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Effectivement, il est illusoire de penser que cela puisse être enrayé, même si diverses mesures, comme celles proposées, peuvent en réduire l'occurrence ou la portée. Il faut bien comprendre qu'un processus d'influence et de propagande ne fonctionne que parce qu'il y a de l'information: on utilise l'information, on la cache pour la diffuser à un moment donné, on insinue des choses qui pourraient s'avérer vraies, etc. Contrairement à ce qu'on pense souvent, la propagande marche non pas parce qu'il n'y a pas d'info, mais parce qu'elle les exploite. Si on veut lutter contre l'influence de ce type, il faudrait purement et simplement supprimer la production et la diffusion d'informations pour ne donner aucune prise à ces campagnes, ce qui est évidemment totalement inenvisageable dans des démocraties libérales, et même dans des régimes autoritaires.

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Désolé, je manque de temps pour répondre a tous les points, mais je le ferais... un jour (je garde un onglet par post a répondre...j'en suis a une centaine ! )

En attendant, voilà une étude très intéressante sur les "tainted leaks" (cad la manipulation d'opinion via insertion de faux documents dans des fuites), comme c'est arrivé au DNC, guccifer, a Macron, etc.

Schneier (et d'autres) avaient théorisé cette possibilité, et on commence a voir les cas pratiques depuis l'année dernière (élection, etc)
https://www.theatlantic.com/technology/archive/2016/09/hacking-forgeries/499775/

On le sait, rien ne garanti que les documents fuités soient authentiques, sauf la "réputation" du "fuiteur" (canard enchaîné, wikileaks, etc).

Et typiquement l'immense majorité des documents est authentique, et seuls quelques-uns ont été manipulés dans un but précis.

Une université canadienne a fait le travail immense de faire l'anatomie d'une fuite  : cataloguer tous les documents et détecter lesquels ont été altérés et dans quel objectif.

https://citizenlab.org/2017/05/tainted-leaks-disinformation-phish/

Le travail semble sérieux, (et la fuite est mineure, et porte peu a polémique :  David Satter un journaliste en contact avec des dissidents russes, et dont les emails modifiés ont été utilisés comme preuve a charge contre les dissidents ).L'étude est complète (du piratage par phishing , a la diffusion des fuites bidonnées par CyberBerkut et dcleak et RIA). Pour cette fuite, les emails ont été légèrement altérés pour renforcer la thèse d'une large conspiration (de type Soros/révolution de couleur).

Révélation

 


CaseOfDavidSatter_Option2.png


 

En extra bonus, ils ont obtenu la liste complète des cibles de ce groupe de phishing (via une faille du raccourcisseur d'URL). Et vu les cibles, on voit que la motivation du donneur d'ordre n'est pas crapuleuse, plutôt étatique (grosse proportion  de gouvernement, militaire, journaliste, dissident,d'universitaire, etc)

Révélation

Target-Types-2.png

Données insérées dans les emails

Révélation

Article-subject-topics-1.png

 

Ils ne font pas d'attribution (pas les moyens techniques  de bien  le faire), après le modus operandi et les cibles se recoupent avec les Fancy bear et autres.

Fortement recommandé

Edited by rogue0
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Addendum

Comment savoir si les documents ont été bidonnés ou pas  ? 

En plus de demander a l'auteur, certains documents ont été fuités 2 fois par 2 groupes differents :  dcleaks a fuité l'original, cyberberkut a fuité le modifié (facepalm)

Je suis sur d'avoir déjà posté l'article mais bon :  

https://foreignpolicy.com/2016/08/22/turns-out-you-cant-trust-russian-hackers-anymore/

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Quand je parlais des réponses traditionnelles complètement inadaptées.

La commission de contrôle des élections saisit la justice suite aux interférences (sondage fuité, leaks, fake news) des élections françaises... 1 mois après

https://m.nextinpact.com/news/104438-macronleaks-fake-news-diffusion-resultats-cnccep-saisit-justice.htm

Edit  :  je suis un peu vache

Ils ont bien réagit 2h après les"macronleaks" avec le rappel de la période de couvre feu

Edited by rogue0

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Disclaimer: l'article provient sans doute d'un media d'opposition russe

Un aperçu de la vie à l'intérieur de RT (ex Russia Today), et comment il fonctionne (recrutement des pigistes, la ligne éditoriale, et la main ferme du management...)

Et accessoirement, pourquoi il y a si peu de fuites ou d'ex-employés qui en parlent depuis la Crimée : à priori non, il n'y a pas eu exportation massive de polonium :dry:, juste des clauses "anti diffamation" à 50 000$ ...

https://themoscowtimes.com/articles/welcome-to-the-machine-inside-the-secretive-world-of-rt-58132

 

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Posté ici,mais concerne plutôt la lutte contre les fake news

Un américain était père d'un petit garçon victime d'un des innombrables school shootings.

Il est tombé sur une de ces innombrables repaires conspirationnistes/ alt right / fake news (rayer la mention inutile), dont l'opinion s'étalait de "c'est une conspiration du gouvernement" a "les enfants ne sont pas morts" (sic...)

Le père a tout tenté pour dialoguer et les raisonner:  photos et certificats de décès, discussion online ou physique, etc. Sans succès.

Quand c'en est arrivé au stade "votre gamin est un fake qui n'a jamais existé" , il a vu rouge et est passé au judiciaire. Bizarrement c'est plus efficace...

https://www.thetrace.org/2015/12/sandy-hook-mass-shooting-hoaxers/amp/

Dur combat, et ce n'est pas une méthode très utilisable par les autorités (cri de censure). Mais si les victimes en ont la force, c'est efficace et inattaquable.

