Jump to content
AIR-DEFENSE.NET

Wallaby

Members
  • Posts

    17,544
  • Joined

  • Last visited

  • Days Won

    58

Wallaby last won the day on January 21

Wallaby had the most liked content!

Reputation

15,324 Excellent

Profile Information

  • Gender
    Not Telling
  • Pays
    France

Recent Profile Visitors

16,484 profile views
  1. La "FTL" ? C'est à dire ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyrille_de_Moscou En 1965, le futur patriarche entre au séminaire de Léningrad, dont il est diplômé, puis il est admis à l'Académie de théologie, où il obtient un doctorat avec mention cum laude. Il est tonsuré moine le 3 avril 1969 par le métropolite Nicodème Rotov. Il est ensuite très vite ordonné hiérodiacre, puis hiéromoine le 1er juin 1969. À quelle date situes-tu son "émergence" de la Loubianka ?
  2. Je trouve bizarre qu'on puisse envisager que Reznikov continue de faire partie du gouvernement. Soit il est devenu un boulet pour Zelensky, et le plus vraisemblable est qu'il quitte le gouvernement, soit on considère que ce n'est pas le cas, et alors pourquoi ne resterait-il pas à la défense ?
  3. Je ne pense pas que les patriarches successifs aient eux-mêmes "lutté contre le cléricalisme". Ils ont toujours été clercs. Il y a deux phases dans le stalinisme, avant 1941 et après. Avant c'est la lutte contre le clergé, emprisonnements, exécutions, mort au goulag de prêtres, fermetures d'églises. Après c'est l'union sacrée, avec un effort de récupération de la religion dans un but de "grande guerre patriotique". Jusqu'à un certain point il y a une analogie avec "l'union sacrée" française de la première guerre mondiale, où l'on voit l'État français fâché avec Rome (qui n'est pas encore un État : le "Vatican" ne naît qu'en 1929) après la séparation de 1905, reprendre des relations apaisées et les deux Frances, cléricale et anticléricale, mettre de côté leurs différends le temps de la guerre. Dans le cadre de cette récupération, les cadres de l'église ont été mis sous pression pour qu'ils collaborent avec le KGB, avec les méthodes du KGB de mise sous pression des individus. C'est comme en Chine aujourd'hui où les religions sont récupérées par le pouvoir avec des "associations patriotiques" qui tirent les ficelles et les nominations de cadres religieux, avec un choix de personnalités malléables et soumises. Par ailleurs, l'église orientale ne possède pas de tradition de séparation de l'Église et de l'État comme l'occidentale - qui a une longue tradition de papes qui excommunient des rois, ou d'empereurs qui "vont à Canossa". https://fr.wikipedia.org/wiki/Tikhon_de_Moscou En 1922, Lénine ordonne unilatéralement la saisie de tous les biens de l'Église, officiellement comme contribution pour lutter contre la famine qui sévit dans le pays. Le Patriarche accepte la cession de tous les biens non-sacrés, mais proteste contre la saisie des biens sacrés. En conséquence, le Patriarche est accusé d'être un saboteur par le gouvernement communiste, et est pour ce motif incarcéré d'avril 1922 à juin 1923 au monastère Donskoï. Parmi les actes qu'on lui reproche figure sa protestation publique contre la nationalisation des biens de l'Église. Cette persécution a une résonance internationale et est l'objet de plusieurs notes adressées au gouvernement soviétique. Sous la pression des autorités, le patriarche Tikhon publie plusieurs messages aux croyants dans lesquels il dit notamment qu'il n'est « plus ennemi du pouvoir soviétique ». Une analyse textuelle de ces messages montre des similitudes avec un certain nombre de documents sur l'Affaire Tikhon retrouvés au Politburo bolchevique. Malgré sa déclaration de loyauté, il continue à jouir de la confiance de la communauté orthodoxe en Russie. En 1923, il est « déposé » par un concile de la prétendue Église vivante, dirigé en sous-main par les Soviets, qui décrète que « désormais il n'était plus que le simple citoyen Andreï Bellavine ». Cette déposition n'est jamais reconnue comme un acte libre de l'Église orthodoxe russe, et est de ce fait considérée comme nulle. https://en.wikipedia.org/wiki/Patriarch_Sergius_of_Moscow Cherchant à convaincre les autorités soviétiques de mettre fin à la campagne de terreur et de persécution contre l'Église, Serge, agissant en tant que patriarche locum