exigées en décembre dernier des chancelleries occidentales pour éviter la guerre en Ukraine : retrait de l’OTAN sur les lignes de 1997 et souveraineté limitée de ces pays (comprendre une mise sous tutelle de leurs diplomaties, de leurs forces armées, voire de leurs économies). Moscou, demain, demandera leur « dénazification », voudra « abattre les juntes au pouvoir » à Varsovie, à Bucarest, à Vilnius, voire à Berlin. Après tout, S. Shoygu ne fait-il pas jouer régulièrement à ses bambins de la Jeune Armée la prise du Palais du Reichstag de 1945 grâce à une réplique à l’échelle du bâtiment érigée dans le parc Patriot de Moscou ? Sous les symboles se cachent souvent des intentions et derrière les enfants de futurs soldats. En Russie plus qu’ailleurs.

5 - Ajoutons-y une exigence d’efficacité du ratio « investissements/matériels opérationnels ». Celui-ci est en Russie considérablement supérieur à celui des armées européennes.

6 - La Younarmiya compte aujourd’hui un million d’enfants, notamment beaucoup de fils et de filles de militaires. La Russie compte ainsi plusieurs dizaines d’organisations de jeunesse militarisées, dont certaines interviennent dans les écoles.

7 - Voir le texte de V. Poutine publié sur le site du Kremlin en juillet 2021. 

Jusqu’où nous demandera-t-on de reculer les frontières de nos démocraties, jusqu’où s’étendent les « territoires historiques » de la Russie? Jusqu’à l’Oder, Le Rhin, jusqu’aux côtes provençales ou bretonnes ? Nous devons nous préparer à l’apparition de bulles A2/AD en Baltique, en mer Noire et en Méditerranée, à des exercices d’ampleur au large de nos côtes, à des limitations de notre droit de navigation, de commerce, à l’émergence de politiques du « fait accompli » et de provocations ici ou là. La marine russe n’a-t-elle pas, plusieurs fois ces dernières années, sous prétexte d’exercices, gêné les accès aux ports baltes, bloqué aux navires ukrainiens l’entrée en mer d’Azov ? Pourquoi ne le ferait-elle pas demain en Baltique, dans certaines zones de Méditerranée ? Moscou ne considère-t-il pas déjà que certains détroits ou zones maritimes pourtant sous statut international font partie de ses eaux intérieures (golfe de Pierre le Grand, Portes de Kara) ? Peu après l’intervention en Syrie, deux frégates russes, après qu’une frégate française eut effectué un exercice de tir en mer Noire à 250 nautiques (soit quelque 500 km) des côtes de Crimée (juridiquement ukrainienne, faut-il le rappeler), ne sont-elles pas venues patrouiller une partie de la nuit entre Marseille et Nice en interrogeant par radio les navires civils entrant dans les ports français ? Certains pays européens aux frontières de l’Empire, menacés, ciblés, déstabilisés par l’activisme russe, pourraient également – pourquoi pas ? – voir les investisseurs étrangers se détourner de leurs marchés. L’exemple ukrainien marquera longtemps le monde économique.

Il va nous falloir revenir à l’équilibre qui était celui de la Guerre froide, en Europe et au-delà de nos frontières, là où se trouvent nos intérêts, et cet équilibre ne sera atteint que par un réarmement important, mais aussi et surtout par un accroissement de nos projets de R&D. Rien, en effet, dans le contexte à venir ne serait plus dangereux face à une Russie sans cesse plus menaçante que de se laisser distancer dans le domaine des armes de rupture dont les planeurs nucléaires de type Avangard (2 seraient opérationnels) et les missiles hypersoniques Zirkon sont les exemples immédiats du côté russe.

Ni notre renseignement militaire, essentiellement focalisé depuis vingt ans sur la menace islamique après l’avoir été sur le conflit en ex-Yougoslavie puis L’Afghanistan, ni notre recherche universitaire et académique ne sont prêts à faire face sur le temps long au défi qui va se poser à nous dans les prochaines années : celui d’une Russie déstabilisatrice majeure de l’espace européen, dont les forces armées et les services spéciaux joueront de plus en plus un rôle en politique étrangère. Nos think tanks parisiens, à de rares et, parfois, de brillantes exceptions, recrutent toujours l’essentiel de leurs chercheurs dans les filières de sciences politiques. Les économistes, les anciens militaires et diplomates, les scientifiques, les ingénieurs leur font toujours défaut. Nombre de leurs études, trop académiques, souvent proches de la synthèse de sources ouvertes, faute d’enquête de terrain et de compétences techniques, n’intéressent que rarement les militaires, la DGA ou nos industriels. Partant, elles ratent largement leur cible. Les correspondants spéciaux des médias ou les cabinets de consulting, capables de mettre rapidement sur pied autour d’un sujet donné une équipe pluridisciplinaire ont souvent une plus- value supérieure. Les remarques faites par Hervé Coutau-Bégarie dans un livre paru en 2000, il y a vingt ans déjà, demeurent d’actualité. Les War Studies sont encore embryonnaires en France tout comme la pratique des military fellows, malgré les timides tentatives de l’Ecole de guerre. Nous perdons là un moyen d’influence internationale considérable. 

Il en va de même pour l’IRSEM de l’Ecole militaire qui, pour des raisons identiques, et alors que ce devrait être son rôle, est loin de pouvoir jouer vis-à-vis du gouvernement, des parlementaires, des journalistes et du public le rôle que jouent aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, par exemple, la Rand Corporation ou l’IISS. La création de la DGRIS, qui a soustrait à l’Etat-Major des Armées et à la DRM le domaine de la prospective stratégique a peut-être aussi été une erreur. Sa plus- value dans le concert des think-tanks parisiens, coincée entre les ministères des Affaires étrangères et de la Défense, reste à démontrer. Alors que les experts de la Russie (mais aussi de la Chine ou d’autres), militaires comme civils, sont une denrée rare, il conviendrait peut-être de se pencher sur la nécessité de faire perdurer trois organismes – DGRIS, DRM et IRSEM – dont les travaux de recherche et d’analyse se recoupent largement, non pas en théorie, mais en pratique. Un regroupement des moyens et des hommes sous les ordres d’un chef unique au sein d’une même structure et d’une même culture qui couvrirait tout le spectre de l’analyse d’intérêt militaire, à l’exception du renseignement tactique et technique qui relève des armées et d’organismes spécialisés, pourrait apporter une plus-value dans le contexte géopolitique nouveau que l’on voit poindre. Il est urgent de créer une DIA à la française. Le volet politique de défense serait rattaché directement aux services du ministre des Armées. 

Pourquoi dépenser des énergies folles à la rédaction de Livres Blancs alors que nous sommes d’évidence, ou alors nos chefs politiques sont d’excellents acteurs, incapables d’appréhender et freiner sur le long temps la politique de V. Poutine à nos frontières et dans nos territoires ?

L’activisme russe en Europe, et notamment en France va s’amplifier. C’est là le métier premier, avec le renseignement, des ambassades russes8. Or, la société civile en France demeure très perméable à l’idéologie poutinienne. A quoi bon interdire RT et Sputnik sur notre territoire quand à longueur de journée sur les chaines d’information en continue, de pseudo-experts qui ignoraient tout de la Russie deux minutes avant d’entrer sur le plateau sont autorisés à donner en direct leur avis sur un conflit dont ils ne maitrisent ni les racines ni les facteurs politiques, techniques et militaires, encore moins les « chausse-trappes » de la propagande russes, quand à partir de deux photos publiées sur les réseaux sociaux, des spécialistes des relations internationales s’autorisent à deviner les faiblesses, les pertes et les tactiques de l’armée russe ? Six jours après le début de la guerre, la France compte autant de spécialistes de la Russie et des conflits armés qu’elle comptait quelques jours plus tôt de spécialistes du covid. Comble du ridicule, sur au moins une chaine, ce sont parfois les mêmes ! Les bouches sont pleines de missiles hypersoniques volant à mach 18, de têtes Nucléaires à mach 30, de drones sous-marins nucléaires capables (sic) de « descendre à 10.000m à 400nd », de bombe thermobarique « père de toutes les bombes », de sanctions « qui n’auront pas d’effets sinon sur nous-mêmes » ! Et l’on s’étonne, après cela, que les gens se précipitent dans les pharmacies pour y acheter des pastilles d’iode ! Comment certains font-ils donc pour être à la fois spécialistes de la Russie, de l’Iran, de la Chine, du Sahel, de la Corée du Nord, des partis politiques français et du football ? Ce doit être une marque de notre génie national !

8 - Selon certaines sources et selon les pays, entre 60 et 70% du personnel d’une ambassade russe, y compris l’ambassadeur, appartiendrait aux services : GRU, FSB, SVR...

Ce brouhaha inconsistant est pourtant loin d’être stérile. Il contribue à propager dans le public l’idée d’une toute puissance russe face à laquelle nos pouvoirs publics, nos armées, seraient impuissants. Or, l’auditeur et le lecteur sont aussi des électeurs et c’est sur leur vote que repose, naturellement, la nature des relations que nous aurons à l’avenir avec la Russie. Plus grave, peut-être, certains partis actuellement en lice pour les présidentielles ont des programmes de politique étrangère et sécuritaire d’un amateurisme idéologique confondant qui, de facto (y ont-ils seulement songé ?), verrait la France non seulement s’isoler dangereusement en Europe, fragiliser l’OTAN et l’UE, mais encore siéger aux mêmes tables que la Russie et ses alliés iraniens, syriens, chinois, vénézuéliens ... La Commission spéciale de l’UE sur l’ingérence étrangère (INGE), qui a rendu ses conclusions en janvier dernier a également montré la porosité entre la classe politique européenne et les grands groupes russes proches du pouvoir et, donc, avec les services spéciaux. La France est particulièrement pointée du doigt. Trop nombreux sont en effet nos politiques, actifs ou retraités, qui, en toute impunité, multiplient les voyages à l’étranger et mettent leurs carnets d’adresses ou leurs activités de lobbyiste au service de pays étrangers. Certains, selon le résultat des élections de mai prochain, pourraient entrer au gouvernement, au Parlement et dans certaines commissions. L’exemple américain pourrait ici être suivi. Aux Etats-Unis, tout homme politique élu fait l’objet, me semble-t-il, avant de prendre son poste, d’une enquête dont les conclusions doivent être respectées. 

 

En règle générale, nos politiques, nos chefs d’entreprise, nos diplomates et même certains militaires sont encore trop peu conscients des méthodes d’influence et de recherche du renseignement pratiquées par les services étrangers. Comment un Premier-ministre en déplacement dans un pays du Moyen-Orient peut-il encore voir son téléphone portable piraté ? Comment le directeur d’une entreprise de défense stratégique peut-il, récemment encore, perdre dans un aéroport moscovite son ordinateur portable, un général quatre étoiles son IPad ? Ce manque de culture est une brèche inquiétante dans notre sécurité. 