Taper le financement des réseaux de fake news est une autre idée a creuser... (Pour éviter d' émuler la censure d'autres pays ou de faire payer les messages.)

(Edit  :  dire qu'il y a 10 ans, je pensais que infowars et cie étaient des defouloirs bénins et occasionnellement utiles)

Edited by rogue0
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Le 23/05/2017 à 10:03, Bat a dit :

D’autre part, il faudrait recontextualiser ce discours russe dans le paysage médiatique russe (interne et externe) en général, à savoir un paysage étroitement contrôlé par le gouvernement (avec le harcèlement ou la fermeture de la plupart des médias indépendants et le renforcement du contrôle étatique sur la ligne éditoriale des autres), et qui —en essayant de ne pas trop caricaturer— se caractérise globalement (au niveau de la télévision et des médias populaires, du moins) par le « n’importe quoi » sur à peu près tous les sujets, et pas uniquement les relations tendues avec l’Occident. (Pour être concret, les médias russes disent peut-être un peu n’importe quoi sur le MH17, mais ils disent autant sinon plus n’importe quoi sur les missions Apollo, l’homosexualité, les pyramides d’Egypte ou le régime végétarien. Sputnik est, sur ce plan, très intéressant à lire.) Les médias populaires russes, ce sont des tabloïds télévisés, c’est la rubrique insolite/buzz de Yahoo! puissance 10 mâtiné d’un peu de Gorafi (avec un vrai humour), tant sur les sujets de géopolitique que les faits divers ou les faits de société: de l’anecdotique, de l’étrange, des images spectaculaire et de l’inquiétant dans un contexte de nationalisme assumé. C’est important à prendre en compte parce qu’on ne peut pas comprendre pourquoi le récit du Kremlin sur les relations avec l’Occident menaçant fonctionne si on ne le situe pas dans ce contexte d’incertitude, de relativisme et de  faillite morale qui caractériserait le monde. Et l’une laimente l’autre: le Kremlin a sa stratégie de communication, mais celle-ci doit aussi composer avec ce paysage médiatique et ses façons de faire, de mettre en récit, de spectaculariser le moindre fait divers plus ou moins douteux. Poutine n’est pas tant le héros qui s’oppose aux velléités américano-européennes de détruire la Russie que l’élément principal de stabilité, par défaut, dans un monde présenté comme étrange, bizarre, parfois peu compréhensible et largement inquiétant. (À noter que nos médias réputés libres, en particulier populaires, fonctionnent aussi parfois sur la même logique, comme pour légitimiser —sans doute inconsciemment— une supposée supériorité occidentale sur différentes questions.)

Merci pour tes lumières (* au fait, la contextualisation est une déformation professionnelle ou une habitude perso ? Si c'est le second, ça me rappelle une savante folle de Nadesico :tongue:) .

Je reposte ici un article usa qui te rejoint sur le contexte russe (commérage, kompromat, agents freelance du chaos qui se marchent parfois sur les pieds)

http://www.tabletmag.com/jewish-news-and-politics/237266/trump-dossier-russia-putin

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Piqûre de rappel sur des opérations passées du KGB de désinformation et d'infowar (muté en orchestration de fake news depuis)  :

* les rumeurs d'assassinat de kennnedy et luther king  par la cia, c'est le kgb

* la rumeur sur le virus du sida comme un programme biowar US, c'est le projet Infektion du KGB... Qui leur revient droit a la figure quand ils ont besoin de l'aide USA pour traiter les malades du SIDA

https://amp.theguardian.com/science/blog/2017/jun/14/russian-fake-news-is-not-new-soviet-aids-propaganda-cost-countless-lives

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Pour le Sida, utilisation d'est allemands pour diffusé les ''infos''.

Cela a fait hurler le président de l'académie des sciences soviétique médicales et d'autres chercheurs qui a incité Gorbatchev a faire stoppé l'opération.

Tiens on n'en parle pas ici :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Opération_INFEKTION

Edited by collectionneur
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Reposté du fil SR

Retrospective a confirmer des efforts passés du NKVD pour acquérir des journaux pour propager leurs propagande d'époque, et recruter des politiciens a leur cause.

 

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Il y a 7 heures, rogue0 a dit :

Piqûre de rappel sur des opérations passées du KGB de désinformation et d'infowar (muté en orchestration de fake news depuis)  :

- Les faux groupes néo-nazis qui revivaient à l'Ouest dans les années 50-60 : https://fr.wikipedia.org/wiki/André-Marie_Trémeaud

- La fausse "annexe Westmoreland" à un manuel militaire de contre-insurrection, qui listait comme technique de commettre des attentats et de les attribuer à des groupes de gauche pour engendrer une réaction des autorités locales. Dénoncé comme un faux dès 1980, il a quand même été cité dans les rapports de deux commissions parlementaires sur Gladio dans les années 90... https://en.wikipedia.org/wiki/U.S._Army_Field_Manual_30-31B

- Certaines théories que le KAL 007 était utilisé dans une opération d'espionnage : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vol_007_Korean_Air_Lines#Accusations_de_d.C3.A9sinformation (le coup de la navette Challenger je l'ai re-croisé dans des trucs publiés lors de la mode Echelon fin années 90)