tenens, essaya de trouver des moyens de réconciliation pacifique avec le gouvernement. Le 29 juillet 1927, il a publié sa célèbre déclaration : une lettre encyclique dans laquelle il professe la loyauté absolue de l'Église orthodoxe russe envers l'Union soviétique et les intérêts de son gouvernement. Il y déclarait notamment : Nous devons montrer, non pas en paroles mais en actes, que non seulement ceux qui sont indifférents au christianisme orthodoxe, non seulement ceux qui l'ont trahi, mais aussi ses adhérents les plus zélés, pour qui il est cher comme la vérité et la vie, avec tous ses dogmes et toutes ses traditions, avec toute sa structure canonique et liturgique, peuvent être des citoyens fidèles de l'Union soviétique, loyaux envers le gouvernement soviétique. Nous voulons être orthodoxes et en même temps reconnaître l'Union soviétique comme notre patrie civile, dont les joies et les succès sont nos joies et nos succès et dont les échecs sont nos échecs. Tout coup porté à l'Union, qu'il s'agisse d'une guerre, d'un boycott, d'un désastre social quelconque ou simplement d'un meurtre commis au coin de la rue, comme celui de Varsovie, est reconnu par nous comme un coup porté à nous. Malgré ses promesses selon lesquelles l'Église orthodoxe russe n'interviendrait pas dans les affaires séculières et serait loyale envers l'État, les arrestations et les exécutions du clergé orthodoxe oriental par la GPU et plus tard le NKVD, la destruction des cathédrales, des églises, des icônes, des séminaires orthodoxes orientaux, etc. ont été monnaie courante tout au long des années 1920 et 1930. Avant l'invasion allemande de 1941, il ne restait que 4 évêques dans toute l'URSS qui n'avaient pas été emprisonnés ou exilés. De même, sur les 50 000 prêtres orthodoxes russes de 1918, il n'en restait que 500 en 1935. Ce n'est qu'après l'invasion allemande de l'Union soviétique en 1941 que Joseph Staline commença enfin à réduire la campagne antireligieuse, ayant besoin du soutien moral de l'Église pendant la guerre. Aux premières heures du 5 septembre 1943, Staline rencontre les trois principaux hiérarques de l'Église orthodoxe russe et promet quelques concessions à la religion en échange de leur loyauté et de leur assistance. Parmi ces concessions figuraient l'autorisation d'ouvrir le séminaire et l'académie de théologie de Moscou, la libération de religieux emprisonnés, la restitution de certains biens de l'église, dont la célèbre Laure Troitse-Sergiyeva. En contrepartie, le gouvernement soviétique a placé l'Église sous le contrôle de ses services secrets.
  4. C'est le genre d'énoncé qui annonce la mort de la démocratie. Il annonce au contraire un régime où il n'y a pas d'opposition légitime (l'opposition "de sa majesté" en Angleterre) dont les arguments peuvent et doivent être réfutés par des réfutations qui se sentent suffisamment fortes pour accepter le challenge. Il n'y a ainsi plus qu'une seule posture possible qui est l'encensement de l'orthodoxie officielle. On peut y voir l'effet de la fin de la dissertation en trois parties : thèse, antithèse, synthèse. Aujourd'hui il n'y a plus de discours que du type disque rayé, qui bouclent sur eux-mêmes : thèse, thèse, thèse. Il n'y a plus d'antithèse, ou d'objection qui mérite d'être soulevée, dont on écoute les arguments. On saute à la conclusion. On juge sans instruire. Sans comprendre. La compréhension est suspecte. L'anti-intellectualisme règne. On sort de la philosophie des lumières et on s'enfonce dans des temps obscurs.
  5. https://www.nytimes.com/2023/02/05/opinion/doctors-universal-health-care.html Selon un rapport, pour la seule année 2021, environ 117 000 médecins ont quitté le marché du travail, tandis que moins de 40 000 l'ont rejoint. Cela a aggravé une pénurie chronique de médecins, laissant de nombreux hôpitaux et cliniques en difficulté. Et la situation ne peut qu'empirer. Un médecin sur cinq envisage de quitter la profession dans les années à venir. Ce qui épuise les travailleurs de la santé, ce ne sont pas tant les conditions exténuantes dans lesquelles nous exerçons que la perte de confiance dans les systèmes pour lesquels nous travaillons. Ce qui a été identifié comme un burnout professionnel est le symptôme d'un effondrement plus profond. Nous assistons à la mort lente de l'idéologie