Combattre l’activisme et la propagande russes demandera du temps et des moyens. Le rapport de l’INGE, à l’instant mentionné, donne quelques pistes à suivre. Il faudra aller au-delà, démonter le discours poutinien auprès des populations européennes, mais aussi viser une population russe dont la maturité et la conscience politiques seules pourront, à terme, faire évoluer le régime. Il faudra, dans le même temps, se montrer intransigeant vis-à-vis des revendications du Kremlin. Nous n’avons pas, comme le demandent certains, à reconnaître à la Russie un statut à part dans le droit international. La Russie n’est pas une entité messianique, bénie des dieux, qui aurait un droit de vie et de mort sur ses voisins, un droit de réécrire les traités selon son bon vouloir. Nous devons cesser de nous sentir coupables au prétexte que le régime poutinien affirme être menacé par nos valeurs, rappeler partout que l’OTAN et l’UE sont des organismes démocratiques, qui s’étendent par attrait du modèle, ou par intérêt pour lui, après un vote de leurs membres, et non pas, comme jadis feu le Pacte de Varsovie, par coercition ou sous la menace de la police politique.

9 - Voir les propositions de l’INGE sur https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press- room/20220119IPR21313/l-ue-devrait-etablir-un-regime-de-sanctions-pour-lutter- contre-la-desinformation

Nous avions cru l’URSS morte de sa belle mort en décembre 1991. Elle ne l’était pas. Elle subsistait partout sur le territoire russe, dans ces noms de rue, dans ces statues du parc Gorki, aux frontons des Crise en Ukraine : et maintenant que faire ? 

Instituts de recherche, des usines et des écoles, dans les esprits. Aucun « procès de Nuremberg » n’était venu nettoyer les écuries d’Augias du communisme. Nous ne voulions pas la voir, cette URSS 2.0, les contrats industriels seuls comptaient, elle resurgit, après un léger lifting, par la volonté du président russe. Après la décolonisation de 1991, la recolonisation de 2022 ! Les sanctions vont durcir encore la politique étrangère russe, comme va se radicaliser la vision que la caste au pouvoir au Kremlin porte sur l’Europe et sa périphérie. Si la Russie avant la guerre se sentait « encerclée » par l’OTAN alors que sa frontière avec l’Organisation atlantique ne représentait que 800 km le long des pays Baltes, demain qu’en sera-t- il quand cette frontière courra de la pointe nord de l’Estonie (mais on pourrait y inclure la Finlande) à la mer Noire ? Il conviendra d’être prudent, d’avoir constamment à l’esprit le risque d’escalade, notamment en coordonnant mieux qu’on ne le fait les éléments de langage entre ministères, après analyse des menaces. A cet égard, les récentes déclarations de B. Lemaire étaient pour le moins maladroites, voire dangereuses. Il faudra aussi multiplier les canaux de discussion avec Moscou pour s’assurer que nos intentions et positions parviennent bien à Poutine. Moins parler avec le MAE russe, par exemple, qu’avec le ministre de la Défense S. Shoygu, plus proche que Lavrov de Poutine, voire directement avec les services. Nous avons su le faire pendant le conflit en Syrie. 

Poutine vieillit. Il a aujourd’hui 70 ans. 70 ans c’est aussi la moyenne d’âge de son entourage. Comme jadis le groupe qui entourait Eltsine, celui-ci ne peut quitter le pouvoir sans risquer la prison, voire pire. Les années qui viennent vont être pour lui les plus dangereuses. Dangereuses à cause des sanctions économiques qui vont appauvrir la société, dangereuses aussi car l’âge venant les scénarios de passation du pouvoir vont se faire de plus en urgents pour les Poutiniens. Tous ne mourront pas de maladie ou de vieillesse en même temps, ils voudront vivre le plus longtemps possible, placer leurs familles en sécurité. Aussi les pressions personnelles sur Poutine vont-elles s’accroitre. Il faudra être capable de les discerner, de les Accompagner, d’identifier les nouveaux leaders et leur parler. Ne pas refaire sans doute les mêmes erreurs qu’en 1991, mais sans naïveté. Plus important peut-être, il faudra aussi, de façon à nous y préparer, savoir distinguer à l’avance les signes d’apparition en Russie d’un mouvement social violent de type Maïdan. La propagande nous le cache, mais tous les facteurs sociaux, économiques, linguistiques, religieux et culturels qui ont, ces dernières années un peu partout dans l’espace post-soviétiques, provoqué des tentatives populaires de renversement des pouvoirs en place sont aussi présents en Russie, pays qui dispose, gardons-le en mémoire, plusieurs milliers d’armes nucléaires, sans compter les dizaines de centrales et de navires qui utilisent également cette énergie.

Cette crise sera également une épreuve redoutable pour nos sociétés européennes. Nous perdons l’accès à des marchés importants, à des matières premières facilement accessibles, l’inflation repart, nos dettes s’accumulent, certaines entreprises sont très exposées, et dans les semaines prochaines ce sont peut-être plusieurs millions d’Ukrainiens qui pourraient franchir la frontière avec l’UE. Et si c’était là la vraie « menace nucléaire » brandie par Poutine et Lavrov ? Une nouvelle crise migratoire sur notre sol ? Les années à venir seront difficiles. A Moscou, la statue de F. Djerzinskiy du parc Gorki, le premier chef de la Tchéka, l’ancêtre du KGB, l’un des plus grands psychopathes de l’histoire, est chaque jour fleurie. Et nous, au pied de quelles statues sont déposées nos fleurs ?

manuscrit clos le 3 mars 2022 »

https://www.letelegramme.fr/finistere/douarnenez/pour-le-douarneniste-cyril-gloaguen-la-guerre-en-ukraine-est-aussi-notre-guerre-08-03-2022-12935930.php

 

 

Réflexion très argumenté et qui ne nous prédit pas des lendemains qui chantent...

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il y a 5 minutes, nemo a dit :

Ma position n'a rien à voir avec un combat contre "ceux qui parlent anglais", encore moins un soutient au stalinisme (je d'ailleurs pas trop en quoi Poutine est stalinien, il est plutôt une mauvaise copie des tsars). Je suis en effet anarchiste et chrétien. Je considère que l'ensemble des armées actuelles devraient être dissoute (remplacé par des armées purement défensive), la quasi totalité des armes (et notamment nucléaire, chimique...) détruites et que des processus de dialogues devraient être lancés entre hommes de bonnes volontés pour résoudre un par un tous les conflits nationaux et internationaux. Tout ça en mettant fin à l'exploitation, au racisme, au sexisme... 

Mais il se trouve aussi que je suis conscient du monde dans lequel je vie. Et que vu qu'à priori le christ n'est pas encore là il va falloir vivre avec la barbarie, l'impérialisme, le capitalisme et pas mal d'autres isme qui font de notre monde un enfer. Dans ce monde il convient de faire avec ce qu'on a c'est à dire des trucs très imparfait comme la diplomatie. Mon cœur saigne certes avec les ukrainiens mais pas plus que pour les congolais ou les irakiens. La réalité des rapports internationaux étant ce qu'ils sont et au vu des 30 derniéres années je pense que les néo-cons sont tout aussi responsable de la guerre que les russes. Que les oligarques ukrainiens portent une lourde responsabilité. Et qu'un soutient inconditionnel aux ukrainiens créra plus de problème qu'il n'en résoudra.

Maintenant si tu crois que l'aide occidentale permettra aux ukrainiens de chasser les russes à la limite ok. Ce que je crois pour ma part c'est que la seule chose que ça fera c'est augmenter les souffrances des ukrainiens et des russes pour un résultats opérationnels très faible. Donc je préfère une guerre courte parce que justement je pense avant tout à tous ceux qui n'ont rien ou presque à gagner dans cette guerre et tout à perdre. De savoir quel impérialisme aura marquer le plus de point à la fin entre que très secondairement dans mon calcul.

Ecoute, dis comme ça, je la trouve assez respectable ta position en fait... je suis pas croyant, mais je comprends ce que tu dis là.

Par contre, navré, mais je ne te suivrai pas.

Quoiqu'on pense des ricains, Poutine est le danger maximum, et si on le laisse absorber l'Ukraine sans réagir, il ne s'arrêtera pas là.

P.S: Anarchiste et chrétien? Bon, là, c'est pas le sujet, mais un de ces quatre, faudra nous expliquer ce curieux mélange...

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il y a 37 minutes, ARMEN56 a dit :

Un collègue vient de me faire suivre ceci

« CRISE EN UKRAINE : ET MAINTENANT QUE FAIRE ?

Cyril Gloaguen

Ancien officier de marine, ancien attaché militaire en Russie et au Turkménistan, ancien membre de la mission des Nations Unies en Géorgie/Abkhazie, docteur en géopolitique (IFG) .

Contrairement à ce qu’avancent certains observateurs, V. Poutine n’est pas fou. Du moins pas plus que ne l’était Staline, ou Khrouchtchev quand ce dernier nous menaçait de frappes nucléaires pendant la crise de Suez, que Brejnev quand il envoyait ses chars contre Prague ou sa flotte devant Cuba, ou que Eltsine quand celui-ci écrasait Groznyy sous les bombes ou s’emparait de l’Abkhazie et de la Transnistrie. Poutine n’est pas plus fou aujourd’hui qu’il ne l’était en 1999 quand il prenait prétexte de cinq attentats suspects à Moscou, Bouynaksk et Volgodonsk pour lancer la deuxième campagne tchétchène, ou en 2008 et 2014 quand il annexait une partie de la Géorgie et de l’Ukraine. Je suis surpris que nous puissions être surpris.

Depuis 22 ans qu’il est au pouvoir, nos chancelleries et nos instituts de recherche n’ont-ils donc pas réussi à dresser un portrait psychologique du personnage et de son entourage, ni compris son projet politique ?

Dans cette crise ukrainienne j’ai pourtant du mal à voir autre chose que la suite logique d’une politique rationnelle et opiniâtre de « réappropriation de l’espace post- soviétique » - appelons cette politique comme on voudra - dont on devine pourtant l’amorce dans les discours que prononce V. Poutine à Tachkent en 2006 et à Munich en 2007, dans ce « nouveau pacte de sécurité en Europe » proposé par D. Medvedev en 2008, dans le rappel incessant du caractère « artificiel » de l’Abkhazie d’abord, puis de l’Ukraine, entendu mille fois dans la bouche d’hommes politiques et militaires russes dès au moins 2003. Pourquoi ne pas la voir également, beaucoup plus tôt, dans la doctrine dite de l’« étranger proche » de 1993, sous Eltsine donc.