- Le bouquin d'Andrew & Mitrokhine doit avoir d'autres exemples : http://cestpassecretcestdisret.blogspot.fr/2016/12/hillary-will-start-world-war-iii.html

Edited by Rob1
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- une campagne "Berlin-Ouest nid d'espions" fin années 50 à l'époque où les Soviétiques espéraient pousser l'Ouest à abandonner la ville. Campagne contre-carrée par la CIA grâce à ce qu'elle en savait sur les activités des services de l'Est (Battleground Berlin de Murphy-Kondrashev-Bailey)

- je crois qu'Andrew a parlé des histoires montées par le KGB pour justifier l'intervention de Prague

- la compagnie allemande OTRAG accusée d'être un repaire de nazis / fournisseurs de missiles aux Sud-Africains / génocideurs de Zaïrois http://www.jamesoberg.com/81JAN-ss-otrag.PDF

- en Europe de l'Ouest fin 1970s contre la "bombe à neutrons" puis contre les euromissiles, quoique là l'influence du KGB n'a pas dû être grande

- la désinformation qui déclencha l'intervention soviétique en Afghanistan : l'URSS n'a pas aimé le coup d'Etat d'Amin contre Taraki, et circula des rumeurs qu'il était un agent de la CIA. Quand Amin a eu des rencontres avec des diplomates US, le KGB s'est mis à croire ses propres rumeurs -> auto-intoxication ou blowback (retour de flamme) (Ghost Wars de Steve Coll)

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Le 19/06/2017 à 10:13, rogue0 a dit :

Piqûre de rappel sur des opérations passées du KGB de désinformation et d'infowar (muté en orchestration de fake news depuis)  :

* les rumeurs d'assassinat de kennnedy et luther king  par la cia, c'est le kgb

* la rumeur sur le virus du sida comme un programme biowar US, c'est le projet Infektion du KGB... Qui leur revient droit a la figure quand ils ont besoin de l'aide USA pour traiter les malades du SIDA

https://amp.theguardian.com/science/blog/2017/jun/14/russian-fake-news-is-not-new-soviet-aids-propaganda-cost-countless-lives

Je ne connaissais pas INFEKTION.

 J’avais  rencontré  un homme en 198x qui était persuadé que le SIDA était une arme made in USA contre les Africains et les homos. J’avais essayé de lui expliquer que faire des hybrides de virus  n’était pas possible à cette époque. Le virus HTLV était une découverte Américaine vraiment  récente. Pourquoi choisir ce virus Américain et que lui n’est pas dangereux ? Alors que d’autres  virus  plus connu sont mortels de base et sont plus facile à travailler avec. Utiliser le HTLV voulait dire  laisser un slogan « Made in USA » sur le SIDA. Personne à la CIA n’a intérêt à faire circuler dans la nature un virus  « Made in USA ». Sauf le KGB.

 

Je n'avais pas réussi à convaincre l'homme totalement

Edited by Marcus
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Sinon, encore plus ''historique'', le fameux protocole de Sion par les services du Tsar qui fait toujours des dégâts plus d'un siècle après. Je me suis engueulé avec des collègues de travail sur le sujet :(

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Citation

Des "bots" russes sur les réseaux sociaux manipulent l'opinion mondiale

Une vague de "propagande" numérique, venant essentiellement de Russie via des programmes informatiques autonomes ("bots"), diffuse des informations erronées pour manipuler l'opinion publique dans le monde entier, selon une étude britannique présentée à Washington.

Cette étude de l'Université d'Oxford porte sur l'utilisation des "bots" sur les réseaux sociaux pour influencer la politique dans neuf pays: le Brésil, le Canada, la Chine, l'Allemagne, la Pologne, Taïwan, la Russie, l'Ukraine et les Etats-Unis. "La propagande par ordinateur est l'un des nouveaux outils les plus puissants contre la démocratie", écrivent les directeurs de l'étude, Philip Howard et Samuel Woolley.

"Il y a un immeuble à Saint-Pétersbourg (nord-ouest de la Russie) avec des centaines d'employés et des millions de dollars de budget dont la mission est de manipuler l'opinion publique" dans un certain nombre de pays, a détaillé Philip Howard mardi, lors d'une présentation à la presse. Les techniques russes consistent par exemple à diffuser de "multiples" publications "contradictoires", a poursuivi M. Howard. "Il s'agit de semer la confusion. Il ne s'agit pas forcément de diffuser de fausses informations mais de rendre les gens tellement indifférents à la politique qu'ils n'ont plus envie de s'engager", a poursuivi Samuel Woolley. (...)

Suite: https://www.rtbf.be/info/medias/detail_des-bots-russes-sur-les-reseaux-sociaux-manipulent-l-opinion-mondiale?id=9639662&utm_source=rtbfinfo&utm_campaign=social_share&utm_medium=twitter_share

Le site du projet de recherche: https://www.oii.ox.ac.uk/research/projects/computational-propaganda/

Edited by Bat
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"Vieil" article révélateur sur l'économie des sites putaclick et fake news qui a brièvement enrichi ... Une petite ville de Macédoine.

Ils s'étaient massivement mis sur le créneau Trumpien, car ce public rapporte bien plus en monétisation de click (les partisans de Bernie ne seraient "pas intéressants, ils sont trop sceptiques " pour cliquer.)