médicale américaine. Un cinquième des médecins ont déclaré connaître un collègue qui avait envisagé, tenté ou s'était suicidé au cours de la seule première année de la pandémie. Selon une enquête du New York Times, des hôpitaux de bienfaisance apparemment sans but lucratif ont illégalement endetté des patients pauvres pour avoir reçu des soins auxquels ils avaient droit gratuitement et ont exploité des incitations fiscales destinées à promouvoir les soins aux communautés pauvres pour réaliser de gros bénéfices. Les hôpitaux manquent délibérément de personnel et réduisent les soins aux patients, alors qu'ils disposent de milliards de dollars de réserves de liquidités. Rien de tout cela n'est nouveau, mais il est de plus en plus difficile d'ignorer le sentiment qu'ont les médecins de notre complicité à faire passer les profits avant les personnes. Nos institutions de soins de santé, telles qu'elles existent aujourd'hui, font partie du problème plutôt que de la solution.
  6. Les politiques natalistes sont efficaces : https://asia.nikkei.com/Opinion/Japan-s-successes-in-boosting-birthrates-should-not-be-overlooked (6 février 2023) Au cours de la dernière décennie, le gouvernement a rapidement étendu et amélioré les prestations de congé parental, de sorte que les nouvelles mères peuvent recevoir de 50 % à 67 % de leur salaire normal pendant leur congé, contre seulement 25 % en 2000. Le gouvernement a également augmenté le taux d'utilisation du congé parental chez les hommes, de sorte que la part des nouveaux pères prenant un congé est passée de 1,4 % en 2010 à 12,7 % en 2020. Ces efforts visant à encourager la participation des hommes à l'éducation des enfants et à permettre aux femmes de reprendre leur travail après l'accouchement ont contribué à une augmentation du taux de natalité, qui est passé d'un minimum de 1,26 en 2005 à 1,4 et plus dans les années 2010. Ou pas : Les trois dernières années ont malheureusement presque effacé les succès des années 2010. Le taux de fécondité a baissé en 2020 et à nouveau les années suivantes, pour atteindre 1,27 en 2022, à peine un poil au-dessus du précédent plancher de 2005. Cette baisse récente est imputable à la pandémie de COVID-19, à la hausse de l'inflation, qui a réduit les salaires réels, et à l'insécurité géopolitique engendrée par la guerre en Ukraine. Ces problèmes ne sont pas spécifiques au Japon.
  7. https://www.lepoint.fr/medias/soupcons-d-ingerence-exterieure-a-bfmtv-une-enquete-interne-est-ouverte-03-02-2023-2507279_260.php BFMTV, première chaîne d'info de France, a ouvert une enquête interne à la suite de soupçons visant un présentateur, dont certains sujets pourraient avoir subi une influence extérieure.
  8. https://www.francetvinfo.fr/monde/chine/reportage-menage-dans-le-milieu-de-la-nuit-a-pekin-il-n-y-aura-plus-de-pole-dance-avec-les-filles-dans-les-bars-du-quartier-de-sanlitun_5641592.html (5 février 2023) Dans le cadre d’un vaste processus de gentrification engagé depuis plusieurs années dans la capitale chinoise, la décision a été prise de fermer un endroit légendaire de Pékin : les bars de nuit du quartier branché de Sanlitun.
  9. https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_point_bleu_pâle Regardez encore ce point. C'est ici. C'est notre foyer. C'est nous. Sur lui tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu, ont vécu leur vie. Tous les jeunes couples d'amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants pleins d'espoir, tous les saints et pécheurs de l'histoire de notre espèce ont vécu ici — sur un grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil. Comme ils peinent à s'entendre, comme ils sont prompts à s'entre-tuer, comme leurs haines sont ferventes ! L'importance que nous nous imaginons avoir, l'illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l'univers, sont mises en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans toute cette immensité, il n'y a aucun signe qu'une aide viendra d'ailleurs nous sauver de nous-mêmes. Carl Sagan, 1994