Je conçois que la psychologie du président russe, son « mode de pensée », puisse décontenancer nos diplomates, mais il est loin d’être fou. V. Poutine a patiemment rebâti sa puissance militaire, détruit ses oppositions tout en renforçant sa police, modifié la Constitution, préparé son économie et ses médias, rendu l’Europe dépendante de son gaz, fait vacciner 910.000 hommes de son armée contre le covid et, maintenant qu’il se sent suffisamment puissant, il frappe. C’est aussi simple que cela. C’est pourquoi il a toujours donné l’impression « d’avoir un coup d’avance ». Probablement, lui et la petite équipe de conseillers qui l’entoure au Kremlin, ont-ils vu dans la situation économique et politique en Europe et aux Etats-Unis (covid, Brexit, élection de Biden, arrivée d’un nouveau chancelier...) une fenêtre d’opportunité à saisir. Ce n’est pas là la politique d’un fou, on en conviendra aisément, mais au contraire celle d’un homme déterminé à atteindre un but précis.

Un grain de sable s’est toutefois glissé dans ces rouages jusqu’à présent si bien huilés : la guerre en Ukraine n’aurait pas dû éclater. Le gouvernement en place à Kyiv était censé, sous la menace militaire, capituler et accepter telles quelles les propositions faites par S. Lavrov en décembre, livrer intactes ses infrastructures économiques, puis partir en exil. Le scénario criméen de 2014 était le scénario écrit par le Kremlin, pas celui du Donbass. C’est pourquoi, la diplomatie russe, alors que les combats font rage, lance régulièrement des Offres de négociations, en espérant encore et toujours faire céder Kyiv. C’est la grande faiblesse de la position russe, naturellement, mais que les Ukrainiens sous les bombes ne pourront exploiter longtemps.

V Poutine n’est pas fou, mais son psychisme est celui d’un officier soviétique formé dans les années 1970, idéologiquement dressé à combattre les idées occidentales, humilié en décembre 1991, et qui s’est au tournant des années 1980 endurci au contact des mafias de St-Pétersbourg, ville où il a aussi pris goût au pouvoir et à la politique à la sauce pour le moins piquante de ces années-là. Certaines sources le décrivent à l’époque comme dormant avec une Kalachnikov. C’est dire le personnage. Il peut nous sembler paranoïaque, mais cette paranoïa-là essentiellement tournée vers la démocratie à l’occidentale et l’OTAN est aussi celle,D’évidence, l’agenda poutinien de « recomposition de l’Empire » l’a emporté sur tout autre agenda. C’est la raison pour laquelle les négociations avec Moscou ne pouvaient qu’échouer malgré tous les efforts des chancelleries occidentales. Il est probable que Poutine souhaite rester dans l’Histoire comme celui qui aura effacé l’humiliation de décembre 1991 à des degrés divers, de tous ces Russes qui ont grandi sous l’URSS et au début des années 1990, surtout s’ils sont militaires ou siloviki. Poutine est loin d’être une exception. On pourrait tout aussi bien supposer que, rationnel lui-même, il ne fait qu’utiliser froidement cette paranoïa générale dans un but de politique intérieure, afin de se maintenir au pouvoir. Ses discours martiaux, ses mots crus, son argot, ses menaces, ses références historiques, révisionnistes, tout cela est avant tout destiné aux Russes. Pas à nous. Nous ne les comprenons pas, ils n’appartiennent pas à notre culture politique si policée, et c’est pourquoi ils nous font peur. Tout le reste (le judoka, le chauffeur de taxi, le propriétaire de Lada, le pêcheur torse nu, etc.) relève de la propagande et du culte de la personnalité. Il y a quinze ans, j’avais fait beaucoup rire autour de moi en comparant Poutine à un Al Capone qui se serait emparé de la Maison blanche. Je reconnais que la comparaison à ses limites, mais elle me semble conserver quelques justesses.

On ne peut comprendre la politique de V. Poutine qu’en utilisant comme base d’analyse la nature même du régime autoritaire et rigoureusement vertical qu’il a mis en place. Il en est le centre de décision, mais aussi de gravité. Bien sûr, il y a les idéologues, les Dougine, les Pavlovskiy, les Surkov, etc., mais il y a surtout ce petit groupe autour du président constitué d’affairistes semi-Mafieux et de proches qui au début des années 2000 ont pris la place des oligarques eltsiniens, et de siloviki, anciens guébistes et militaires, incapables de penser la Russie autrement que comme un imperium grand-russe. Arrivés au pouvoir avec Poutine, ils vont l’influencer. Poutine n’est pas un lecteur, ni un idéologue au sens intellectuel du terme, rien ne l’indique, c’est un pragmatique qui cherche l’opportunité et sait la préparer. 2014 en est la preuve éclatante. L’imaginaire de ces siloviki ? Elle est partout dans Moscou : la seconde guerre mondiale bien plus que l’orthodoxie, le Staline de 1945, certains tsars, les princes kiéviens (A. Nevskiy, Yu. Dolgorukiy, etc.), le KGB et, naturellement, l’URSS, non pas pour son idéologie communiste mais pour sa puissance, sa force brute, son empire. Qui n’a pas assisté au spectacle donné chaque année dans la grande salle de concert du Kremlin à l’occasion des fêtes du 9 mai ne peut imaginer le délire nationaliste, je pèse mes mots, que provoque cette idéologie sur la foule. Ces Poutiniens roulent tous en Mercedes ou en BMW, mais leur univers mental n’a guère évolué depuis l’URSS. Ils en sont, dans les écoles, à mettre des Kalachnikov entre les mains d’enfants de dix ans. Ce syncrétisme des histoires tsariste et soviétique mâtiné de business de prédation a donné à partir du début des années 2000 la politique étrangère, sécuritaire, intérieure, culturelle et nationaliste que l’on connait aujourd’hui. C’est à son contact et en accompagnant sa montée en puissance que se sont formés le psychisme et la vision du monde de Poutine président.

Les combats continuent et l’armée russe semble connaître des difficultés face à la résistance d’un peuple ukrainien qui, n’en déplaise à Poutine, a bien développé une conscience nationale. L’issue, toutefois, ne fait pas de doute : sauf coup de théâtre, la Russie va s’emparer de l’Ukraine et la « dénazifier », c’est-à-dire en extirper toute trace de vie démocratique et les hommes qui la symbolisent, y abattre aussi l'Eglise orthodoxe d'Ukraine. Poutine ne reculera pas, sauf si des manifestations de rue venaient, en Russie, à le déstabiliser ou si son armée se rebellait. Car cette guerre laissera de profondes séquelles dans l’armée et : 

Dans la société russes. Quelle forme prendra cette occupation ? 

La partie est du pays (avec Kyiv) sera-t-elle, à l’exemple de la Crimée, transformée Dans la société russes. Quelle forme prendra cette occupation ? 

La partie est du pays (avec Kyiv) sera-t-elle, à l’exemple de la Crimée, transformée en oblasts rattachés à la Fédération russe après des élections truquées, un gauleiter nommé dans la partie ouest ? 

Le statut de ce pays vassalisé sera-t-il, vis-à-vis de Moscou, celui qu’avait la RSS d’Ukraine au sein de l’URSS ? 

Une jonction territoriale sera-t-elle créée entre la Crimée et la Transnistrie le long de la mer Noire ? 

Peu importe après tout : l’Ukraine, pays européen membre des Nations Unies, disparaitra de la liste des pays indépendants, devra sans doute ré-adhérer à la CEI, à l’OTSC et à l’Union économique eurasiatique. La Géorgie et la Moldavie, isolées, subiront un jour ou l’autre le même sort, de fait ou par hommes liges interposés. Dans quel état de ruines l’Ukraine va-t-elle émerger d’une guerre qui, à l’heure où nous écrivons, semble prendre une tournure de type Groznyy, mais à l’échelle d’un pays de 600.000km2 ? Le Kremlin semble décidé à punir et humilier les Ukrainiens, comme s’il voulait leur faire payer le crime d’avoir voulu sortir de sa zone d’influence, de la civilisation russe. D’avoir voulu devenir une démocratie. Comme si cette guerre devait servir d’exemple aux autres républiques ou régions de l’Empire au cas où leur viendraient des velléités d’émancipation. Les Russes adeptes du res nullius romain.

1  - Si cela venait à être le cas, on voit de toute façon mal les capitales occidentales accepter que les ambassades d’Ukraine passent sous le contrôle d’un gouvernement fantoche. D’autant plus qu’un gouvernement en exil pourrait aussi voir le jour.

2 - Elle revêt aussi indéniablement une dimension démographique. Voir le texte publié par V. Poutine en juillet 2021 : « En raison d'une division aussi dure et artificielle des Russes et des Ukrainiens, le peuple russe dans son ensemble pourrait diminuer de centaines de milliers, voire de millions ».

3 - Notamment les grandes formes d’Odessa où ont été construits les derniers porte- aéronefs soviétiques comme le Kuznetsov par exemple. 

Chaque nouvelle heure de combat apporte son lot de destructions et la Russie - cette guerre est aussi une guerre de prédation2 - si elle veut pouvoir mettre les infrastructures du pays au service de sa propre économie (notamment les secteurs navals, BITD et aéronautiques), devra financer la reconstruction et le déminage de tous les sites touchés par les Bombardements. Sous sanctions, elle n’en aura pas les moyens, pas plus qu’une Ukraine « russifiée », ruinée, coupée des financements internationaux et vidée d’une partie de ses habitants, notamment des plus jeunes. Les sanctions occidentales (qui auraient dû être introduites dès 2008, insistons sur ce point) vont profondément saper l’économie russe et ce travail de sape ne fera que s’amplifier au fur et à mesure que les pays européens vont, graduellement, cesser d’acheter leur gaz à Moscou et convertir leurs économies aux énergies alternatives. Nous n’étions jamais allés jusque-là sous l’URSS. L’économie et la société civile russes n’ont pas fini de payer la facture de cette guerre. Poutine sera peut-être demain ce que Gorbatchev fut pour l’URSS : un homme qui se voulait un sauveur et, qui finalement, par excès d’idéologie, aveuglement ou incompétence, s’est révélé être un fossoyeur. A ces sanctions va s’ajouter l’extrême fragilité politique d’un espace post-soviétique passé sous domination russe dans sa quasi-entièreté. Car, de l’Ukraine et la Biélorussie au Karabakh en passant par le Kazakhstan, le Sud- Caucase et l’Asie centrale, l’Empire sera instable, plus encore qu’il l’était sous les tsars. Il coûtera chaque année à Moscou des milliards de roubles en maintien de l’ordre, sans garantie aucune que les économies locales puissent renforcer l’économie russe comme c’était le cas sous l’URSS. En Ukraine, les régions les plus touchées par les combats verront, elles, leur niveau de vie faire un bond de trente ans en arrière. Sauf si Pékin, avancent certains, venait à accepter de financer les reconstructions, mais chacune de ses interventions, naturellement, se paiera pour les Russes par toujours plus de dépendance. On ne joue pas impunément avec une dictature communiste dont le PIB est dix fois supérieur au vôtre et qui garde en mémoire les « traités inégaux » de la fin du XIXème siècle. L’histoire le dira. Elle est faite par des hommes et, à ce titre, reste imprévisible.