Depuis que google et facebook les ont demonétisé, ils ont dû chercher d'autres créneaux. Les pauvres . :rolleyes:

Comme quoi, y a pas que les hacker russes, il y a tout un écosystème a assainir.

https://www.wired.com/2017/02/veles-macedonia-fake-news?intcid=inline_amp

Concrètement, y aurait des objections a tout démonétiser par défaut ?
Du style il faut 3 mois de bon track record (sans plainte de warez, fake news, etc) pour se faire payer.

De facto, ça réduirait déjà la masse des opérateurs mercenaires cherchant des gains rapides...
Et tendrait à laisser sur le 'Net, les sites bénévoles et les sites sponsorisés par les corporations.
Mais ça serait déjà un peu plus simple que la situation actuelle.

 

Edited by rogue0
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Le 21/06/2017 à 11:30, Bat a dit :

Pour ceux qui ont la flemme de lire ces études ou à qui l'anglais fait peur, cet article-ci est quand même plus intéressant, plus juste et plus précis (à propos de la recherche) que celui de la RTBF posté hier:
 

Citation

Propagande et fake news : Facebook et Twitter sont utilisés pour manipuler

C'est la conclusion d'une vaste étude menée dans neuf pays et présentée par le "Guardian".

Manipulation, manipulation, manipulation... La propagande et les informations biaisées ou fausses sur les réseaux sociaux sont massivement utilisées pour manipuler l'opinion publique à travers le monde, conclut une étude menée dans 9 pays et présentée par le "Guardian".

Les chercheurs de l'université d'Oxford et leurs collègues observent un usage massif des réseaux sociaux, par des gouvernements et des individus, pour promouvoir des mensonges, de la désinformation et de la propagande. Comme en Russie, où 45% des comptes Twitter très actifs sont des bots (animés par des logiciels), ou à Taïwan, où une campagne contre le président Tsai Ing-wen a mis en œuvre des milliers de comptes coordonnés, diffusant de concert de la propagande de Chine communiste. (...)

Suite: http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-sur-les-reseaux/20170621.OBS1047/propagande-et-fake-news-facebook-et-twitter-sont-utilises-pour-manipuler.html

Edited by Bat
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Aïe, je pensais que l'amplification massive de fake news via les réseaux sociaux était une spécialité des alt right et autres extrême droites (EDIT : + les réseaux influencés par les russes).

Ce n'est pas vraiment une fake news, mais si l'extrême gauche s'y met aussi, on est mal barré :sad:

 

 

Edited by rogue0

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Le 21/06/2017 à 11:30, Bat a dit :

Merci pour le tuyau.

Je n'ai pas encore commenté, car je n'avais pas tout lu (30 pages pour chaque pays).

Résumé rapide pour appâter le chaland :

C'est dommage que ça ne couvre pas les dernières élections françaises.

  • USA :
    Société ultra connectée, les bots ont atteint une position d'influence significative sur tous les  débats politiques online.
    Bots détectés via IA avec ML sur échantillon de 17 millions de tweet.
    Tous les camps s'en sont servi, mais les bots pro Trump ont balancé 5 fois plus que ceux pro Clinton (+ saturation médiatique).
    Doctrine électorale Trumpienne :  faire parler de soi a tout prix, asphyxier les adversaires en  monopolisant l'espace médiatique.
    Impact réel sur le vote inconnu.
     
  • Allemagne.

    Seules 2 élections mineures étudiées. Population moins connectée et s'appuyant plus sur des référents (intellectuels, journalistes).
    Tous les partis politiques sauf AfD ont promis de ne pas utiliser les bots (note : ca ne dit rien sur les bots étrangers ou "privés", notamment ceux visant la diaspora russe vivant en allemagne).
    Du coup les bots ont tenté de coopter les faiseurs d'opinion (journaleux et autres) pour les influencer ou injecter des meme difficiles à réfuter.

 

  • Russie.
    Le plus intéressant pour moi. A vérifier par les connaisseurs de la scène russe, mais l'article propose une retrospective sur la création d'agents de propagande online efficaces.

    Les TV étant étroitement contrôlées, pas de concurrence, et le message est grossier.
    En revanche, pendant longtemps, les medias online étaient assez libres et indépendants (cf l'ex premier ministre). Le secteur IT était aussi assez vigoureux
    Les agents online d'influence du pouvoir ont donc eu de la compétition , du personnel qualifié, et beaucoup de pratique pour créer des messages plus subtils...
    Expérience qui sera bien utile quand les cibles seront élargies a l'Ouest.

EDIT: reste à lire Chine, Taiwan, etc...
Et réfléchir aux contre mesures.

Edited by rogue0
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Le 23/06/2017 à 22:31, rogue0 a dit :

Aïe, je pensais que l'amplification massive de fake news via les réseaux sociaux était une spécialité des alt right et autres extrême droites (EDIT : + les réseaux influencés par les russes).

Ce n'est pas vraiment une fake news, mais si l'extrême gauche s'y met aussi, on est mal barré :sad:

Je ne vais pas me faire que des amis avec ce qui suit (dans mon milieu professionnel, en tout cas), mais ce n'est pas très étonnant. Sans remonter à la Pravda des années 1910-1920 qui publiait de manière indistincte de véritables articles, des fausses nouvelles et des parodies , notamment pour singer et critiquer la presse bourgeoise, il y a une réelle tradition déjà ancienne complotiste/fake news de (extrême) gauche. Et force est de constater qu'en France la campagne électorale puis l'élection d'Emmanuel Macron a eu tendance à le rendre plus visible, surtout dans la posture de certains acteurs (et notamment certaines positions de leur nouveau chef de file) à critiquer à tout prix le nouveau président (quels que soient les faits), ou à lui prêter sur tous les sujets des intentions malhonnêtes cachées (et supposément au profit seul de l'oligarchie financière).