  10. En fait non : https://www.independent.co.uk/news/business/uk-recession-economy-g7-imf-warning-b2272434.html (31 janvier 2023) L'économie britannique enregistrera la pire performance de toutes les économies du G7, passant même en dessous de la Russie. Dans sa dernière mise à jour, le Fonds monétaire international (FMI) a une nouvelle fois revu à la baisse ses prévisions pour le Royaume-Uni, prévoyant une contraction de 0,6 % contre une croissance de 0,3 % en octobre dernier. L'économiste en chef du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas, a expliqué que trois facteurs principaux motivent les perspectives économiques du Royaume-Uni. Il a déclaré : "Premièrement, il y a l'exposition au gaz naturel... nous avons eu une très forte augmentation des prix de l'énergie au Royaume-Uni. Une part plus importante de l'énergie provient du gaz naturel, avec une répercussion plus importante sur les consommateurs finaux. "Les niveaux d'emploi au Royaume-Uni n'ont pas non plus retrouvé leur niveau d'avant la pandémie. C'est une situation où vous avez un marché du travail très, très serré, mais vous avez une économie qui n'a pas réabsorbé dans l'emploi autant de personnes qu'avant. Cela signifie qu'il y a moins de rendement, moins de production. "Troisièmement, il y a un resserrement monétaire très marqué parce que l'inflation a été très élevée, c'est un effet secondaire de cette forte répercussion des prix de l'énergie.
  11. https://www.nytimes.com/2023/01/31/world/europe/russias-economic-growth-suggests-western-sanctions-are-having-a-limited-impact.html La résilience de l'économie russe contribue à alimenter la croissance mondiale, selon un nouveau rapport du Fonds monétaire international, suggérant que les efforts des nations occidentales pour affaiblir Moscou en raison de sa guerre en Ukraine semblent s'essouffler. Dans un rapport publié lundi, le F.M.I. prévoit que la production russe augmentera de 0,3 % cette année et de 2,1 % l'année prochaine, défiant les prévisions antérieures d'une forte contraction en 2023 dans un contexte de sanctions occidentales.
  12. https://www.nytimes.com/2023/02/03/opinion/free-speech-stanford.html Elimination of Harmful Language Initiative [était] une tentative d'un comité de responsables informatiques de l'université de Stanford d'interdire 161 mots et expressions courants. La situation s'est avérée particulièrement sombre en décembre, lorsque l'internet a découvert le document dystopique de 13 pages intitulé "Initiative pour l'élimination du langage nuisible". Sorte de livre blanc sur l'illibéralisme contemporain, ce document énumère 161 expressions interdites, divisées en catégories de transgression, dont "la personne d'abord", "le racisme institutionnalisé" et le "langage imprécis", qui manque cruellement d'ironie. Avant de vous énerver, sachez ceci : Un webmaster a désactivé le site et le programme a été interrompu pour être réévalué. Le mois dernier, dans un geste de clarté bienvenu, Marc Tessier-Lavigne, président de Stanford, a déclaré que la réglementation, fruit du travail d'un comité restreint de responsables informatiques, n'avait jamais été conçue comme une réglementation applicable à l'ensemble de l'université et a réaffirmé l'engagement de l'école en faveur de la liberté d'expression.
  13. Les trois orientations principales envers la Russie : L’attitude russophobe s’appuie sur la vision d’une Russie dominatrice, quasi irrémédiablement « archaïque » et brutale, censée avoir hérité de la tyrannie des khans tatars. Son retard économique par rapport à l’Occident à partir du siècle des Lumières ayant nourri pareille conception. Pour de nombreux conservateurs polonais, l’État russe était marqué par l’instabilité, ce qui les poussait à rechercher des alliances à l’Ouest, sentiment que la Révolution russe allait exacerber. Beaucoup de progressistes ont aussi souscrit, de leur côté, à la représentation d’une Pologne plus développée et plus civilisée, qui avait donc pour rôle, voire pour mission d’apporter à l’Est le progrès technique et culturel originaire d’Occident en aidant les « petites » nations à casser définitivement le « despotisme asiatique » édifié d’abord par les tsars puis par les soviets. Une attitude condescendante et méfiante qui a rejailli après 1989 tant parmi les adeptes de l’ultra-libéralisme que chez beaucoup de ceux qu’on appelle à tort les « ex-communistes » et qui considèrent désormais, à l’image de certains marxistes de la fin du XIXe siècle, que plus une société est proche géographiquement, sentimentalement, culturellement, voire militairement