4 - Il suffit, pour sans convaincre, de voir le faible développement des infrastructures criméennes 8 ans après l’annexion. 

L’affaiblissement économique de la Russie ne signifiera pour autant pas la fin de son activisme en Europe et dans sa périphérie. Le contraire serait Étonnant. Rappelons qu’en parité de pouvoir d'achat (PPA), le PIB russe est aujourd’hui un tiers supérieur au PIB français selon le FMI. La nature du régime russe ne changera pas de sitôt, sauf apparition de troubles sociaux violents. Constitutionnellement V. Poutine peut, comme on le sait, rester au pouvoir jusqu’à ses 84 ans (2036). Or, dans quelques semaines, dans quelques mois, l’Empire viendra buter contre les frontières finlandaises, baltes, slovaques, hongroises et roumaines, c’est-à-dire contre les frontières de l’UE. La « question russe » va hanter encore longtemps nos réflexions stratégiques et sécuritaires. Si nous ne prenons pas les mesures nécessaires, qui doivent dans l’immédiat prendre la forme d’un renforcement de l’OTAN et une hausse de nos budgets militaires et de recherche, dans cinq ans, dans dix ans, Poutine I ou Poutine II exigera des pays baltes , des pays d’Europe centrale et de l’Est, voire des pays scandinaves, ces mêmes conditions qu’il a exigées en décembre dernier des chancelleries occidentales pour éviter la guerre en Ukraine : retrait de l’OTAN sur les lignes de 1997 et souveraineté limitée de ces pays (comprendre une mise sous tutelle de leurs diplomaties, de leurs forces armées, voire de leurs économies). Moscou, demain, demandera leur « dénazification », voudra « abattre les juntes au pouvoir » à Varsovie, à Bucarest, à Vilnius, voire à Berlin. Après tout, S. Shoygu ne fait-il pas jouer régulièrement à ses bambins de la Jeune Armée la prise du Palais du Reichstag de 1945 grâce à une réplique à l’échelle du bâtiment érigée dans le parc Patriot de Moscou ? Sous les symboles se cachent souvent des intentions et derrière les enfants de futurs soldats. En Russie plus qu’ailleurs.

5 - Ajoutons-y une exigence d’efficacité du ratio « investissements/matériels opérationnels ». Celui-ci est en Russie considérablement supérieur à celui des armées européennes.

6 - La Younarmiya compte aujourd’hui un million d’enfants, notamment beaucoup de fils et de filles de militaires. La Russie compte ainsi plusieurs dizaines d’organisations de jeunesse militarisées, dont certaines interviennent dans les écoles.

7 - Voir le texte de V. Poutine publié sur le site du Kremlin en juillet 2021. 

Jusqu’où nous demandera-t-on de reculer les frontières de nos démocraties, jusqu’où s’étendent les « territoires historiques » de la Russie? Jusqu’à l’Oder, Le Rhin, jusqu’aux côtes provençales ou bretonnes ? Nous devons nous préparer à l’apparition de bulles A2/AD en Baltique, en mer Noire et en Méditerranée, à des exercices d’ampleur au large de nos côtes, à des limitations de notre droit de navigation, de commerce, à l’émergence de politiques du « fait accompli » et de provocations ici ou là. La marine russe n’a-t-elle pas, plusieurs fois ces dernières années, sous prétexte d’exercices, gêné les accès aux ports baltes, bloqué aux navires ukrainiens l’entrée en mer d’Azov ? Pourquoi ne le ferait-elle pas demain en Baltique, dans certaines zones de Méditerranée ? Moscou ne considère-t-il pas déjà que certains détroits ou zones maritimes pourtant sous statut international font partie de ses eaux intérieures (golfe de Pierre le Grand, Portes de Kara) ? Peu après l’intervention en Syrie, deux frégates russes, après qu’une frégate française eut effectué un exercice de tir en mer Noire à 250 nautiques (soit quelque 500 km) des côtes de Crimée (juridiquement ukrainienne, faut-il le rappeler), ne sont-elles pas venues patrouiller une partie de la nuit entre Marseille et Nice en interrogeant par radio les navires civils entrant dans les ports français ? Certains pays européens aux frontières de l’Empire, menacés, ciblés, déstabilisés par l’activisme russe, pourraient également – pourquoi pas ? – voir les investisseurs étrangers se détourner de leurs marchés. L’exemple ukrainien marquera longtemps le monde économique.

Il va nous falloir revenir à l’équilibre qui était celui de la Guerre froide, en Europe et au-delà de nos frontières, là où se trouvent nos intérêts, et cet équilibre ne sera atteint que par un réarmement important, mais aussi et surtout par un accroissement de nos projets de R&D. Rien, en effet, dans le contexte à venir ne serait plus dangereux face à une Russie sans cesse plus menaçante que de se laisser distancer dans le domaine des armes de rupture dont les planeurs nucléaires de type Avangard (2 seraient opérationnels) et les missiles hypersoniques Zirkon sont les exemples immédiats du côté russe.

Ni notre renseignement militaire, essentiellement focalisé depuis vingt ans sur la menace islamique après l’avoir été sur le conflit en ex-Yougoslavie puis L’Afghanistan, ni notre recherche universitaire et académique ne sont prêts à faire face sur le temps long au défi qui va se poser à nous dans les prochaines années : celui d’une Russie déstabilisatrice majeure de l’espace européen, dont les forces armées et les services spéciaux joueront de plus en plus un rôle en politique étrangère. Nos think tanks parisiens, à de rares et, parfois, de brillantes exceptions, recrutent toujours l’essentiel de leurs chercheurs dans les filières de sciences politiques. Les économistes, les anciens militaires et diplomates, les scientifiques, les ingénieurs leur font toujours défaut. Nombre de leurs études, trop académiques, souvent proches de la synthèse de sources ouvertes, faute d’enquête de terrain et de compétences techniques, n’intéressent que rarement les militaires, la DGA ou nos industriels. Partant, elles ratent largement leur cible. Les correspondants spéciaux des médias ou les cabinets de consulting, capables de mettre rapidement sur pied autour d’un sujet donné une équipe pluridisciplinaire ont souvent une plus- value supérieure. Les remarques faites par Hervé Coutau-Bégarie dans un livre paru en 2000, il y a vingt ans déjà, demeurent d’actualité. Les War Studies sont encore embryonnaires en France tout comme la pratique des military fellows, malgré les timides tentatives de l’Ecole de guerre. Nous perdons là un moyen d’influence internationale considérable. 

Il en va de même pour l’IRSEM de l’Ecole militaire qui, pour des raisons identiques, et alors que ce devrait être son rôle, est loin de pouvoir jouer vis-à-vis du gouvernement, des parlementaires, des journalistes et du public le rôle que jouent aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, par exemple, la Rand Corporation ou l’IISS. La création de la DGRIS, qui a soustrait à l’Etat-Major des Armées et à la DRM le domaine de la prospective stratégique a peut-être aussi été une erreur. Sa plus- value dans le concert des think-tanks parisiens, coincée entre les ministères des Affaires étrangères et de la Défense, reste à démontrer. Alors que les experts de la Russie (mais aussi de la Chine ou d’autres), militaires comme civils, sont une denrée rare, il conviendrait peut-être de se pencher sur la nécessité de faire perdurer trois organismes – DGRIS, DRM et IRSEM – dont les travaux de recherche et d’analyse se recoupent largement, non pas en théorie, mais en pratique. Un regroupement des moyens et des hommes sous les ordres d’un chef unique au sein d’une même structure et d’une même culture qui couvrirait tout le spectre de l’analyse d’intérêt militaire, à l’exception du renseignement tactique et technique qui relève des armées et d’organismes spécialisés, pourrait apporter une plus-value dans le contexte géopolitique nouveau que l’on voit poindre. Il est urgent de créer une DIA à la française. Le volet politique de défense serait rattaché directement aux services du ministre des Armées. 

Pourquoi dépenser des énergies folles à la rédaction de Livres Blancs alors que nous sommes d’évidence, ou alors nos chefs politiques sont d’excellents acteurs, incapables d’appréhender et freiner sur le long temps la politique de V. Poutine à nos frontières et dans nos territoires ?

L’activisme russe en Europe, et notamment en France va s’amplifier. C’est là le métier premier, avec le renseignement, des ambassades russes8. Or, la société civile en France demeure très perméable à l’idéologie poutinienne. A quoi bon interdire RT et Sputnik sur notre territoire quand à longueur de journée sur les chaines d’information en continue, de pseudo-experts qui ignoraient tout de la Russie deux minutes avant d’entrer sur le plateau sont autorisés à donner en direct leur avis sur un conflit dont ils ne maitrisent ni les racines ni les facteurs politiques, techniques et militaires, encore moins les « chausse-trappes » de la propagande russes, quand à partir de deux photos publiées sur les réseaux sociaux, des spécialistes des relations internationales s’autorisent à deviner les faiblesses, les pertes et les tactiques de l’armée russe ? Six jours après le début de la guerre, la France compte autant de spécialistes de la Russie et des conflits armés qu’elle comptait quelques jours plus tôt de spécialistes du covid. Comble du ridicule, sur au moins une chaine, ce sont parfois les mêmes ! Les bouches sont pleines de missiles hypersoniques volant à mach 18, de têtes Nucléaires à mach 30, de drones sous-marins nucléaires capables (sic) de « descendre à 10.000m à 400nd », de bombe thermobarique « père de toutes les bombes », de sanctions « qui n’auront pas d’effets sinon sur nous-mêmes » ! Et l’on s’étonne, après cela, que les gens se précipitent dans les pharmacies pour y acheter des pastilles d’iode ! Comment certains font-ils donc pour être à la fois spécialistes de la Russie, de l’Iran, de la Chine, du Sahel, de la Corée du Nord, des partis politiques français et du football ? Ce doit être une marque de notre génie national !

8 - Selon certaines sources et selon les pays, entre 60 et 70% du personnel d’une ambassade russe, y compris l’ambassadeur, appartiendrait aux services : GRU, FSB, SVR...