Si je cite des noms et sites dans ce qui suit, je précise tout de suite que ce n'est pas pour stigmatiser, mais pour illustrer ce que je dis. Je ne dis pas que ces gens sont par nature complotistes ou "fakenewsistes", ni qu'ils le sont sur tous les sujets, mais j'essaie de montrer comment leur positionnement idéologique les amène à diffuser, épisodiquement ou régulièrement, des informations complotistes ou relevant de la fake news.

Extrêmes droite et gauche (+ d'autres mouvements, mais ne compliquons pas) développent toutes deux l'idée selon laquelle les médias sont avant tout ou uniquement des outils de propagande du pouvoir qu'ils combattent, et ont de ce fait développé une critique des médias très conséquente (même si la gauche a le quasi-monopole de sa théorisation et diffusion intellectuelle, parfois avec des travaux de qualité: cf. Chomsky, Bourdieu, Halimi, etc.). Pour la gauche et l'extrême-gauche, cette critique repose essentiellement sur l'idée que l'opinion est sciemment "fabriquée" par des médias contrôlés par les puissances capitalistes et les états présumés à leur service, et visent à répandre un consensus idéologique (cf. Chomsky et Herman et La fabrique du consentement) anti-progressiste, colonialiste et plus récemment "néo-libéral". Les mécanismes à l'œuvre sont pour cette mouvance un alignement des élites sur une pensée dominante (forcément de droite), une grande proximité entre les élites économiques, politiques et médiatiques et une machine de "propagande" insidieuse qui par le truchement des médias de masse diffuse l'idéologie molle de la société de consommation. Ce faisant, l'explication est parfois relativement monocausale (le fait que la gauche révolutionnaire ne triomphe pas tient au fait que les médias ont sciemment ou non endormi les masses pour l'empêcher). On a alors différentes conséquences militantes tirées de ces théorisations, qui vont donner lieu à une logique complotiste ou de fake news "de gauche":

  • Puisque les médias propagent la propagande de droite, il faut développer des médias alternatifs diffusant des informations plus correctes, ou plus exactement les informations que ne voudraient pas diffuser les grands médias pour des raisons idéologiques. C'est sur ce créneau que jouent une multitude de médias en ligne dits engagés ou alternatifs (comme Basta! ou Les Moutons Enragés, p.ex), en particulier la mouvance altermondialiste et la mouvance anticolonialiste, qui diffusent énormément de nouvelles supposées cachées par les grands médias, mais sans beaucoup les vérifier (ou sans avoir les moyens de les vérifier), ce qui explique que ces sites se retrouvent régulièrement voire fréquemment à propager (souvent de bonne foi) d'authentiques fake news, pour peu qu'elles aillent dans le sens de leur vision du monde: la théorie globale des médias expliquée ci-dessus justifie leur relais (car si elles n'ont pas été publiées par les grands médias, ce n'est pas parce qu'elles seraient douteuses, mais parce que les capitalistes qui contrôlent les médias en ont décidé ainsi, donc il est nécessaire et légitime de les court-circuiter).
  • Puisque les médias sont aux mains des puissances capitalistes, il faut démasquer publiquement leurs accointances et ressorts idéologiques pour saper leur influence. C'est l'axe principal de  Osons causer par exemple,a vec le risque de surinterprétation (tout arriverait parce que...). Cette idée amène parfois à des logiques assez conspirationnistes: tout s'expliquerait par ce contrôle les médias, et plus largement rien ne se passe sans celui-ci. C'est, par exemple, la posture du journaliste et blogueur d'extrême-gauche belge Michel Collon  qui a développé une théorie (le médiamensonge: l'information est systématiquement idéologiquement manipulée pour justifier l'entrée en guerre des USA contre "les peuples" non soumis afin de s'emparer de leurs ressources naturelles) qu'il applique à la totalité des faits d'actualité (la Libye, l'Ukraine, le Venezuela, le Mali, la Syrie, c'est la même chose: une opération d'intoxication médiatique montée par la presse capitaliste au profit du gouvernement américain et de ses alliés destinée à justifier une intervention militaire visant à contrôler des gisements de pétrole ou de gaz ou leur transport. C'est également, dans un genre un peu différent, la position des concepteurs du "Decodex insoumis" qui fonctionne comme le Decodex du Monde (une extension de navigateur qui met des pastilles vertes, oranges ou rouges selon la fiabilité des sites visités), mais sur une lecture purement anti-capitaliste (sont en orange et rouge tous les médias qui "ont des liens avec des puissances capitalistes" et en vert ceux qui sont "indépendants" ou liés à des états - ce qui donne des choses cocasses, comme Sputnik News étiquetée plus fiable que Le Monde ou Libération)/
  • Puisque les médias (et les capitalistes) asservissent le peuple, il faut les retourner contre l'oligarchie en les poussant dans leurs contradictions. C'est ce que faisait, souvent avec humour, François Ruffin (Fakir faisant aussi dans l'information alternative), ou de manière plus sérieuse et plus intello Le Monde Diplomatique (qui joue aussi sur d'autres registres). La dérive possible, c'est le canular destiné à dénoncer qui est lui-même repris pour vrai (exemple d'une fausse interview de Macron par le site parodique Le Gorafi retweetée des dizaines de milliers de fois dans la gauchosphère en la prenant pour vraie)
  • La critique de la critique (de gauche) des médias est une arme idéologique employée contre eux par l'oligarchie capitaliste dans le but de saper leur influence (c'est par exemple la lecture que fait Usul, que j'aime bien par ailleurs car il fait aussi des choses excellentes, de quelque chose comme le Decodex du Monde: il s'agit pour lui d'un outil de légitimation de la presse bourgeoise destiné à saper la crédibilité de la presse d'opinion au seul motif qu'elle a une opinion "non dominante")

