Germanicus

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  1. La Turquie a assez mal joué en effet. Avec la rupture de la trêve, les tensions vont sans doute s'exacerber dans les zones kurdes. Sauf que maintenant, le PKK a des bases arrières en Syrie et en Irak. Pour le moment, ordonner des frappes aériennes en violation de la souveraineté territoriale des Etats voisins est possible : la Syrie et l'Irak sont en pleine guerre civile et sont en état de déliquescence. Par contre, si jamais le Kurdistan parvient à émerger, cela risque de complètement changer la donne ... Et qu'est-ce qui peut désormais s'opposer à la constitution d'un Kurdistan autonome ? Pas grand chose : Irakiens et Syriens sont dans l'impasse totale face à l'Etat islamique et aux différents rebelles et tribus qui gravitent autour des insurrections syrienne et irakienne.
  2. Germanicus

    Daesh

    Il est quand même "amusant" de mettre sur le même plan Etat islamique et PKK. La Turquie s'est servie des accrochages entre Kurdes et djihadistes sur son sol pour résoudre un problème de politique interne mais également un problème de politique international. Elle peut ainsi répondre aux critiques de la communauté internationale qui l'accusent de soutenir l'Etat islamique, ou du moins de les laisser faire (bon quelques bombardements ne vont pas changer la donne, et l'aide éventuelle fournie sera sans doute redistribué "aux rebelles plus modérés"), tout en mettant à mal le parti pro-kurde HDP et en flattant les électeurs plus nationalistes. Bien entendu, cela se greffe en parallèle sur la peur de voir s'ériger un Kurdistan en Syrie et en Irak (ce qui est pour moi inéluctable). La Turquie a donc bien profité de cette opportunité. D'ailleurs, le PKK est quand même relativement modéré par rapport à tous les groupes rebelles syriens, Etat islamique et Front Al-Nosra en tête ... Pas d'attentats visant des civils pour le moment, seulement des assassinats de policiers et de militaires turcs. La définition politique de "terroriste" ne s'est jamais aussi bien appliquée.
  3. Ou alors, cela va accentuer la confessionnalisation du conflit et son extension à l'ensemble du Moyen-Orient. Au fur et à mesure que les puissances (mais aussi les individus) étrangères s’immiscent dans le conflit, de plus en plus de régions sont gagnées par les combats. Au départ, il n'y avait que quelques zones en Syrie. Puis ça s'est étendu à l'Irak, redonnant un nouveau souffle à l'insurrection irakienne. Cela a gagné le Liban avec l'intervention du Hezbollah. Parallèlement aux ingérences des monarchies du Golfe et de l'Iran, le conflit s'est étendu à toute la Syrie. Et maintenant, ça s'agite en Turquie avec l'intervention d'Ankara. Maintenant, l'Etat islamique a des bases opérationnelles dans le Sinaï, en Libye et même en Arabie Saoudite. Un véritable sac de noeud, et la conclusion de cette conflagration ne sera pas heureuse ... Le Moyen-Orient est une poudrière, on a allumé la mèche, c'est parti pour trente années de guerre. Personne n'a les moyens de l'emporter, les alliances sont très fragiles (la Turquie, le Qatar et l'Arabie Saoudite ont été en désaccord concernant le coup d'Etat en Egypte). Sans compter que les seules puissances à pouvoir faire cesser les combats ont des intérêts plus importants ailleurs (Etats Unis et dans une moindre mesure Russie et Chine).Je suis très pessimiste quant à l'avenir de cette région. Par ailleurs, chaque fois qu'une faction commence à émerger, elle finit par être en difficulté (à cause de la nature de "la guerre au sein des populations", les Kurdes ne peuvent être aussi efficaces dans les zones arabes, etc ...) et par être la cible d'une "coalition" formée par d'autres factions. Le cas kurde est assez emblématique : les différents partis kurdes ont commencé à s'entendre (ce qui étaient loin d'être évident), ont stoppé Daech en Irak, ont libéré un certain nombre de villes prises par les djihadistes, ont repoussé Daech à Kobané et fait la jonction entre deux de leurs enclaves syriennes, et là, les Turcs arrivent pour bombarder. Il est presque évident qu'ils ne vont pas s'arrêter au PKK, surtout si celui-ci réplique massivement (difficile de savoir à quel parti politique appartient un milicen kurde, quand tous ces groupes armées sont mélangés et coopèrent).
  4. En effet, j'ai surtout l'impression que la Turquie est forcée d'intervenir contre son gré, et qu'elle va devoir intervenir de manière directe et massive. Ankara ne pourra pas se permettre d'intervenir ponctuellement, surtout sur sa frontière sud. Malheureusement pour elle, elle fait figure d'adversaire pour la quasi-totalité des factions engagées dans la guerre civile. Même les islamistes "modérés" du Front islamique et cie pourraient se retourner contre leur bienfaiteur à terme. Après, j'ai du mal à imaginer comment les Turcs arriveraient à justifier la légitime défense dans ce cas pour intervenir directement en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad. Contre des groupes terroristes armés qui la visent directement (et encore le droit international est très strict sur ce point), mais contre le régime en lui-même. Ceci dit, ils sont déjà intervenus en violation complète du droit international à Chypre, donc bon. Pour moi, c'est une fausse bonne nouvelle : la Turquie ne risque pas de couper l'approvisionnement vers les autres rebelles de Syrie, et son action contre l'Etat islamique risque surtout de déplacer une partie du conflit sur son sol. Par ailleurs, à terme, les Turcs vont intervenir contre les milices kurdes (la seule véritable force capable de s'opposer à l'Etat islamique), ce qui risque de déstabiliser la Syrie, la Turquie, mais aussi l'Irakl (et pourquoi pas l'Iran). On a tendance à oublier que c'est le Moyen-Orient, c'est vraiment l'application de la théorie des dominos. Nous l'avons vus : le Liban est au bord de la guerre civile depuis l'intervention du Hezbollah, et il y a eu des combats sur son sol. L'armée turque est certes plus puissante que l'armée libanaise, mais le terrain à la frontière sud de la Turquie est propice à l'existence de mouvements armés pratiquant la guérilla.
  5. Germanicus