Ce brouhaha inconsistant est pourtant loin d’être stérile. Il contribue à propager dans le public l’idée d’une toute puissance russe face à laquelle nos pouvoirs publics, nos armées, seraient impuissants. Or, l’auditeur et le lecteur sont aussi des électeurs et c’est sur leur vote que repose, naturellement, la nature des relations que nous aurons à l’avenir avec la Russie. Plus grave, peut-être, certains partis actuellement en lice pour les présidentielles ont des programmes de politique étrangère et sécuritaire d’un amateurisme idéologique confondant qui, de facto (y ont-ils seulement songé ?), verrait la France non seulement s’isoler dangereusement en Europe, fragiliser l’OTAN et l’UE, mais encore siéger aux mêmes tables que la Russie et ses alliés iraniens, syriens, chinois, vénézuéliens ... La Commission spéciale de l’UE sur l’ingérence étrangère (INGE), qui a rendu ses conclusions en janvier dernier a également montré la porosité entre la classe politique européenne et les grands groupes russes proches du pouvoir et, donc, avec les services spéciaux. La France est particulièrement pointée du doigt. Trop nombreux sont en effet nos politiques, actifs ou retraités, qui, en toute impunité, multiplient les voyages à l’étranger et mettent leurs carnets d’adresses ou leurs activités de lobbyiste au service de pays étrangers. Certains, selon le résultat des élections de mai prochain, pourraient entrer au gouvernement, au Parlement et dans certaines commissions. L’exemple américain pourrait ici être suivi. Aux Etats-Unis, tout homme politique élu fait l’objet, me semble-t-il, avant de prendre son poste, d’une enquête dont les conclusions doivent être respectées. 

 

En règle générale, nos politiques, nos chefs d’entreprise, nos diplomates et même certains militaires sont encore trop peu conscients des méthodes d’influence et de recherche du renseignement pratiquées par les services étrangers. Comment un Premier-ministre en déplacement dans un pays du Moyen-Orient peut-il encore voir son téléphone portable piraté ? Comment le directeur d’une entreprise de défense stratégique peut-il, récemment encore, perdre dans un aéroport moscovite son ordinateur portable, un général quatre étoiles son IPad ? Ce manque de culture est une brèche inquiétante dans notre sécurité. 

Combattre l’activisme et la propagande russes demandera du temps et des moyens. Le rapport de l’INGE, à l’instant mentionné, donne quelques pistes à suivre. Il faudra aller au-delà, démonter le discours poutinien auprès des populations européennes, mais aussi viser une population russe dont la maturité et la conscience politiques seules pourront, à terme, faire évoluer le régime. Il faudra, dans le même temps, se montrer intransigeant vis-à-vis des revendications du Kremlin. Nous n’avons pas, comme le demandent certains, à reconnaître à la Russie un statut à part dans le droit international. La Russie n’est pas une entité messianique, bénie des dieux, qui aurait un droit de vie et de mort sur ses voisins, un droit de réécrire les traités selon son bon vouloir. Nous devons cesser de nous sentir coupables au prétexte que le régime poutinien affirme être menacé par nos valeurs, rappeler partout que l’OTAN et l’UE sont des organismes démocratiques, qui s’étendent par attrait du modèle, ou par intérêt pour lui, après un vote de leurs membres, et non pas, comme jadis feu le Pacte de Varsovie, par coercition ou sous la menace de la police politique.

9 - Voir les propositions de l’INGE sur https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press- room/20220119IPR21313/l-ue-devrait-etablir-un-regime-de-sanctions-pour-lutter- contre-la-desinformation

Nous avions cru l’URSS morte de sa belle mort en décembre 1991. Elle ne l’était pas. Elle subsistait partout sur le territoire russe, dans ces noms de rue, dans ces statues du parc Gorki, aux frontons des Crise en Ukraine : et maintenant que faire ? 

Instituts de recherche, des usines et des écoles, dans les esprits. Aucun « procès de Nuremberg » n’était venu nettoyer les écuries d’Augias du communisme. Nous ne voulions pas la voir, cette URSS 2.0, les contrats industriels seuls comptaient, elle resurgit, après un léger lifting, par la volonté du président russe. Après la décolonisation de 1991, la recolonisation de 2022 ! Les sanctions vont durcir encore la politique étrangère russe, comme va se radicaliser la vision que la caste au pouvoir au Kremlin porte sur l’Europe et sa périphérie. Si la Russie avant la guerre se sentait « encerclée » par l’OTAN alors que sa frontière avec l’Organisation atlantique ne représentait que 800 km le long des pays Baltes, demain qu’en sera-t- il quand cette frontière courra de la pointe nord de l’Estonie (mais on pourrait y inclure la Finlande) à la mer Noire ? Il conviendra d’être prudent, d’avoir constamment à l’esprit le risque d’escalade, notamment en coordonnant mieux qu’on ne le fait les éléments de langage entre ministères, après analyse des menaces. A cet égard, les récentes déclarations de B. Lemaire étaient pour le moins maladroites, voire dangereuses. Il faudra aussi multiplier les canaux de discussion avec Moscou pour s’assurer que nos intentions et positions parviennent bien à Poutine. Moins parler avec le MAE russe, par exemple, qu’avec le ministre de la Défense S. Shoygu, plus proche que Lavrov de Poutine, voire directement avec les services. Nous avons su le faire pendant le conflit en Syrie. 

Poutine vieillit. Il a aujourd’hui 70 ans. 70 ans c’est aussi la moyenne d’âge de son entourage. Comme jadis le groupe qui entourait Eltsine, celui-ci ne peut quitter le pouvoir sans risquer la prison, voire pire. Les années qui viennent vont être pour lui les plus dangereuses. Dangereuses à cause des sanctions économiques qui vont appauvrir la société, dangereuses aussi car l’âge venant les scénarios de passation du pouvoir vont se faire de plus en urgents pour les Poutiniens. Tous ne mourront pas de maladie ou de vieillesse en même temps, ils voudront vivre le plus longtemps possible, placer leurs familles en sécurité. Aussi les pressions personnelles sur Poutine vont-elles s’accroitre. Il faudra être capable de les discerner, de les Accompagner, d’identifier les nouveaux leaders et leur parler. Ne pas refaire sans doute les mêmes erreurs qu’en 1991, mais sans naïveté. Plus important peut-être, il faudra aussi, de façon à nous y préparer, savoir distinguer à l’avance les signes d’apparition en Russie d’un mouvement social violent de type Maïdan. La propagande nous le cache, mais tous les facteurs sociaux, économiques, linguistiques, religieux et culturels qui ont, ces dernières années un peu partout dans l’espace post-soviétiques, provoqué des tentatives populaires de renversement des pouvoirs en place sont aussi présents en Russie, pays qui dispose, gardons-le en mémoire, plusieurs milliers d’armes nucléaires, sans compter les dizaines de centrales et de navires qui utilisent également cette énergie.

Cette crise sera également une épreuve redoutable pour nos sociétés européennes. Nous perdons l’accès à des marchés importants, à des matières premières facilement accessibles, l’inflation repart, nos dettes s’accumulent, certaines entreprises sont très exposées, et dans les semaines prochaines ce sont peut-être plusieurs millions d’Ukrainiens qui pourraient franchir la frontière avec l’UE. Et si c’était là la vraie « menace nucléaire » brandie par Poutine et Lavrov ? Une nouvelle crise migratoire sur notre sol ? Les années à venir seront difficiles. A Moscou, la statue de F. Djerzinskiy du parc Gorki, le premier chef de la Tchéka, l’ancêtre du KGB, l’un des plus grands psychopathes de l’histoire, est chaque jour fleurie. Et nous, au pied de quelles statues sont déposées nos fleurs ?

manuscrit clos le 3 mars 2022 »

https://www.letelegramme.fr/finistere/douarnenez/pour-le-douarneniste-cyril-gloaguen-la-guerre-en-ukraine-est-aussi-notre-guerre-08-03-2022-12935930.php

 

 

Excellente cette interview, une des meilleures et des plus équilibrées que j'ai jamais lues

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il y a 3 minutes, Niafron a dit :

Ecoute, dis comme ça, je la trouve assez respectable ta position en fait... je suis pas croyant, mais je comprends ce que tu dis là.

Par contre, navré, mais je ne te suivrai pas.

Quoiqu'on pense des ricains, Poutine est le danger maximum, et si on le laisse absorber l'Ukraine sans réagir, il ne s'arrêtera pas là.

P.S: Anarchiste et chrétien? Bon, là, c'est pas le sujet, mais un de ces quatre, faudra nous expliquer ce curieux mélange...

JE suis loin d'être le premier parmi ceux qui sont célèbre il y a Tolstoï et Ellul par exemple. Je sais pas quel fil se préterait le mieux à une telle discussion mais oui pourquoi pas...

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il y a 17 minutes, Bocket a dit :
La chine semble se demander quel est le "moins pire" , laisser faire Poutine et détourner l'attention des US, ou le laisser tomber et se retrouver en première ligne face à des USA sortants renforcés. Si Poutine n'avait pas agité le spectre de la guerre nucléaire, la question ne se serait pas posée.

Je me demande si les décideurs chinois ne craignent pas également de voir une bonne partie de leur travail d'influence en Asie centrale et en Asie du Sud être sapée en cas de soutien trop appuyé à Poutine. Par ailleurs, cela renforcerait d'autant plus les craintes des pays voisins en Asie du Sud-Est et cela faciliterait d'autant plus l'enracinement US dans la région.

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Il y a 1 heure, cracou a dit :

Exact et pas mal de monde va se dire que finalement de l'infanterie nombreuses, équipée AT et couverte par une chiétitude de petits drones, ça peut le faire (et clairement ça le fait). 

Pour la défensive peut-être, pour peu que tu disposes d'une société urbaine dense et homogène. A l'offensive c'est une autre affaire...

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Il y a 3 heures, Connorfra a dit :

 

Oui c'est pour ça que je précise que c'est une vue déformée. 

La propagande (faut voir le foin autour des atgm et des manpads) joue aussi son plein.

Et il y a aussi certainement un problème d'opérateurs surtout du côté des russes.

Depuis la Syrie ce que je retiens c'est que l'atgm, le manpad et le drone c'est l'avenir et les blindés lourd et l'aviation pilotés sans être le passé ça va devoir ce réformer complètement.