Au final, je verrais deux versants à cet activisme de gauche:

  • Les fake news de gauche sont souvent relayées de bonne foi (à l'inverse de l'extrême-droite dont on sait qu'elles sont créées par ec que la sociologue Véronique Campion-VIncent appelle les "entrepreneurs en complots" —Soral, p.ex— comme armes de guerre idéologiques) et relèvent généralement soit de surinterprétations abusives ("si Macron fait ça, c'est sûrement parce qu'il a été banquier"; le cas cité avec Villani est un bel exemple), soit de biais de confirmation ("Trump a sûrement dit ça car il est vraisemblable qu'il l'ait dit");
  • Les visions complotistes (ou, le plus souvent, confusionnistes) de gauche s'articulent autour d'une vision du monde très cohérente qui place en son centre un grand méchant qui incarne à la fois le capitalisme, le néocolonialisme et le racisme (les USA), et qui en font donc un acteur central de la lecture des événements.

 

 

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Il y a 10 heures, Bat a dit :

Je ne vais pas me faire que des amis avec ce qui suit (dans mon milieu professionnel, en tout cas), mais ce n'est pas très étonnant. Sans remonter à la Pravda des années 1910-1920 qui publiait de manière indistincte de véritables articles, des fausses nouvelles et des parodies , notamment pour singer et critiquer la presse bourgeoise, il y a une réelle tradition déjà ancienne complotiste/fake news de (extrême) gauche. Et force est de constater qu'en France la campagne électorale puis l'élection d'Emmanuel Macron a eu tendance à le rendre plus visible, surtout dans la posture de certains acteurs (et notamment certaines positions de leur nouveau chef de file) à critiquer à tout prix le nouveau président (quels que soient les faits), ou à lui prêter sur tous les sujets des intentions malhonnêtes cachées (et supposément au profit seul de l'oligarchie financière).

Si je cite des noms et sites dans ce qui suit, je précise tout de suite que ce n'est pas pour stigmatiser, mais pour illustrer ce que je dis. Je ne dis pas que ces gens sont par nature complotistes ou "fakenewsistes", ni qu'ils le sont sur tous les sujets, mais j'essaie de montrer comment leur positionnement idéologique les amène à diffuser, épisodiquement ou régulièrement, des informations complotistes ou relevant de la fake news.

Extrêmes droite et gauche (+ d'autres mouvements, mais ne compliquons pas) développent toutes deux l'idée selon laquelle les médias sont avant tout ou uniquement des outils de propagande du pouvoir qu'ils combattent, et ont de ce fait développé une critique des médias très conséquente (même si la gauche a le quasi-monopole de sa théorisation et diffusion intellectuelle, parfois avec des travaux de qualité: cf. Chomsky, Bourdieu, Halimi, etc.). Pour la gauche et l'extrême-gauche, cette critique repose essentiellement sur l'idée que l'opinion est sciemment "fabriquée" par des médias contrôlés par les puissances capitalistes et les états présumés à leur service, et visent à répandre un consensus idéologique (cf. Chomsky et Herman et La fabrique du consentement) anti-progressiste, colonialiste et plus récemment "néo-libéral". Les mécanismes à l'œuvre sont pour cette mouvance un alignement des élites sur une pensée dominante (forcément de droite), une grande proximité entre les élites économiques, politiques et médiatiques et une machine de "propagande" insidieuse qui par le truchement des médias de masse diffuse l'idéologie molle de la société de consommation. Ce faisant, l'explication est parfois relativement monocausale (le fait que la gauche révolutionnaire ne triomphe pas tient au fait que les médias ont sciemment ou non endormi les masses pour l'empêcher). On a alors différentes conséquences militantes tirées de ces théorisations, qui vont donner lieu à une logique complotiste ou de fake news "de gauche":