des grandes puissances occidentales, plus elle est proche du progrès. C’est contre cette représentation que s’est structuré le nationalisme ethnique polonais qui est avant tout anti-allemand. Ce courant n’a pas en général pas renoncé à considérer la Russie comme un pays archaïque ou même barbare, mais comme le péril allemand menaçait l’économie et la société polonaises, il a estimé que la Russie plus « faible » constituait un contrepoids moins contraignant et un espace en friche assurant des débouchés à la Pologne. Les nationalistes ont donc prôné un rapprochement politique avec l’État russe, y compris après la Révolution d’Octobre, malgré leur catholicisme et leur anticommunisme. On a pu déceler chez certains d’entre eux des marques de sensibilité slavophile mais ces partisans d’une alliance avec la Russie ou l’URSS ont plutôt justifié leur choix par des calculs stratégiques et économiques. Avant 1939, c’est à droite que se retrouvait cette approche géopolitique mais de nombreux communistes en reprirent en partie l’argumentation au cours de la Seconde Guerre mondiale pour légitimer ensuite l’intégration de la Pologne à la « communauté socialiste » autour de l’URSS. Face à ces deux orientations géopolitiques bien construites, demeure une sensibilité « slavophile » et « populiste » assez répandue dans la population mais qui s’est faiblement cristallisée dans une pensée élaborée. La longue cohabitation et les nombreux contacts humains, culturels, économiques, politiques qui se sont développés entre Polonais et Russes entre 1795 et 1915, puis au cours de la Seconde Guerre mondiale et malgré les freins administratifs après 1945 comme depuis 1989, ont contribué à rééquilibrer l’influence de ceux qui veulent voir dans la Russie un « bloc » caractérisé par la brutalité, l’autoritarisme et l’archaïsme. La culture polonaise a subi de fortes influences slavo-byzantines, ce qui a tendance à promouvoir une vision positive du peuple russe ou de ses élites intellectuelles. Déjà à l’époque tsariste, la Russie apparaissait comme un pays plus tenté d’accorder une place reconnue à sa composante populaire alors que la culture polonaise semblait plus marquée par les valeurs aristocratiques. Une sensibilité qui explique la relative russophilie que l’on a rencontré dans certaines franges du mouvement agrarien ou au sein du mouvement communiste. L’autoritarisme et la brutalité dont ont fait preuve les tsars puis le pouvoir stalinien n’a pas empêché beaucoup de Polonais de constater le potentiel créatif de la société russe et la violence dont elle était victime au même degré que les autres sujets de l’empire. Un sentiment qui permet à de nombreux Polonais de trouver chez les Russes une nation proche par la sensibilité, les expériences, les rapports quotidiens, la langue, la forme de religiosité, la propension à l’égalitarisme et la vie intellectuelle. Pour Jaruzelski en particulier, malgré ses origines nobiliaires (ou à cause d’elles ?), c’est la prise de conscience des faiblesses de la structure sociale polonaise traditionnelle, sa découverte du dynamisme engendré par la Révolution bolchevique et démontré au cours de la Seconde Guerre mondiale, sa certitude que la Pologne ne pouvait être reconstruite qu’avec l’appui de son voisin de l’Est qui l’ont amené à la conclusion qu’il lui fallait, malgré les souffrances extrêmes qu’il avait enduré avec sa famille en URSS, renoncer à la russophobie et à la soviétophobie dans laquelle il avait été élevé. Les Polonais savent aussi dans leur majorité qu’ils ont un intérêt économique à maintenir des frontières ouvertes avec la CEI, ce qui va d’ailleurs à l’encontre des clauses du traité de Schengen. La propagation d’une vision russophobe a servi à légitimer en bloc la libéralisation politique et économique, l’adhésion à l’OTAN, les privatisations, le démantèlement des acquis sociaux, toutes choses qui n’ont pas séduit tous les Polonais. Certes, les politiques qui ont été mises en œuvre depuis 1989 s’appuyaient sur un authentique sentiment de frustration lié aux souffrances que nombre d’entre eux avaient subi et qu’ils ne pouvaient pas, auparavant, aborder publiquement. Mais tous, y compris ceux qui avaient souffert sous le stalinisme, n’ont pas tiré de leurs contacts avec les Russes et autres Soviétiques une vision