Je comprend maintenant pourquoi certains pays notamment l'Angleterre veulent ce passer totalement de MBT et ce concentrer sur du VCI surboosté, et aux vu de tous ce matosse ultra efficace contre tout ce qui roule et tout ce qui vol en circulation la robotisation des armées (sans compter les drones volant on voit de plus en plus de drone roulants) 

 

Il y a 2 heures, Akhilleus a dit :

Ca fait longtemps qu'on prédit la mort du MBT et pourtant il rue encore

Et si un MBT se fait dépouiller sur le champ de bataille, que dire d'un VCI même lourd. Le problème des britanniques c 'est juste un pb de budget qui a mon avis va s'ajuster au vue des evenements actuels

Par contre il va effectivement revoir l'opérabilité 4D de tous ces systèmes (quand je parle de 4D, je parle de l'environnement sol, de la bulle air proximales avec le problème des drones, de la bulle des spectres radio pour les problèmes de guerre electronique et de l'environnement éléctronique interne des véhicules avec les problèmes de cyberguerre)

Du coup ca risque de renchérir les bouzins

Ce qui va finir (peut être) par tuer le MBT ce ne sera pas les ATGMs, ce sera le prix pour lutter contre toute la gamme de menace qui n'est plus uniquement antichar

 

Il y a 2 heures, cracou a dit :

Exact et pas mal de monde va se dire que finalement de l'infanterie nombreuses, équipée AT et couverte par une chiétitude de petits drones, ça peut le faire (et clairement ça le fait). 

Attention aux conclusions insuffisamment fondées et aux opinions trop définitives sur le sujet.

https://mwi.usma.edu/learning-the-wrong-lessons-biases-the-rejection-of-history-and-single-issue-zealotry-in-modern-military-thought/ 

Ou comme disais ce cher Napoléon : "Le grand art, c'est de changer pendant la bataille. Malheur au général qui arrive au combat avec un système."

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conséquence géopolitique (ou tentative de profiter de l'occasion)

La Grèce tente de relancer le gazoduc Eastmed, en alternative au gaz russe.
https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/03/12/le-gazoduc-eastmed-une-option-compliquee-pour-diminuer-la-dependance-europeenne-au-gaz-russe_6117178_3234.html

C'est un projet long (5-10 ans?), important pour les grecs et israéliens, mais hyper vulnérable au moindre caprice turc.
A moins de leur offrir un strapontin ...
A suivre ...

 

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il y a 11 minutes, Picdelamirand-oil a dit :

Résultats possibles de la guerre russo-ukrainienne et choix de la Chine
par US-China Perception Monitor

Écrit le 5 mars 2022. Traduit par Jiaqi Liu le 12 mars 2022.

Anglais 中文
La guerre russo-ukrainienne est le conflit géopolitique le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale et entraînera des conséquences mondiales bien plus importantes que les attentats du 11 septembre. En ce moment critique, la Chine doit analyser et évaluer avec précision l'orientation de la guerre et son impact potentiel sur le paysage international. Dans le même temps, afin de s'efforcer de créer un environnement extérieur relativement favorable, la Chine doit réagir avec souplesse et faire des choix stratégiques conformes à ses intérêts à long terme.

L'"opération militaire spéciale" de la Russie contre l'Ukraine a suscité une grande controverse en Chine, ses partisans et ses opposants étant divisés en deux camps implacablement opposés. Cet article ne représente aucune partie et, pour le jugement et la référence du plus haut niveau de décision en Chine, cet article mène une analyse objective sur les conséquences possibles de la guerre ainsi que les options de contre-mesures correspondantes.

I. Prédire l'avenir de la guerre russo-ukrainienne

1.  Vladimir Poutine pourrait ne pas être en mesure d'atteindre les objectifs qu'il s'est fixés, ce qui met la Russie dans une situation délicate. Le but de l'attaque de Poutine était de résoudre complètement le problème ukrainien et de détourner l'attention de la crise intérieure de la Russie en vainquant l'Ukraine par une guerre éclair, en remplaçant ses dirigeants et en cultivant un gouvernement pro-russe. Cependant, la guerre éclair a échoué et la Russie n'est pas en mesure de soutenir une guerre prolongée et les coûts élevés qui y sont associés. Le déclenchement d'une guerre nucléaire mettrait la Russie à l'opposé du monde entier et est donc impossible à gagner. La situation à l'intérieur et à l'extérieur du pays est également de plus en plus défavorable. Même si l'armée russe parvenait à occuper Kiev, la capitale de l'Ukraine, et à mettre en place un gouvernement fantoche au prix fort, cela ne signifierait pas la victoire finale. À ce stade, la meilleure option pour Poutine est de mettre fin décemment à la guerre par le biais de pourparlers de paix, ce qui exige que l'Ukraine fasse des concessions substantielles. Cependant, ce qui n'est pas réalisable sur le champ de bataille est également difficile à obtenir à la table des négociations. En tout état de cause, cette action militaire constitue une erreur irréversible.

2.  Le conflit peut s'intensifier davantage, et l'implication éventuelle de l'Occident dans la guerre ne peut être exclue. L'escalade de la guerre serait certes coûteuse, mais il est fort probable que Poutine n'abandonne pas facilement compte tenu de son caractère et de sa puissance. La guerre russo-ukrainienne pourrait s'intensifier au-delà de l'étendue et de la région de l'Ukraine, et pourrait même inclure la possibilité d'une frappe nucléaire. Une fois que cela se produit, les États-Unis et l'Europe ne peuvent rester à l'écart du conflit, ce qui déclencherait une guerre mondiale, voire une guerre nucléaire. Le résultat serait une catastrophe pour l'humanité et une épreuve de force entre les États-Unis et la Russie. Cette confrontation finale, étant donné que la puissance militaire de la Russie ne fait pas le poids face à celle de l'OTAN, serait encore pire pour Poutine.

3.  Même si la Russie parvient à s'emparer de l'Ukraine dans un pari désespéré, il s'agit toujours d'une patate chaude politique. La Russie porterait alors un lourd fardeau et serait dépassée. Dans ces circonstances, peu importe que Volodymyr Zelensky soit vivant ou non, l'Ukraine mettra très probablement en place un gouvernement en exil pour affronter la Russie à long terme. La Russie sera soumise à la fois aux sanctions occidentales et à une rébellion sur le territoire ukrainien. Les lignes de bataille seront tracées très longtemps. L'économie nationale ne sera pas viable et finira par être entraînée vers le bas. Cette période ne dépassera pas quelques années.

4. La situation politique en Russie peut changer ou être désintégrée aux mains de l'Occident. Après l'échec de la guerre éclair de Poutine, l'espoir d'une victoire de la Russie est mince et les sanctions occidentales ont atteint un degré sans précédent. Alors que les moyens de subsistance de la population sont gravement touchés et que les forces anti-guerre et anti-Poutine se rassemblent, la possibilité d'une mutinerie politique en Russie ne peut être exclue. L'économie russe étant au bord de l'effondrement, il serait difficile pour Poutine de soutenir la situation périlleuse, même sans la perte de la guerre russo-ukrainienne. Si Poutine devait être évincé du pouvoir en raison de troubles civils, d'un coup d'État ou d'une autre raison, la Russie serait encore moins susceptible d'affronter l'Occident. Elle succomberait sûrement à l'Occident, voire serait davantage démembrée, et le statut de grande puissance de la Russie prendrait fin.

II. Analyse de l'impact de la guerre russo-ukrainienne sur le paysage international

1. Les Etats-Unis reprendraient le leadership dans le monde occidental, et l'Occident deviendrait plus uni. À l'heure actuelle, l'opinion publique pense que la guerre ukrainienne signifie l'effondrement complet de l'hégémonie américaine, mais la guerre ramènerait en fait la France et l'Allemagne, qui voulaient toutes deux se détacher des États-Unis, dans le cadre de la défense de l'OTAN, détruisant le rêve de l'Europe de parvenir à une diplomatie indépendante et à l'autodéfense. L'Allemagne augmenterait considérablement son budget militaire ; la Suisse, la Suède et d'autres pays abandonneraient leur neutralité. Avec Nord Stream 2 mis en attente indéfiniment, la dépendance de l'Europe au gaz naturel américain augmentera inévitablement. Les États-Unis et l'Europe formeraient une communauté plus étroite d'avenir partagé, et le leadership américain dans le monde occidental rebondirait.

2. Le "rideau de fer" tombera à nouveau, non seulement de la mer Baltique à la mer Noire, mais aussi lors de la confrontation finale entre le camp dominé par l'Occident et ses concurrents. L'Occident tracera la ligne de démarcation entre les démocraties et les États autoritaires, définissant le fossé avec la Russie comme une lutte entre démocratie et dictature. Le nouveau rideau de fer ne sera plus dessiné entre les deux camps du socialisme et du capitalisme, et ne se limitera pas à la guerre froide. Il s'agira d'une bataille à mort entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre la démocratie occidentale. L'unité du monde occidental sous le rideau de fer aura un effet de siphonage sur les autres pays : la stratégie indo-pacifique des États-Unis sera consolidée, et d'autres pays comme le Japon se rapprocheront encore plus des États-Unis, qui formeront un front uni démocratique d'une ampleur sans précédent.

3. La puissance de l'Occident va croître de manière significative, l'OTAN va continuer à s'étendre et l'influence des États-Unis dans le monde non-occidental va augmenter. Après la guerre russo-ukrainienne, quelle que soit la manière dont la Russie réalisera sa transformation politique, elle affaiblira considérablement les forces anti-occidentales dans le monde. La scène qui a suivi les bouleversements soviétiques et orientaux de 1991 pourrait se répéter : les théories sur "la fin de l'idéologie" pourraient réapparaître, la résurgence de la troisième vague de démocratisation perdrait de son élan et davantage de pays du tiers monde embrasseraient l'Occident. L'Occident possèdera davantage d'"hégémonie", tant en termes de puissance militaire qu'en termes de valeurs et d'institutions, son hard power et son soft power atteindront de nouveaux sommets.

4. La Chine sera plus isolée dans le cadre établi. Pour les raisons susmentionnées, si la Chine ne prend pas de mesures proactives pour réagir, elle sera confrontée à un nouvel endiguement de la part des États-Unis et de l'Occident. Une fois que Poutine sera tombé, les États-Unis ne seront plus confrontés à deux concurrents stratégiques, mais devront seulement enfermer la Chine dans un confinement stratégique. L'Europe se coupera encore plus de la Chine, le Japon deviendra l'avant-garde anti-chinoise, la Corée du Sud tombera encore plus aux mains des États-Unis, Taïwan rejoindra le chœur anti-chinois et le reste du monde devra choisir son camp en fonction de la mentalité grégaire. La Chine sera non seulement encerclée militairement par les États-Unis, l'OTAN, la QUAD et l'AUKUS, mais elle sera également confrontée aux valeurs et systèmes occidentaux.