  • Puisque les médias propagent la propagande de droite, il faut développer des médias alternatifs diffusant des informations plus correctes, ou plus exactement les informations que ne voudraient pas diffuser les grands médias pour des raisons idéologiques. C'est sur ce créneau que jouent une multitude de médias en ligne dits engagés ou alternatifs (comme Basta! ou Les Moutons Enragés, p.ex), en particulier la mouvance altermondialiste et la mouvance anticolonialiste, qui diffusent énormément de nouvelles supposées cachées par les grands médias, mais sans beaucoup les vérifier (ou sans avoir les moyens de les vérifier), ce qui explique que ces sites se retrouvent régulièrement voire fréquemment à propager (souvent de bonne foi) d'authentiques fake news, pour peu qu'elles aillent dans le sens de leur vision du monde: la théorie globale des médias expliquée ci-dessus justifie leur relais (car si elles n'ont pas été publiées par les grands médias, ce n'est pas parce qu'elles seraient douteuses, mais parce que les capitalistes qui contrôlent les médias en ont décidé ainsi, donc il est nécessaire et légitime de les court-circuiter).
  • Puisque les médias sont aux mains des puissances capitalistes, il faut démasquer publiquement leurs accointances et ressorts idéologiques pour saper leur influence. C'est l'axe principal de  Osons causer par exemple,a vec le risque de surinterprétation (tout arriverait parce que...). Cette idée amène parfois à des logiques assez conspirationnistes: tout s'expliquerait par ce contrôle les médias, et plus largement rien ne se passe sans celui-ci. C'est, par exemple, la posture du journaliste et blogueur d'extrême-gauche belge Michel Collon  qui a développé une théorie (le médiamensonge: l'information est systématiquement idéologiquement manipulée pour justifier l'entrée en guerre des USA contre "les peuples" non soumis afin de s'emparer de leurs ressources naturelles) qu'il applique à la totalité des faits d'actualité (la Libye, l'Ukraine, le Venezuela, le Mali, la Syrie, c'est la même chose: une opération d'intoxication médiatique montée par la presse capitaliste au profit du gouvernement américain et de ses alliés destinée à justifier une intervention militaire visant à contrôler des gisements de pétrole ou de gaz ou leur transport. C'est également, dans un genre un peu différent, la position des concepteurs du "Decodex insoumis" qui fonctionne comme le Decodex du Monde (une extension de navigateur qui met des pastilles vertes, oranges ou rouges selon la fiabilité des sites visités), mais sur une lecture purement anti-capitaliste (sont en orange et rouge tous les médias qui "ont des liens avec des puissances capitalistes" et en vert ceux qui sont "indépendants" ou liés à des états - ce qui donne des choses cocasses, comme Sputnik News étiquetée plus fiable que Le Monde ou Libération)/
  • Puisque les médias (et les capitalistes) asservissent le peuple, il faut les retourner contre l'oligarchie en les poussant dans leurs contradictions. C'est ce que faisait, souvent avec humour, François Ruffin (Fakir faisant aussi dans l'information alternative), ou de manière plus sérieuse et plus intello Le Monde Diplomatique (qui joue aussi sur d'autres registres). La dérive possible, c'est le canular destiné à dénoncer qui est lui-même repris pour vrai (exemple d'une fausse interview de Macron par le site parodique Le Gorafi retweetée des dizaines de milliers de fois dans la gauchosphère en la prenant pour vraie)
  • La critique de la critique (de gauche) des médias est une arme idéologique employée contre eux par l'oligarchie capitaliste dans le but de saper leur influence (c'est par exemple la lecture que fait Usul, que j'aime bien par ailleurs car il fait aussi des choses excellentes, de quelque chose comme le Decodex du Monde: il s'agit pour lui d'un outil de légitimation de la presse bourgeoise destiné à saper la crédibilité de la presse d'opinion au seul motif qu'elle a une opinion "non dominante")

Au final, je verrais deux versants à cet activisme de gauche:

  • Les fake news de gauche sont souvent relayées de bonne foi (à l'inverse de l'extrême-droite dont on sait qu'elles sont créées par ec que la sociologue Véronique Campion-VIncent appelle les "entrepreneurs en complots" —Soral, p.ex— comme armes de guerre idéologiques) et relèvent généralement soit de surinterprétations abusives ("si Macron fait ça, c'est sûrement parce qu'il a été banquier"; le cas cité avec Villani est un bel exemple), soit de biais de confirmation ("Trump a sûrement dit ça car il est vraisemblable qu'il l'ait dit");
  • Les visions complotistes (ou, le plus souvent, confusionnistes) de gauche s'articulent autour d'une vision du monde très cohérente qui place en son centre un grand méchant qui incarne à la fois le capitalisme, le néocolonialisme et le racisme (les USA), et qui en font donc un acteur central de la lecture des événements.

 

 

Superbe synthèse, merci beaucoup! J'ai appris plein d'éléments et merci pour cet effort d'objectivité. Personnellement, je n'ai ce niveau de militantisme ni d'investissement politique pour m'intoxiquer avec de la fake news, même si en toute honnêteté, je serai plus enclin à croire de la fake news anti-gauche que l'inverse.

Je remarque cela dit qu'il y a une hiérarchisation des valeurs entre extrême-gauche et extrême-droite: tu décris la seconde comme substantiellement cynique et ignoble tandis que la première se fourvoit en voulant corriger la "méchanceté" de la première. Est-ce que cette dialectique est commune à toutes les cultures ou est-elle particulièrement prégnante en France? Ce qui me semble particulièrement frappant en France est qu'on soupçonne en permanence la droite de n'être que le visage respectable de l'extrême-droite et de ce fait, la droite n'est pas légitime par principe tandis que la gauche peut se placer comme référentiel du champs politique et même passer des accords avec l'extrême-gauche sans susciter de cris d'orfraie (les accords de gouvernements des gouvernements Jospin et sous Hollande ratissaient très large à cause, par exemple une Duflot ou un Canfin, je les classe extrême-gauche).

Edited by SinopeMT

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Il y a 9 heures, SinopeMT a dit :

Je remarque cela dit qu'il y a une hiérarchisation des valeurs entre extrême-gauche et extrême-droite: tu décris la seconde comme substantiellement cynique et ignoble tandis que la première se fourvoit en voulant corriger la "méchanceté" de la première. Est-ce que cette dialectique est commune à toutes les cultures ou est-elle particulièrement prégnante en France? Ce qui me semble particulièrement frappant en France est qu'on soupçonne en permanence la droite de n'être que le visage respectable de l'extrême-droite et de ce fait, la droite n'est pas légitime par principe tandis que la gauche peut se placer comme référentiel du champs politique et même passer des accords avec l'extrême-gauche sans susciter de cris d'orfraie (les accords de gouvernements des gouvernements Jospin et sous Hollande ratissait très large à cause, par exemple une Duflot ou un Canfin, je les classe extrême-gauche).