    [Iran]

    A noter que ces immunités ont tendance à agacer la population locale et à développer l'antiaméricanisme, et pas seulement en Iran. En Corée du Sud, un fidèle allié de Washington depuis des décennies aussi par exemple. Il y a de nombreuses manifestations dans Séoul il y a une dizaine d'années lorsque deux soldats américains ont renversé en voiture deux écolières. Au Japon aussi, à Okinawa en particulier.
  6. Germanicus

    Daesh

    Quand je lis ça, je ne peux m'empêcher de penser à l'expérience bosniaque. On refait les mêmes erreurs, sauf que là, c'est cent fois pire qu'en Bosnie ... 8000 djihadistes étaient passés par la Bosnie. Pour la Syrie seulement, il y a déjà eu 20 000 djihadistes étrangers tués, donc je n'imagine même pas le nombre de djihadistes étrangers qui ont combattu en Irak ou en Syrie (et aussi en Afghanistan). C'est terrifiant. D'autant que le gars n'a pas l'air de vraiment s'indigner des comportements de l'Etat islamique. Ce qui le "saoule", ce sont les passe-droits et les faveurs, mais pas les crimes de guerre.
  7. Les Kurdes gardent leur objectif en tête, à savoir la création d'un Kurdistan autonome, voire indépendant. Même si l'Etat islamique reste une menace non négligeable pour l'existence même du Kurdistan, ceux-ci ne peuvent plus concentrer suffisamment de troupes pour menacer concrètement. L'échec devant Kobané ou Erbil, et les reconquêtes qui ont suivi (à savoir la jonction entre les deux enclaves kurdes syriennes et la reprise du barrage de Mossoul) ont dû calmer les stratèges de l'Etat islamique. Les Kurdes sont en passe d'obtenir ceux qu'ils veulent : ils ont le contrôle de facto sur le territoire qu'ils revendiquent en Irak et en Syrie. A quoi bon entamer la conquête des territoires arabes sunnites entre les mains de Daech ? Ils sont pragmatiques : les Kurdes ont renforcé leur emprise sur le nord est de l'Irak et de la Syrie, ont récupéré un beau stock d'armes et de munitions et ont gagné le respect de la communauté internationale, alors que dans le même temps, les gouvernements irakiens et syriens sont très affaiblis et seront sans doute incapables de s'opposer à une éventuelle sécession des Kurdes. Il y a des limites humaines et militaires à cette reconquête mais sans aucun doute idéologiques.