unilatérale. La différence fondamentale entre les camps nazis et le goulag apparaît précisément dans le fait que bien évidemment pas un Polonais n’est devenu nazi dans les camps allemands tandis que certains communistes le sont restés malgré leur déportation au Goulag et que l’on connaît des cas assez nombreux de personnes devenues communistes en URSS. La vision nationaliste d’avant 1945, en grande partie véhiculée par certains secteurs de l’Église catholique, reste marquée par la délégitimation dont elle a été l’objet pendant le « socialisme réel » et l’impossibilité de se référer ouvertement à son concepteur, Roman Dmowski, qui, tout en prônant avec conséquence un rapprochement avec Moscou, exprimait une germanophobie et un antisémitisme aujourd’hui inacceptables pour tout démocrate. Les groupes de soutien à l’indépendance de la Tchétchénie sont (...) particulièrement actifs en Pologne. Peu de Polonais le savent en revanche, Poutine a déclaré lors d’une réunion des ambassadeurs russes que le rapprochement avec l’UE et la Pologne constituait la priorité de sa politique étrangère. Et c’est par référence à ce discours que le vice-président de l’Association pour la coopération euro-atlantique, Vadim Zagladine, pouvait, en conscience de l’influence des facteurs historiques, noter : « Les cultures européennes, principalement celles de France, d’Allemagne et de Pologne, ont apporté une contribution majeure au développement de la culture russe ». En soulignant plus loin que l’adhésion des pays d’Europe centrale à l’OTAN ne devait pas empêcher la Russie de chercher à s’en faire des alliés. Les Polonais ont retenu du bombardement du parlement russe en 1993 moins son caractère pro-occidental et pro-libéral que ses traits brutaux et inconstitutionnels. Ce qui a permis de rejeter sur la seule société russe une évolution bénéficiant alors de l’appui actif des États-Unis. Une partie des produits agricoles et textiles est écoulée en Russie. La Pologne en importe la quasi-totalité de ses hydrocarbures, ce qui crée une dépendance, mais elle découvre aussi qu’elle occupe une fonction cruciale dans les exportations russes vers l’Europe occidentale. Plusieurs secteurs de son économie informelle vivent des contacts avec la Russie, en particulier avec Kaliningrad, ce qui permet à de très nombreux Polonais de vivoter, phénomène non négligeable dans un pays où le taux de chômage frôle les 18 % en 2002. De nombreuses firmes occidentales (Colgate, Pepsico, Fritolay, Nutricia, etc.) emploient à Moscou des « managers » polonais considérés comme plus capables de comprendre « le marché russe », donc pas tout à fait des étrangers comme les autres en Russie .
  14. La russophobie polonaise se nourrit de partialité : https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2003-3-page-214.htm (2003) Si, depuis 1989, comme cela avait déjà été le cas après 1918, on rappelle souvent dans les médias polonais les partages de la Pologne, la répression par l’État russe des insurrections nationales du XIXe siècle, la guerre polono-soviétique de 1919-1921, les conséquences humaines du pacte Ribbentrop-Molotov ou le caractère limité de la souveraineté de l’État polonais de 1945 à 1989, on néglige de mentionner l’occupation de Moscou par les armées polonaises au XVIe siècle, le rôle des nobles polonisés dans la marginalisation croissante des orthodoxes et de la paysannerie, l’expansionnisme polonais en Ukraine en 1920 ou le rapprochement polono-allemand de 1934. Une vision unilatérale qui contribue à enraciner de part et d’autre la méfiance entre les deux sociétés. D’autres pages du passé aujourd’hui méconnu montreraient aussi à quel point les Polonais ont dans les faits une attitude ambivalente à l’égard de la Russie : les partages de la Pologne furent salués par une grande partie des magnats polonais ; la réintroduction de la censure à Varsovie après 1815 répondait à des demandes au tsar du clergé polonais qui constatait un développement de l’anticléricalisme. Au moment de l’insurrection nationale de 1863, il y avait plus de Polonais employés dans l’administration russe qu’il n’y avait d’insurgés. Durant la révolution de 1905-1906, le prolétariat et beaucoup de paysans polonais manifestèrent massivement dans le sang leur solidarité avec les révolutionnaires russes. En 