III. Le choix stratégique de la Chine

1. La Chine ne peut pas être liée à Poutine et doit être coupée du monde dès que possible. Dans le sens où une escalade du conflit entre la Russie et l'Occident permet de détourner l'attention des États-Unis de la Chine, la Chine devrait se réjouir avec Poutine et même le soutenir, mais seulement si la Russie ne tombe pas. Le fait d'être dans le même bateau que Poutine aura un impact sur la Chine si celui-ci perd le pouvoir. À moins que Poutine ne parvienne à remporter la victoire avec le soutien de la Chine, une perspective qui semble peu réjouissante pour l'instant, la Chine n'a pas le poids nécessaire pour soutenir la Russie. La loi de la politique internationale dit qu'il n'y a "ni alliés éternels ni ennemis perpétuels", mais que "nos intérêts sont éternels et perpétuels". Dans les circonstances internationales actuelles, la Chine ne peut que sauvegarder ses propres intérêts, choisir le moindre mal et se décharger du fardeau de la Russie dès que possible. À l'heure actuelle, on estime qu'il reste une fenêtre d'une ou deux semaines avant que la Chine ne perde sa marge de manœuvre. La Chine doit agir de manière décisive.

2. La Chine devrait éviter de jouer les deux côtés dans le même bateau, renoncer à être neutre et choisir la position dominante dans le monde. À l'heure actuelle, la Chine s'efforce de ne pas froisser l'une ou l'autre partie et de trouver un juste milieu dans ses déclarations et ses choix internationaux, notamment en s'abstenant de voter au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale des Nations unies. Toutefois, cette position ne répond pas aux besoins de la Russie et a rendu furieuse l'Ukraine, ses partisans et ses sympathisants, plaçant la Chine du mauvais côté d'une grande partie du monde. Dans certains cas, la neutralité apparente est un choix judicieux, mais elle ne s'applique pas à cette guerre, où la Chine n'a rien à gagner. Étant donné que la Chine a toujours prôné le respect de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale, elle ne peut éviter un nouvel isolement qu'en se rangeant du côté de la majorité des pays du monde. Cette position est également propice au règlement de la question de Taïwan.

3. La Chine doit réaliser la plus grande percée stratégique possible et ne pas être davantage isolée par l'Occident. Le fait de se couper de Poutine et de renoncer à la neutralité contribuera à construire l'image internationale de la Chine et à faciliter ses relations avec les États-Unis et l'Occident. Bien que difficile et nécessitant une grande sagesse, c'est la meilleure option pour l'avenir. L'opinion selon laquelle un conflit géopolitique en Europe déclenché par la guerre en Ukraine retardera considérablement la réorientation stratégique des États-Unis de l'Europe vers la région indo-pacifique ne peut être traitée avec un optimisme excessif. Des voix s'élèvent déjà aux États-Unis pour dire que l'Europe est importante, mais que la Chine l'est davantage, et que l'objectif premier des États-Unis est d'empêcher la Chine de devenir la puissance dominante dans la région indo-pacifique. Dans ces circonstances, la priorité absolue de la Chine est de procéder aux ajustements stratégiques appropriés en conséquence, de modifier les attitudes hostiles des Américains à son égard et de se sauver de l'isolement. L'essentiel est d'empêcher les États-Unis et l'Occident d'imposer des sanctions communes à la Chine.

4. La Chine devrait empêcher l'éclatement de guerres mondiales et de guerres nucléaires et apporter des contributions irremplaçables à la paix mondiale. Comme Poutine a explicitement demandé aux forces de dissuasion stratégiques de la Russie d'entrer dans un état de préparation spéciale au combat, la guerre russo-ukrainienne pourrait devenir incontrôlable. Une cause juste attire beaucoup de soutien, une cause injuste en trouve peu. Si la Russie est l'instigatrice d'une guerre mondiale ou même d'une guerre nucléaire, elle risque à coup sûr de mettre le monde en émoi. Pour démontrer son rôle de grande puissance responsable, la Chine non seulement ne peut pas rester aux côtés de Poutine, mais doit également prendre des mesures concrètes pour empêcher les éventuelles aventures de Poutine. La Chine est le seul pays au monde à disposer de cette capacité, et elle doit tirer pleinement parti de cet avantage unique. Le départ de Poutine du soutien de la Chine mettra très probablement fin à la guerre, ou du moins n'osera pas l'intensifier. En conséquence, la Chine recevra sûrement de nombreux éloges internationaux pour avoir maintenu la paix dans le monde, ce qui pourrait l'aider à éviter l'isolement, mais aussi à trouver une occasion d'améliorer ses relations avec les États-Unis et l'Occident.

Intéressant, mais qui parle au juste, et au nom de quoi ? Est-ce l'essai d'un académicien sans pouvoir ? Un début de position officielle, indiquée par des canaux "désavouables" ? Une véritable prise de position dans un quasi organe de presse ?

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il y a 25 minutes, olivier lsb a dit :
il y a 37 minutes, Picdelamirand-oil a dit :

Résultats possibles de la guerre russo-ukrainienne et choix de la Chine
par US-China Perception Monitor

Écrit le 5 mars 2022. Traduit par Jiaqi Liu le 12 mars 2022.

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La guerre russo-ukrainienne est le conflit géopolitique le plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale et entraînera des conséquences mondiales bien plus importantes que les attentats du 11 septembre. En ce moment critique, la Chine doit analyser et évaluer avec précision l'orientation de la guerre et son impact potentiel sur le paysage international. Dans le même temps, afin de s'efforcer de créer un environnement extérieur relativement favorable, la Chine doit réagir avec souplesse et faire des choix stratégiques conformes à ses intérêts à long terme.

L'"opération militaire spéciale" de la Russie contre l'Ukraine a suscité une grande controverse en Chine, ses partisans et ses opposants étant divisés en deux camps implacablement opposés. Cet article ne représente aucune partie et, pour le jugement et la référence du plus haut niveau de décision en Chine, cet article mène une analyse objective sur les conséquences possibles de la guerre ainsi que les options de contre-mesures correspondantes.

I. Prédire l'avenir de la guerre russo-ukrainienne

1.  Vladimir Poutine pourrait ne pas être en mesure d'atteindre les objectifs qu'il s'est fixés, ce qui met la Russie dans une situation délicate. Le but de l'attaque de Poutine était de résoudre complètement le problème ukrainien et de détourner l'attention de la crise intérieure de la Russie en vainquant l'Ukraine par une guerre éclair, en remplaçant ses dirigeants et en cultivant un gouvernement pro-russe. Cependant, la guerre éclair a échoué et la Russie n'est pas en mesure de soutenir une guerre prolongée et les coûts élevés qui y sont associés. Le déclenchement d'une guerre nucléaire mettrait la Russie à l'opposé du monde entier et est donc impossible à gagner. La situation à l'intérieur et à l'extérieur du pays est également de plus en plus défavorable. Même si l'armée russe parvenait à occuper Kiev, la capitale de l'Ukraine, et à mettre en place un gouvernement fantoche au prix fort, cela ne signifierait pas la victoire finale. À ce stade, la meilleure option pour Poutine est de mettre fin décemment à la guerre par le biais de pourparlers de paix, ce qui exige que l'Ukraine fasse des concessions substantielles. Cependant, ce qui n'est pas réalisable sur le champ de bataille est également difficile à obtenir à la table des négociations. En tout état de cause, cette action militaire constitue une erreur irréversible.

2.  Le conflit peut s'intensifier davantage, et l'implication éventuelle de l'Occident dans la guerre ne peut être exclue. L'escalade de la guerre serait certes coûteuse, mais il est fort probable que Poutine n'abandonne pas facilement compte tenu de son caractère et de sa puissance. La guerre russo-ukrainienne pourrait s'intensifier au-delà de l'étendue et de la région de l'Ukraine, et pourrait même inclure la possibilité d'une frappe nucléaire. Une fois que cela se produit, les États-Unis et l'Europe ne peuvent rester à l'écart du conflit, ce qui déclencherait une guerre mondiale, voire une guerre nucléaire. Le résultat serait une catastrophe pour l'humanité et une épreuve de force entre les États-Unis et la Russie. Cette confrontation finale, étant donné que la puissance militaire de la Russie ne fait pas le poids face à celle de l'OTAN, serait encore pire pour Poutine.

3.  Même si la Russie parvient à s'emparer de l'Ukraine dans un pari désespéré, il s'agit toujours d'une patate chaude politique. La Russie porterait alors un lourd fardeau et serait dépassée. Dans ces circonstances, peu importe que Volodymyr Zelensky soit vivant ou non, l'Ukraine mettra très probablement en place un gouvernement en exil pour affronter la Russie à long terme. La Russie sera soumise à la fois aux sanctions occidentales et à une rébellion sur le territoire ukrainien. Les lignes de bataille seront tracées très longtemps. L'économie nationale ne sera pas viable et finira par être entraînée vers le bas. Cette période ne dépassera pas quelques années.

4. La situation politique en Russie peut changer ou être désintégrée aux mains de l'Occident. Après l'échec de la guerre éclair de Poutine, l'espoir d'une victoire de la Russie est mince et les sanctions occidentales ont atteint un degré sans précédent. Alors que les moyens de subsistance de la population sont gravement touchés et que les forces anti-guerre et anti-Poutine se rassemblent, la possibilité d'une mutinerie politique en Russie ne peut être exclue. L'économie russe étant au bord de l'effondrement, il serait difficile pour Poutine de soutenir la situation périlleuse, même sans la perte de la guerre russo-ukrainienne. Si Poutine devait être évincé du pouvoir en raison de troubles civils, d'un coup d'État ou d'une autre raison, la Russie serait encore moins susceptible d'affronter l'Occident. Elle succomberait sûrement à l'Occident, voire serait davantage démembrée, et le statut de grande puissance de la Russie prendrait fin.

II. Analyse de l'impact de la guerre russo-ukrainienne sur le paysage international

1. Les Etats-Unis reprendraient le leadership dans le monde occidental, et l'Occident deviendrait plus uni. À l'heure actuelle, l'opinion publique pense que la guerre ukrainienne signifie l'effondrement complet de l'hégémonie américaine, mais la guerre ramènerait en fait la France et l'Allemagne, qui voulaient toutes deux se détacher des États-Unis, dans le cadre de la défense de l'OTAN, détruisant le rêve de l'Europe de parvenir à une diplomatie indépendante et à l'autodéfense. L'Allemagne augmenterait considérablement son budget militaire ; la Suisse, la Suède et d'autres pays abandonneraient leur neutralité. Avec Nord Stream 2 mis en attente indéfiniment, la dépendance de l'Europe au gaz naturel américain augmentera inévitablement. Les États-Unis et l'Europe formeraient une communauté plus étroite d'avenir partagé, et le leadership américain dans le monde occidental rebondirait.