Il y a pour moi deux questions en une: la différence entre l'attitude des extrêmes gauche et droite sous cet angle, et la situation française.

Sur la première question, c'est vrai que dans ma description j'ai été plus "gentil" avec l'une que l'autre (sans doute parce que j'ai moi-même mes préférences —je trouve l'extrême-gauche plus sympa dans ses valeurs que l'extrême-droite— et donc mes biais). Il ne faudrait évidemment pas généraliser de manière abusive: il est clair qu'un certain nombre de gens sensibles aux idéologies d'extrême-droite le sont aussi de manière sincère, de bonne foi (dans l'histoire, de nombreux militants antisémites ont réellement cru aux Protocoles des sages de Sion et à l'idée d'un complot juif mondial, p.ex), tout comme il y a des doctrinaire cyniques et malhonnêtes de l'autre côté de l'échiquier (il suffit de se pencher sur les dirigeants soviétiques pour se rendre compte que la sincérité n'a pas toujours été la première motivation dans leur diffusion de nouvelles plus ou moins vraies - c'est un euphémisme).  Par contre, si on se base sur les analyses des discours conspirationnistes contemporains (*), on constate quand même une réelle différence entre les deux approches. Sur la "fachosphère" tournent des théories plus ou moins délirantes souvent fortement détachées des faits et renvoyant à des figures archétypiques souvent anciennes et bien connues (le complot juif, l'internationale financière cosmopolite, le grand remplacement, etc.), qui sont produites par des gens clairement identifiés dont c'est le fond de commerce (les "entrepreneurs en complot" dont parle Campion-Vincent): Soral, Bannon, etc., qui utilisent la diffusion de ces théories et fausses nouvelles comme armes de déstabilisation du débat politique (et qui ne s'en cache pas, concernant Bannon, p.ex). Bref, chez ces "entrepreneurs" —je ne parle pas ici du militant de base—, la question de la véracité de ce qu'ils propagent est secondaire, l'effet dans l'espace public étant prioritaire pour faire avancer leurs thèses. à l'opposé, sur la "gauchosphère", on ne trouve pas réellement d'équivalents à ces "entrepreneurs" qui alimenteraient tout le réseau en fausses nouvelles dans le seul but de déstabiliser des adversaires ou orienter le débat politique. On a plutôt des sites (j'en avais cités quelques-uns) qui vont s'emparer de nouvelles vraies ou au moins diffusées par ailleurs, et qui vont les mettre en avant en les surinterprétant parce qu'elles sont supposées corroborer leur vision du monde: la véracité est une préoccupation première (on diffuse parce qu'on pense que les gens à qui on "cache" ces nouvelles doivent les connaître), et si l'effet tactique sur les adversaires peut être présent, il est secondaire (disons que si ça embarrasse un adversaire, on ne va pas cracher dessus, mais on ne construit pas un fake de toutes pièces pour lui nuire, on joue sur l'existant et de la croyance au nom de "il n'y a pas de fumée sans feu").

Je ne me sens pas particulièrement compétent pour répondre à la seconde question. Sans entrer dans le débat de où et comment placer les limites entre extrêmes et pas extrêmes (à gauche comme à droite), je note quand même que le procès en illégitimité des uns et des autres est assez présent en France depuis que Mitterrand à obligé De Gaulle à se farcir un second tour: la gauche accuse la droite de flirter avec l'extrême-droite, mais la droite dénonce également (et encore plus fort ces dernières années) la gauche de s'allier avec des extrémistes (si on écoute Copé ou Wauquiez, l'extrême-gauche commence plus ou moins à Hamon).  D'autre part, si chaque pays a ses spécificités et débats propres (donc il est parfois difficile de comparer), je note que la France est loin d'être la seule à s'écharper sur qui est le plus noyauté par qui. Aux USA, par exemple, pays où "la gauche" au sens où nous l'entendons est quasiment inexistante, cela fait au moins 50 ans (voire plus si on remonte au McCarthysme) que les universitaires sont régulièrement stigmatisés comme étant tous réputés d'extrême-gauche, ce qui invaliderait leurs thèses et travaux (pour parler d'une thématique sur laquelle j'ai travaillé, on le voit par exemple dans le débat américain sur le réchauffement climatique où si 98% de scientifiques du climat disent qu'il y a un réchauffement global et qu'il est principalement dû à l'homme, ce n'est pas, pour certains milieux proches des Tea Parties, parce que leurs recherches les amènent à ces conclusions, mais simplement parce qu'en tant qu'universitaires ce sont tous des gauchistes extrémistes qui veulent instaurer une dictature communiste mondiale sous le couvert de lutte contre le réchauffement - je ne caricature même pas, certains l'expriment réellement comme ça).

(*) Je ne parle pas tellementdes fake news car il y a encore assez peu de travaux qui utilisent cette étiquette-là (alors qu'on a des tombereaux d'articles et bouquins sur le conspirationnisme), même si ça va venir: il suffit de voir le nombre de mémoires d'étudiants en cours (je suis enseignant-chercheur) sur la question, effet de mode oblige.

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