1914, le passage à Varsovie de l’armée du tsar donna lieu à des scènes de liesse après la messe dite par l’archevêque catholique pour bénir l’armée russe. Si la guerre polono-soviétique de 1919-1921 a démontré la vigueur du sentiment indépendantiste en Pologne, on ne doit pas oublier pour autant qu’un nombre important de Polonais se sont battus dans l’armée rouge et que l’imagerie d’une mobilisation complète de la population à l’été 1920 ne correspond qu’en partie seulement à la réalité. Les maréchaux Józef Poniatowski ou Józef Pilsudski ne peuvent en toute objectivité historique faire oublier d’autres Polonais comme le dirigeant bolchevik Feliks Dzierzynski ou le maréchal soviétique Konstancin Rokossowski. Et si le socialisme « à la sauce tartare » a provoqué de très nombreuses réticences en Pologne, il n’en a pas moins suscité des appuis multiples et durables, y compris dans des milieux où on ne s’y attend pas. Lors du soixantième anniversaire de la Révolution d’Octobre, l’archevêque primat de Pologne, [le cardinal] Stefan Wyszyński, connu pour son appui à l’alliance soviétique qui permettait de contrecarrer le retour de l’Allemagne, déclarait : « les éléments communautaires, communistes, égalitaires de cette révolution constituent un apport durable pour le patrimoine de la culture universelle. Elle a enrichi son développement, lui a apporté des impulsions positive ». Aujourd’hui [2003], un sondage d’opinion donne 40 % des Polonais qui disent que les gouvernements du « socialisme réel » étaient bons contre 35 % qui les considèrent comme mauvais. L’attitude des Polonais envers ce que la Russie et l’URSS leur ont apporté dans l’histoire est donc complexe et mérite d’être étudiée avec un regard moins marqué par les effets de la conjoncture. La Pologne et le monde slavo-byzantin Les États polonais et russe ne sont en fait voisins que depuis la fin de la domination tatare à Moscou. Auparavant, la Pologne était en contact avec la Ruthénie de Kiev dont le démembrement a entraîné une rivalité entre la Lituanie, la Pologne puis la principauté de Moscou qui voulait s’assurer le contrôle de ce territoire. La rivalité entre ces trois pôles cherchant à reconstituer un pouvoir étatique en Ruthénie entraîna le développement de deux nationalités « intermédiaires », biélorussienne et ukrainienne, situées entre la Pologne et la Russie moscovite. En conséquence, si les États polonais et russe se touchent depuis le XVIe siècle, les populations polonaises ne sont des voisins directs des populations russes que depuis la création en Prusse de l’oblast de Kaliningrad en 1945. Quelques aspects de l’histoire nous permettent de mieux saisir l’attitude « compréhensive » manifestée par les Polonais envers le monde slavo-byzantin, un sentiment qui allait se reporter sur la Russie puis l’Union soviétique. C’est ainsi, par exemple, que depuis le Moyen Âge, les mariages entre familles catholiques et orthodoxes étaient fréquents, que des architectes « latins » pouvaient participer à la construction d’églises orthodoxes (Halitch, Perejaslav, Vladimir, etc.) ou des « Grecs » décorer les églises catholiques (Cathédrale de Cracovie, Wiślica, Lublin, etc.). La langue russienne fut langue de cour à Cracovie sous Ladislas Jagellon et le culte catholique a été fortement influencé par la religiosité et le culte des icônes, ce dont témoigne tout particulièrement le culte « patriotique » de l’icône de la Vierge noire de Częstochowa peinte en Ruthénie orthodoxe. Si certains Polonais ont en conséquence refusé de devenir des sujets du tsar, d’autres ont assidûment fréquenté la cour de Saint-Pétersbourg et un des plus grands patriotes polonais, le prince Adam Czartoryski, fut à la fois un des grands protecteurs de la culture polonaise dans l’empire russe et ministre des Affaires étrangères d’Alexandre Ier avant de rompre avec la Russie de Nicolas Ier. C’est d’ailleurs cette ambivalence qui explique pourquoi, dès avant 1795, il existait à Varsovie, un, voire deux partis pro-russes alors que les Prussiens n’étaient pas réellement parvenus à susciter un courant qui leur soit favorable. Voilà encore pourquoi l’État russe voulut à plusieurs reprises faire de la Pologne un État vassalisé tandis que la Prusse puis le Reich allemand préféraient le voir disparaître.
×
×
  • Create New...