2. Le "rideau de fer" tombera à nouveau, non seulement de la mer Baltique à la mer Noire, mais aussi lors de la confrontation finale entre le camp dominé par l'Occident et ses concurrents. L'Occident tracera la ligne de démarcation entre les démocraties et les États autoritaires, définissant le fossé avec la Russie comme une lutte entre démocratie et dictature. Le nouveau rideau de fer ne sera plus dessiné entre les deux camps du socialisme et du capitalisme, et ne se limitera pas à la guerre froide. Il s'agira d'une bataille à mort entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre la démocratie occidentale. L'unité du monde occidental sous le rideau de fer aura un effet de siphonage sur les autres pays : la stratégie indo-pacifique des États-Unis sera consolidée, et d'autres pays comme le Japon se rapprocheront encore plus des États-Unis, qui formeront un front uni démocratique d'une ampleur sans précédent.

3. La puissance de l'Occident va croître de manière significative, l'OTAN va continuer à s'étendre et l'influence des États-Unis dans le monde non-occidental va augmenter. Après la guerre russo-ukrainienne, quelle que soit la manière dont la Russie réalisera sa transformation politique, elle affaiblira considérablement les forces anti-occidentales dans le monde. La scène qui a suivi les bouleversements soviétiques et orientaux de 1991 pourrait se répéter : les théories sur "la fin de l'idéologie" pourraient réapparaître, la résurgence de la troisième vague de démocratisation perdrait de son élan et davantage de pays du tiers monde embrasseraient l'Occident. L'Occident possèdera davantage d'"hégémonie", tant en termes de puissance militaire qu'en termes de valeurs et d'institutions, son hard power et son soft power atteindront de nouveaux sommets.

4. La Chine sera plus isolée dans le cadre établi. Pour les raisons susmentionnées, si la Chine ne prend pas de mesures proactives pour réagir, elle sera confrontée à un nouvel endiguement de la part des États-Unis et de l'Occident. Une fois que Poutine sera tombé, les États-Unis ne seront plus confrontés à deux concurrents stratégiques, mais devront seulement enfermer la Chine dans un confinement stratégique. L'Europe se coupera encore plus de la Chine, le Japon deviendra l'avant-garde anti-chinoise, la Corée du Sud tombera encore plus aux mains des États-Unis, Taïwan rejoindra le chœur anti-chinois et le reste du monde devra choisir son camp en fonction de la mentalité grégaire. La Chine sera non seulement encerclée militairement par les États-Unis, l'OTAN, la QUAD et l'AUKUS, mais elle sera également confrontée aux valeurs et systèmes occidentaux.

III. Le choix stratégique de la Chine

1. La Chine ne peut pas être liée à Poutine et doit être coupée du monde dès que possible. Dans le sens où une escalade du conflit entre la Russie et l'Occident permet de détourner l'attention des États-Unis de la Chine, la Chine devrait se réjouir avec Poutine et même le soutenir, mais seulement si la Russie ne tombe pas. Le fait d'être dans le même bateau que Poutine aura un impact sur la Chine si celui-ci perd le pouvoir. À moins que Poutine ne parvienne à remporter la victoire avec le soutien de la Chine, une perspective qui semble peu réjouissante pour l'instant, la Chine n'a pas le poids nécessaire pour soutenir la Russie. La loi de la politique internationale dit qu'il n'y a "ni alliés éternels ni ennemis perpétuels", mais que "nos intérêts sont éternels et perpétuels". Dans les circonstances internationales actuelles, la Chine ne peut que sauvegarder ses propres intérêts, choisir le moindre mal et se décharger du fardeau de la Russie dès que possible. À l'heure actuelle, on estime qu'il reste une fenêtre d'une ou deux semaines avant que la Chine ne perde sa marge de manœuvre. La Chine doit agir de manière décisive.

2. La Chine devrait éviter de jouer les deux côtés dans le même bateau, renoncer à être neutre et choisir la position dominante dans le monde. À l'heure actuelle, la Chine s'efforce de ne pas froisser l'une ou l'autre partie et de trouver un juste milieu dans ses déclarations et ses choix internationaux, notamment en s'abstenant de voter au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale des Nations unies. Toutefois, cette position ne répond pas aux besoins de la Russie et a rendu furieuse l'Ukraine, ses partisans et ses sympathisants, plaçant la Chine du mauvais côté d'une grande partie du monde. Dans certains cas, la neutralité apparente est un choix judicieux, mais elle ne s'applique pas à cette guerre, où la Chine n'a rien à gagner. Étant donné que la Chine a toujours prôné le respect de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale, elle ne peut éviter un nouvel isolement qu'en se rangeant du côté de la majorité des pays du monde. Cette position est également propice au règlement de la question de Taïwan.

3. La Chine doit réaliser la plus grande percée stratégique possible et ne pas être davantage isolée par l'Occident. Le fait de se couper de Poutine et de renoncer à la neutralité contribuera à construire l'image internationale de la Chine et à faciliter ses relations avec les États-Unis et l'Occident. Bien que difficile et nécessitant une grande sagesse, c'est la meilleure option pour l'avenir. L'opinion selon laquelle un conflit géopolitique en Europe déclenché par la guerre en Ukraine retardera considérablement la réorientation stratégique des États-Unis de l'Europe vers la région indo-pacifique ne peut être traitée avec un optimisme excessif. Des voix s'élèvent déjà aux États-Unis pour dire que l'Europe est importante, mais que la Chine l'est davantage, et que l'objectif premier des États-Unis est d'empêcher la Chine de devenir la puissance dominante dans la région indo-pacifique. Dans ces circonstances, la priorité absolue de la Chine est de procéder aux ajustements stratégiques appropriés en conséquence, de modifier les attitudes hostiles des Américains à son égard et de se sauver de l'isolement. L'essentiel est d'empêcher les États-Unis et l'Occident d'imposer des sanctions communes à la Chine.

4. La Chine devrait empêcher l'éclatement de guerres mondiales et de guerres nucléaires et apporter des contributions irremplaçables à la paix mondiale. Comme Poutine a explicitement demandé aux forces de dissuasion stratégiques de la Russie d'entrer dans un état de préparation spéciale au combat, la guerre russo-ukrainienne pourrait devenir incontrôlable. Une cause juste attire beaucoup de soutien, une cause injuste en trouve peu. Si la Russie est l'instigatrice d'une guerre mondiale ou même d'une guerre nucléaire, elle risque à coup sûr de mettre le monde en émoi. Pour démontrer son rôle de grande puissance responsable, la Chine non seulement ne peut pas rester aux côtés de Poutine, mais doit également prendre des mesures concrètes pour empêcher les éventuelles aventures de Poutine. La Chine est le seul pays au monde à disposer de cette capacité, et elle doit tirer pleinement parti de cet avantage unique. Le départ de Poutine du soutien de la Chine mettra très probablement fin à la guerre, ou du moins n'osera pas l'intensifier. En conséquence, la Chine recevra sûrement de nombreux éloges internationaux pour avoir maintenu la paix dans le monde, ce qui pourrait l'aider à éviter l'isolement, mais aussi à trouver une occasion d'améliorer ses relations avec les États-Unis et l'Occident.

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Intéressant, mais qui parle au juste, et au nom de quoi ? Est-ce l'essai d'un académicien sans pouvoir ? Un début de position officielle, indiquée par des canaux "désavouables" ? Une véritable prise de position dans un quasi organe de presse ?

Le US-China Perception Monitor est une émanation du Carter Center. Cela semble être un Think-Tank travaillant sur les relations Chine-USA.

L'auteur est un chercheur chinois :

Citation

Hu Wei is the vice-chairman of the Public Policy Research Center of the Counselor’s Office of the State Council, the chairman of Shanghai Public Policy Research Association, the chairman of the Academic Committee of the Chahar Institute, a professor, and a doctoral supervisor. To read more by Hu, click here to read his article on “How did Deng Xiaoping coordinate domestic and international affairs?”

Il travaille au Chahar Institute http://charhar.china.org.cn/ :

Citation

The Charhar Institute is committed to promoting progress in China’s foreign policies and the development of international relations in a more orderly manner.

Le texte est-il une sorte de ballon d'essai lancé par les Chinois ?

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Il y a 7 heures, DMZ a dit :

Le texte est-il une sorte de ballon d'essai lancé par les Chinois ?

L'auteur prend des précautions oratoires au début pour mieux s'en écarter ensuite et dire de 36 manière différentes qu'il ne faut pas rester copain avec Poutine. L'analyse est intéressante mais malgré tout pas neutre.

Poutine a-t'il vraiment agit sans l'accord des chinois ? Si ce qu'on a lu sur le fait que les US avaient prévenu les chinois en novembre, ils ont largement eu le temps de discuter avec Poutine pour le dissuader. 

J'aurais tendance personnellement à mettre çà dans la catégorie brouillard de guerre. Je ne crois pas trop que les chinois soient dans l'expectative. Ce qui par transparait c'est l'isolement de Poutine, pas celui de la Russie. Les routes de la soie ne peuvent pas faire l'impasse sur la Russie.

On sent également une certaine proximité avec une argumentation acceptant les US comme première puissance mondiale et l'UE pour les seconder et il faudrait accepter ce fait.

Bref je ne suis pas sûr que cet article soit représentatif de la pensée dominante en Chine, celle de Xi, ni de son planning. 

Edited by herciv
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67280225-author-gazetyi_komsomolskaya_pr

Une de journal russe datant de quelques jours, édition de saint-petersbourg.

Sujet principal: défilé de patriotes en pick-up/Range Rover, estimant que la "mission sera accomplie"

trois autres sujets en une :

- un an de retard annoncé sur une ouverture de station de métro.

- renchérissement généralisé des automobiles étrangères d'entrée de gamme

- comment soutenir ceux qui perdront leur emploi dans la probable crise à venir dans la capitale du Nord ?

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Bon voilà qui montre que Poutine est en difficulté. Les américains mettent la Chine au pied du mur :

https://www.lefigaro.fr/international/guerre-en-ukraine-la-russie-a-demande-l-aide-militaire-de-la-chine-selon-le-new-york-times-20220314

Elle ne doit pas aimer çà. La Chine est à la croisée des chemins. Soit elle persiste dans son attitude de confrontation et assiste la Russie. Auquel cas le monde sera polarisé. Soit la Chine trouve une manière de faire pression sur Poutine mais perd la Russie comme soutien géopolitique avec même le risque de al voir basculer dans l'UE si le règne de Poutine s'achève. Une telle perte serait lourde de conséquence sur le poids de la Chine sur la scène internationale.

Edited by herciv
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il y a 15 minutes, MoX a dit :

Sujet principal: défilé de patriotes en pick-up/Range Rover, estimant que la "mission sera accomplie"

On note l'emploi des lettres Z et V, habituellement absentes de l'alphabet cyrillique.

Edited by Kelkin
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